‹ Histoire de la décadence et la chute de l'Empire romainChapitre 43 sur 85 · BH · texte numérisé non relu

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les montagnes de i'immaùs , s'éloignèrent des limites de la Chine, et denx nombreuses divisions de ces formidables exiles dirigèrent leur marche, l'une vers l'Oxus, et l'autre vers le Volga. La première de ces colonies s'établit dans les plaines vastes et fertiles de la Sogdiaae, sur la rive orientale de la mer Caspienne, où ils conservèrent le nom de Huns, avec le surnom d'Eutalites ou Nephtalites. Leurs mœurs, et jusqu'aux traits de leur visage, s'adoucirent insensiblement sous un climat tempéré et dans une province ' florissante qui conservait encore quelques tiits de la Grèce *. Les Huns blancs, nom qu'ils prirent d'après le changement de Leur couleur, abandonnèrent bientôt la vie pastorale. Gorgo , qui jouit d'une splendeur passagère sous le nom de Carizme , devint la capitale de leurs états; leur roi y fixa sa résidence, etréguapaisiUlementsur un peuple docile. Les travaux desSogdiens fournissaient a leur luxe, et. les Huns ne conservèrent de leur ancienne barbarieque la coutume odieuse d'enterrer vivans, à la nwrld'uu prince ou d'un citoyen opulent, dans sa fosse, jusqu'au nombre de vingt de ceux qui avaient partagé ses bienfaits durant sa vie \

Le voisinage des frontières de la Perse exposait souvent les Huns à de sanglons combats ; mais ils respectaient en temps de paix la foi des traites, et les lois de l'humanité en temps de guerre. Leur victoire mémorable sur Perose ou Firiu fait autant d'honneur

à travers les vastes déserts de la Tarlarie [t n, p. 123, 277 et 325, etc.)-

' Mohammed, sultan de Gamme, régnait dans la Sogdiane lorsqu'elle hit envahie ( A. D. 1218 ) par Gengtskaa et ses Mongoui. ( Voyez les écrivains orientaux. ) D'Hcrr belot, Petit de la Croix , etc., célèbrent les villes florissantes qu'il dépeupla , et les pays fertiles qu' il ravagea. Dans le siècle suivant , Abulféda , Hudson (Géograph. Minor.. t. ai), a décrit ces mêmes provinces de Chorismia et de M aw a raina rh. On peut voir leur misère actuelle dam l'Histoire généalogique des Tartares (p. 423-40»).

* Justin (xn. , G ) a laissé un Abrégé sur les rois grecs de la Ractriane. Je suppose que ce fut leur industrie qui ouvrit un nouveau commerce en transportant les marchandises des Indes en Europe par la vote extraordinaire de l'Osus, de la mer Caspienne, du Cyrus , du Phase et de la mer Noire. Les Sétauetdes et les Ptoleméea étaient les maîtres de toutes K» autres routes par terre et par mer. (Voy. l'Esprit des lois , 1. m.)

> Proeope , de Delta Persico , i. i,e. 3, p. 9.

(376 dep. J.-C.) a la modération qu'à la valeur des barbare». La seconde division des Huns, leurs compatriotes, qui avança vers le nord-ouest , rencontra plus d'obstacles, et se. fixa sous un climat plus rigoureux. La nécessité leur fit changer les soies de la Chine pour les fourrures de la Sibérie. Leur notion imparfaite de la vie civilisée fut oubliée totalement , et ils ajoutèrent à leur férocité naturelle celle des tribus voisines, qu'on a comparées, avec assez de justice, aux animaux sauvages du désett. Leur lierlé indocile rejeta bientôt la succession héréditaire des '4 anjoux ; et, tandis que chaque horde était gouvernée par son mursa particulier, leur conseil tumultueux dirigeait les entreprises de la nation. Le nom de la grande Hongrie1 a attesté jusqu'au treizième siècle leur résidence sur les rives orientales du Volga. Dans l'hiver, ils descendaient avec leurs troupeaux vers l'embouchure de cettegrandc rivière, et ils poussaient leurs excursions dans l'été jusqu'à la latitude de Saratoiï, on peut-être jusqu'au confluent du Kama. Telles sont du moins les récentes limites des Calmoucks noirs ', qui restèrent environ cent ans sous la protection de la Russie , et qui sont retournés depuis dans leur ancienne patrie , sur les frontières de b Clùne. Le départ et le retour de ces Tartares errons, dont le camp réuni composait cinquante mille familles, jette du jour sur les anciennes émigrations des llitns *,

Il est impossible de remplir l'intervalle obscur du temps qui s'est écoulé depuis que les Huns disparurent des environs de lu Chine jusqu'au moment oit ils se montrèrent sur les frontières des Homains. Quoi qu'il eu soit, ou

> Dans le treizième siècle, le moine Kubruquis, qui traversa la plaine immense de Kipsatf, en allant i la cour du grand khan, observa le nom remarquable de Hongrie, et des traces du langage et de l'origine de ce pays.(Hîsl. de* Voyages, t. vu, p. 209.)

2 Bell(voI.i,p.29-34),elIes éditeurs de TOUS, gënéalog. (p. 539), ont décrit les Calmouks du Volga au commencement de notre siècle.

1 Celle grande transmigration de trois cent mille Calmouks ou Torgoulsse fit en l'année 1771. Les missionnaires dePéking ont traduit le récit original de Kienlong, empereur régnant de la Chine , qui fut destiné i serrir d'inscription a une colonne. (Mém. sur la Chine, (ont. i, p.40l-416.)L'emp«reuratrectele langage charitable d'un Fils de Dieu ei d'un père des peuples.

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peut raisonnablement croire qu'ils furent poussés jusque sur les confins de l'Europe par les mêmes adversaires qui les avaient chasses de leur pays natal. La puissance des Sienpi, leurs ennemis implacables , qui s'étendait à plus de mille lieues d'orient en occident', doit les avoir insensiblement éloignés par la terreur de leur voisinage ; et la faite des tribus de la Scylhie augmenta les forces des Huns en resserrant leur territoire. Les noms barbares et peu connus de ces différentes hordes blesseraient l'oreille du lecteur, sans faciliter son intelligence; mais je ne puis pas mé dispenser d'observer que le nombre des Huns du Nord fut considérablement augmenté par la ruine de la dynastie du Sud, qui, dans le cours du troisième siècle, se soumit au gouvernement des Chinois, que les guerriers suivirent les traces de leurs compatriotes libres et fugitifs , et qu' ils oublièrent, dans les revers commuas de leur infortune, l'antipathie qni les avait divises durant leur prospérité *. Ijïs Huns avec leurs troupeaux , leurs femmes , leurs enfans, leursuite et leurs alliés, se transportèrent sur la rive occidentale du Volga, et s'avancèrent audacieuse ment sur les terres des Alain», peuple pastoral qui occupait une vaste étendue dès déserts de la Scythie. Les Alains couvraient de leurs tentes les plaines situées entre le ïanaîs et le Volga; mais leurs noms et leurs mœurs s'étendaient à toutes leurs conquêtes; et les tribus des Agathyrses et des Gelons étaient du nombre «le leurs vassaux. Ils avaient pénétré an nord , dans les régions glacées de la Sibérie, parmi lés sauvages affamés qu'on accuse de

< Le Rang-Mou (t. m , p. 446) donne a leurs conquêtes une étendue dequalorce mille lit. Selon la présente évaluation, deux «nts , ou plus rigoureuse ment cent rjuairevingt treiiefo.soutégalesaundegréde latitude, et un mille anglais contient par conséquent plus de terrain que trois milles chinois; mais 11 y a de fortes raisons de croire que les anciennes Jû Taisaient àpeineune moitié des modernes. (Voyezles laborieuses recherches de M. d'An ville, géographe , qui n'est étranger dans aucun siècle ni aucun climat du «lobe ; Hém. de l'Acad, t. il, P . 125-602; Mesures itinéraires, p. 154, 167.)

3 Vovea l'Histoire des Huns (t. h, p. 1K-MI.) L'histoire suivante (p. 145-277) de trots ou quatre dynasties des Huns, prouve avec évidence que leur long séjour à Ta Chine n'avait point amolli leur courage.

PAR ED. GIBBON. CH. XXVI. «t

manger de la chair humaine; et au 8hd ils poussaient leurs incursions jusqu'aux frontières de la Perse et de l'Inde. Le mélange des races samates et germaines avait un peu rectifié les traits des Alains ; ils étaient moins basanés, et leurs cheveux tiraient sur In couleur blonde, qu'il est rare de rencontrer chez les Tartares. Moins difformes et moins sauvages que les Huns, ils ne leur cédaient point pour la valeur et pour l'amour de la liberté, et rejetèrent toujours l'usage de l'esclavage domestique. Les Alains regardaient le pillage et les combats comme h gloire et la félicité du genre humain. Un cimeterre nu, fiché en terre, était le seul objet de leur culte religieux, lis caparaçonnaient leurs chevaux avec les crânes deleurs ennemis, et regardaient avec mépris les gnerriers pusillanimes qui attendaient patiemment les infirmités de l'âge, ou qui supportaient les douleurs d'une longue maladie '. Sur les bords du Tanaïs , les Huns et les Alains combattirent avec une valeur égale, mais avec un succès différent. LesHnns l'emportèrent; le roi des Alains perdit la vie, et les restes delà nation vaincue eurent recours à la fuite oti ù la soumission *. Une colonie de ces exilés trouva un refuge dans les montagnes du Caucase, entre le Ponl-Euxiti et la mer Caspienne, on ils conservèrent encore leur nom et leur indépendance. Une autre colonie s'avança avec plus d'intrépidité jusqu'à la mer Baltique , s'associa aux tribus septentrionales de l'Allemagne, et partagea les dépouilles de l'empire romain , la Gaule et l'Espagne. Mais la plus nombreuse partie des Alains accepta une alliance honorable et avantageuse avec ses vainqueurs; et les Huns, qui U valeur de leurs ennemis vaincus,

t « Ulque homûubusquietiâet placidis otinm est vo-

• luplabile, ila illos perleula juvant et bella Judicatur ibl

• beatns qui in pndio préludent animant : senescenlet

• etiam et fbrluitis morlibus mundo digressos, ut flegei ocres et ignavos conviens alrocibus inseclanlur.» Mous devons nous faire une grande opinion des vainqueurs de pareils bo maies.

s Retalîvtmefil aux Alains (voyez Ammien , «xi , 2 , joman#9,'/c/teoiM£eùcw.c.24;M. de Guignes, hisl. desHuns, Lu, p.279,e4l'Hist. géoéalog. des Tartares, I. il, p. 617).

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cèrefft avec leurs forces réunies pour envahir l'empire desGoths.

Le grand Hermanric, dont les états s'étendaient depuis ta mer Baltique jusqu'au Pont- Esxm, jouissait, sur la fin de sa vie, dn fruit de ses victoires et d'une brillante réputation, quand il Tut alarmé par l'approche d'une multitude d'ennemis inconnus ', auxquels ses sujets,peu civilisés, pouvaient sans injusiicedonner le nom de barbares. Le nombre des Huns, la rapidité de leurs mouvemens, et leur inhumanité, jetèrent la terreur chez les Gotos, qui voyaient leurs villages en flammes et leurs champs ensanglantés. A ces motifs d'épouvante se joignaient la surprise- et l'horreur de la voix aigre, des gestes sauvages et de la taille difforme des Huns. Ou a comparé les sauvages de la Scythie, et arec assez de vérité, aux quadrupèdes que l'on ferait marcher gauchement sur deux jambes, etauxstatuesappelées Termes, dont on ornait les pontsde l'antiquité. Ils différaient des autres races d'hommes par ta largeur de leurs épaules, par leurs nez épatés, et leurs petits yeux noirs, profondément enfoncés dans la tête. Comme ils étaient sans barbe, ils n'avaient jamais ni les grâces de la jeunesse, ni l'air vénérable de l'âge avancé *. On leur assignait une origine digne de leur forme et de leur figure. Les sorcières de la Scythie ayant été, dit-on, bannies de la société des hommes pour leurs forfaits, s'étaient accouplées avec les esprits infernaux, et tes Huns avaient été le produit de cette association monstrueuse '. Cette fable horri-

' Comme nous sommes en possession de l'Histoire authentique des Huns , il serait ridicule de répéter ou de réfuter les Tables qui défigurent leur origine et leurs exploits leur passage des marais ou de la mer Méolidu pour poursuivre un bœuf on un cerf ; les Indes qu'ils avaient découvertes , etc. (Zosimc, I. iv , p. 224. ; Sozontène , 1. vi, c 37; Procope, llist. Miscetl. ,c. v; Jornudes, c 24 ; Grandeur el Décadence des Romains, c. 17.)

