CHAPITRE XII
Conduite iîc l'armée et du Sénat, après la mort d'Ati- Htiaa: — Kègue» de Tacite, de Prubus, de Carus et do se* iil».
Telle était la triste condition des empereurs romains , que ces princes , quelle que pût être leur conduite , éprouvaient ordinairement la même destinée. Le plaisir ou la vertu , la douceur ou la sévérité , l'indolence ou la gloire entraînent également dans le précipice. Presque tous les règnes finissent par une catastrophe semblable : ce n'est qu'une répétition fatigante de massacres et de trahisons. Le meurtre d* Aurélien ne devint intéressant que par les événemens extraordinaires dont il fut suivi. Les légions respectaient leur chef victorieux; elles le pleurèrent et vengèrent sa mort. L'artifice de son perfide secrétaire fut découvert et puni ; les conspirateurs eux-mêmes, reconnaissant l'erreur qui leB avait armés contre un souverain innocent , assistèrent à ses funérailles avec un repentir sincère ou bien étudié ; et ils souscrivirent a la résolution unanime de l'ordre " militaire , dont les sentimens sont exprimés dans la lettre suivante*. <Lesbraves
■ Vopïsco!, KM. Aug., p. 22l;'Zoslme , 1. 1, p. ST. Eo- Irope: m , 15 ; ter deux Vkfor,
> Vopiseus , Hist. kag. p. 222. Aure!. Victor parie d'une depuuttioD formelle de* troupes au seul.
i et fortunées armées , au sénat et au peuple
> de Rome. Le crime d'un seul et la méprise
> de plusieurs nous ont enlevé notre dernier
• empereur Aurélien : vous, dont les toi»
> paternels dirigent l'état , hommes reapee- » tables, veuillez meure ce prince au rang
* des dieux , et désigner le successeur que » vous jugerez le pins digne de la pourpre i impériale ; aucun de ceux dont le forfait »■
> le malheur a causé notre perte ne régnera
> sur noua. i Lee sénateurs romains n'avaient point été étonnés d'apprendre qu'un empereur venait d'être assassiné daatv an* camp; ils se réjouissaient en secret de la chute d' Aurélien. Mais lorsque la lettre modeste et respectueuse des légions eut été lue publiquement, elle répandit parmi eux la surprise la plus agréable. Ils prodiguèrent à* la mémoire de leur dernier sewveraia tests les honneurs que la crainte, peut-être l'estime, pouvait arracher. Dans les transport» «tftle«r reconoaissance , ils rendirent aux fidèles wméesdela république les action» de grâces que méritaient leur zèle et la haute idée qu'elles avaient de l'autorité légale du sénat pour le choix d'un empereur. Cependant malgré cet hommage flatteur , les plu» dkudens de l'assemblée n'osaient exposer leurs personnes et leurs, dignités au caprice d'une multitude redoutable. A la véritéla fonce des légions était le gage de leur sincérité, puisque ceux qui peuvent commander sont rarement réduits à la nécessité de dissimuler; mais quelle confiance pouvait inspirer leur conduite? Elles avaient foulé pendant quatre-vingts ans les principes fondamentaux delà constitution ; devait-on croire qu'un repentir précipité effacerait tout d'un coupd' anciennes habitudes? Si les soldats retombaient dans leurs séditions accoutumées, il était à craindra que leur insolence n'avilît la majesté du sénat, et ne devint fatale à l'objet de son choix. De pareils motifs dictèrent le décret qui renvoyait l'élection d'un nouvel empereur ait suffrage de l'ordre militaire.
La contestation qui suivit est un des é.vénemens les mieux attestés , et les plus emn> ordinaires de l'histoire du {rum-e hunutin*.
< Vopisens, notre autorite primapeie, éflirtiR'sReBW, seize us seulement npres la mort d'AuriSen. Outre la
(»&<fep.l.-C.)
Le» troupes, comme si eltes eussent été rassaasiées de l'exercice do pouvoir, conjurèrent de nouveau les sénateurs de donner à l'un d'entre eux la pourpre impériale. Le sénat persista dans son refus , l'année dans sa demande. La proposition fut aii moins trois fois orlmte et rejetée de chaque côté. Tandis que ta modestie opiniâtre de l'un des deux partis est déterminée à recevoir un maHre des mains de f antre, huit mois s'écoulent insensiblement : période étonnant d'une anarchie tranqmtle, pendant laquelle l'univers romain roUn sans maître , sans usurpateur, sans révolte. Les généraux et les magistrats, nommés par Aurélien, continuèrent à exercer leurs fonctions ordinaires. Un proconsul d'Asie fut ht seule personne considérable qni ne conserva point son emploi dans tout le cG»« de cet interrègne.
Ils'étak passé on événement à peu près semblable, mais bien moins authentique , après-la mort de Romains , qui pourrait être es quelque sorte comparé a l'empereur Anrénen , si l'on examine la vie et le caractère .de ce» deux princes. Lorsque le fondateur de Borne disparut , le trône resta vacant pendant dosne mois jusqu'à l'élection d'un philosophe sabst ; et la ■ tranquillité générale se maintint de ht même manière par L'union des différons ordres de l'état ; mats , du tempe de Numa , l'autorité des patriciens contenait les armes du peuple,. et l'équilibre de ta liberté se conservait aisément dans un état vertueux et borné '. Rome, bien différente de ce qu'elle avait été dans son enfance , commençait à pencher vers sa ruine; tout semblait alors annoncer un interrègne orageux : la vaste étendue de l'empire, une capitale immense et tumultueuse , l'égalité servîtes du despotisme, une année de quatre cent mille mercenaires,
notoriété récente des Ilots S Un constamment m raatérhunt est njutrardn sénat et des papiers orignaux es la BMotltèfiM Ulpieane. Zotime et Z»n are paraissent aussi ignorant de ce fait , qu'Us l'étaient en général delà affl- Muuuon romaine.
*TKe4in, t, 17.Denisd'Hafi<am>sM,l.n;p. t15. PMnsnM,Wiai Pluma, p. -W. Le premier àtejtatfttorieaa mpporie ce fait comme ma orateur ; la second , comme an benne de loi ; le troisième , comme un mon- Dite: et aucun d'eux prebaHeinenL n'en parle sauna Mange de rabkt. ...
PAR ED. GffiBQN. CH. XTI.
enfin l'expérience des révoluiioBS fréquentes qui avaient déjà ébranlé la constitution. Cependant, malgré tant de motifs pour bannir l'obéissance et l'harmonie , la mémoire d'Aurélien et do 6a discipline rigide réprima l'esprit séditieux des troupes , aussi bien que la fatale ambition de leurs chefs. L'élite des lé- ■ gions resta campée sur les rives du Bosphore, et le drapeau impérial imprima du respect auxcampsmoinslormidables.de Rome et des provinces. Un enthousiasme généreux, quoique momentané, se répandit dans l'ordre militaire. Il faut croire qu'un petit nombre de zélés patriotes entretint la nouvelle amitié du sénat et de L'armée , comme le seul moyen de rétablir la vigueur du gouvernement , et de rendre à la république son ancienne splendeur.
Le vingt-cinq septembre, huit mois environ après la mort d'Aurélien, le consul convoqua les sénateurs, et leur exposa la situation incertaine et dangereuse de l'empire. Après .avoir insinué légèrement que la fidélité précaire des légions dépendait d'un seul instant, du moindre accident , il peignit avec l'éloquence la plus persuasive les périls sans nombre qui suivraient un plus long délai . pour le choix d'un empereur. < Ne savons-
> nous pas, ajouta-t-il, que les Germains ont
> passé le Rliiu , qu'ils se sont emparés des » villes les plus opulentes et les plus fortes da
• la Gaule ? L'ambition du roi de Perse lient i tout l'Orient dans des alarmes perpétuelles.
• L'Egypte, l'Afrique et l'illyric sont exposées
> aux armes des ennemis étrangers et do- » mestiques. Les Syriens sont^à peine sou-
> mis :ce peuple inconstant préférerait mémo
> le sceptre d'une femme à la sainteté des lois
> romaines. > Le consul, s'adressant alors a Tacite, le premier des sénateurs ' , lui demanda son avis sur le sujet important d'une nouvelle élection.
Si le mérite personnel pouvait nous paraître au-dessus d'une .grandeur empruntée t l'extraction de Tacite serait à nos yeux plus
1 Vopiseus ( Hist. Aug. , p. 227 ) l'appelle prima «ntentfm tntalarù, et Mental ajrt*, Ptwmqw aeMtd*. 11 est naturel de supposer que les nunaratua de Rome, dédaignant cet htunWe titra, le cédaient au plu aneten des sénateurs,
Véritablement noble qne celle des souverains ; il descendait de l'historien philosophe, dont les écrits immortels éclaireront la postérité 1» plus reculée '. Le sénateur Tacite 'était alors âgé de soixante-quinze ans'. Les richesses et les honneurs avaient embelli le cours de sa vie innocente; il avait été revêtu deux- fois de la dignité consulaire '. Possesseur d'un patrimoine de cinquante on soixante millions , il vivait honorablement et sans faste *. Ce respectable citoyen avait vu la république tour à tour opprimée et florissante, sous le gouvernement d'un grand nombre de souverains; la conduite de tant de princes , depuis les vaines folies d'Elagabale , jusqu'à la rigueur utile d'Aurétien , lui avait appris à se former une juste idée des devoirs , des dangers et des pièges qui entourent le trône. Il avait puisé dans les sublimes ouvrages de son aïeul les notions les plus parfaites sur la nature humaine * et sur la constitution de l'état. La voix du peuple avait déjà nommé Tacite comme le plus digne de l'empire. Loin' d'être Batte de ces bruits, il n'en fut pas plustôt informé, qu'il se retira dans une de ses maisons de plaisance en Campanie. Il goûtait, depuis deux mois, à Bayes, les douceurs d'une vie tranquille, lorsqu'il se trouva forcé d'obéir au consul, qui lut ordonnait de
' La seule objeelionque l'on puisse feire a cette généalogie , est que L'historien se nommait Cornélius, et l'empereur CUuulius. Mais dans te lias-Empire les surnoms étaient extrêmement variés et incertains. - 3 Zouare, 1. m , p. 637. La chronique d'Alexandrie tombe dans une méprise évidente, lorsqu'elle donne cet âge a l'empereur Aurélien.
1 II avait été consul ordinaire en 273; mais il avait sûrement été suffectut plusieurs années auparavant , vraisemblablement sous Valérie».
* SU milties icro£e7i(iw.VopiBCU9,Hist. Aug., p. 229. Sur le pied où avait été mite la monnaie, cette somme équivalait à huit cent quarante mille livres romaines d'argent, chacune valant environ soixante-dix livres tour- * Dois. Mais, dans le siècle de Tacite, la monnaieavalt beaucoup perdu de son poids et de sa pureté. ; 5 Apres son avènement 3 ordonna qee l'on fit tons les ans dix copies des ouvrages de Tacite , et qu'on les plaçai nanties bibliothèques publiques. 11 va long-temps que les bibliothèques romaines ont péri. La partie la plus précieuse des ouvrages de Tacite a été conservée dans un Mil manuscrit, et découverte dans un monastère de WeatphaUe. (V. Bavle, Dictionn., article Tacite,* Jfuste- Upx , ad. sùwiai., n,9.)
(275 dep. J.-C.) reprendre la place honorable qu'il occupait dans le sénat, et d'assister la république de ses conseils. .