1 l'rodigiosœ forma, et pandi, ut bipèdes etistimes bestial; velquales in commarginandis pontibus, e/Jlgiati ttipttes dolantur mcompti. (itmmien, iui , 1.) Jomandés (c. 24) bit une longue caricature de la ligure d'un Calmouk. Speeies pavenda nigredine.... qiuxdam deformU offa , non faciès ; habtniquc magie puneta quam lumina. (Voy. liulTon, HUt. Nal., t. ni, 380.)

a Celte odieuse origine que Jor&andés décrit avec la raucuue d'un Coth peut se tirer d'une table plus agréable des Grecs. ( Hérod. , I. iv, c. 9, elc.)

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ble et absurde fut avidement adoptée par la haine crédule des Goths , et elle augmenta leur terreur, lia supposèrent que la postérité des sorcières et des démons devait hériter d'une partie de la puissance et .de la méchanceté surnaturellesde leurs ancêtres malfaisans. Hermanrie se préparait à réunir toutes les forces de son royaume. contre ses ennemis; mais il découvrit bientôt que les tribus de ses vassaux, irritées de ses vexations, étaient plus disposées à seconder qu'à repousser l'invasion. Un, des chefs desRoxolans ' avait déserté précédemment les drapeaux d'Hermanric ; et le tyran cruel s'était vengé sur son épouse innocente en la faisant écaricl&r par des chevaux sauvages. Les frères de cette, victime infortunée saisirent le moment de la vengeance, et blessèrent dangereusement d'un coupde poignard le monarque, affaissé sous le poids de l'âge. Ses infirmités retardaient les opérations de la guerre, et les conseilsdela nation étaientagilés par la disconleet par la jalousie. Asa mort, qu'on attribue à son propre désespoir, les rênes du gouvernement se trouvèrent entre les mains de VYiihimer, qui, avqc le secours suspect d'une troupe de Scythes mercenaires , résista quelque temps aux Huns et aux Alains. Il fut vaincu et perdit la vie dans une bataille décisive. Los Ostrogotes se soumirent à leur sort ; et la race des Amali se trouva désormais parmi les sujets du barbare Attila. Mais l'activité d'Alatuée et de Saphrax , deux guerriers d'une fidélité et d'une valeur éprouvées, sauva l'enfance du roi Witheric. Ils conduisirent , par des marches prudentes, les restes des Ostrogotes indépendant sur les bords du Danaste ou Niester, qui sépare aujourd'hui les états ottomans de l'empire de la Russie. Aihanoric , plus occupé de sa propre sûreté que de la défense dn royaume, avait placé son camp sur les rires du H tester, résolu de se défendre contre les barbares victorieux, qu'il dc croyait pas devoir attaquer. La célérité or-

> Les Koiolans peuvent êtte les ancêtre* des pw ou Ru ws ( d'AmillB, Eiuoire de Kussie, p. t-10), dont la résidence (A-D- 862) aux environs de Kovogorod Veusi ne peut pas fitre Tort éloignée du lieu que le géographe de Kavcnue assigne , en 886, aux Roxolans(i, 12; iv, «; v. 28-30,'.

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dinaire des Huns fat retardée par rembarras des dépouilles 'et des esclaves; mais ils n'en surprirent pas moins l'armée d'Atfaanaric , qu'Us manquèrent de détruire, l'n corps nombreux de cavalerie, passa la rivière dans un endroit gnéable , an clair de In Inné, environna et attaqua le juge des Wisigoths, qni défendait les bords du Niester; et ce ne fnt qu'à force de courage, d'intelligence, qu'il parvint à se retirer sûr les hauteurs. L'intrépide général avait déjà formé un nouveau plan de gnerre défensive ; et les lignes qn'i I commençait à construire entre les montagnes, le Prutti et le Danube, auraient sauvé la vaste et fertile contrée connue aujourd'hui sous le nom de Yàlachie ' ; mais- la timide impatience de ses compatriotes trompa son espoir et déconcerta ses projets. Persuadés que le Danube était lu seule barrière qui put les metlre à l'abri de la rapide poursuite des barbares de Seytliic, te corpsemierde la nation s'avança vers tes bords do, cette grande rivière, sous les ordres de Fritîgerncl d"Ahv vïviis * , et implora humblement la protection de l'empereur romain de l'Orient. Alhnnaric, craignant sans doute encore le reproche d'un parjure, ne voulut point entrer sur les terres des Romains. Il se retira, suivi d'une troupe fidèle, dans le pays montagneux deCaucaland, défendu par l'impénétrable forêt de Transylvanie *.

Après avoir terminé la guerre des Goths avec une apparence de gloire et de snecès , Valcns traversa ses provinces d'Asie , et fixa sa résidence dans la capitale de Syrie: 11 employa le séjour de cinq ans4 qu'il fit à Antiocbe à veiller, sans s'exposer de trop près , sur les entreprises du monarqne persan, à repousser les inenrsions des Sarrasins et des

) Le telle d'Ammien parait imparfait on falsifié-, mais la naluredu terrain explique cl déduit presque te rempart des Goths. (Mém.del'Acadeniie.elc., t. 28, pages 444-462.)

ï M. deBual, Histoire des Peuples de l'Europe (t. vi, p. 407), a conçu l'étrange idée qu'Alavivus était le même qu'Ulphilas, l'éYSque golh, et qu'Ulphilas, pelit-ttls d'un esclave de Cappadoce, devint un prince 1cm pore) desGoths,

s Amnlten («i, 3) et Jomanrtes (<te fieft. Cet., c.24) décrivent la dealruetionde l'empire des Goths par les Huns.

* La Chronologie d'Ammien est obscure et imparfaite. Tutenrant a lâché d'eetaïreir el d'arranger les Amnles de Valent.

Isauriens * , à faire triompher la théologie arienne par des argument pins irrésistibles que ceux de l'éloquence et de la raison, et à tranquilliser son âme timide et soupçonneuse par la destruction générale des coupables et des innoce ns. Hais l'attention de l'empereur fat bientôt plus sérieusement occupée de l'avis imponantque lui donnèrent les officiers ■ civils et militaires chargés de la défense du Danube. Ils l&i apprenaient que le Nord était agité par une tempête qui menaçait les frontières de l'empire; que l'irruption des Huns, race inconnue de sauvages difformes et intrépides, avait chassé les Goths de leurs vastes états; que cette nation fugitive couvrait un espace de plusieurs lieues sur les bords du fleuve, d'où ils imploraient la compassion et la clémence de l'empereur, et le suppliaient de teor permettre de cultiver les désens de la Thrace, protestant qu'ils n'oublieraient jamais ce bienfait, qu'ils observeraient avec exactitude les lois de l'empire, et qu'ils seraient à l'avenir les pins zélés défenseurs de ses frontières. Ces promesses furent confirmées'par les ambassadeurs des Goths, qui attendaient impatiemment de Valens une réponse qui décidât du sort de leurs infortunés compatriotes. Valentinien était mort à la fin de l'année précédente. Sa sagesse et son autorité ne dirigeaient plus les conseils de l'empereur d'Orient; et, comme la sitnation des Goths n'admettait pas de délai dans la résolution de Valens, Û se trouvait privé de la ressource favorite des âmes faibles et timide* qui regardent les délais et les réponses équivoques comme l'effort de la prudence la phts consommée. Tant que les pussions et les intérêts des hommes subsisteront, les questions de paix et de guerre qui ont été débattues dans les conseils de l'antiquité seront fréquemment le sujet de nouvelles délibéralions ; mais le plus habite ministre de l'Europe n'a jamais eu à considérer l'avantageoit le danger d'admettre ou do repousser une multitude de barbares, contraints par la faim

iZosime.l. rr, p. 223; Soromène, ). vi, c. 38. Le* Inorkai infestaient, durant tons les hiwn, tes roulette l' Asie-Mineure , Jusqu'aux environs de Conslanlinople. (Basil. Kplt. Ecriés, , «p. Illlenwnt, HisL des Enper., t. v, p. 106.)

et par le désespoir asolliciter un établissement sur les terres d'une nation civilisée. L'examen d'une proposition si intimement liée avec la sûreté publique embarrassa et divisa te conseil de Valens ; mais ils adoptèrent tons bientôt le sentiment qui satisfaisait la vanité, l'indolence et l'avarice de leur souverain. Les esclaves, décorés du litre de préfet ou de général , méprisaient ou dissimulaient le danger d'une émigration nationale , si complètement différente des colonies qu'on avait reçues accidentellement sur les 'frontières-de l'empire. Hais ils se félicitaient hautement de l'heureux destin qui amenait des extrémités du globe une multitude de guerriers intrépides pour défendre le tr6ne de Valens, qui pourrait désormais ajouter a ses trésors les sommes immenses que les provinciaux donnaient pour se dispenser du service militaire, la cour impériale accepta le service des Gotha, et accorda leur demande, .On envoya immédiatement des "ordres aux gouverneurs civils et militaires dn diocèse de Tbrace de faire les préparatifs nécessaires pour le passage et la subsistance des barbares, en attendant qu'on eut choisi an terrain suffisant pour leur future résidence. L'empereur mit à sa libéralité deux conditions rigoureuses.que la prudence pouvait suggérer aux Romains, nuis que la situation désastreuse des Goihs pouvait seule leur faire accepter. Avant de traverser le Danube , ils devaient tous livrer leurs armes, et en outre leurs enfans, pour être répandus dans les provinces . de l'Asie , civilisés par l'éducation, et servir eu même temps d'otages à la fidélité de leurs paréos.

Durant le cours d'une négociation lente et douteuse , les (joins impatiens firent quelques tentatives pour passer le Danube sans l'aveu du gouvernement dont ils avaient imploré la protection. Les troupes postées le long de la rivière veillaient sur tous leurs mouvemens, et taillèrent en pièces leurs premiers délacbemens. Mais telle était la pusillanimité des conseils de Valons, que les braves officiers qui avaient rempli leur devoir en défendant leur pays perdirent leur emploi et sauvèrent difficilement leur vie. On reçut enfin l'ordre impérial de faire passer le Da-

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nuhe à toute la nation des Gotbs1; mais l'exécution n'en était pas facile : des pluies continuelles avaient prodigieusement augmenté le cours du Danube, large à peu prés d'un mille* dans ces environs, et un grand nombre de Gotbs perdirent la vie dans le passage. Des vaisseaux , des bateaux et des canots passaient et repassaient nuit et jour d'un rivage à l'autre , et les officiers de Valens travaillaient assiduuient à transporter dans le sein de l'empire jusqu'au dernier homme de la nation qui devait le renverser. On essaya de prendre une liste exacte du nombre des émigrans; mais ceux qui en furent chargés renoncèrent a une tâche si impraticable'; et le principal historien de ce siècle affirme sérieusement que la multitude innombrable des Gotbs pouvait faire croire aux armées de Darius et de Xerccs , qu'on regardait comme des fables de l'antiquité. Un dénombrement qui parait assez probable fait monter les guerriers des Goths à deux cent mille hommes : en ajoutant une juste proportion de femmes, cTeufans et d'esclaves, l'émigration totale peut être évaluée à un million de personnes de tout sexe et de tout âge. On conduisit sans délai tous les enfans , ou du moins ceux des personnages au-dessus du commun, dans les dtfféress endroits choisis pour leur résidence et leur éducation; et, en traversant des villes, ces nombreux otages on captifs excitaient par leurs parures riches et brillantes , par leurs figures robustes et martiales, l'étonnement et l'envie des provîncianx. Mais la clause la plus humiliante pour

» On trouve le récit du passage du Danube dan Ammten(xn,3,4;Zo»iiM,l. n, p. ÏB, m-, &&■*>», inExcerpt. Ugut., p. 18, 20, et JornaQdès.e. 25,26). A moûeu déclare (c. 5) qu'il n'entend seulement que îpsas rerumdigereresummitates. Mais il se trompe souvent sur leur importance , et son hmlile prolixité «et désagréablement balancée par mie concision ml placée.

2 Chischull, voyageur curieux, a observé la largeur dn Danube, qu'il traversa au sud de Bucharesl , près du confluent de l'Arglsh (p. 771. Il admire la beauté et la fertilité debMcesIe et de la Bulgarie.

3 Quni il Idrc «Ht, Libyd tpIH IFqnorER 1dm 5*1rt qn*m mulLc /rpliy ro tradiDLnr mu.

Ammiena inséré dans sa prose ces vers de Virgile (Géorgîq. , liv. n) , destinés originairement par le poète a exprimer l'impossibilité de calculer les dillerenles sortes de tins. (Voyez Pline, Hist. Nat. , 1. xiv.)

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(376dep.J\-C.) les barbares, et la plus importante pour les Romains, fut honteusement éludée. Les Goths, croyant leur gloire et leur sûreté également intéressées à la conservation de leurs armes, consentirent à les racheter en prostituant leurs femmes et leurs filles aux officiers chargés de s'en emparer, et les méprisables inspecteurs sacrifièrent leur devoir et la sûreté publique pour satisfaire leur brutalité. Quelques-uns , plus susceptibles d'avarice , acceptaient de l'argent, des bijoux, des troupeaux ou des esclaves pour prix de leur perfide indulgence1. Les Goths passèrent dans les bateaux les armes à la main, et, quand ils se trouvèrent tous rassemblés sur le boni opposé du neuve , l'aspect menaçant de leur camp qui couvrait la plaine et les hauteurs de la Basse-Mœsie semblait menacer l'empire 'de destruction. Les chefs des Ostrogotes, Saphrax et Alathée, qui avaient sauvé leur jeune roi , parurent peu de temps après sur îa rive septentrionale du Danube, et envoyèrent immédiatement leurs ambassadeurs à Valens , pour le prier de les recevoir aux mêmes conditions qu'il avait laites aux Vîsigoths. Mais le refus de l'empereur découvrit le repentir, les craintes et les soupçons de son conseil.

Une nation de barbares, sans asile et sans discipline, exigeait les mesures les plus fermes et les plus sages. On ne pouvait suffire à la subsistance d'un million de nouveaux sujets,. que par une prévoyance active, que le moindre accident ou la moindre méprise était susceptible de déranger. Il était également dangereux d'exciter, par l'apparence de la crainte ou du mépris , l'insolence ou l'indignation des Goths , et le salut do L'état dépendait de la prudence et de l'intégrité des; généraux de Valens. Dans cette circonstance difficile , Maxime et Lupicînus exerçaient le gouvernement militaire de laThrace. Leurs âmes vénales t saisissant avec avidité la moindre perspective d'avantage personnel, s'occupaient faiblement de l'intérêt public ,

i Eunape et Zosime client soigneusement ces preuves du luxe et de la richesse des Goths. Cependant on peut présumer qne ces produits des manu redores avaient été acquis par les Gothâ parmi les dépouilles de U guerre , ou achetés dans les temps de paix et de commerce. gibbon, (.

.et leur incapacité serrait à leur dissimuler les pernicieuses conséquences de leur coupable administration. Au lieu d'obéir anx ordres de l'empereur, et d'accorder libéralement aux barbares leurs demandes raisonnables , ils se firent un revenu de leurs besoins, et an moyen d'une taxe odieuse dont ils tiraient le profit, les vivres les plus communs se vendirent à un prix exorbitant; on remplissait les marchés de chair de chiens et d'autres animaux morts de maladie. Pour obtenir une livre de pain, an Goth sacrifiait souvent la possession d'un esclave utile qu'il ne pouvait pas nourrir, et une très-petite quantité de viande s'évaluait jusqu'à dix lilivres d'argent * . Quand ils eurent épuisé tous les autres moyens, ils vendirent , pour subsister, leurs enfaas des deux sexes , et malgré leur attachement à la liberté , les Goths adoptèrent, pour maxime , qu'il valait mieux que leurs enfans fussent nourris dans la servitude, que de les laisser mourir de faim dans l'indépendance. La tyrannie des bienfaiteurs excite une juste indignation quand ils exigent encore de la reconnaissance, après avoir détruit l'effet de leurs services , et les avoir e&ncés par des injures. Les barbares irrités représentèrent tout ce qu'ils avaient souffert 'jusque-là sans murmures, et se plaignirent vivement dn traitement cruel et odieux que. les Romains infligeaient à leurs nouveaux alliés, auxquels Us faisaient endurer tontes les horreurs de la famine an milieu d'une province abondante en toutes sortes de provisions. Hais les Goths opprimes avaient entre les mains la ressource de la vengeance, et c'était à l'avarice de leurs tyrans qu'ils devaient la conservation de leurs armes. Les clameurs d'une multitude peu accoutumée à déguiser ses sentimens annoncèrent les premiers Bymptomes de la résis-

■ Deeem libras. 11 fout wus-culeutlre le mot à' argent. Jornandés laisse percer les passions et les préjugés d'un Goth. Les méprisables Grecs Eunape et Zosime déguisent la tyrannie des Romanis , et parlent avec horreur de la perfidie des barbares, amnùea , historien patriote , passe légèrement sur ces circonstances odieuses. Jérôme , qui écrit it presque dans le temps de l'événement, est (ranc et clair, quoique concis. Per avarittam maximi ducis, ad rebellionem famé coacti Mut. (In Chroit-)

unifie, et jetèrent l'épouvante dans l'âme timide et criminelle de Maxime et de Lupicinus. Ces ministres méprisables, qui substituaient la ruse d'expédiens momentanés a la sagesse d'an plan général , essayèrent d'éloigner le» Goths des frontières de l'empire, et de les disperser dans l'intérieur des provinces. Convaincus que leur bassesse méritait peu le respect ou l'obéissance des barbares, ils rassemblèrent à la hâte des trompes qui pussent leur en imposer et bâter lenr départ avant qu'ils entreprissent ouvertement de se révolter. Hais les généraux de Valens, uniquement occupés du ressentiment des Visigoths , eurent l'imprudence de désarmer tes vaisseaux et les forte qui défendaient le passage du Danube. Sophrax et Alalhée saisirent ce moment favorable d'échapper à ia poursuite des Huns. A l'aide des bateaux et des radeaux qu'ils purent rassembler , les cbefe des Ostrogoths transportèrent, sans opposition, leur jeune roi et leur armée , et déployèrent aasaciemement lents tentes sur les terres de l'empire'.

Sons le uem de juges, Afarrivu et Frk> gern gouvernaient les Visigoths eu temps de guerre et en temps de paix ; et l'autorité qu'ils lieraient A leur naissance était sanctionnée par le libre eonsenteMeut de leur nattai. En temps de paix leur pouvoir était égal aussi bien que leur rang. Mais, dès que leurs compatriotes affamés résolurent de recourir aux armes, les talens militaires de Fritiuern obtinrent la préférence. H suspendit l'impétuosité des Vitigotna jusqu'au moment eu- les insutteedelevrs oppresseurs pourraient dans l'opision publique justifier ht résistance : mais, ne voulant point sacrifier a celte délicatesse de» avantages impertaas, il cultiva secrètement l'aminé des Ostrogoths ; et , tout en affectant d'obéir aveuglément aux ordres des généraux romains , il avança lentement avec son armée jusqu'à Harcîanopolis, capitale de la Bassc-Mcesie, environ à soixantedix milles du Danube, et ce fut là que l'explosion de ht discorde et de la haine mutuelle éclata dans une révolte générale. Lupicinus avait invité les chefs des Gotbs à un

■ Ammien, iut, 4,5.

EMPIRE ROMAIN, (378 dep. J.-C)

superbe festin, et leur suite guerrière restait sous les armes à la porte du palais ; mais les portes de la ville étaient exactement gardées, et les barbares se trouvaient exclus d'un marché abondant, auquel ils croyaient avoir droit comme alliés et comme sujets de l'empire romain. On rejeta leurs instances avec hauteur et dérision ; et, comme leur patience était épuisée, les bourgeois, les soldats et les Golhs se prirent de querelle : des injures ils en vinrent aux coups, etnneépee imprudemment tirée dans cette dispute accidentelle répandit le premier sang qui devînt le signal funeste d'une guerre longue et destructive. Au milieu du bruit et du tumulte, Lupicinus apprit, par un avis secret, que plusieurs de ses soldats avaient perdu leurs armes et la vie. Echauffé par l'intempérance delà fête, le général romain ordonna de les venger par le massacre des gardes de Frîtigera et d'Alavivus. Les clameurs et les gémissemens avertirent Fritigern du danger. Il sentit qu'il était perdu s'il donnait le moment de la réflexion à celui qui venait de lui faire une si cruelle injure, et, conservant l'intrépidité tranquille d'un héros : • II seni-

> ble, dit-il aux Romains avec douceur, qu'il » s'est élevé quelque dispute entre les dénx «nations. Pour eu éviter les suites, il faut

> l'apaiser sur-le-cliamp; il suffira de m'y * montrer, et j'y cours. » A ces mots, Fritigern et ses compagnons tirèrent 'eurs épecs et s'onvrireui un chemin à travers la foule qui remplissait les cours du palais, les rues, et jusqu'aux portes de la ville, où ils montèrent précipitamment a cheval, et disparurent aux yeux des Romains. Arrivés au camp, l'armée les reçut avec des acclamations de joie. La guerre fut immédiatement résolue, et commencée sans délai. Ils déployèrent l'étendard national, selon la coutume de leurs ancêtres, et l'air retentît dn son perçant et lugubre de ta trompette des barbares'. Le

■ f'exiUU à* mort sublatLs, tuttiitisque tritttsonanUbtu classicit. (Ammien, sxw, 5.) Ce sont iet raVM MfWM de Claudia* (in Rtifi*.,a, 57),letlonfws corna la uri au twreatx «rangea , teMei que eeBa dont k» ananas «aunes d-fjri et dTJuienrald as août uni* pau rasnunwuL Simlar (de JttfuU. Betvet., I. n, p. 201 , m. Fusuui. Tig«T,Tra4.) Oa tanneune deserlpttoa de leur «met militaire dan la uaMJM 4e la

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(376 dep. J.-C.)

faible et coupable Lupicinus, qui avait busse échapper un ennemi redoutable justement irrité, et qui feignait encore de le mépriser, marcha contre les Goths a la tête des forées militaires qu'if put rassembler dans cette circonstance pressante. Les barbares l'attendaient à neuf milles de Marcïanopolis ; et, dans cette occasion, les tateus du général l'emportèrent sur les armes et sur la discipline de ses ennemis. Le génie de Fritigem dirigea si habilement 1a valeur des Goths, que, par une attaque serrée et impétueuse, ils rompirent les légions romaines. Lnpicinus abandonna ses armes, ses drapeaux, ses tribuns et ses plus braves soldats; leur courage inutile ne servît qu'à faciliter la mite ignominieuse de leur commandant. < Ce jour