Dès qu'il se leva pour parler, toute l'assemblée le salua des noms d'auguste et d'empereur, t Tacite auguste, les dieux te préser- » vent ! nous te choisissons pour notre soit- » verain .C'est à tes soins que nous confions
> Rome et l'univers. Accepte l'empire des
> mains du sénat : il est dû à ton rang, à ta
> conduite, à tes mœurs; > A peine le tumulte des acclamations fut-il apaisé , que Tante voulut refuser l'honneur dangereux qu'on lui offrait si solennellement. Il parut surpris de ce qu'on choisissait son âge et ses infirmités, pour remplacer la vigueur martiale d'Anrélien. < Ces bras, pères conscrits, * sont-ils propres a soutenir le poids d'une
> armure, à pratiquer les exercices des a camps? La variété des climats, les fatigues
> d'une vie militaire détruiraient bientôt une
> constitution faible, qui ne se soutient que » parles plus grands ménagemens. Mes for-
> ces épuisées me permettent à peine de » remplir les devoirs d'un sénateur; me met-
> traient-elles en état de supporter les tra- » vaux pénibles de la guerre et du gouver- » nement? Pouvez-vous croireque les légions » respecteront un vieillard infirme, dont les
> jours ont coulé à l'ombre de la paix et de » la retraite ? Pouvez-vous désirer que je me
> trouve jamais forcé de regretter l'opinion » favorable de mes coucitoyens ' ? >
La répugnance de Tacite, qui peut-être était sincère, fut combattue par l'opiniâtreté affectueuse du sénat. Cinq cents voix répétèrent à la fois, avec une éloquence tumultueuse , que les plus grands princes de Rome, Numa, Trajan, Adrien et les Antonin , avaient pris les rénesde Tétat dans un âge très-avancé, que la république avait besoin de l'âme et non du corps, qu'elle avait fait choix d'un souverain et non d'un soldat , et que tout ce qu' elle lui demandait était de diriger par sa sagesse la voleur des légions. Ces instances pressantes, qui exprimaient confusément le vœu général, furent appuyées d'un discours plus régulier ,
1 Vopiscus , Hist. Aug. , p. 227.
(275 dep. J.-C.)
prononcé par Metius Falconîns , le premier des consulaires après Tacite. Fatconîus rappela les maux que Rome avait soufferts, lorsqu'elle avait été gouvernée par de jeunes princes, livres à l'excès de leurs passions. Il félicita l'assemblée sur l'élection d'un sénateur vertueux et expérimenté. Enfin, avec une liberté courageuse , quoique peut-être elle eut pour principe l'intérêt personnel, il exhorta Tacite à ne pas oublier les motifs de son élévation, et à chercher un successeur non dans sa famille, mais dans l'état. Ce discours fut généralement applaudi: l'empereur élu , cédant à l'autorité de ta patrie , reçut l'hommage volontaire de ses égaux. Le consentement du peuple- romain et des gardes prétoriennes confirma le jugement 'des sénateurs '.
L'administration de Tacite fut conforme aux principes qu'il avait adoptés. II conserva sur le trône le même respect pour l'assemblée auguste dont il avait' été membre. Persuadé qu'en elle seule résidait le pouvoir législatif, il parut ne régner que pour obéir aux lois qui en émanaient*. Il s'appliqua surtout à guérir les plaies cruelles» que l'orgueil impérial, les discordes civiles et la violence militaire avaient faites à l'état; du moins s'efforca-t-ïl de rétablir l'image de l'ancien gouvernement, telquc l'avaient conservé la polhi- . que d'Auguste et les vertus de Trajan et des Antonins. Il ne sera pas inutile de rapprocher quelques-uns des droits dont l'élection de Tacite sembla rendre au sénat la jouissance s. Les plus importantes prérogatives de cette assemblée Turent : 1° de revêtir un de ses membres du commandement général des armées et du gouvernement des provinces frontières; 2" de donner par ses décrets
■ Hist. Ai!g-, p. 228. L'empereur Tacite, en parlant aui Prétoriens , les appelle sanctîsiimi milites, et en adressant la parole au peuple il lui donne le nom de sacratissiml Quirites.
'Dans loua les affranchisseuiens il ne passa jamais le nombre de cent Ce nombre avait été limité par la loi cautuicuue , établie sous Auguste , et annulée par Justuiien. (V. Casaubon.od locum Fùpisei.)
* Voyez les vît* de Tacite , de Florianns et de Prabus dam l'Histoire Augusline. Nous pouvons être bien assuré* que tout ce que la soldat donna , le sénateur l'avait déjUcnné.
de la force et de la validité 'aux éditft du prince qu'elle approuverait; 3° de nommer les proconsuls et les présidens des provinces, et de conférer à tous les magistrats leur juridiction civile; 4° de recevoir de» appela de tous les tribunaux de l'empire , par l'office intermédiaire du préfet de la ville ; 6* de déterminer la liste , ou, comme on rappelait alors, le collège des consuls ; ils furent fixés à douze par année ; on en élisait deux alternativement tous les deux mois , et ils soutenaient ainsi la dignité de cette ancienne charge. Les sénateurs, qui s'étaient réservé le droit de les nommer , l'exercèrent avec une liberté si indépendante qu'ils n'eurent aucun égard à une requête irrégidière de l'empereur pour son frère Florianus. ■ Us connais-
> sent bien le caractère du prince qu'ils ont
> choisi ! > s'écria Tacite avec le transport généreux d'un patriote. 6- A ces différentes branches d'autorité , nous pouvons ajouter quelque inspection sur les finances , puisque même sous le régné du sévère ÀuréÛen , ils avaient pu détourner une partie des fonds destinés au service public '.
Aussitôt après l'avènement de Tacite, des lettres circulaires furent envoyées a tontes les principales villes de l'empire , Trêves, Milan, Aquilée, Thessalonîquc, Corinthe, Athènes, Antioche, Alexandrie et Cannage, pour exiger d'elles le serment de fidélité et pour leur apprendre l'heureuse révolution qui venait de rendre an sénat son antique splendeur. Deux de ces lettres existent encore. Il nous est aussi parvenu des fragmens curieux de la correspondance particulière de deux sénateurs à ce sujet. On voit que, dans l'excès de leur joie, ils avaient conçu les espérances les plus magnifiques. « Sortez de votre indolence
> (c'est ainsi que s'exprimel'un d'entre eux en 1 écrivant à son ami) ; arrachez-vous de votre ■ retraitedeBayesetdePouzzole.Livres-vous » à la ville, au sénat. Borne fleurit, la repu- * biique entière fleurit. Rendons mille ac-
> lions de grâce à l'armée romaine, a une ar-
> mée véritablement romaine. Notre juste au-
> torilé, cet objet de tous nos désirs, est en-
i VopiKtt», Hitt. Aug. , p. 216. La partage est trtaccpendaiil Casaubon «t Saïuwûc maniant la
iSG
» fin rétablie. Nous recevons les appels, nous » nommons les proconsuls, nous créons les • empereurs. Ne pouvons - nous pas aussi » mettre des bornes à leur puissance?... A un i homme sage un mot suffît1.! Ces images brillantes disparurent bientôt. Iln'était réellement pas possible que les armées et les provinces consentissent à obéir long-temps à (les nobles plongés dans ta mollesse et dont les bras ne connaissaient plus l'usage des armes. Ils se flattaient de pouvoir tenir les rônes du gouvernement; mais, àlapremicreattaque on vit s'écrouler cet édifice de grandeur qui n'avait pour baseque l'orgueil. L'autorité expirante du sénat répandit une lueur subite , brilla pour un moment, et fut éteinte à jamais.
Toutcequi se passait àRomc n'était qu'une vaine représentation de théâtre. 11 fallait que les décisions d'une faible assemblée fussent ratifiées par la force plus réelle des légions. Tandis que les sénateurs se laissaient éblouir par un fantôme d'ambition et de liberté, Tacite se rendit au camp de Tlirace, où le préfet du prétoire le présenta aux troupes assemblées , comme le souverain qu'elles avaient demandé et que leur accordait le sénat. Dès que le préfet eut cessé de parler, l'empereur prononça un discours éloquent et convenable à sa situation. Il satisfit l'avarice des soldats en leur distribuant des sommes considérables, sous le nom de gratifications et de paie, cl il sut gagner leur estime par la noble assurance que, si son grand âge ne lui permettait pas de leur donner l'exemple, ses conseils ne seraient jamais indignes d'un général, successeur du brave Aurélien*.
Dans le temps que le dernier empereur se préparait à porter une seconde fois ses armes en Orient, il avait négocié avec les Alains, peuple srythe, qui tendait ses tentes dans le voisinage des Palus-Méoiidcs. Séduits par des subsides, ces barbares avaient promis d'envahir la Perse avec un corps nombreux de cavalerie légère. Ils furent fidèles à leurs engagerons; mais, lorsqu'ils arrivèrent sur la
< Vopiseus, HisL Aug., p. 230, 332, 233. Les sénateurs célébrèrent cet heureux ré tabl iisemwit par des hécatombes et ptr des réjouissances publiques.
2HIsl.Aug.,p.m
(275' dep; l-C.)
frontière romaine , Aurélien n'était plus et sa mort avait au moins suspendu le projet de la guerre de "Perse. Les généraux qni, durant l'interrègne n'exerçaient qu'une a ntorilé douteuse, ne se trouvèrent point en état de recevoir ces nouveaux alliés, ni de leur résister. Les Alains, irrités d'une conduite dont les motifs leur paraissaient frivoles , accusèrent hautement les Romains de perfidie; ils eurent recours à leur propre valeur pour se venger et pour obtenir le paiement qu'on leur refusait. Comme ils marchaient avec la vitesse ordinaire des Tartares, ils se répandirent bientôt dans les provinces de Pont, de C«ppadocc, de Cilicie et de Galatie. Les légions qui, des rives opposées du Bosphore1, pouvaient presque apercevoir les flammes des villes et des villages embrasés, sollicitaient vivement leur général de les mener contre l'ennemi. Tacite se conduisit comme il convenait à son âge et à sa dignité. Son buterait de convaincre les. barbares de la borne foi aussi bien que de la puissance de l'empire? il acquitta d'abord les engagemens qae- son prédécesseur avait contractés. Les Alains, pour la plupart apaisés par celte démarche, abandonnèrent leurs prisonniers et leur. butin , et se retirèrent tranquillement dans leurs déserts au-dclàdu Phase. L' empereur e» personne termina heureusement la guerre cowre ceux qui refusaient la paix. Second» par une armée de vétérans braves et expérimentés, il délivra bientôt les provinces de l'Asie desScjr thes qui les dévastaient '. ,
Mais la gloire et la vie de TaciW nleunmt qu'une courte durée. Ce prince avait, été forcé de quitter le beau climat de lu Campanie, où, loin du bruit des armes, il gouùit les douceurs de la retrait*1. Transplanté toutà-conp, dans le sein de l'hiver, au fiod du mont Caucase, il succomba aux fatigue* dn la vie militaire. Les peines du corps lurent aggravées par celles de l'unie. L'iPJithousiasme du bien public avait suspendu pour
' Vopiseus, llist. Aug., p. 230; Zouîme.h t; -pi 57; Zonarc , 1. xu , p. 637. Deux passages dans la'vic'de'PfOl>us,p.236, 238, me persuadent i|iie «s Siwlfieifajoi envahirent le Pont , étaient Alains. Si nous pomfMK croire Zosirae (1. i , p. SB ) , Florianus les pounuHtt jusqu'au Bosphore Cimmericn. Mais ce prince esi théine asse2 de temps pour une expédition fi longue cili tfjfftOH*.
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'(»& dep. J.-C.) un temps les passions que L'esprit de dis- .corda et l'intérêt personnel avaient allumées dans le cœur des soldais. Elles reprirent bientôt leur cours avec une violence redoulilée, et elles excitèrent un furieux orage dam le camp, dans la tente même du vieil empereur. Son caractère doux et aimable na.iservit qu'à inspirer du mépris pour sa personne. Tourmenté sans cesse par des factions qu'il ne pouvait étouffer, et par des deaandes auxquelles il lui était impossible de satisfaire, il voyait disparaître les espérances magnifiques qu'il avait conçues en prenant les renés du gouvernement. En vain s'était-il flâné de remédier, aux désordres de l'état; il ne tarda pas à s'apercevoir que, la licence de. l'armée dédaignait le frein impuissant de la loi. Ijo chagrin et le désespoir do ne pas réussir dan» ses projets de réforme hâtèrent ses derniers instaus. On ne sait si les soldats .trempèrent' leurs mains dans le sang de ce vertueux prince '. Il paraît certain que leur linsolence fut la cause de sa mort. II expira dans la ville deTyane, en Cappadoce, après un: règne de six mois et vingt jours seulement'.
' A peine Tacite eut-il Tes yeux fermés, que son frère Florianus, sans attendre le consentement du sénat, s'empara de la couronne, dowt son usurpation précipitée le rendait indigne. Les camps et les provinces conservaient encore pour la constitution romaine un 'respect dont l'influence pouvait bien les engager à désapprouver l'ambition de Florianus, mais non les déterminer à s'y opposer. Le nvécontentement se serait dissipé en vains murmures, si le général de l'Orient, le brave Probus, ne se fat pas déclaré le vengeur du sénat; Les forces des deux prétendons paraissaient fort inégales. Le chef le plus habihvi la tète des troupes efféminées de l'Egypte, pouvait-il espérer de disputer la victolre'anxi légions invincibles de l'Europe, qui
' < Çuliupc et Auwlius Victor disent simplement qu'il meuiut ; Victor le jeune ajoute que ce (ut d'une fièvre. Selon awiuie et Zanare , il rut tué par les soldats. Vopis- «M apportâtes différentes opinions et semble hésiter. 11 etf cependant làen aise de concilier ces sentimens opposés. 2 ado» les deux Victor , il régna exactement deux ténia jour». . .
tvt
soutenaient les armes du frère de Tacite? La fortune et l'activité de Probus surmontèrent tous les obstacles. Les intrépides vétérans de son rival, accoutumés à des climats froids, furent incapables de supporter les chaleurs étouffantes de la Gilicie , où l'été fut singulièrement malsain. Aux maladies se joignirent de fréquentes désertions qui diminuèrent leur nombre. Les passages des montagnes n'étaient que faiblement gardés. Tarse ouvrit ses portes. Enfin les soldats de Florianus, après l'avoir laissé jouir environ trois mois de la dignité impériale, délivrèrent l'état des horreurs d'une guerre civile, en sacrifiant un prince qu'ils méprisaient '.
Les révolutions perpétuelles du (roue avaient tellement effacé toute notion de droit héréditaire, que la famille d'un infortuné souverain ne donnait aucun ombrage à ses successeurs. Les enfans de Tacite et de Florianus eurent la permission de descendre dans un rang privé , et de se mêler à la masse générale des sujets. Leur pauvreté devint, il est vrai, la sauvegarde de leur innocence. Tacite, en montant sur le trône, avait consacré son ample patrimoine au service public * : acte spécieux de générosité, mais qui montrait évidemment l'intention qu'avait ce prince de transmettre l'empire à ses descendans. La seule consolation qu'ils goûtèrent, après leur chute, fut le souvenir de leur grandeur passée, et la perspective brillante, quoique éloignée , que leur offrait la crédulité. Une prophétie annonçait qu'au bout de mille ans, il s'élèverait un monarque du sang de Tacite, qui protégerait le sénat, rétablirait Rome, et soumettrait toute la terre *.■
Les paysans d'Illyrie avaient déjà sauvé la monarchie prête à périr, en lui donnant Claude et Aurélien. L'élévation de Probus
> Hist. Aug., p. 231; Zosime, 1. 1, p. 58,59; Zonare, l.xu,p.637. AureL Victor avance que Probus prit la pourpre en Wyrie. Une pareille opinion, quoique adoptée par un homme Ires-savant, jetterai! celle période de l'histoire dans la. plus grande confusion.
iHist.Aug.,p. 229.
3 Ce héros devait envoyer des juges aux Parthes , aux Perses et aux Sarmales, un président dans la Taprobane et un proconsul dans 111e romaine que Caaaubon et Saumaisesupposenl(!trelaBretagne).tJnehisU)ire telle que la mienne (dit VopisŒsavee une Juste modestie).
«Jouta encore a leur gloire '. Plus de vingt ans avant cette époque, le mérite naissant du Jeune soldat n'avait point échappé à la pénétration deValérien, qui lui conféra le rang de tribun, quoiqu'il fut bien éloigné de l'âge prescrit par les règlemens militaires. La conduite du tribun justifia bientôt un choix si Batteur. II remporta, sur un détachement considérable de Sarmates , une victoire complète , dans laquelle il sauva la vie à un proche parent de l'empereur. Ce fut par de pareils exploits qu'il mérita de recevoir des mains du prince les bracelets, les colliers, les épées, les drapeaux, les couronnes civiques et toutes les marques honorables destinées, par l'ancienne Rome, à récompenser la valeur triomphante. On lui confia le commandement de la troisième légion , et ensuite de la dixième. En parcourant la carrière des honneurs, Probus se montra toujours supérieur au grade qu'il occupait. L'Afrique et le Pont, le Rhin, le Danube, le Nil et l'Euphrate lui fournirent tour à tour les occasions les plus brillantes de développer son courage personnel et ses talens militaires. Aurélien ïni dut la conquête de l'Egypte , et fut encore plus redevable à la fermeté héroïque avec laquelle il réprima souvent la cruauté de son maître. Tacite, qui voulait suppléer à son peu d'expérience pour la guerre par l'habileté de les généraux, nomma Probus commandant en chef de toutes les provinces orientales , lui donna un revenu cinq fois plus considérable que les appointemens attachés à cette place, lui promit le consulat, et lui fit espérer les honneurs du triomphe. Probus avait environ quarante-quatre ans* lorsqu'il monta sur le trône. Il jouissait alors de toute sa réputation, de l'amour des troupes, et de cette vigueur d'esprit et de corps propre aux plus grandes entreprises.
San mérite reconnu, et le succès de ses armes contre Florianus le laissaient sans ennemi ou sans rival. Cependant, si nous en
ne subsister* plus dans mille ans pour «poser on pour Jnstîfler li prédiction.
iPonrlaTta privée de Probus, njm Yopiscos, BU. Aug. , p. Î34-Ï37.
i Scion U eknmlvu d'Àtoxtudrie, 11 mit cinquante as* lorsqu'il mourut
(376 dep. L-C.) croyons sa propre déclaration, bien loin d'à* voir recherché la pourpre, il ne l'avait acceptée qu'avec la plus sincère répugnance. • Mais
> il n'est déjà plus en mon pouvoir, dit-il daas
> une lettre particulière, de renoncer à un
> titre qui m'expose à l'envie et à tant de
> dangers. Je- dois continuer de jouer le rôle
> que les troupes m'ont forcé de prendre l. » Sa lettre respectueuse au sénat respire lea sentimens ou du moins le langage d'un patriote romain. < Lorsque vous avez choisi un i de vos membres, pères conscrits, pour suc-
* céder a l'empereur Aurélien, voua vous » êtes conduits conformément à votre justice
> et à votre sagesse ; car vous êtes les souve-
> rainB légitimes de l'univers, et la puissance
> que vous tenez de vos ancêtres sera trans-
■ mise à votre postérité. Plut aux dieux que
> Florianus, au lieu de s'emparer de la pour-
> pre de son frère comme d'un héritage par-
■ ticulier, eût attendu ce que votre majesté
> déciderait en sa faveur, ou pour quetqu'au-
• ire personne! Les prudentes légions l'ont
> puni de sa témérité; elles m'ont offert le i titre d'auguste; mais je soumets à votre
> clémence mes prétentions et mes servi- » ces*. >
Lorsque cette lettre fut lue par le consul, les sénateurs ne purent dissimuler leur satisfaction de ce que Probus daignait solliciter si humblement un sceptre qu'il possédait déjà. Ils célébrèrent avec la plus vive reconnaissance ses vertus, ses exploits et surtout sa modération. Aussitôt un décret passé d'une voix unanime ratifia l'élection des années de l'Orient,, et conféra solennellement à leur brave chef toutes les diverses branches de la dignité impériale, les noms de césar et d'auguste, le titre de père de la pairie, le droit de proposer le même jour trois questions dans te sénat', l'office de souverain pontife,
■ La lettre était adressée au préfet du prétoire. Le prince lui promet, s'il se conduit bien , de le conserver dans cette charge importante. (Voyez Ilisl. Aiig-i p. 337. .)
1 Vopiscus , HUt. Aug., p. 237. La date de la lettre est assurément fausse. Au lieu Aalfon. Febrwir,** peut lire Non. Jugast.
sHist. Aug., p. 338. 11 est singulier que le sénat ail traité Probus moins favorablement que Marc-Aur&e. Celui-ci avait reçu, même avant la soort d'au
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(t7tdep.JI.-C.)
la puissance tribuniticnne et le commandement proconsulaire : forme d'investiture qui, en paraissant multiplier l'autorité du prince, exprimait la constitution de l'ancienne répu- 'bliqne. Le règne de Probus repondit à de si beaux commencemens. 11 permit an sénat de diriger l'administration civile. Se regardant comme son général, il se contentait de soutenir l'honneur des armes romaines. Souvent même il déposait a ses pieds les couronnes d*oret les dépouilles des barbares, fruits de ses nombreuses victoires'. En flattant ainsi la vanité des sénateurs, ne devait-il pas intérieurement mépriser leur indolence et leur faiblesse? Le» successeurs des Scipions semblaient n'avoir hérité que de l'orgueil de leurs ancêtres. Quoiqu'il fut à tout moment en leur pouvoir de taire révoquer ledit flétrissant de Gaiiien, ils consentirent patiemment à rester exdiM (ht service militaire. L'instant approchait où ils allaient éprouver que refuser l'épie c'est renoncer au sceptre.
La force d'Aurélieu avait écrasé de tous côtés les ennemis de {tonte. Après sa mort , ils parurent renaître et même se multiplier. Ils tarant de nouveau vaincus par la vigueur et l'activité de Probus, qui, dans un règne de sa ans1 environ, égala les anciens héros, et rétablit l'ordre dans toute l'étendue de l'univers romain. Il assura si bien les frontières de ht Rnétie , province exposée depuis longtemps à toutes les horreurs de la guerre, que l'on n'y aperçut aucune trace d'hostilité. La terreur de ses armes dispersa les Sarmates. Les tribus errantes de ces barbares, forcées d'abandonner leur butin, retournèrent dans lemdéserts. La nation desGoths rechercha iaUiar.ce d'un prince si belliqueux1. Il attaqua letlsatiriens dans leurs montagnes, assiégea et prit un grand nombre de leurs fortes
Pian, jus quinte relationh. (Voyez Capitoltn, Hisl. SHB.,p.M.)
> Voya U Mitre respectueuse de Probus eu sénst, ■pris ms victoires eut tes Germains. (Hisl. Aug., p. 21.)
•UdMeet 1» Sarcedu ragn* de Probus sont fixées iwrbtaaeMp d'exactitude parle cardinal Noria, dans son ■mal ouvrage de epockU Sjrro-Macedaaum , p, 06- 186. Ga passage J'Entête lie loseconde année de Probus >ree le* erre dcpluslcurs tiiiw de Srrie.
> Vopw-s, Hfcl. Aug. , p. 280
citadelles', et se flatta d'avoir détruit pour jamais un ennemi domestique dont l'indépendance insultait si cruellement à la majesté de l'empire. Les troubles excités dans la haute Egypte, pari' usurpateur Firmtut, n'avaient point été tout-à-fait apaisés. Le foyer de la rébellion existait encore dans les villes de Ptolémais et de Coptos, soutenues parles Blemmy es. On prétend que le châtiment de ces places et des sauvages du midi, le tirs auxiliaires, alarma la cour de Perse*, et que le grand roi sollicita vainement l'amitié de l'empereur romain. Les entreprises mémorables qui distinguèrent le règne de Probus furent pour la plupart terminées par sa valeur et par sa conduite personnelles. L'historien de sa vie est étonné que, dans un si court espace, de temps , un seul homme ait pu se trouver, présent à tant de guerres éloignées. Ce prince confia les autres expéditions au soin de ses lieutenans , dont le choix judicieux ne doit pas moins contribuer à sa gloire. Carus, Dioctétien, Maximien, Constance, Galère, Asclepiodatus, Aunibalianus et une foule d'autres chefs qui, par lasuite, montèrent sur le trône, ou qui le soutinrent, avaient appris le métier des armes à l'école sévère d'Àurélien et de Probus s.