> benreux mit fin aux malheurs des barba- » res et a la sécurité dos Romains. Dès ce * jour , les Goths , ne se regardant plus

> comme des étrangers fugitifs , jouirent des » droits dé citoyens et de conquérons. Ils » exercèrent un empire indépendant sur les

> possesseurs des terres, et furent maîtres p absolus dans les provinces septentrionales » bornées par le Danube. » Telles soit les expressions d'un historien des Goths*, qui célèbre la gloire de ses compatriotes ; mais le gouvernement des barbares n'était que fexerciccdabrîgandage.Les ministres deValens avaient privé les Goths des jouissances de la vie et des droits de l'humanité. Cette nation irritée se vengea cruellement de leur injustice snr les sujets de l'empire; et le» crimes de Lupicinus forent expiés par la ruine des paisibles laboureurs de 1» Thmce , par tfncendie de leurs villages , par le massacre on la captivité de familles innocentes. La nouvelle de la victoire des Goths se répandit en peu de temps; et, tandis qu'elle frappait les Romains d'épouvante, le conseil

bataille ee ftmd («as. D. 1fl7>. Attestai k contrat , > ledit eor fut corné par trais ftia, Uni que 1* rat du » eorneurpearatléaw, eeejal abattit fort -M. •> Bou/- • gogne; cardéjA A MortU l'avait ouy. • (VOjWté* pWc«]rjsr»MtltesAMli<Hi««é««niBBAePliaiFiM de Comrafaies , t. m, p. 4M.)

rjomtoàèt, de Bth GetteU, « K, p: «tt, étt. Grat. Ce» splendfdi ptuuii aoM probablement tufe *» bbiniret plu»«w|)iKi dcPiïMH, AMmu»; etCu-

PAR ED. GIBBON. Cfi. XXVI, 827

de l'empereur contribua, par ton imprudence à augmenter les forces de Fritigem et les calamités de la province. Un peu avant la grande émigration» une nombreuse colonie de Goths, conduite par Suéride et Collas, avait été admise au service, et sous la protection del'empire1. Ils campaient sous les murs d' Adrianople ; mais les ministres de Valet» désiraient leur faire passer l'HelIespont , et les éloigner de leurs compatriotes, dans la crainte que kt proximité et le succès de la révolte ne les entraînassent sous les drapeaux de F ritigern. La soumission respectueuse avec laquelle ils reçurent l'ordre de leur départ, peut être regardée comme une preuve de leur fidélité ; ils ne demandèrent que deux jouis de délai, et les rations nécessaires pour la route. Mais le premier magistrat d' Adrianople, irrité de quelques désordres qu'ils avaient commis. dans sa maison de campagne, refusa durement leur demande ; et, armant contre eux les citoyens et les manufacturiers, il leur ordonna de partir sur-le-champ, en menaçant de les y forcer. Les barbares étonnés gardèrent le silence et souffrirent quelque temps les insultes et les hostilités de la populace. Hais, dès que leur patience dédaigneuse fut épuisée , Us s'élancèrent sur celle foule indisciplinée , qui prit aussitôt la fuite. Les barbares les poursuivirent à grands coups de sabre, et les dépouillèrent des riches armures1 qu'ils étaient indignes de porter. La conformité de griefs et de ressentiment les réunît aux Visigotbs victorieux. Les troupes de Collas et de Suéride attendirent l'arrivée du grand Fritigern, se rangèrent sous ses drapeaux, et signalèrent leur valeur m siège d* Adrianople; mais la résistance de la garnison- apprit anxbarbaras que l'impétuosité do coarageeuffit rarement pour emporter des fortifications régulières. Leur .général avoua sa faute, leva le siège, déclara qu'il faisait la paix avec les remparts*, et se vengea de ce

1 CumpoputU suis longé antè suscepti. Nous Ignorons la date précise et les circonstances de leur earfertUoa.

» n v««ett«u mutetui* «tonus établie Ikâtutnap)ej l**fabnœue*ita awrfcn se ■«irsjf.à 1» Mti» la poputaee. (Vri. ad Jmmum. , xxu,4.)

* Paeem tibi eue eum parie but memoram. (Abiii., xxu, 7.)

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tion sur toutes les campagnes voisines. Les ouvriers qui exploitaient les mines d'or de la Tbrace', sous la verge et au profit de maîtres inhumains*, se joignirent àFriligern, et lui furent d'un grand secours. Ces nouveaux associés conduisirent les barbares par des sentiers secrets, dans les endroits où les habitans avaient caché leurs grains et leurs troupeaux. A l'aide de ces guides, ils pénétraient partout : la résistance devenait impossible; la fuite était impraticable, et la patiente soumission de la faible innocence excitait rarement la compassion des barbares victorieux. Ils retrouvèrent et reprirent, dans le cours de ces déprédations, un grand nombre des enfans qu'Us avaient vendus dans le temps de leur misère. Mais leur vue, qui aurait pu les rappeler a des sentimens d'humanité, ne servit qu'à envenimer leur haine et leur colère. Ces enfans leur racontèrent ce qu'ils avaient eu à souffrir de la débauche et de la cruauté de leurs maîtres , et les parens indignés s'en vengèrent par de semblables excès sur les fils et les Biles des Romains1.

Valens et ses ministres avaient commis une grande imprudence, en introduisant nne nation ennemie dans le cœur de l'empire ; maislesVisigoths pouvaient encore être rappelés a l'obéissance par l'aveu des fautes passées, et par une conduite plus équitable à l'avenir. Cette politique prudente et modérée semblait convenir au caractère timide du monarque de l'Orient. Mais dans cette seule occasion Valens s'avisa d'être brave, et

1 Ces mines liaient dans le pays des Bessi, sur la cime des montagnes de Abodope, qoi «'étendent entre Puilippi et PhDlppopolis, tw villes de Màeédnine qui tirent leur ■on et leur origine du pire d" Alexandre, De ces minet il tirait tous les an», non pas le poids, nuis la valeur de mille Ulens , deux cent mille livres sterling. Ce revenu serrait à payer la phalange , et à corrompre les orateurs de la Grèce. ( Voyez Diodore de Sicile , ton. il , liv. xvi , p. 88, «dit. Wessei.-, les Commentaires de GodcTnysur te Code de Tbeodose, I. in, p. 493; Cellarras, Geograpk. antig., I. i, p. 676-857 ; d'Amibe , Geograpk. ancienne, 1. 1, p. 336.)

i Comme ces nunetireui ouvriers prenaient souvent la fuite, Valens avait publié des lois lettres pour les arracher de leur retraite. ( Code Tbeod. , lir. x , lit. m , lob S, 7.)

*Vot. Anunien.xxxi, 5, 6. L'I

EMPIRE ROMAIN, (376 dep. J.-C.)

cette valeur déplacée fut également fatale à l'empereur et à ses sujets. Valens annonça la résolution de conduire son armée cVAnliocbe à Constantinople, pour anéantir la révolte ; et, comme il redoutait les difficultés de celte entreprise , il demanda du secours a son neveu l'empereur Gratien, qui disposait de toutes les forces de l'Occident. On rappela précipitamment les vétérans qui défendaient l'Arménie ; on abandonna cette importante frontière à la discrétion de Sapor, et la conduite de la guerre contre les Goths fut confiée, dans l'absence de Valens , a ses lieutenans , Trajan et Profulurus , deux généraux dont l'incapacité égalait presque la présomption. Rïcliomer, comte des domestiques, les joignit à leur arrivée dans la Thrace, avec les auxiliaires qui marchaient sous ses drapeaux. Ils étaient composés des légions Gauloises, trèsaflaiblies, à la vérité, par la fréquente désertion. Dans un conseil de guerre moins dirigé par la prudence que par la présomption on résolut de chercher et d'aliaquer les barbares qui campaient dans de vastes prairies, près de la plus méridionale des six embouchures du Danube1. Leur, cainp était environné, à l'ordinaire, de tous, leurs chariots, et ils jouissaient tranquillement, dans cette vaste enceinte ', du fruit de leur valeur et des dépouilles de la province. Au milieu de leurs débauches , le vigilant Pritigern examinait les mouventens et pénétrait les desseins de ses ennemis. 11 voyait toujours le nombre des Romains s'augmenter; et comme il ne doutait point qu'ils n'eussent l'intention de tomber sur son arrière-garde, lorsque la disette du fourrage l'obligerait à lever sou camp, il rappela tous, les détachemens qui battaient

des Goths perd son temps à récapituler braLDemnit les anciennes incursions des barbares.

' L'Itinéraire d'Antonio (p. 238, 237, Mit. Wessdmg) marque la posi tiou du champ de bataille environ à soixante milles au nord de Tomi , où Ovide fut exilé, elle nom de Salices ou Saules explique la nature du terrain.

* Cette enoeinte de chariots , carrago, était ta ftrtiflcslion ordinaire des barbares. (Vegelius, de Be militari, 1. m,e. 10; Valesius, ad Jmmian., un, 7.} Leurs descendit» en consereèreil 1< non et l'usage, jusqu'au quatrième siècle. Le cAi^rwo^u environnait l'année doit être nne phrase familière i cent qui ont lu Froissait cm

(377 dep. J.-C.)

le pays. Dès qu'ils aperçurent les 'torches flamboyantes ', ils obéirent précipitamment an signal de leur commandant. Le camp se remplit d'une foule de guerriers ; leurs clameurs impatientes demandèrent la bataille , et les chefs intrépides animèrent encore les soldats parleurs applaudîsscmens. La nnit approchait , et les deux armées se préparèrent en silence a fondre l'une sur l'autre au point du jour. Tandis que les trompettes faisaient entendre le signal du combat, lesGoths se firent réciproquement le serment de fidélité. Dès que les deux armées s'ébranlèrent , la plaine retentit des cris des Goths, et des chansons qui célébraient les exploits de leurs ancêtres. Les Romains y répondirent par l'harmonie de leurs cris militaires. Fritigern s'empara habilement (Tune hauteur voisine; mais la mêlée sanglante, commencée avec l'aurore, ne se termina qu'à la nuit , et les deux armées montrèrent la même valeur et le même acharnement. Les légions d'Arménie soutinrent leur réputation; maïs elles furent écrasées par le nombre. Les barbares rompirent l'aile gauche des Romains, et jonchèrent la plaine de morts et de mourons. Cet échec était compensé d'un autre coté par des succès; et lorsque la nuit lit cesser le massacre et rentrer les deux armées dans leur camp , elles se retirèrent l'une et l'autre sans avoir obtenu ni les- honneurs ni f avantage de la victoire. La perte se fit sentir plus douloureusement aux Romains, relativement à l'infériorité de leur nombre. Hais les barbares furent si épouvantés de cette résistance vîgonfreuse et peut-être inattendue , qo'ils restèrent sept jours sans sortir de leur camp. On enterra les principaux officiers aussi honorablement que les circonstances le permirent; les corps des soldats restèrent étendus sot le champ de bataille , et servirent de pâture ans oiseaux de proie, qui, dans ce siècle féroce, jouissaient souvent de ces affreux repas. Plusieurs années après, les ossenaens qui couvraient encore la plaine, pre-

1 Stalimul acawl malleotl. Jeine wbserrffcswis THtéral a> tontes ; mata je soupçonne que tf est ma de on ■nétaphertt «titrées, an fecjafflMMM t««Bki qui défigurent perpétuellement le style d'Ara mien.

semèrent aux* yeux d'Ammien un effroyable monument de la bataille de Salice '.