Mais si jamais Probus mérita de la république, ce fut lorsqu'il délivra la Gaule, et prit soixante et dix places florissantes, opprimées par les barbares de la Germanie qui , depuis la mort d'Aurélien , ravageaient impunément cette grande province *. Au milieu de la multitude confuse de ces fiers conquérans, il n'est pas impossible de discerner trois grandes armées ou plutôt trois nattons défaîtes par l'empereur romain. Probus chassa les Francs dans leurs marais; d'qùngus, pouvons inférer que la confédération, connue sous le nom glorieux d'hommes libresA occu-
1 Zotime {]. i, p. 62-65) rapporte .une histoire trèslongue et très-minutieuse de Lycius , voleur isaw-ien. iZosime, 1. 1, p. 65; Voptscus, KM, Aug., p, 239,
240. Mais il ne parait pas vraisemblable que la défaite des sauvages d'Ethiopie pAi-affecter le monarque persan.
3 Outre ces chefs bien connus, Vopiscus.(Hist., Aug., p. 24t)ea lomne rJuuieup auUç4 «oui le* siHieas ne nous sont pas parvenues. ,.,■-.
VVoyw tes L*m &■¥&*& .(.'Mit- Al*,*. 238, 240,241.
DÉCADENCE CE HBHftlUE BOKÎAIN
pattdé'à'-Ie pays plat «-'maritime eoupé et presque mondé par les eaux stagnâmes dn tthin. Il paraît aussi que les Frisons et les Bataves avaient accédé a leur alliance. L'empereur, vainquit les Bourguignons, peuple considérable de la race des Vandales. Entraînés par ta' désir du pillage, ils s'étaient répandus depuis les rives de l'Oder jusqu'aux bords de la Seine. Us se crurent d'abord trep heureux d'acheter, par la restitution de tout- leur butin, la permission de se retirer tranqùMeBMBt; lorsqu'ils essayèrent ensuite d'éluder cet article do traité, leur punition fut prompte et terrible '. Mais, de tous les peuples qui envahirent la Gaule , le plus formidable était les Lygiens qui possédaient de vastes domaines sur les' frontières de la Pologne et de la Silésie '. Parmi ces barbares les Aries tenaient le premier rang par leur nombre et par leur fierté. < Les » Aries (c'est ainsi qu'ils sont décrits dans le «style énergique de Tacite), s'étudient à
> augmenter leur férocité naturelle par le s de l'art et du stratagème. Ils noir-
it leurs boucliers, leurs corps, leurs * visages, et choisissent la nuit la plus som- » bre pour attaquer l'ennemi. La surprise,
> rherrenr des ténèbres, le seul aspect de » cette armée épouvantable, qui semble sori tir des1 enfers », glacent d'effroi les cœurs »' les plus intrépides, car dans un combat les i yeux sent toujours vaincus les premiers*. > Cependant lès armes et la discipline des Romains détruisirent facilement ces horribles fantômes. Les LygieusJureat taillée en pièces dans une action générale ; etSomno, le plus renommé de leurs chefs, tomba entre les mains de Prebus; Ce prudent empereur, ne voulant pa* réduire de. ai braves ennemis au désespoir, leur accorda une capitulation
ttfMùOt,). r,p:«2;imi<*re Aagustiae(p. 2*9), jentpnM ijmMes barbaret furent- ehatits, éa contentement de leurs roisvS'Hen est «m», la position tilatt partiale
wWtatl'offcÉW.
a YoraOluïtbr.Oem. anL, 1. n. Ptotémée plate dans tsar wr la vflta de Caliâta, frobabkaKnt Cansh en SUcfe.
'Pèrali* timbra, qu^anttais IWite, «i sonnent une expreadou hardie.
« tadtty»;—! util, 43, TH»r»n fciwté de >
(376 Bep. J.-C.) honorable, et leur permit de retourner -en sûreté daM leur pattiei Mais les pertes qu'Us essuyéreitt'tiaiisia marche, dans la baûnile et dans lu rrftrfirtfe; anéantirent la nation. L'histoire de la Germanie ou de l'Empire ne répète plus ' même le nom <des Lygiens. Ces victoires, qui furent le salut de la Gaule, contèrent, dit-on, aux ennemis quatre cent mille hommes; entreprise pénible pour' les Romains, et dispendieuse pour l'empereur qui payait une pièce d'or pour chaque tête de barbare '.Cependant, comme ht réputation des guerriers est fondée sur la destruction du genre Humain , nons pouvons naturellement soupçonner que le nombre des morts fut exagéré par f avarice des soldats, et que la vanité prodigne du prince ne se mit pas en peine d'en .foire une recherche bien exacte. Depuis l'expédition de Maxiann,' lesgéaé-raox s'étaient bornés a une guerre défensive contre les nations germaniques, qurprousaienf continuellement leB frontières -de l'empire. Probns, pins entreprenant, • résolut- de profiter de ses victoires. Intimemeat- persuadé que les barbares ne consen tiraient jamais à la paix, tant qu'ils n'éprouveraient' pas dans leurs pays les calamités de ild! guerre, il passa le Rbin et fit briUePiscaaigles invincibles, snr les rives de l'Elbe et' du Neckar. Sa présence étonna' la Germanie épuisée par les mauvais succès: de la denatéro migration. Neuf des princes les plus considérables se rendirent à son camp, et se prosternèrent à ses pieds, lis reçurent humblement les conditions qu'il lui plut de dicter. Le vainqueur exigeait qu'on lui remit exactement les dépouilles et les prisonniers: ealevésaux provinces. Il obligea les magistrats à sévir contre ceux qui retiendraient quelque partie du butin. Un tribut considérable, qui; consistait en blé, en troupeaux et en. ehevtmx, Les seules richesses des barbares; .fut destiné à l'entretien des garnisons établies sur les limites de leur territoire. Probns avait même conçu le dessein de forcer les Germains à quitter l'usage des armea. il voulait, les engager à confier' leurs différends à ht justice de Rome, et leur sûreté à sa puis-'
i Vopiwus, Hist. AtfS.,p.33S; -..' .
>y G00gIC
{m de». J.-C;) sauce. Ce plan Magnifique aurait exigé la résidence eonstante «Vun gouverneur impérial soutenu d'une année nombreuse. Aussi Probus jugea-t-il plus à propos de différer l'exécution d'un si grand projet, dont l'avantage était réellement plus spécieux que solide'. Si la Germanie eût été réduite en province, avec des frais et des peines immenses, les- Romains n'auraient eu qu'une frontière beaucoup plus étendue à défendre contre le» Scytkes, barbares plus redoutables parleur courage et par leur activité.
Au lieu de tenir les naturels belliqueux de la Germanie dans le rang de sujets, Probus se contenta d'élever un rempart contre leurs incursions. Le pays qui forme maintenant le cercle de Souabe était devenu désert , du temps/d' Auguste, par la migration deses anciens babitana *. La fertilité du sol attira bientôt une nouvelle colonie des provinces de la Gaule. Des foules d'aventuriers, d'un caractère entreprenant et d'une fortune désespérés, s'emparèrent de cette contrée, dont les états voisins se disputaient la possession, etdls reconnurent la majesté de l'empire en lu payant le dixième de leurs revenus1. Pour 'protéger ces nouveaux sujets, les Romain» construisirent des postes qu'ils distribuèrent par degrés , depuis le Rhin jusqu'au Danube. Vers le règne d'Adrien, lorsqu'on imagina un pareil moyen de défense, ces postes étaient couverts , et communiquaient l'un à l'autre par nn fort retranchement d'arbres et de palissades. A des remparts si informes l'empereur Probns substitua une maraMle de pierres, d'une grande hauteur, fortifiée par des tonrs placées à des distances convenables. Elle commençait dans le voisinage de Neusradt et de Ratisbonne sur le Danube ; eile s'étendait à travers des collines, des' vallées, des rivières et des marais, jusqVa Wimpfen sur le Nectar; enfin elle se
< lUsl. Aug., p. 238 , 239. Vopiscus die une lettre de l'empereur au sénat , dus laquelle ce prince parle du pnietd&TeMuireHeemuieea province.
i Stn**u,l. «fc Sekw VdlewPartereubi» (a , 108 ) ; Harottodaug mena aes Marcoeoans eu Bohême. Clavier (Gerni. ant.,iu, 8) prouve qu'il partit de U Souabe.
J Le paiement du diiieme fil donner a ces colons le wntePecttmates.ÇlKâH!, Geas.29.) ■
ME ED. GIBBON. CH. Xïï.
terminait aux bords du Rhin» après un circuit de deux. cents milles .environ-'. .Cette barrière importante unissait ainsi, les deux grands fleuves qui défendaient les provinces de l'Europe. Il parait qu'elle remplissait l'espace vide par lequel les .barbares, a surtout les Allemands, pouvaient pénétrer anec le plus de facilité dans le centre de l'empire. Hais l'expérience de l'univers, depuis la Chine jusque dans la Grande-Bretagne , : prouve combien il est inutile de fortifiée une grande étendue de pays *. Un ennemi. actif, libre de varier l'attaque et de choisir le. moment favorable, doit enfin découvrir quelque «ndroit faible ou profiter d'un instant de ' négligence. La force, aussi bien que l'attention de ceux qui défendent cette chaîne de fortifications, se trouve divisée; et tels sont les effets d'une terreur aveugle sur les troupes les plus far* mes, qu'une Ligne rompue en un. seul endroit est presque aussitôt abandonnée. Le. sort qu'éprouva le mur de Probus peut oonfcr-. mer l'observation générale. Il fut renversa parles Allemands peu d'années après la mort de ce prince. Ses ruines, éparses « que . l'ad-. miration stupide attribue universellement à la puissance du démon, ne servent maiate-i nant qu'à exciter la surprise. du peysaa.de. Souabe.
Parmi les conditions qu'imposa l'empereur aux nations vaincues, une des plus iitilesfut de fournir à l'armée romaine seize .mille, hommes, les plu» braves elles pins robustesde leur jeunesse. Probus les dispersa dans toutes les provinces t et- distribua ce-renfort dangereux en petites bande» tieci»qn*ftto*u soixante Germains chacune, parmi les trou* pes nationales. « 11 est avantagea* ùlarépiibb- • que, remarquait-il judicieuaameiitjdOitJrflr
' Vorea les notes de l'abbé delà BleUeriei laGcnnalùedeTaElle.p. 183. Ce «n'Uïlft da !* rauietSc «stypivtipateOMDt tiré ( comité il -l'écrit : ls»«rsM ) da . Vounpg* te il. Schœv&a, iatituià. . itiMia Miu/ratci. ■.. .
1 Voyei les recherches sur les Égyptienne* -ta (kiiw, tom. u, p. 81-162. L'iuteuranf«],nteidelaa.«umee cona«M tret-kàn le globe en général, et l'Allemagne «a particulier. A l'égard de ce pays , tl die un ouvrage 4» M. HanseknaB ; dw» il-ji** csûfondre-la auiraiu* de Probus , bàlie contre le» Allemands, avec laftctifltaU* des MWmcm , «OMt»tWHd>litffc TSWWnf» 4> contre les Galles.
» du secourt des barbares, pourvu qu'on le i sente, mais qu'on ne l'aperçoive pas '. > Ce secours para issu il alors nécessaire. Amollis par le luxe , les faibles habitans de l'Italie et des provinces intérieures ue pouvaient supporter le poids des armes. La nature donnait toujours atre peuples nés sur la frontière du Rhin et du Danube dés Suies et de*s corps capables de résister aux fatigues des camps. Mais une suite perpétuellede guerres en avait insensiblement diminué le nombre. Les mariages devenaient plus rares; l'agriculture était entièrement négligée. Ces causes, qui affectèrent les principes de la population, non-setiletnênt détruisaient la force actuelle de ces contrées, mais étouffaient encore l'espoir ries générations futures. Le sageProbut conçut le projet grand et utile de ranimer les frontières épuisées, en y introduisant de nouvelles colonies de barbares prisonniers ou fugitifs, auxquels il accorda des terres, des troupeaux , les instrtimens propres à la culture, et tous les enconragemens capables de former une race de soldats pour le service de la république. Il transporta un corps considérable de Vandales dans la Grande-Bretagne, selon toutes les apparences dans la province de Cambridge ■. L'impossibilité de s'échapper accoutuma ces nouveaux habitans à leur situation ; et, dans les troubles qui , parla suite , déchirèrent le sein de cette île, ils so montrèrent les plus zélés défenseurs de l'état*. Un grand nombre de Francs et de Gépides se fixa sur les rives du Rhin et du Danube. Cent mille Rastarnes, chassés de leur patrie, arreplèrent avec joie un établissement dans laThrnce. Bientôt ils adoptèrent les sentimens et les mœurs des sujets romains1. Mais les espérances de Probus furent souvent trompées. Des barbares inquiets, élevés dans l'oisiveté, ne pouvaient se résoudre à
' IF plaça cinfpiante on soixante barbares environ dans un nHHimis, comme on l'appelait alors. [Vous ne connaissons pas exactement te nomlirr fixe deceux qui composaient un pareil corps.
i Iji tirclasaie de OnnMeo, Inlrmrorlion , p. 136; mais II M appuyé sur une ronjrrtun bien douteuse.