L'événement douteux de cette journée funeste arrêta les progrès des Goths; et les généraux de l'empire, dont l'armée aurait été anéantie par la répétition d'une bataille si meurtrière, conçurent le projet plus raisonnable d'affamer les barbares. Ils se préparèrent à les enfermer sur une langue de terre étroite, entre le Danube, les déserts de la Scythie et les montagnes de l'Hémus, jusqu'à ce que le besoin de subsistance eut épuisé leurs forces et leur courage. Cette entreprise fut conduite avec habileté et succès. Les barbares avaient consumé presque tous leurs magasins el les moissons du pays; les fortifications des Romains s'avançaient et se resserraient par les soins de Saturnin, maitre général de la cavalerie; mais une nouvelle alarmante vint interrompre ses travaux : il apprit qu'un nouvel essaim de barbares avait passé le Danube , et qu'il avançait pour secourir Fritigern ou pour l'imiter. Craignant avec raison d'être bloqué lui-même, et peutêtre écrasé par les armes d'une nation inconnue , Saturnin abandonna le siège du camp des Visigolhs, et les barbares, délivrés de leurs entraves , rassasièrent leur faim et satisfirent leur vengeance par la dévastation du pays fertile qui s'étend à cent milles depuis les bords du Danube jusqu'au détroit de l'Hellespont ', Fritigern, enfermé par ses ennemis, s'était adressé avec succès à ses barbares alliés, dont l'avidité pour le pillage et la haine contre les Romains avaient secondé ou même prévenu l'éloquence de ses ambassadeurs. Il cimenta une union avec lo corps principal de sa nation, qui obéissait à Saphraxet à Alathée, canine tuteurs dû' jeune roi. Les tribus rivales suspendirent, en faveur de l'intérêt commun, leur ancienne animosité, et se rangèrent sous le mémo

» Indlcantnunc oÊquea&enten ottibiu campi.(kmflUM, xxn, T.) LTilstorten peut avoir traTersé ces plaine* eoMiewWlat on comme Tayngeur; mais sa modestie a supprimé les aventures qui lai «ont arrivées persou nèflemeut défais les gtterrw de Confiante et 4e Julien contre les Ptmu s. Non» ignorons dans quel lenp» il quitta la ■errleeetserellraa Aonie.oûil paraît qu'il a compose l'histoire de son siècle.

i Aounie» , i*u, S.

DECADENCE DE L'EMt>IRE ROMAIN,

(378 dep. J.-C.)

étendard. Il parait même que les chefs deB Ostrogolhs cédèrent le commandement à la supériorité de mérite recormuedu général des Visigoths. Il obtint le secours des Toiïales, dont ta réputation militaire était déshonorée par l'infamie de leurs mœurs publiques.

Tout, jeune homme de cette nation , à son entrée dans le monde, s'attachait à un des guerriers de la tribu par les liens de l'amitié et par une soumission qui révolte la nature ; et il ne pouvait se rédimer de cet esclavage honteux, qu'après avoir prouvé sa virilité, ea abattant, sans aucun secours, un ours énorme ou an sanglier de la forêt '. Mais les Goths tirèrent leurs plus formidables auxiliaires du camp des ennemis qui les avaient chassés de leur patrie. L'indiscipline et la trop grande étendue de leurs possessions retardaient les conquêtes des Huns et des Àtains et jetaient de la confusion dans leurs conseils. Un grand nombre de leurs hordes, séduites par les promesses de Fritigern, joignirent ses drapeaux. Les Sarmates, qui détestaient le successeur de Yalentimcn, jouirent de la confusion générale et l'augmentèrent; et une irruption des Allemands dans la Ganle réclama l'attention de l'empereur de l'Occident *, et divisa ses forces.

On sentit vivement, dans cette circonstance, l'inconvénient auquel on s'était exposé en admettant des étrangers dans l'armée et jusque dans le palais impérial. Un des gardes du corps de Gratien était né ■ chez les Allemands, dans la tribu des Leutienses , qui habitait au delà du lac de Constance. Quelques affaires de famille l'obligèrent à demander un congé, et, dans la courte

■ • Hmk TiiTiIorum gtntem tnrpetn, et obseœnœ vite

• flagiriis iU aceipimus mersam , ni apud eosnelkndi eo«-

• cubitus fiedere copuleninr mares pubères, aSatls »irf-

• dilalem in eorum pollutls nsiftns eousnmpluri. Pomr

■ aquijamadullusapnimeiceperit sofas, rel interemi

■ ursum immanem , colluvione liberatnr incesU. ■ (Ainnkn , ira, 9. ) Parmi les Grecs , principalement cbta les Cretois , les liens de l'amitié se confirmaient et m i honoraient par cet amour contre natvre.

ïAmmieo, nu, S, 0. Jérôme [ l. i,p. 26, ) Mlle dénombrera tat des calions , et observe une suite de oatenùlét qui durèrent vingt ans. Celte éptlre h Hétiodore fut composée en 397. ( Tillcmonl , Hém. Ecdés. t.

visite qu'il fit à ses parens et à ses amis, on lui fitdes questions. Lejenae soldat succomba à la tentation de se donner l'air d'un homme de cour, en paraissant instruit des desseins de l'empereur et des secrets de l'état. En leur apprenant que Gratien se disposait à conduire toutes les forces militaires de la Ganle et de l'Occident au- secours de son oncle Valens, il dévoila le .moment favorable pour une invasion, «fies Allemands résolurent d'en profiter. Quelques détachemens, qui passèrent dans le mois de février sur les glaces du Rhin , furent le préltido d'une guerre plus sérieuse. L'espoir du pillage,, et peut-être delà conquête, lit taire toutes les considérations de la prudence et de la foi nationale. De chaque foret , tle chaque ville, il sortaitdes bandes d'srrenturiers audacieux; et In grande armée des AUemamls , qu'on estima d'abord a quarante mille homme», fut portée, après leur défaite, à soixante-dix mille , par l'adulation «ervile des courtisans delà cour impériale. On rappela précipitamment à la défense de la Gaule 1«b. légions qui venaient de partir pour la Pannouie. Narrienus et MeHobaudes partagèrent Je commandement militaire; et, quoique le jeune empereur respectât la sagess&et l'expérience du premier, il se sentait pUs. disposé à adopter l'ardeur maniaient les conseils violens desoDcpliegne,qui réunissait les deux qualités incompatibles -de comte des domestiques et de roi des Francs. Priarius, roi des Allemands, se laissait diriger par des. guerriers également présomptueux. .-Les deux armées , animées par l'impétuosité de leurs chefs, se cherchèrent, s'aperenrotu , cl se chargèrent pr*s la ville d'APgentaria ou Calmar*, dans les plaines de l'Alsace. La discipline des Romains, leurs savantes, évolutions et leurs traits redoutables curent tout l'honneur de la victoire. Les Allemands conservèrent long-temps leur terrain, et y furent impiWyaMemeni massacrés. Environ cinq mille barbares échappèrent à la nuy-t ,

i M. d'AnviDe , notice de l'ancienne Gaule { p. 96-09 ) 1Me eneUSKUt le cSatnp 4e .Miaule, Ar$aU*ria on Arptnimwiti, S tiutevutrisJieftej gantoises «u trentequatw tsHMetsniffmssin iu*w)«J« Strasbourg. La Tille de Cotmar s'est élevée presque sor m ruines. .

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(378 dep. J.-C) en fuyant dans les boi*ei dans les montagnes. Priatiius, mort gle-rieuseinent sur le champ de bataille, évita les reproches du peuple, toujours disposé 4 Mimer une guerre inattreurense. Apres cette victoire , gui assura la paix de la Gaule et la .gloire des armes remailles , l'empereur partit pour son expédition orientale. Hais quand il lut près des coufins des Allemands, te monarque lit prendre sur la gauche, passa le Rhin, et avança dans le oœur de leurs habitations. Les barbares défendirent l'entrée de leur pays avec courage, .mais sans, succès. Ils se retirèrent successivement d'une -montagne à une autre, *t les Bomajus les poursuivirent sana relâche jusque*lans leur deenier refuge. L'empereur accepta la «soumission des barbares, nea-eefHne un gage de leur repentir, nais comme «ne.preuve.de. leur détresse, et il choisit panai leur jeunesse un bon nombre de vigoureux .soldats, qu'il emmena pour servir degaransà la conduite future de leurs compatriotes. Les Romains .avaient éprouvé trop souvent l'audace et l'infidélité des Allemands, pour attendre de cette expédition Hue tranquillité durable ; mais elle fournit a leur jeune monarque l'occasion de déployer des vertus quiannonçaient la gloire et la prospérité de son règne. Lorsque les légions gravirent les. montagnes et escaladèrent les fortifications des barbares, la valeur du jeune Gratien se distingua dans les .premiers rangs ; et plusieurs de ses gardes curent leur armure percée et brisée à côté de leur souverain. A .1 âge de dix-neuf ans, le (ils dé Valentuùen faisait admirer ses miens politiques et militaires, et son arméeregarda la défaite des allemands comme on pré sage certain de sa victoire sur les Goths '.

Tandis que Gratien jouissait des justes applaudissemeus de ses sujets, Valens, qui avait enfin quitté Anuoche, suivi de sa cour et de son armée, fut reçu à Gonstantinople comme l'auteur des calamités publiques. A peine s'évntt-il reposé dix jours dans cette capitale, que des clameurs insultantes te

i I/épitome de Viêtetyta eanmigue deJstiine, eMTiistoirc crOrose (1. vn, c. 338, p. 662, e4H.Haierscamp). peuvent ser» ir# SHpoMment aWe mi rsatàspartial d' Antmien, (mi, lu.) i

pressèrent de marcher contre les barbares qu'il avait appelés dans ses états. Les citoyens, toujours braves loin du danger , demandèrent a grands cris qu'on leur donnât des armes, et assurèrent qu'Us étaient en état de nettoyer leur province des bandits qui la ravageaient, sans le secours de l'empereur ou de son armée '. L'arrogante présqmptùm d'une multitude ignorante bâta la chute de l'empire. Les reproches des citoyens blessèrent la vanité de Valens , et les succès de ses b'eutenans Lui persuadèrent qu'il triompherait facilement des Goths , rénnis par les soins de Fritigern dans les environs d'AdrianopIe. Le vaillant Fnigerid avait coupé le chemin aux Taifales; le roi de ces barbares était tombé sans vie sur le champ de bataille, et son armée captive cultivait en Italie les terres abandonnées des territoires de Parme et de Hodène *. Les exploits de Sébastien *, nouvellement admis au service de l'empereur, et élevé au rang de maître général de l'infanterie, étaient encore plus honorables ponr lui et plus utiles à l'empire. Ayant obtenu la permission de choisir trois cents hommes dans chaque légion, il fit bientôt reprendre à ce détachement séparé l'esprit de discipline et l'exercice des armes, presque entièrement oubliés sous le règne de Valens. Le brave et vigilant Sébastien surprit un corps nombreux de Goths dans leur camp , et la quantité de dépouilles qu'il recouvra remplit la ville d'AdrianopIe et la plaine voisine. Le superbe récit que le général Et de ses propres exploits donna de l'inquiétude et de la jalou-

> Moratiu pmeittlmct dles, seditùme population levium puka*. (Amniien, ixii, u.) Socrale^. rt,c.38 ) ajoute les dales et quelques circonstances.