»7oStmc, l.i, p. 02. Selon Vopiseiis, un autre corps de Vîmdales |tit moins fidèle.
«Hlsl. Àug., p. 240. tlg ftrrrnt probablement chassés par lM Gotlu. ( Zoium , 1. 1 , p. 66. )
DECABBSCfi DB L'ETOIRE rSWWN (WT tfcp. *.-£)
mener une vie sédentaire j leurs bras se refusaient aux travaux lents de l'agriculture. ■ Ils conservaient pour l'indépendance un amour indomptable. Cet esprit de liberté, ! luttant sans cesse contre le despotisme, les précipita dans des révoltes également fatales à eux-mêmes et aux provinces1. Malgré les efforts des empereurs suivans qui imitèrent la conduite de Probus, jamais ces moyens artificiels ne purent rendre à la frontière importante de la Gaule et de l'illyrie cette ancienne vigueur qu'elle tenait de la nature.
De tous les barbares qui abandonnèrent leurs nouveaux établisse mens et qui troublèrent la tranquillité publique, quelquesuns, en très-petit nombre» retournèrent dans leur pays natal. Ces fugitifs pouvaient bien errer pendant quoique temps, les armes à la main, au milieu de l'empire; mais ils succombaient à la fin sous la puissance d'un empereur belliqueux. La hardiesse heureuse d'un parti de Francs eut des suites si mémorables qu'elle ne doit pas être passée sous silence. Probus les avait établis sur la côte maritime de Pont, dans la vue de défendre cette frontière contre les incursions des Alains. Des vaisseaux qui mouillaient dans un des ports du Pont-Euxin tombèrent entre les mains des Francs. Ils résolurent aussitôt de chercher une route de l'embouchure du Phase à celle du Rhin. Les dangers d'une longue navigation sur des mers inconnues ne les effrayèrent pas. Ils passèrent aisément les détroits du Bosphore et de l'Hellespont ; et, croisant le long de la Méditerranée , ils satisfirent à la fois leur vengeance et leur cupidité, en ravageant les rivages de l'Asie, de la Grèce et de l'Afrique, dont les habitans se croyaient a l'abri de toute incursion. Syracuse, ville opulente qui avait vu autrefois les flottes d'Athènes et de Cartilage englouties dans son port , fut saccagée par une poignée de barbares, qui massacrèrent impitoyablement la plus grande partie des citoyens. De Ut Sicile les Francs s'avancèrent jusqu'aux colonnes d'Hercule, bravèrent le redoutable Océan , côtoyèrent l'Espagne et la Gaule, et, dirigeant leur course triomphante à travers
* Hist. Augustin*, p. 240.
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(180 dep. J.-C.) la.Mauche, ils descendirent en sûreté sur les cfites des Frisons on des Bataves ' , après avoir terminé si glorieusement leur voyage. L'exemple de leur succès enflamma leurs compatriotes. En leur apprenant a connaître les avantages de la mer et à en mépriser les périls, il ouvrit àces esprit» avides d'entreprises une nouvelle route aux honneurs et aux richesses.
Malgré la vigilance et l'activité de Probus, il lui était presque imposssible de contenir dans l'obéissance toutes les parties de ses vastes domaines- Les barbares qui brisèrent leurs chaînes avaient profité de l'occasion favorable d'une guerre civile. L'empereur, avant de marcher au secours de la Gaule , avait donné le commandement de l'Orient i Saturnin. Ce, général, homme de mérite et d'une grande expérience, leva l'étendard de la révolte. L'absence de son souverain , la légèreté du peuple d'Alexandrie , les sollicitations pressantes de ses amis, et ses propres alarmes, l'avaient entraîné dans cette démarche téméraire. Mais, du moment qu'il fut revêtu de la pourpre , il perdit à jamais l'espoir de conserver l'empire et même la vie. < Hélas 1 dit-il, la république vient de
■ perdre un citoyen utile. La précipitation » d'un instant a détruit plusieurs années de
> service. Vous ne savez pas, continuait-il , » quels sont les maux attachés à la puissance » suprême. L'épée est sans cesse suspendue
■ sur notre tête, noua redoutons nos propres i gardes; nous n'osons nous fier à ceux qui » nous entourent. Il ne nous est plus permis
> d'agir, ni de nous reposer à volonté. Ni
• l'âge, ni le caractère, ni la conduite ne
• sauraient nous garantir des traits empoî-
• sonnés de l'envie. En m" élevant sur le
> trône, vous m'avez condamné à une vie de » fatigues et à nne mort prématurée. La seule i consolation qui me reste est l'assurance
> que je ne périrai pas seul *. »
La première partie de la prédiction fut vérifiée par la victoire de Probus ; mais la cié-
i Panégyr- Vet., v, 18 ; Zoslrae, 1. I, p. 66: i Vopiscus , Hist. Ane., p. 245 , 248. Cet orateur infortuné mit étudié là rhétorique à Cannage , cl nous sommes plus portés à croire qu'il était Maure (Zostoie-, L i, p. 00) que Gaulois, cornu» Vopbcui l'appelle.
Mit ED. GIBBON. CH. Xïï.
mence de ce prince voulut empêcher l'effet de la dernière. Il essaya même d'arracher l'infortuné Saturnin à la fureur des soldats. Rempli d'estime pour l'usurpateur , Probus avait puni, comme un vil délateur , le premier qui lui avait apporté la nouvelle de sa révolte '. Il exhorta plus d'une fois ce général rebelle à prendre confiance en son maître. Saturnin aurait peut-être accepté une offre si généreuse, s'il n'eut pas été retenu par l'opiniâtreté de ses partisans. Plus coupables quêteur chef, ils avaient plus à redouter le ressentiment de l'empereur, et ils s'étaient formé de plus grandes espérances sur le succès de leur révolte.
A peine le calme fut-il rétabli en Orient que la rébellion de Proculus et de Bonosus excita de nouveaux troubles dans lu Gaule. Ces deux officiera s'étaient rendus fameux seulement, l'un par ses exploits de galanterie', l'autre parle talent singulier qu'il avait de boire sans perdre la raison. Il» ne manquaient cependant pas de courage, ni de capacité ; et ils soutinrent tons les deux avec dignité le caractère auguste que la crainte du châtiment les avait engagés à prendre , jusqu'à ce qu'enfin ils furent terrassés par Le génie supérieur de Probus. Ce prince usa de la victoire remportée sur les rebelles avec sa modération ordinaire : il épargna la vie aussi bien que la fortune de leurs familles innocentes '.
'Ses armes avaient triomphé de tous les ennemis étrangers et domestique» de l'état. Son administration douce, mai» ferme, ne contribua pas moins à rétablir la tranquillité' publique. Il n'existait plus dans les provinces de barbares ennemis, d'usurpateurs, de
i Zonare I. ni , p. 638.
l On rapporte un trait fort surpremat de la pronom
deProculus: cet officier avait pris cent vierges sannates. Il vaut mieux l'entendre raconter dans sa langue le reste de l'histoire. • Ex bis uua nocte decem inivi ; omncs la- ■ men , quod in me erat , mulieres luira dles qujudecim * reddidi. • ( Vopiscus , Hist. Aug. , p. 246.)
3 Proculus , qui était natif d'Albenga , sur la câlc de Giaes , arma deux mille de ses esclaves. Il avait acquis de grandes richesses; mais il les devait à ses brigandages. Par la mite sa famille avait coutume de dire, nectaft'Ones use, nec principes sibiplacere. (Vopiscus , Hist- Aug., p. 247.)
Mi
brigands même, qui rappelassent le souvenir des anciennes discordes. Après de si grands exploits l'empereur se rendit a Rome, pour y céMbref sa propre gloire et la félicité générale.'La pompe du triomphe, que méritait la valeur de Probus , fut dirigée avec une magnificence égale à la grandeur de sa fortune; et le peuple , après avoir admiré les trophées fl'Aurélien , contemplait avec le même plaisir ceux du héros qui lui avait succédé *. Noos te pouvons oubliera cette occasion le courage désespéré de quelque gladiateurs , dont près de srx1 cents avaient élé destines aux jeux miels de l'amphithéâtre. Quatre-vingts d'entre eut environ, frémissant d'être forcés de répandre leur sang pour l'amusement de ta populace, tuèrent leurs conducteurs, sortirent avec impétuosité de l'endroit où ils étaient gardés ,' et remplirent les rues de la capitale de meurtres et de confusion. Après Une résistance opiniâtre ils furent terrassés et mis en pièces par des troupes régulières ; mais Us obtinrent du moins une mort honorable et la satisfaction d'une juste vengeance1.
La discipline de Probus , moins cruelle que celle d'An rélien ,'était observée avec la même rigidité et la même exactitude. Le vainqueur de Zénobie punissait sévèrement les désordres des soldats; Probus les prévenait, eu employant constamment les légions à de»
travaux utiles. Lorsqu'il eut le commande' ment de l'Egypte , il exécuta plusieurs ouvrages considérables, qui contribuèrent à la splendeur et à l'avantage de cette riche contrée. Il perfectionna la navigation du Nil, si importante à Rome elle-même. Des temples , des ponts, des portiques et des palais furent construits par les mains des soldats, devenus tour à tour architectes , ingénieurs et cultivateurs *. On rapporte d'Aunibal que. dans la vue de garantir ses troupes des suites funestes de l'oisiveté, il les força de planter un grand nombre d'oliviers le long des côtes de l'Afrique *, Guidé par le même principe,
iHist.Aug.,p.2*>.
iZoune.l. i,p. 66.
* Uist. Aug., p. 236.
'Anrel. Victor, ùt Prob. Mais la politique d'Aiaibal, «ont aucun auteur plut anctes n'a parlé , ne s'accorde pu
(281 dep. J.-C.J
Probus exerça ses légion s à couvrir de vignes les coteaux fertiles de la. Gaule et de la Pannoiue. Il s'efforça do mériter par ses bienfaits la reconnaissance de sa patrie, pour laquelle tl conserva toujours une affection particulière. Un vaste terrain, connusousle nom de mont Àlmo , et sifuéatre environs de Sirmium, son pays natal, ne présentai t de tous côtés que des marais infects; il. fut converti en riches pâturages. On parle encore d'un autre endroit entièrement défriché par ses troupes '. Une pareille armée formait peut-être la portion la plus brave et. la plus utile des sujets Romains.
Satisfait de la droiture, de ses. intentions, l'homme le plus sage, en suivant un.' plan favori, sort souvent des bornes de la ruodération. Probus lui-même ne. consulta ,pt>ïnt assez la patience et la disposition de ses, flere légionnaires1. Les périls, attachés, , 1, la pro- . Cession des armes semblent, n'être, compensés que par une vie d'oisiveté et de plaisir. Mats si les travaux du paysan aggravent perpétuellement les devoirs duguerrier,, le soldat succombera sous le iardeau , ou le rejettera avec indignation. Probus, lui-mçme enflamma, dit-on, le mécontente ment des troupes. Plus occupé des intérêts dit genre humain que de ceux de l'armée , il espérait vainement, et il avait eu l'imprudence de se vanter que l'établissement d'une, pais perpétuelle lui épargnerait bientôt la nécessité d'avoir toujours sur pied une multitude, de mercenaires dangereux *. Ces paroles peu réservées lui devinrent totales. Dans un des jours les plus chauds de l'été, comme il faisait dessécher les marais <!e Sirmium, et qu'il pressait les travaux avec beaucoup d'ar-
avee l'histoire de sa rie. H quitta l'Afrique à l'âge de neW ans ; i! en arait onaran te~dnq lorsqu'il y retourna, st iaa* médiatement après il perdit son armée dans la bataille décisive de Z*nu. (Tite-LiTe,m,37.)
■Uist. Aug., p.. 240; Eulrope.u, 17; Aurai. Victor, in Prob. Victor le jeune. Ce prince réroqua l*a défense de Domitieu , et il accorda aux Gaulois, aux Bretons et aux Paunonieus une. permission généralede planter des vignes.
1 Julien blâme avec trop de.séVérite la rigueur', de Probus, qui, .selon lui, méritait, presque jja,, niali)«ireuse destinée. , i ■".' ,
3 Vopiscua, Ilist. Aug., p. 241. BlaitturcçïiiflÇspoit tu grand étalage d'âoqvmçe. , \ . ' ,„,...,
dbyGoOgle
(Mi dcp. J.-c?)
deur, les soldate irri^ jettent tont-à-conf) leurs Outils, prennent les armes et se révoltenï. "Leurs cris séffitîeux ,'Itf fureur peinte dans leur regarVJs'; ànnoncerfta l'empereur lé danger qui le menace. 11 se réfogic dans une tour élevée '.''qu'il avait construite pour dfrigorles ouvrages '.'La tour esta l'instant forcée, et mille épées sont plongées dans le sein dé l'infortuné Prôbns. La rage des troupes' s'apaisa dès ' qu'elle eat été satisfaite. Elles déplorèrent alors leur funeste précipitation, oublièrent la sévérité dn prince qu'elles Tenaient de massacrer, et se hâtèrent d'élever un monument honorable à sa mémoire, pour perpétuer le souvenir de ses verttis et' de ses victoires'. '■
Après1 les premiers' mouVemens de la douleur et du/ repentir, les légions proclamèrent emperéard"un éohsenteinent unanime, Carns, préfet oV^retôire.Toot'ce qui tient âeepririce paralt'atinteuXéUnéèrtam: lise glorifiait du titre dé'chitryëri , et'U affectait de comparer la pnfèté1de''s6rrsjtng' aveé l'origine étrangère et même barbare de ses prédécesseurs. Cependant, ïom d'admettre ses prétentions , ceux dé'ses'éclntemporainsqni ont fait le plus de recherches sur sa naissance ou sur celle de ses parens, la 'placent en Iltyrié, dans la Gaùféoïi'en' Afrique*; Quoique soldat, son éducation avait fté très-tutti vée ; quoique sénateur, lise trouvait revêtu de la première dignité de farmee; et dans un siècle où les professions' civile et utilitaire commençaient à être pcarfamaiS séparées Tune de fautre, elles se trouVàîétft' rètfhies' dans la personne de Carns. Mtdgré'la"Jtistîce sévère' qu'il exerça contre lès ■JS^Shsde'Proîms, dont î' estime et la fàveuV'M'aVaient'été siutiles, il fut soupçonné d'avoir participé à nn crime qui lui frayait .1» chemin au, trône. Il jouissait du mcins'yavuittfionr aw^énemeM, d'euio grande
■ Turrisfan&t. TS^tiA que cette tour était mobile
« garnie de fer. '■■*-■■■
1 Proti'qs, etvèrèjirobas'stinsatr Victor omnium g( n.Hutiibàrbaramm: victor etlam tynmnonan.
"* Tout eed cependant peut Cire concilié. II était né i WarbdnBf, Vtne' dlHjrte, qu"ïulrope a «nriondne arec la ■ vint '(fliis^Slinfeate M ce nom | située dans la Gaule. Son père pouvait être Africain, etsa mère use noble Romaine. Canif niWnttiWtuteleté tenda capitale. ( Voyez Scaliger, Jrum<i(l,adEiHeb.C!tron.'$.2tt.)-
pAft'ED.'iStëBON; cm xn. 300
réputation de mérite et de vertu \ mai» l'austérité de son caractère dégénéra insensiblement en aigreur et en cruauté. Les historiens, de sa vie sont. presque disposés à. le n*e tire an rang des tyrans de Rome *. Carus ; avait environ soixante ans lorsqu'il prit la pourpre, et ses deux fils, Carin et Numérjcn, étaient déjà parvenus à l'âge d'homme ».
On vit expirer avec. Probus l'autorité du sénat. A la mort de ce prince, le repentir: des troupes ne les porta point aux mêmes égards qu'elles avaient eus ppur la puissance civile après le meurtre d'Aurélien. Elles avaient donné. la pourpre à Carus, sans attendre Vapprobation du sénat. Le nouvel empereur: se contenta d'annoncer, par une lettre froide et bautaute , qu'il était monté sur le trône vacant ». Une conduite si dUTérente de celle de son vertueux, prédécesseur ne prévcnaÎL,paB en faveur du nouveau règne. Les Romains, sans pouvoir et. sans liberté, curent recours à des discours licencieux \ seul privilège dont onne leur eut pas ûté la jouissance. La .flatterie éleva cependant la voix. H existe eufiore une églogue composée à l'avènement . de Carus. Quelque méprisable que soit, le sujet de cette pièce, on peut la lire a.vec plidsir. Deux bergers, pour éviter la chaleur du midi, se retirent dans la grotte de. Faune, Ils aperçoiyent quelques, caractères récemment tracés sur un hêtre. La diyiuit^ champêtre avait décrit ea vers prophétiques la félicité promise à l'empire,, sous le ijégne d'un si grand prince. Faune salue le héros qui, recevant sur ses épaules le poids de l'univers doit étouffer les guerres, les factions et rétablir l'ûinoceoce. et la. sécurité de Tige . d'or".
1 Probus avait demandé au. sénat que Ton élevât a Carus, aux dépens du public, une statue équestre cl un palaisde marbrr, comme une juste incompensé de' son mérite extraordinaire. (Vrtpiscns, Hisl. AEtf.; M9-.) ; ■•'■ ■> " ■ : a Vopisaii, llisi. Aug., p. 242, 24a. Julien eaeMft* pereur Carus et ses Dis 4u banquet des Césars. . 3 Jean Malala , lom. i , p. 40!,. Mais l'autprj^de ce Grec ÎRnorant est très-faible. 11 fait venir ridiculement de Carus la ville de Carmes et la Carie , province dont Homère a parlé.
* Hisl. Aug., p. 249. Carus félïcitclé sénat de «'qu'un de ses.' membres est Tait empereur. * "
* Hisl. Aug., p. Ml
«Voyez la première églogue de Calpuriilffl,' Sont ■
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Selon toute» les apparences, ces peintures frivoles n'attirèrent jamais les regards d'un général élevé dans les camps, que la gloire appelait à la défense de l'empire. Canta , avec le consentement de ses légions, se préparait à exécuter le projet si long-temps suspendu de la guerre contre les Perses. Il conféra le titre de césar à ses deux fils, Carin et Numérienjet, cédant au premier une portion presque égale de l'autorité souveraine, il lui ordonna d'apaiser d'abord quelques troubles élevés dans la Gaule, ensuite de fixer sa résidence à Rome, et de prendre le commandement des provinces occidentales1. Une victoire mémorable , remportée sur les formates, assura 1» tranquillité de Mtyrie. Les barbares laissèrent seize mille hommes sur le champ de bataille; vingt mille d'entre eux furent prisonniers. Impatient de cueillir de nouveaux lauriers, le vieil empereur se mit en marche au milieu de l'hiver, traversa la Thrace et l'Asie mineure, et arriva sur les confins de la Perse avec Numérien, le plus jeune de ses fils. Ce fut là que, campé sur le sommet d'une haute montagne, il montra aux troupes l'opulence et le luxe de l'ennemi qu'elles allaient bientôt combattre.
Le successeur d'Artaxerxès, Varannes ou Bahram, avait subjugué les Segest.es, une des nations les plus belliqueuses de la haute Asie *. Malgré cet exploit , l'approche des Romains l'alarma ; tl résolut d'employer la voiedes négociations pour retarder leurs progrès. Ces ambassadeurs entrèrent dans le camp romain , vers le coucher du soleil , au moment oh les troupes apaisaient leur faim par un repas frugal. Les Perses demandèrent à paraître en présence de Carus. Ils parcoururent les rangs sans apercevoir l'empereur. On les conduisit enfin à un soldat assis sur le gazon , et qui n'avait pour marque distinctive qu'un manteau de pourpre fait d'une étoffe grossière, tin morceau de lard rance
M. de Foutenêlle préttre le plan â celui du PoUion de Virgile (Voy« tom. m , p. MB).
1 Hist. Ang., p. 353; Eulrope, n , 18; Pafii , Annal.
ï Àgatbiaa, Lit, p. 135. On trouve une de ses maximes dans la Bibliothèque orientale de d'Herbdot. « La * défluitian de rhumuM renferme toutes les autres
(3B3 dep, J.-C.) et quelques vieux pois composaient son souper. La même simplicité régna dans la conférence. Carns , ôtant on bonnet qu'il portait pour cacher sa tête chauve, assura les ambassadeurs qu'il rendrait bientôt la Perse aussi dépouillée d'arbres, que Sa tète l'était de cheveux ', si leur maître refusait de reconnaître lasouverainetédeRome. Quoiqu'il y eut peut-être de l'affectation dans cette scène, elle peut nous donner une idée des mœurs de Carus , et de la modestie sévère que les belliqueux successeurs de Gallien avaient introduite dus les camps. Les ministres da grand roi tremblèrent et se retirèrent.
Les menaces de Carus ne furent pas sans effet. 11 ravagea la Mésopotamie, renversa tout ce qui s'opposait à son passage; se rendit maître de Séleucie et de Ctésiphon, places importantes qui paraissent s'être rendues sans résistance; enfin il porta ses armes victorieuses au-delà du Tygre '. Ce prince avait saisi le moment favorable pour nue invasion. Les conseils de la Perseétaient agités par des factions domestiques. Cette monarchie avait envoyé la plus grande partie de ses forces sur les frontières de l'Inde. Rome et l'Orient reçurent avec transport la nouvelle d'un si grand succès. On se formait déjà les idées les plus magnifiques. La flatterie et l'espérance annonçaient la chute de la Perse , la conquête de l'Arabie, la soumission de l'Egypte et la tranquillité de l'empire, à jamais délivré des incursions du peuple scythe *. Mais le régne de Carus semblait destiné à montrer la fausseté des prédictions. La mort du vainqueur dissipa bientôt ces vains fantômes de gloire. On est fort incertain sur la manière dont ce prince périt. Ce qui nous est parvenu de plus authentique ù ce sujet se trouve dans une lettre de son se-
■ Stqcsîus attribue cette histoire à Carin. Il est bien plus naturel de la donner à Carus qu'à l'empereur Probus , comme l'ont lait Tillemonl etpetau.
* Vopiscus, Hist. Ang., p. 250; Eutrope,n,18;1es deux Victor,
> C'est a la victoire de Canu sur les Perses que Je rapporte le dialogue du PMlopatrts, qui a été si long-temps un objet de dispute parmi les sivans. Mais 11 faudrait une fttaerbtion pour expliquer et pour Justifier mon opinion,
ÏO<?k
(«M dep. J.-C.)