* f'ivotque omnes circa Mtitlnam , Regtumgue , et Parmam, Italien oppida, rvra çulturcn, exterminavit. ( Amwien , nu, 9. J Dix un après la colonie des TaifaUs, ces villes et ces districts paraissent dans la plus grande misère. (Voy. Muratori, Ditsertaxioni sopra le ant'whitd HalUme,L i. Dissert, m, p. 354.)

a Ajaiiùcn , xui ., 2; Zosime, l.rv, p. 228-230. Le dénier l'étead sur les exploits de Sebastien, et raconte en deux lignes l'importante bataille d'AdrianopIe. Selon le» critiques ecclfeiaslfquisquihsissenlSébsstira.leskinip-ges de Zosime sont déshonorantes. (Tillcmoal , llist. des Ëtap-, t. v, p. 12t.) Son Ignorance et ses préjuges en font uo juge Ires-peu compétent du mérite.

sie a la cour impériale ; et quand il voulut indiquer les précautions que la guerre des Goths demandait, or loua sa valeur, mais on rejeta ses avis ; et Valens , aveuglé par les suggestions flatteuses des eunuques de sonpalais, s'empressa de recueillir lui-même la gloire d'une conquête qu'où lui peignait comme sûre et facile. Us corps nombreux de vétérans joignit son armée ; et sa marche de Constantînople jusqu'à Àdrianople fut conduite avec tant d'intelligence , qu'il prévint l'activité des barbares qui projetaient d'occuper les défilés intermédiaires, et d'arrêter l'armée ou d'intercepter ses convois. Valens plaça son camp sons les murs d' Adrianople, le fortifia, selon l'usage des Romains, d'un fossé et d'un rempart, et assembla le conseil qui devait décider du destin de l'empereur et de l'empire. Victor, né chez les Sarraates, mais dont l'expérience avait tempéré l'impétuosité , soutint le parti de la raison , et conseilla de temporiser, tandis que Sébastien , en courtisan docile, se conformait aux inclinations delà cour , et représentait toutes les précautions qui pouvaient indiquer le doute de la victoire comme au-dessous de la majesté de leur invincible monarque. Les artifices de Frîtigern et les avis' prudens de l'empereur d'Occident précipitèrent la ruine de Valens. Le général des barbares connaissait parfaitement l'avantage de mêler les négociations aux opérations de la guerre. Il envoya un ecclésiastique chrétien, comme ministre de paix, pour pénétrer et diviser , s'il était possible , le conseil de ses ennemis. L'ambassadeur fit une peinture vraie et touchante des cruautés et des injures dont la nation des Goths avait à se plaindre , et protesta, au nom de Frîtigern, qu'il était encore disposé à quitter les armes, et à ne s'en servir que pour la défense de l'empire, si on voulait accorder à ses compatriotes un établissement paisible dans les contrées incultes delaThrace, et une quantité suffisante de grains et de bétail. Il ajouta secrètement, et comme en confidence, qne les barbares irrités accepteraient peut-être difficile ent ces conditions raisonnables, et que Fritigern ne se l'attnit pas de pouvoir conclure un traité

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN, (378 oVp. J.-C.)

si désirable, à moins que le voisinage d'une armée impériale n'ajoutât le sentiment de la

crainte à l'influence de ses sollicitations. A peu prés dans le même temps, le comte Richômer arriva de l'Occident , et annonça la débite et la soumission des Allemands. Il apprit à Valens qne son neveu avançait à grandes journées & la tétedes vétérans et des légions victorieuses de fat Gaule ; et le pria , au nom de Grauen, de suspendre toate entreprise hasardeuse jusqu'au moment où le succès serah assuré par la jonction des décru armées et des deux empereurs. Mïis tes illusions dé la jalousie et delà vanité aveuglaient le faible monarque del'OrienL Dédaignant la sagesse de ce conseil , et un secours qui lui paraissait humiliant, il comparait en lm-wêne son règne sans gloire, ou peut-être honteux , a la réputation brillante d'un prince adolescent. Agité par ces cruelles réflexions, Valens courut aux armes, et se fauta d'élever, avant l'arrivée de sou neveu , nn trophée dont son collègue ne partagerait point la gloire.

Le 9 du mois d'août , jour qui a dû être marqué au nombre des plus funestes sur le calendrier des Romains1, l'empereur Valens, après avoir laissé sous une forte garde son bagage et son trésor militaire, partit d'Àdrianople pour attaquer les Goths qui campaient à douce milles de cette cité *. Par quelque méprise d'ordre, ou faute de connaître suffisamment le terrain', la cavalerie qui formait l'aile droite se trouva en rue de l'ennemi , tandis que la gauche en était encore considérablement éloignée. Les soldats précipitèrent leur marche dans la plus grande chaleur de l'été, et la ligne de bataille se forma avec lenteur et confusion. La cavalerie des Goths fourrageait dans les environs , et

1 Àmmien (un, 12, 13) est presque le seul qui pari* des conseil!! et des évenemons qui furent termines par I* funeste bataille d' Adrianople. Nous pourrions critiquer tesdélaulsdesoo style et l'obscurité de son récit ; nuis, an montent de perdre le secours de cet historien impartial , nos reproches sont arrêtes par (e regret que nous cause celte perte difficile a réparer.

1 La différence des huit milles d' Ammien aux douze milles d'idaeius ne peut embarrasser que les critiques (Vales.,(Kl toc.) qui regardent une grande année nomme ou point m a Initiatique qui' n'a ni espace ni dimensions.

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(378 dep. Ï.-C.) FrilJgem em recours à se» artifices ordinaires. 11 envoya plusieurs officiers porter des paroles de paix ; il fit des propositions , demanda des otages et retarda l'attaque de plusieurs: heures , durant lesquelles les Romains restaient exposes , après une marche précipitée, à la faim, à la soif et aux rayons d'un soleil insupportable. L'empereur consentit a envoyer un ambassadeur au camp des Gotbs, et on applaudit au zèle de Richonter, qui seul eut le courage d'accepter cette commission dangereuse. Le comte des domestiques,* décoré des marques de sa dignité, était déjà en chemin quand il fut rappelé précipitamment par l'alerte de la bataille. Baeulins libérien , qui commandait un corps d'archers, avait commencé imprudemment l'attaque,. et, comme ils s'étaient avancés en désordre, ils prirent honteusement la fuite et furent fort maltraités. Ea oe moment , les rapides escadrons de Saphrax et d'Alathée descendirent comme un tourbillon des montagnes voisines, traversèrent la plaine, et appuyèrent la charge irrésistible des barbares. L'événement de la bataille d'Adrianople , si fatale aux Romains et à leur empire, peut se décrire ea peu de mots. La cavalerie des Romains prit honteusement la fuite ; l'infanterie fut abandonnée , entourée et taillée en pièces. Les- plus savantes évolutions , et la valeur la plus ferme, suffisent rarement ponr sauver un corps d'infanterie environnée dans une plaine par une cavalerie supérieure en nombre. Hais les troupes de Valons, serrées par lesieanemts, se1 trouvaient entassées sur un terrain étroit où il était impossible d'étendre les rangs , et où elles pouvaient à peine se servir de l'épée et du javelot. Au milieu du tumulte, du carnage et du désespoir, l'empereur, abandonné de ses gardes, et blessé, dit-on, par un dard, chercha sa sûreté dans les rangs des lanciers et des mattiaires , qui conservaient encore leur terrain avec fermeté. Ses fidèles généraux Victor et Trajan, le voyant en danger, crièrent a haute voix que tout était perdu si l'on ne parvenait pas à sauver l'empereur. Quelques troupes accoururent à son secours : elles ne trouvèrent qu'un monceau de membres épars et de cadavres sanglans , sans pouvoir découvrir

leur souverain ni parmi les vivans, ni au nombre des morts , et leur recherche devait nécessairement être inutile, si on peut ajouter foi an récit des historiens qui racontent les circonstances de sa mort. Les serviteurs de Valens l'avaient transporté dn champ de bataille dans une cabane des environs , oh ils essayèrent de panser sa blessure et de pourvoir à sa sûreté. Mais une troupe d'ennemis environna bientôt cette humble retraite. Ils tachèrent d'en forcer la porte; mais, irrités de la résistance et de quelques traits lancés du comble de la cabane, tes barbares mirent le feu à une pile de bois sec, et Valens périt dans les flammes avec sa suite. Un jeune Romain, qui tomba de la fenêtre, se sauva seul, et apprit aux Gotbs le rang du prisonnier qu'Us avaient perdu par leur imprudente cruauté. Un grand nombre d'officiers distingués périrent à la bataille d'Adrianople, dont la perte fut égale à celle de ta défaîte de Cannes , et dont les suites entraînèrent des malheurs infiniment plus funestes'. On trouva parmi les morts deux maîtres généraux de la cavalerie et de l'infanterie , deux grands-officiers du palais et trente-cinq tribuns. Sébastien, auteur du désastre public, en fut aussi la victime. L'armée romaine, réduite à moins d'un tiers, regarda comme un grand bonheur que l'obscurité de la nuit favorisât la fuite de la multitude dispersée, et la retraite de Victor et de Richomer, qui conservèrent seuls un peu do courage et de discipline'. Tandis que l'impression récente de la crainte et de la dou-

' ffec "lia, annalibus, prater Cannenscm pugnam, tiaadinttrrneeioncmrtslegiturgeitUt.(kmm\en,mi, 13.) Selon le grave Potyke, lt n'échappa dn champ de bafaille deCannMtiaelraisceniaMzuta-duiaivalKK et trois Brille soldai* d'infanterie; dix mille lurent fait» prisonniers, *t le nombre des morts monta à cinq mille six cent trente cavaliers ou chevaux , et soixante-dix mille fantassins. (Porjb., I. m, p. 37t. édit. Quaubon , ééU. m-S°.) THe- Live(22,49) est us peu moins sanglant ; U se compte parmi les morts que deux mille sept cents chevaux, et quarante mille hommes d'infanterie. L'armée romaine consistait, a ce que l'on suppose , en qua tre-ringi-sepl mille deux cents nommes elTectifs. (m , 36.)

ïJ'aiUrequelquw faiMes lumières de Jeflme (l.i, p. 25) et de sa chronique (p. 188), de Victor {in EpUom.), Orose (1. vu, c. 33, p. 554), Jornsndes (e.27), Zoslme (l.'rr, p. 230); deSocrate fj- IV, p. 38); de Soïomcne (l. vi, e. ») et d'idaehis (lit Chron.). Mais tonte* ces autorités réunie* ne peuvent balancer celle d'Anmiicn.

leur agitait encore l'imagination desRemaîns, les plus célèbres orateurs du siècle composèrent l'oraison funèbre d'me armée vaincue , et d'un empereur détesté da peuple , dont le trône était déjà occupé parun étranger. < Nous ne manquons pas, dit Libantos,

• de censeurs qui attribuent nos désastres à i l'imprudence de l'empereur ou a l'iudisci-

• plineet à la lâcheté de nos troupes ; pour » mol, je respecte le souvenir de leurs victoi-

■ res précédentes; je respecte le courage

• avec lequel ils ont reçu la mert; je respecte

• le champ de bataille teint de leur sang et

> de celui des barbares. Les pluies ont déjà

• effacé ces traces honorables; mais les osse- » mens des généraux, ceux des centurions et

• des braves soldats, sont un monument plus » durable. L'empereur lui-même a succombé

• dans les premiers ,raaga : eu Tain on lui » présenta les chevaux les plus rapides qui » l'eussent porté bers de l'atteinte de l'en-

• nemi, en vain on le conjura de cont server sa vie pour venger ou pour aauj ver l'empire; il déclara, qu'il ne voulait

• peint survivre à tant de vaillans. guerriers,

> à tant de sujets fidèles, et il tomba hooora- .* blement sur un monceau de morts. N'imj puions pas la victoire des barbares à la

• terreur, à la faiblesse .ou à l'imprudence i des troupes, romaines. Les chefs et les soli dais avaient tous la valeur de leurs aacé- .» .très ; ils les égalaient es discipline et dans » la science militaire. L'amour de lu gloire .■ animait leur noble intrépidité.; ils combat- » tirent à la fois contre les rayons d'un soleil

• brûlant, contre les angoisses d'une soif dé- .* vorante , et contre le fer et la flamme des

i ennemis; enfin ils préférèrent une mort i honorable à une fuite ignominieuse. L'io- » dignation des dieux a seule causé nos mal-

■ faeurs et le succès des barbares. » L'impartialité de l'histoire dément une partie de ce panégyrique, où Tonne reconnaît ni le caractère de Yalens, ni tes circonstances de la bataille .Mais on ne peut trop louer l'éloquence, et surtout la généfositéde l'orateur d'Ajrtioehe1.