«retire au préfet de I» ville. • Carus, dît-il,
> notre cher empereur, émît dam son lit ma-
> lade, lorsqu'il s'éleva dans le camp on fu- ■ rienx orage. Le ciel devînt si obscur que * nous ne pouvions nous distinguer ; et les ■» éclats continuels de la foudre nous ôtèrent i la connaissance de tonl ce qui se passait » dans la confusion générale. Immédiate- » ment après le plus violent coup do toi- » notre, nous entendons crier que l'empereur
par éd. gibbon, ch. xn.
ment le jeune Numérien d'obéir à la volonté des dieux, et de le» tirer d'un pays où elles ne pouvaient combattre que sou» les plus malheureux auspices. Le faible empereur se laissa entraîner par letu-s préjugés, et les Perses ae purent voir, sans étonnemçnt, la retraite subite d'un ennemi victorieux ',
On sut bientôt a Borne Le destin du dernier empereur. Le sénat et les provinces se félicitèrent de l'avènement des fils de Carus. Ces
• n'est plus. Il parai) qne tes officiers de sa i jeunes princes cependant n'avaient point
* maison, dans les trnnsportedc leur douleur, ■ ont mis le feu à la tente impériale; ce qui » a donné lieu au bruit que Carus avait » été tué de la foudre: mais, autant qu'il nous > a été possible d'approfondir la vérité, nous » croyons que sa mon a été l'effet naturel de
* sa maladie '. ■
- Cet événement ne produisit ancun trouble. L'ambition des généraux qui auraient voulu s'emparer de la pourpre était contenue par leurs craintes respectives. Le jeune Knmé- Hen et son frère Carin, alors abaens , furent universellement reconnus. Les Romains espéraient que le successeur de Carus marcherait sur les traces do son père, et qu'il porterait te fer et le feu dans les palais de Suze et d'Ecbatnne ". Mais les légions , si redoutables par leur nombre et par leur discipline, ne purent résister aux viles terreurs de la superstition. Malgré tons les artifices que l'on employa pour dégniserles circonstances de la mort du dernier empereur, il ne fut pas possible de détruire l'opinion de la multitude, et la force de l'opinion est irrésistible. Les anciens ne regardaient qu'avec une pieuse horrenr les places et les personnes frappées de la foudre, qui leur paraissaient singulièrement dévouées à la colère du ciel *. On parla d'un oracle qui désignait le Tygre comme I» borne finale- des armes romaines. Les troupes, effrayées du sort de Carus et de leurs propres dangers, sommèrent haute-
' Hist. Aug. p. 250. Cependant Eutrope, FosIm, Kului, Ittdenx Victor, niât Jérôme, Sidoaius Apolliwris, George Syncelle et Zonare prétendent loin que Carus fut MfckftMdre.
* V. NénétlaB, Crnegetkon , r , 71 , etc.
1 Vorei P«uiMt ses cttuamenUteurg sur le mot Sertàonùuutm. Les pUa* Cn^eta de la foudre étaient entourées fanon, la choses étaient enterrées wee des
cette supériorité de naissance ou de mérite, qui seule peut rendre la possession du trône en quelque sorte naturelle. Mes dan»' une condition privée, ils avaient reçu l'éducation de leur état, lorsque l'élection de leur père les appela tout-a-coupau rang de prince; sa mort , qui arriva aeixe mois après environ, leur assura l'héritage d'un empire immense. Pour soutenir avec modération une fortune si rapide, il eût fallu une prudence et une vertu extraordinaires; qualités dont Carin, l'alné des deux frères, manquait entièrement. 11 avait montré quelque courage dans la guerre de la Gaule '; mais dès qu'il fut arrivé à Rome il s'abandonna, sans aucune retenue, au luxe de la ville et à l'abus de l'autorité. 11 était doux et cependant cruel, livré aux plaisirs, mais dénué de goût, et, quoique singulièrement susceptible de vanité, il paraissait insensible à l'estime publique. Dans le cours de quelques mois il épousa et répudia successivement neuf femmes, qu'il laissa pour In plupart enceintes , et, malgré tant d'enyagemeus légitimes,- si souvent rompus, il trouvait le temps de satisfaire une foule d'autres passions, qui le conviaient d'opprobre e) dcslionoraicni les premières familles de l'état. Rempli d'une lia'uic implacable contre tous ceux qui pouvaient se rappeler sou ancienne obscurité, ou désapprouver sa conduite présente , il eut la bassesse de persécuter les compagnons de son enfance, qui n'avaient point assez respecté la majesté future de l'empereur; et les sages conseillers que son père avait placés auprès de lui pour guider
eéréoiOBics mystérieuses.
i Vspkwt» , Hùt. Au»., p. 250. AiatL VïtfJf sembla crelre a la prédictif a et opprower la relnile.
lîtéStAriM, Cyacgetieon.v, Gu.llcLiitconkiapoiwi, maie poète.
sa jeunesse sans expérience furent condamnés à l'exil ou an dernier supplice. Catin traitait les sénateurs avec fierté; il affectait de leur parier en maître, et il leur disait souvent qu'il avait intention de distribuer leurs biens à la populace de Rome. Ce fut d'entre les derniers de cette populace qu'il tira ses favoris et ses ministres. On voyait dans le palais, à la table même du prince, des chanteurs, des danseurs, des courtisanes et tout le cortège du vice et de la folie. Un huissier1 obtint le gouvernement de la ville. A la place du préfet du prétoire; qui fut mis à mort, Carin substitua l'uu des ministres de ses plaisirs les plus dissolus. Un autre qui avait les mêmes droits à sa faveur, ou qui l'avait obtenùeparun moyen encore plus infâme, reçut les honneurs du consulat. Enfin, nn secrétaire de confiance, très-habile dans l'art de contrefaire l'écriture, délivrait l'indolent empereur du devoir pénible de signer son nom.
LorsqueCarus entreprit la guerre de Perse, la politique et sa tendresse pour sa famille , dont il voulait assurer la fortune, l'avaient engagé à laisser entre les mains de l'aine de ses fils les armées et les provinces d'Occident. La nouvelle qu'il reçut bientôt de la conduite de Carin lui causa les regrets les plus vifs. Pénétré de douleur et de honte, le vieil empereur ne cacha point la résolution où il était de satisfaire la république par un acte sévcce de justice, d'éloigner du trône un fils indigne, qui en dégradait la majesté , et d'adopter le brave et vertueux Constance, alors gouverneur de la Daïmatie. Mais l'élévation de cet illustre général fut différée pour quelque temps, et dès que Carin fut débarrassé, par la mort de son père, du frein de la crainte ou de la décence, Rome gémit sous la tyrannie d'un monarque qui joignait à la folie d'Élagabale la cruauté de Donûtien1.
Le sen) mérite que l'histoire ou la poésie ait remarqué dans l'administration de Carin
' CtmctUariut. Cemot, si humble dans son origine , aX devenu , par un hasard singulier , le litre de U première place de l'entt dans le» monarchies de l'Europe. (Voyei Cauubon et Saomaise , ad Bitt. Jug., p. 253.} . sVopi«u«,Hi3t.Aue„p.253,254;Eulrope,ii, 19; Victor le jeune. A le vérité le règne de Diocletien fut si long et si florissant, qu'il a dû nuire beaucoup il» réputation de Carin.
{284 dep. J.-C.) fut la splendeur extraordinaire avec laquelle il célébra les jeuxdu cirque etdel'amphhbéitre. Plus de vingt ans après, lorsque les courtisans de Dioctétien lui représentaient la gloire et l'affection des peuples que son prédécesseur avait acquises par sa munificence, ce prince économe disait que le règne de Carin avait été en effet un règne de plaisir '. Au reste, cette vaine prodigalité que pouvait dédaigner la prudence de Dioctétien excita la surprise et les transports du peuple. Les vieillards, se rappelant la pompe triomphale de Promis, celle d'Anrélien et les jeux séculaires de l'empereur Philippe, avouaient que ces fêtes brillantes étaient toutes surpassées par la magnificence du fils de Carus*.
On peut se former use idée des spectacles de Carin, en considérant quelques particularités que l'on trouve dans l'histoire concernant les jeux donnés par ses prédécesseurs. Si nons nous bornons aux chasses des bétes sauvages, quelque blâmable que nous paraisse la vanité du dessein, ou la eruauté de l'exécution, nons serons forcés de l'avouer : jamais, avant ni depuis les Romains , l'art n'a fait des efforts si prodigieux , jamais on n'a dépensé des sommes si excessives pour l'amusement du peuple'. Sous le règne de Probus, de grands arbres, transplantés an milieu du cirque avec leurs racines, formèrent une vaste forêt, qui fut tout-à-coup remplie de mille autruches, de mille daims, de mille écris et de mille sangliers , et tout ce gibier fut abandonné à l'impétuosité tumultueuse de la multitude. La tragédie du jour suivant consista dans un massacre de cent lions, d'autant de lionnes, de deux cents léopards et de trois cents ours4. Les animaux que le jeune Gordien avait destinés à son triomphe, et qui parurent aux jeux séculaires de son successeur, étaient moins remarquables par le
i Vooùwui, ffist. Aag. , p. 154. Il rappelle Cents ; utils le sen* parait d'une manière aisex claire. D'ailleurs les noms du père et du fils étaient souvent confondus.
2 Voy« Calpurnhu , eglog. vn , 43. Noos pamwu remarquer que lee spectacles de Prchus étaient encore ré- «î» , et que le poète est secondé par l'hùitorien.
J Le philosophe Montaigne (Essais, Loi, co^deaue une Idée très-juste et très-agréable de la magnificence romaine dans ces spectacles.
* Vopiscus , Huit. Ane;., p. 240.
Dojmre..que P3ïtU» singularité. Vingt zèbres déployèrent. aux . yeux, du peuple romain leur» formes élégantes et la beauté de leur robe, brillante de différentes couleurs,1. DU élans et auunt.de girafes, les pins doux et les plus grands .des. animaux, qui errent dans les plaines, de- la Sariuatie.el dans coites de l'Ethiopie^ contrastaient avec trente hyènes d'Aïrùjue, et dix tigres, de l'iuilf,- les créatures les plus féroces de la zone torride. La force que les plus énormes quadrupèdes ont reçue, (1$. fa nature , sans être nuisible, fut ad* mirée^ans le rhinocéros, .dans L'hippopotame duîul^.et. dans une .troupe . majestueuse -de tre^te^denji . éjépbanji5. Tandis,que.m populace contemplait ayoc -nue surprise gtupjde ce jnagBJÇouo spci-j^lu, le naturaliste pouvsi\ pLjiçrjer la, ; jujube et. la propriété de tant d'esp^^ (CflVtffiBflfip , transportées de toutes Ies^^ar>je^,^;,Vauçicii (joBlinen* dans l'aiïtr pbj^ât(9 :de^An^e,.>Ji)U davantage passafi'^t.H'WÀ*. science tirait de la lotie, ne sauraif cer/a^neiioeitj. justilier un emploi si extmag$o|fdes.,ricliesses de l'étal. Ce Tut dans la première, (pierre punique seulement que leséoatjde {Uuue lia prudemment les jeux de la niulii^udc^vccJes intérêts de la république. Un pe lit nombre d'esclaves, qui n'avaient pour firmes que des javelines . emoussées *, donna la .chaise au milieu du cirque à une troupe.. considérable d'éléphans pris sur les Carthaginois.. Ce divertissement utile servit à uisptrer.au soldat romain, un juste mépris pour ce*.. masses énormes qu'il ne craignit
bieatAt plus de rencontrer sur le obacrtp dfî bataille.
La chasse on l'exposition des betes sauvages, se faisait avec une magnificence digne* d'un peuple qui s'appelait le maître de l'uni-vers; les édifices destines à ces umusemep» ne répondaient pas moins à -la grandeur romaine. La postérité admire et admirera long-, temps les débris majestueux de Vampbjthéâ» tre de Titus, qui méritait bien le nom de colossal1. C'était un bâtiment de forme elliptique, long de cent vingt-huit pieds, largo de, quatre cent trente-sept, appuyé sur quatre-, vingts arches, et s élevant, par quatre ordres d'architecture, à la hauteur de cent trente-un pied»'. L'extérieur était revêtu de marbre, et décoré de statues. Dans le contour de La . vaste enceinte qui formait l'intérieur, on avait disposé soixante ou quatre-vingt rang», de sièges, aussi de marbre, couverts de coussins, et capables de recevoir commodément plus de quatre-vingt mille spectateurs1. L;t multitude se portait en foule par soixante-quatre entrées (en latin vomitaria, nom propre à désigner de pareilles portes). Les issues, les passages, les escaliers avaient été si habilement construits, que chaque personne, sénateur, chevalier, ou plébéien, se rendait sans confusion à la place qui lui était destinée* ; on n'avait rien omis de ce qui pouvait contribuer au plaisir ou à La commodité des spectateurs. Un large voile, tiré sur leurs têtes lorgrque le temps l'exigeait, les garantissait dusoleil et de la pluie. Le jeu des fontaines rafraîchissait continuellement l'air imprégné du
1 Bj Mit MfpMt onagrt; enb le nombre est trop (dit w<m»il bo soit, question (jue d'ânes sauvages. Cufa {tUdeptyiiitis eperritat., n, 7) a prouvé, d'après OpjHft» , m» et un Grec anonyme , que l'on avait vu des zinfeVa kbW Ces animaux venaient de quelqulle de rOtfel, peut-être de Madagascar.
MUrah dora» m blppopoirmip. ( Voyez Calpharu., é^tos- tu, 66). Auguste avait autrefois «pose trente si» enteodimri&Minv* PaB Va en ait paru dan» les spee- '—n frinisli -tmrrP"* -t~*" ('""" ■'-r-"-1 ' ti, •.781). „v..,,n, -a-.---!: ■
HinJWnJgunlninUg» , frloT; Iflfc NWMtfceonnshs-
'" 5-tjnt»p*»!»««*»te(ii«f*]i-»»«i--
«s. Ces'
'f^m^B^iiil^itWb^ii^atlê'iÀ tïrte'
■ Voyez Maffei, Ferona illusiïata , P. n , L i, e. 2.
JMalTei,l. n , c. 2. La hauteur a été beaucoup trop exagérée par les anciens. Elle touchait presque les tieu* , selon Calpnmius («gog. T" > "&), et aile surpassait la portée de la vue de l'honjiuai, sel*» iamien MareeUin > ;xvi, il)). Mais oua cette hauteur était peu: canMén- , Me si on la compare avec celle de la grande pyramide d'Egypte, qui s'élevait à cùn cents pieds- en ligne péNpendieulaire '. ■.'•■:■ t\
î Selon les différentes copies de Victor, nous Usom «•liante dn-sepl mille ou quatre-vingt-sept mfllaSnéèl jienrs. Mais Moffet (■ f; n-, 1. 12 > , ne troure place sur les sièges découverts iroe potir Irente-cuafre inine. L* reste se tenait ilans fi» b.almft osurtHM tfn naît.
* Viyci'MifKi , !-■ n', é- fi^2. H té«ft* un sujet»! dHHepe âvee ItmieH'flarW'posslWe', etu «rchiietlew "" ' r'b|en< "
' bien qu'en antidata*.
parfum délicieux dei aromates. Dans le centre de l'édifice l'arène, on théâtre, parsemé du sable le plus fin, prenait successivement les formes les plus variées. Tantôt il semblait s'élever de (erre comme le jardin des Hespérides ; il présentait ensuite les cavernes et les rochers de Thrace; des canaux souterrains fournissaient une source d'eau inépuisable, et ce qui venait de paraître une plaine unie pouvait être tout-à-coup changé en un lac, couvert de vaisseaux armés, et rempli des monstres de la mer1. Les empereurs romain» déployèrent leurs richesses et leur libéralité pour embellir ces scènes. Nous lisons que tous les matériaux employés à la décoration de l'amphithéâtre furent qtielqncfois d'or, d'argent on d'ambre ' ; selon le poète qui décrit les jeux de Carîn, sous le nom d'un berger attiré dans la capitale par leur magnificence, les filets destinés à défendre le peuple contre les bétes sauvages étaient de fil d'or; les portiques avaient été dores, et une superbe mosaïque1 depierres précieuses enrichissait les degrés de l'amphithéâtre, qui servaient à séparer les rangs de spectateurs. Au milieu de cette pompe éclatante ,Tempereur, assuré de sa fortune , jouissait des acclamations du peuple et de la flatterie des courtisans. 1! écoutait avec transport les chants dos poètes qui se trouvaient réduits à célébrer, au défaut d'un mérite plus essentiel, les grâces divines de sa personne *. Dans le même moment, mais à trois cents lieues de Rome, son frère rendait les derniers soupirs, et une révolution soudaine faisait passer entre les mains d'un étranger le sceptre de la maison de Carus '.
i Calnm., é^og. vu , 64 , 73. Ces vers sont curieux , et toute règlogue a été d'un très-grand secours a Maflei. Olfiurnluset Martial (To;ez ton premier livre) étaient poêles; nuis lorsqu'ils ont décrit l'amphithéâtre , ils ont peint ce qu'ils voyaient , et ils voulaient parler aux sens <lca Romains.
3 Voyez Pline , Ilist. ?ial
>6; xxxvr, i.
Calpvrn, , vn.
* Et Marti? vuttiu et Apollinis esse putaci , dit Calçuraius; nuis Jean Halala, qui avait pcut-filrevu des portraiu de Carln , dil que ce prince était petit, épais et W>ne,(lomei, p. 403).
* Par rapport au tewps où ces jeux romain: furent to-
EMPTRE ROMAIN, (284 flep. J.-C.)
Les fils de Carus ne se virent jamais après la mort de leur père. Les arrangemens qu'exigeait leur nouvelle situation avaient probablement été différés jusqu'au retour de Numéricn dans la capitale , où l'on avait décerné aux jeunes princes les honneurs du triomphe , pour le glorieux succès de la guerre de Perse '. On ne sait s'ils avaient le projet de diviser entre eux l'administration ou les provinces del'empirc;mais il est vraisemblable que leur union n'eût point été de longue durée. La jalousie du pouvoir aurait été enflammée par l'opposition des caractères. Dans le plus corrompu des siècles Carîn était indigne de vivre ; Numérien méritait de régner dans des temps plus heureux. Ses manières affables et ses vertus aimables lui assurèrent, dès qu'elles furent connues , l'estime et l'affection du public; il possédait les qualités brillantes de poète et d'orateur, qui honorent et qui embellissent l'état le plus humble comme le plus élevé. Les Romains applaudissaient à son éloquence, quoiqu'il eût moins pris pour modèle Cicéron que de modernes déclamateurs. Dans un siècle oii , malgré la décadence du goût , la poésie conservait encore de la majesté , il disputa le prix aux plus célèbresde sesconlemporains, et il resta toujours l'ami de ses rivaux : ce qui montre évidemment la boulé de son cœur ou la supériorité de son génie *. Mais les lalens de Numérien le portaient à la contemplation ; la nature ne l'avait point formé pour une vie active. Lorsque la grandeur soudaine de sa maison le força de s'arracher aux charmes de la retraite , ni son caractère ni ses éludes ne l'avaient rendu propre au corn-* mandement des armées. Les fatigues delà guerre de Perse détruisirent sa constitution; et ses yeux , incapables de soutenir la chaleur du climat *, avaient contracté une faiblesse qui l'obligea , pendant une longue
lebrês , Sealiger , Saunuise et Cuper se sont donné bien de la peine pour embrouiller un sujet irte-daù.
i Mémesieu (Cynegelicon) parait anticiper dans em imagination cet heureux jour.
3 11 gagna toutes les couronnes sur Némésien , son rival danslapoesie didactique. Le sénat éleva uuc statue au fils de Carusavec u ne inscription Irès-équ iroqne : aupius puissant îles orateurs. (Voyez Vopiscus, Hisl. Àug,, p. 364.)
' Cause plus naturelle au moins que celle dont parle
(284 dep. J.-C.)
marche, de se renfermer dans la solitude et dans l'obscurité d'une tente ou d'une litière. L'administration de toutes les affaires , tant militaires que civiles, fnt remise au préfet du prétoire, Arias Aper, qui, à l'importance de sa dignité, ajoutait l'honneur d'avoir Numérien pour gendre. Cet officier avait confié la garde du pavillon impérial aux plus dévoués de ses partisans ; et ce fut lui qui, pendant plusieurs jours, communiqua aux troupes les ordres supposés de leur invisiblesouverain*. L'armée romaine avait quitte les bords du Tygrc dès que Carus avait eu les yeux fermés ; elle n'arriva qu'après huit mois d'une marche lente sur les rives an Bosphore de Thrace. Les légions s'arrêtèrent à Chalcédoine en Asie, tandis que la cour passait à llérocléey ville d'Europe, baignée par la Profiou tiile ■*. TouNà-conp on parle de la mort de l'empereur, et de la présomption d'un ministre ambitieux , qui continuait à exercer le pouvoir souverain au nom d'un prince qui n'était plus. Ces bruits se répandent d'abord secrètement ; bientôt ils éclatent dans tout le camp. L'impatience des soldats ne leur permet pas de rester pins long-temps incertains. Entraînés parla curiosité , ils forcent la tente impériale, où ils n'aperçoivent que le corps de Numéricn *. L'affaiblissement graduel de sa santé aurait pu les porter à croire que sa mort était naturelle ; mais le soin que l'on avait pris de la cacher parut une preuve de crime ; et les mesures d'Aper pour assurer son élection devinrent la cause immédiate de sa ruine. Cependant, inertie dans les transports de leur rage et de leur douleur, les troupes observèrent un ordre qui montre combien la discipline avait été fermement rétablie par les belliqueux successeurs de Gal-
Vopîscus ( HisL. Auff. , p. 251.) Ol historien attribue la faiblesse de seiyeuxaux ptuur& qu'il ne cessa oe verser sur la «art de son père.
i Dans la guerre de l'erse , Aper fut soupçonné d'avoir et le projet de trahir Carus. (Hist. Ans-, p. 250). ■ ï Nous derons«wChn>nin«ed'Aleïan<trio, p. 271,1a wri— nca du temps et do lieu où Dioctétien Tut nommé empereur.
s Hist. A«g.,p. 251 ; Eutropc", rx, (8; saint Jérôme, in Cbron. Selon <xa judicieux ccriwuni, la mort de NameritR fui découverte par l'infection de son cadavre. Ne poOTait-uu pas trouver d'aromates dans la maison de
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lien. On tinta Chalcédoiné une assemblée, générale , où le préfot du prétoire fut amené
chargé de fers, comme prisonnier et comme criminel. Un tribunal vacant fut érigé au milieu du camp; et les généraux formèrent, avec les tribuns, un grand conseil militaire. Ils annoncèrent bientôt à la multitude qu'ils avaient choisi Dioctétien, comte des domestiques ou gardes du palais, comme la personne la plus capable de venger un prince chéri, et de lui succéder. Le moment émit précieux pour le candidat; etsa fortune pouvait en quelque sorte dépendre de la conduite qu'il allait tenir. Persuadé que l'emploi dont il avait été chargé l'exposait à quelques soupçons, Dioctétien monte sur le tribunal , tourne les yeux vers le soleil, et, eu présence, * de ce Dieu qui voit tout ', il proteste solennellement de son innocence. Prenant alors le ton d'un sonverain et d'un juge, il fait amener Aper au pied du tribunal : < Cet homme, * dit-Û, est le meurtrier de Numérien. » Et, sans lui donner le temps d'entrer dans une justification dangereuse, il lire son épée, et la plonge dans le sein de l' infortuné préfet. Une accusation, appuyée d'une preuve sidécisive, estadmisesans aucune contradiction; et les troupes, avec des acclamations réitérées, reconnaissent l'autorité et la justice de l'empereur Dioctétien '.
Avant de décrire le règne mémorable, dp ce prince, voyons quelle fut la destinée de l'indigne frère de Nuraérien. Les armes et les trésors de Carin le mettaient en état de soutenir ses droits au trône; mais ses vices personnels détruisaient tous les avantage» qu'il pouvait tirer de sa naissance et de sa situation. Les plus fidèles serviteurs du père méprisaient l'incapacité du fils, et redoutaient sa cruelle arrogance. Son rival avait pour lui le cœur des peuples; le sénat môme ■ préférait un usurpateur à un tyran. Les artifices de Dioclétien entretinrent le mécontentement généra). L'hiver fut employé en intrigues secrètes et en prépaialils ouverts pour
' Aurd. Victor; Eulrope, îx, 20; saint Jérôme, In Vhron.
ï Vopiscus , Hîsl. Ang. , p. 2â2. Ce mji engagea Dioctétien atuer^per (en latin unsMitftrr), re furent une prédiction et une poiuLc aussi ridienieupie connues.
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une guerre civile. Au printemps, les armées de l'Orient et de l'Occident se rencontrèrent dans les plaines de Margus, petite ville de Mtesie, non loin des rives du Danube '. Les troupes qui venaient de faire trembler le grand roi se trouvaient épuisées par les maladies et par les fatigues de leur dernière expédition; elles ne pouvaient disputer la victoire aux légions d'Europe, dont la force n'avait éprouva auenne altération. Les lignes de Dioctétien furent rompues; et ce prince désespéra pendant quelque temps de la pourpre et de la vie. Mais Carin perdit, par l'infidélité de ses officiers, l'avantage que lui avait procuré la valeur de ses soldats. Un tribun dont il avait séduit la femme saisit l'occasion de Be venger, et d'un seul coup il éteignit les discordes civiles dans le sang de l'adultère '.