Cette victoire mémorable enfla l'orgueil des Gotbs; mais leur avarice souffrit crueile-

i libanais, de ulcisccnd.JuUan, ne»v, c. 3.F&torlcïus, BiM. Crac, t. m, p. 146-118.

méat, quand ils apprirent qu'on avait sauvé dans Adrianople la plus richeparlie du trésor impérial. Ils se hâtèrent d'arriver à cette dernière récompense de leurs travaux; mais Us furent arrêtés par les restes de l'armée vaincue, dent le courage était animé par le désespoir et par la nécessité de conserver la ville, pour sa«ver leur vie. Ils avaient garni les mursd'Àdrianople, et les remparts du camp qui 7 était appuyé, de machines de guerre. Elles lançaient despierres d'un poids énorme, et effrayaient plu» les barbares par le bruit et la rapidité de leur décharge, que par le dommage réel qu'elles leur causaient. Les soldats et Icb citoyens, les provinciaux et les domesthraes du palais, se réunirent tons pour la cause commune; ils repoussèrent l'attaque des barbares, et 'éventèrent tous leurs stratagèmes. Après un -combat de plusieurs heures, les -Gotha se retirèrent dans leurs tentes, convaincus, par cette nouvelle expérience, de IrantHitéde leurs efforts contre les villes fortifiées, et delà sagesse du serment que Frkigern avait fait de- les laisser en paix. Après avoir fait massacrer ■irèsimpoiitiqnement trois ceMsdéserteartvdoat la mort ne pouvait être utile qu'à la -discipline des Romains, les Goras' levèrent ht siège d'Adrianople. Le théâtre du tumulte et de la guerre devint une vaste et silencieuse solitude ; les fugitifs tremblons sortirent des bois et des moutagnesoiiils s'étaient réfugiés pour trouver un abri dans les villes d'ïllyrié et de Macédoine, et les fidèles par tisansde lunaison de Valens cherchèrent leur empereur, doutais ignoraient la mort. Les Goths, maîtres de n campagne , passèrent sous les murs de Constantitiople. Ils admirèrent l'es tériour magnifique delà capitale de l'Orient, la hauteur et l'étendue de ses murs, les miniers d'babitans assemblés sur les remparts, et la double perspective de la terre et de la mer. Tandis qu'ils contemplaient avec envie les beautés inaccessibles de Constontinmile, « parti de Sarrasins *, que Valens avait heureusement

1 Valeniavall obtenu ou pluWt acheté l'amitié «es 8wnshu,dont les tmplîoH eonlianellts désolaient i» Pbéoirie, la MeHimet l'Egypte. La M- chnHksne aval Mé récemnatt introduite chet tra pcnpk éMf ni a éu- Wir « propager du» la suite une autre religion. (Tille-

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(37Bdep.J.-C.)

pris à son service, fit une sortie. La cavalerie des Scythes se tint point contre la vitesse étonnante et l'impétuosité martiale des chevaux arabes. Leurs cavaliers étaient trescxercés a uxat toques «régulières, et la férocité des barbares du Sud fit frémir les barbares du Nord. Un Arabe, qui venait de tuer un soldat goth d'un coup de poignard, appliqua ses lèvres à la plaie ; et ce sauvage , presque nu, parut savourer délicieusement le sang de son ennemi1. L'armée des Gotha, après avoir pillé les riebea faubourgs de Constantinople et tous les environs, «'achemina lentement du Bosphore aux montagnes qui bornent la Thrace du côté de l'Occident. La terreur ou l'incapacité de Maures leur livra le passage de Succi, et, n'ayant plus de résistance à craindre des armées de l'Orient vaincues et dispersées , les Go(hs se répandirent sur la vaste surface d'un pays fertile et cultivé , jusqu'aux confins de l'Italie e>t delà mer Adriatique '.

Les Romains, qui racontent avec tant de sang-froid et de concision les actes de justice exercés par les légions *, réservent leur compassion et leur éloquence pour les maux dont ils furent 'affligés eux-mêmes, lorsque les barbares victorieux envahirent et saccagè-

mont, ffist. des E«p, 1. 1 , p. 104, (00, W; Méra. E«l,, t nt, p. 593.)

1 CriçUu* quidam, nudiu omniaprater pubem, subnuicumetùigàbj^strcpais.{Xmmkji,xixi,W, et' Vales, ad Icc.) Les Arabes combattaient souvent loul nus, et cm peut attribuer cette coutume autan! à la chaleur du dUMl qu'à learnknr Outtarome. La description de ce ttoTtge ùKOWtii est le pcvtrait frappant de Derar, dont le nomseraa sisonTeutlalemurpsOTnilescluétieu&Syrie. (Voyez Ockley.Hisl. des Sarrasins, vol. 1, p. 72,84, 87.) 3 On peut encore siiitre te fil des événemens dam les' denrieiw page* d'Ammiwi (xxn, 13. 16). Zosime (L rr, r^ 227,231), une nous soslmes forces de consulter , place mal ipropefi l'irruption desArahes avant la mort de Vota». Eunap. in. Excerpt. Légation, (p. 20), parle de la Thrace et de la Macédoine comme de pays lres-1'ertîles , etc.

■ * Observez arec quelle Indifférence César raconte, dais se» Commentaires de la guerre des Gaules, qu'il fil périr tout le sénat des Vénetes, oui s'était resdu à discrétion , (.»,!«); «'il fil son pewMe..pa*r in*ion «es Ebunut, (w,3J) ; que se& à Bourges une juste vengeance, et ; mille pensons», sjki distinction Ose» ni ftlMfvB , 27,etc.).

PAR ED. GIBBON. Cil. XXVI. «S

rent leurs provinces. Le récit circonstancié de la ruine d'une seule ville, ou des malnaeurs d'une seuils famille \ présenterait un tableau instructif des mœurs et du caractère des hommes. Mais une répétition fastidieuse de complaintes vagues et déclamatoires fatiguerait l'attention du lecteur le plus patient. On peut en quelquefaçon faire le même reproche aux écrivains sacrés et profanes do ce siècle malheureux, dont l'imagination, enflammée par la sensibilité ou par l' animosilé religieuse, exagère ou défigure tous les faits et toutes leurs circonstances. Le véhémenUérome' peut déplorer avec raison les horreurs commises parlesGoths et par leursalliés barbares dans la P&naonie, sa patrie, et dans toute l'étendue des provinces depuis les mars de Constaotinople jusqu'aux pieds des Alpes juliennes, les viols, les meurtres, les incendies, et, pardessus tout, la profanation des églises , que les barbares convertirent en écuries, et des saintes reliques des martyrs. Mais saint Jérôme a sûrement outre-passé les limites de l'histoire et de la raison, lorsqu'il affirme que t dans ces contrées désertes, il ne resta » rien que le ciel et la terre ; qu'après la des-

> traction des villes et de la raee humaine, s le sol se couvrît de ronces impénétrables

• et d'épaisses forêts , et que la rareté des

• animaux , des oiseaux , et même dès pois-

> sons , accomplissait la désolation uaiver- » selle annoncée par le prophète Sophonie.-» .Jérôme prononça ces complaintes environ vingt ans après la mort de Valens, et tes provinces de l'illyrie , ou les barbares passaient et repassaient sans cesse, fourniront encore, après dix siècles de calamités, des alimeas au pillage et a la dévastation. Quand on pourrait supposer qu'un pays très-vaste serait resté sans culture et sans habitans, les conséquen-

t Tdatscréett-tua tosagtoisstkntts et les Bfchears firent do siège de Hafidebourg, et que M. Harte a inséré dans l'Histoire de G ustave- Adolphe, non sans frayeur de violer la dignité de l'histoire (t, i, p. 313-330).

i.Etmt»Usurbir^,boaiii(i^i4iueinler»»clis,*ollta- . diiwsictrariUleabt»ii»runiqu«^uefiCTi,etrolstilii!oi,

• pWnniqv*:teslismyricosBett,lesUslnraeui, leslisin

• quoortus suiosoluni (PnnnonûO, ubi prceter cadiun .et terrain, et crescentes vêpres , et condensa svlvarun . eanct* perienjnl..Cr. ni, p. 2», ad i, e«p. fi— — ;elt.i, p. 26.)

ces n'auraient pas été si funestes aux autres productions animées de la nature ; les races faibles d'animaux nourris par ta main de l'homme auraient pu périr privées de sa protection; mais les bêtes sauvages des forêts , ennemies ou victimes de l'homme , devaient multiplier en paix dans leur domaine solitaire. Les habitans de l'air ou des eaux ont encore moins de relation avec le sort de l'espèce humaine , et il est très-probable qu'un brochet vorace aurait causé plus de dommage et de terreur aux poissons du Danube que les incursions d'une armée de barbares.

Quelle qu'ait été la véritable mesure des ■calamités de l'Europe, on pouvait craindre 'avec raison qu'elles ne s'étendissent bientôt aux paisibles contrées de l'Asie. On avait distribué judicieusement les fils des Goths dans toutes les villes de l'Orient, et employé avec soin la culture de l'éducation à vaincre la férocité de leur caractère. Dans l'espace de douze ans, leur nombre s'était considérablement augmenté , et Les enfans de la première émigration, placés au-delà de l'Hellesponl, possédaient déjà la force et le courage de la virilité '. Il était impossible de leur cacher les évënemens de la guerre des Goths, et ces audacieux adolescens, qui ne pratiquaient point encore le langage de la dissimulation, trahirent leur envie, et peutêtre leur dessein de partager la gloire de leurs pères. Les malheurs de l'empire justifiaient l'inquiétude et les soupçons des provinciaux; et ces soupçons furent admis comme une preuve évidente que les Goths d'Asie avaient formé secrètement une conspiration contre la sûreté publique. La mort de Valens laissait l'Orient sans souverain ; et Julius, maître général des troupes, renommé par ses talens, crut devoir consulter le sénat, qu'il regardait comme le représentant de la nation pendant la vacance du trône. Dès qu'il eut obtenu de cette assemblée la liberté de prendre les mesures qu'il croirait les plus avantageuses au bien public, il réunit les princi-

■ Ennape (in exetrpl. Légat, p. 20) suppose ridiculemenlque tes jeunes GMhs raient grandi avec uue rapidité surnaturelle , et il introduit les hommes armés de Cadnus qui sortaient des dents de dragons. Telle était dans rc lcmps-là l'éloquence grecque.

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN, (3?» dep. J^C.)

paux officiers, et concerta avec es* les moyens les pins propres à faire réussir son projet sanglant. On publia immédiatement on édit, qui ordonnait a tous les jeunes Gothsde s'assembler, a un jour fixé, dans la capitale de la province qu'ils habitaient, et, par un avisdébité adroitement, on leur persuada que I*m- (ention était de leur faire une d istribation deterres et d'argent. Cette insidieuse espérance' calma la violence de leur ressentiment, et suspendit peut-être leurs desseins ambitieux. Au jour marqué , toute cette jeunesse désarmée fut rassemblée soigneusement dans la place ou le forum ; les troupes romaines occupaient les rues et les avenues, et lestoils des maisons étaient couverts d'archers et de frondeurs. A la même heure, on donna dans toutes les villes de l'Orient le signal du massacre; et la prudence barbare de Julius délivra les provinces de l'Asie d'un ennemi domestique, qui, quelques mois plus tard, aurait peut-être porté le fer et le fen des rives de l'HelIespont aux bords de l'Enphrate1. Le danger pressant de la sûreté publique peut sans doute autoriser à violer les lois établies; mais j'espère ignorer toujours, si elle existe, la doctrine odieuse qui prescrit dans cette occasion, ou dans toute autre, d'oublier les droits naturels de la justice et de l'humanité.

L'empereur Gratïen était fort avancé dans sa marche, lorsqu'il apprit d'abord par le bruit public, et ensuite parle récit circonstancié de Victor et de Rîchomer, que son collègue impatient avait perdu la bataille et la vie, et que les deux tiers de l'armée romaine avaient péri avec lui. Quoique l'imprudente vanité de son oncle méritât son ressentiment, l'âme généreuse deGratienfut émue de douleur et de compassion ; mais ces sentimens furent distraits par l'effrayante considération du danger où le royaume de- Valens se trouvait exposé. Graticn n'était plus à temps pour secourir; îl était trop

> Ammien approuve évidanmenl celte exécution. Efflcacutvçlcx et saluions (ixu, m, où se lamine son ouvrage). Zosime(L », p. £23-230), se trompe sur la date. et wlalî^ a chercher la raison qui n empoché Julius de consulter l'empereur Théodose qui n'était point encore placé sur le trône de l'Orient.

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(379 dep. J.-C.) faible ponr venger son malheureux collègue, et ce prince vaillant et modeste né se crut point .en état de soutenir seul un monde chancelant. Une irruption de barbares de la Germanie semblait prête à fondre sèr 4a Gaule, et le jeune empereur se trouvait suffisamment occupé de l'administration de l'Occident. Dans cette crise funeste , le gouvernement de l'Orient et la conduite de la guerre des Gotbs demandaient l'attention exclusive d'un prince également habile dans les sciences do la politique et de la guerre. Un sujet, revêtu d'un commandement si étendu, ne serait pas resté long-temps fidèle à son bienfaiteur éloigné, et le conseil impérial adopta la sage résolution de se faire un ami pour éviter un rival. Gratien voulait faire de la pourpre la récompense de la vertu; niais, .à l'âge de dis-neuf ans, il n'est pas facile à un prince né sur les marches du trône de connaître le véritable caractère de ses ministres et de ses généraux. 11 essayait de peser d'une main impartiale leur mérite et leurs-défauts, et trouvait une confiance trop imprudente dans les uns, et dans les autres une prudence trop timide. Cependant, comme chaque instant de délai diminuait la puissance et les ressources du futur empereur de l'Orient, Gratien se bâta de faire un choix , et il tomba sur un exilé dont le père avait souffert, trois ans avant, une mort injuste et ignominieuse sotts la sanction de son autorité, dont les ministres abusaient pendant son enfance. Le grand Théodose , nom célèbre dans l'histoire et cher à l'église ' catholique, reçut ordre de se rendre à la cour impériale, qui s'était insensiblement retirée des confins de la Thrace dans la ville plus sûre de Sirniium . Cinq mois après la mort de Valons, Gratien présenta aux troupes assemblées son collègue et leur maître, qui, après nue résistance modeste et peut-être sincère, fut forcé d'accepter, au milieu des acclamations

* On icomposé dans le dernier siècle, Paris, 1679, une Vie de Tbéodose, in-4"( en 1680, ln-12)pour inspirer au jeunedauphin le zélé de la Toi catholique. Fléehier, auteur de telle histoire, et depuis evèquc rie Nîmes , a orné son ouvrage en prédicateur éloquent; mai» il a pris les laits rrKSBaroBfus.-etsavrLttripesdaiw saint Ambroise et saint .Augustin.

unanimes , la pourpre, le diadème , et le titre d'Auguste *. Il eut en partage les provinces de Thrace, "d'Asie et d'Egypte, gouvernées précédemment par Valons. Mais, comme il était spécialement chargé de ta guerre des Goths, on démembra la préfecture dTllyrie; et les deux vastes diocèses de la Dacie et de la Macédoine appartinrent à l'empire d'Orient'.

La province , et peut-être la ville ■ qui avait fourni au trône les vertus de Trajan et les talens d'Adrien, fut aussi la patrie d'une autre famille d'Espagnols dont les descendans possédèrent, durant près de quatrevingts ans, le trône de l'empire romain dans les temps moins heureux de sa décadence *. Le génie actif de Théodose , père de l'empereur, les fit sortir de l'obscurité des honneurs municipaux. Les exploits de ce général, en Afrique et dans la Grande-Bretagne, forment une des plus brillantes parties des annales de Valenlinien. Le'fils du général, qui portait le même nom, reçut pendant sa jeunesse une excellente éducation sous la direction de maîtres habiles; mais il apprit l'art de la guerre sous la conduite et la sévère discipline de son père '. Avec un pareil mentor, le jeune Théodose chercha la gloire

■ On trouve la description de la naissance, du caractère et de l'élévation de Théodose, dans Pacatus {in. Piuwgjr. net., m, 10, 11,12), Ttwmisliu3(Orat.xiT, p. 182}, Zosime (1. iv, p. 231), Augustin {de CivitaUDel,v,1!>), Orose 0. vii.c. 34), Soioméne (I.tii, e. 2), Socrste (I. t, 2), Tbéodoret (I. v, c. 5). Phitostorge (1- «. «■ '*). etfo<Wro,Cp.3e3),répitoowde Victor eL les chroniques de Prosper, dTdacius et dt Marcelliu , dans le Thesaurut Temporum, de Scaliger.

i Tillemont, Hist. desEmper., Lv, p. 716, etc.

3 ItaiUta, que Swpionfiind» pour les vétérans infirmes de l'Aiite. On en voil encore les ruines à une lieue de SévUle , mais sur la rive opposée de la rivière. ( Voyez l'Hispania Illustrât», de Konius , ouvrage utile, quoique court.)

* Je suis de l'avis de Tille mont , qui (Hif t. des Emp. , t, v, p. 726 ), regarde comme suspecte l'origine royale, qui fut un secret jusqu'au moment où Théodose monta sur le trône; et, même après cet événement, le silence de Pacalus l'emporte sur le témoignage vénal de Thcmlslius, de Victor et de Oaudien, qui allient la famille de Tbéodose à celles de Trajan et d'Adrien.

s Pacalus compara et par conséquent préfère l'éducation de Tbéodose a celle d'Alexandre , d'Annibal et du second Africain, qui avaient servi comme lui sous leurs pèr*8(inr,8).

el Vînstrntliott dans toutes tes provinces où la guerre lui eu donna l'occasion. Il endurcit sa constitution dans tes différentes semons et' dans les diflërens climats, pendit a* valeur céWiredans les combats, déterre et d» mer, et examina soigneusement le» usages uùfitafresdes Écossais,<U»Maw«*etde»Saw»s.

Son mérite personnel et la Recommandation du conquérant de l'Afrique lui obtinrent un commandement supérieur; et, dans le poste distingue de due de- la Mœsie, il défit one armée de Sarmats*, sauva la province, mérita la confiance de» soldats, et s'attira l'envie de la cour *. La disgrâce et- l'exécution de sou père détruisirent se» espérances, et Théodose obtint comme une faveur la permission de se retirer dans sa patrie. La facilité avec laquelle il se conforma en Espagne à la vie d'un simple particulier fit l'éloge de la modération et de la fermeté de sou caractère. Moitié de l'année A la ville, et le reste à la campagne, il se livrait alternativement aux devoir» de la société et aux seins que demandait son humble patrimoine *, situé entra YalîadoRd et Ségovie, au milieu d'un canton fertile , et encore renommé aujourd'hui par la beauté de la bine de ses moutons *. De l'administration obscure de ses fermes, Tnéodose fut transporté en moins de quatre mois sur Le trône de l'empire d'Orient; et l'histoire du monde entier n'offre pas peut-être un second exemple d'une élévation si pore et si honorable. Les princes qui héritent paisiblement du sceptre de leur père jouissent d'un droit d'autant pins sur, qu'il est indépendant de leur mérite personnel. Les sujets qui , soit dans une monarchie , soit dans une république, arrivent a la possession du

i Ammien (xxix , 6) raconte cette ridoi re : Theodosius junior/ dus Nœsta, prima etiam tum lanugvie jurena,prUieep*postcapcrfeetiisimin. ThemHlinset Zo- «ine attestent h hit ; suis Théodore! (I. v, c. S), qal y ■joule qadqBes circonstances Intéressâmes, le piac* dans LetofflDsderiolerrtgDe.

a Pacalus (In Panegjrr. vet. m, v) préfère h iterneliqw Je TIAxtot» à «Ile de Cinctamn» L'ont «ait l'effet de riBdkttlku, et l'autre * la pauvreté.

1 H. d'Anrill* (Géograpb. anden. 1. 1, p. 25) a Blé la position de Caacha ou Crc» dans ta prorînee de la rieilte Galice, où Zwime et ldacius ont placé ta ' patrimoine de Théodose.

(3Ï9 dep. J.-C0 pouvoir sopréme' peuvent B'en être frayé- le chemin par leur mérite ou> par leurs vertus; mais ils Sont rarement exempts d'ambition, et leur sucée» est souvent soutUé par le crime d'une conspiration, ou par les horreur» d'une guerre erriie. Dans les gouvernement qui autorisent le monarque régnant à se nommer un collègue on un successeur,, ses passions peuvent le diriger vers un objet indigne de son choix. .Mais l'envie la plus soupçonneuse ne peut supposer à Théodose,. au fond' de sa retraite, ni les artifices, ni les désirs T ni même les espérance» d'un, politique ambitieux. Ou eût oublié depuis longtemps à la cour impériale le nom d'un, exilé relégué à Coucha, ai ses talens et sas vertus n'eussent pas laissé une knpressioaproÉDude. On le négligea dans des temps de prospérité; maïs, dans ta crise du danger, son mérite fut senti et avoué taiiveneUeinenb Queue confiance ne dut-on pasavojrdane Usvertus d'un homme que Gratien crut capable de pardonner le meurtre de sotv père, pour l'ameur de sa patrie, et dans l'habileté d'un général qu'on jugeait seul en état de délivrer et de rétablir l'empire déchiré de l'Orient 1 Théodose monta sur le troue dans la trente-troisième année de son âge. Le peuple admirait sa figure noble et sa taille majestueuse, qu'il se plaisait à comparer aux portraits et aux, médaille» de Trajau, tandis que les observateur» attentifs découvraient dans son cœur et dan» sou esprit une ressemblance plus précieuse avec le plus grand et le meilleur des empereurs romains.

C'est avec te regret le pin» sincère que je me vois privé d'un gnïde exact et impartial , qui a écrit l'histoire de son siècle sans se livrer aux passions et aux préjugés dont un contemporain se garantit difficilement- Ammien MarceHin , qni a terminé son estimable ouvrage par la défaite et la mort de Valons , recommande l'histoire glorieuse du règne suivant a L'éloquence vigoureuse de la génération naissante '. Mais cette génération né-

i Berttmn AanaUn M^ntOK : «Hxx oi'ntttos quou-

■ damctGnecH, ftpritidpilaCsnaTk Narra; exorras, » afasqaeVatetftAlBtwitan, pro Ttrirat ex«lle*Tia*a-

■ sur» : nunquam , ut arbitrer, «rien», sUentioi— nicnr-

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(37S dep. J.-C.) gHgeasonavi^etn'hnkapeintscsi exemple1; et dans la recherche du règne de Tbéodose. non» sommes forcés de suppléer aux récits tronqués de Zosime par des annales et- des1 fragment obscurs, par le langage outré ou figuré des panégyriques c«delapoésie, et par ie secours suspect des écrivains ecclésiastiques, qui, dans- Kl enaleur dm factions religieuses; négligent souvent des vertus profanes,h modération et la sincérité. Convaincu deeesdésavantages, erde l'obscurité quieonthntera d'envelopper une partie du déclin et de la chute de l'empire romain, je n'avancerai désormais qu'armé du doute et dft la précaution. Je puis toutefois assurer hardiment que Théodose se se vengea de ht bataille (fAdriauopte par aucune victoire signalée ou décisive sur les barbares, et hr silence de tes. panégyristes est confirmé par 1" examen des temps et de» cfreoMiaucea. La . constitution d'uu vaste empire, élevé par le» travaux et la prospéHtéd'nnelougnesnitede*iè(3>s,n'att-i rah pas été détruite par l'infortune d'anseui jour, ailes terreurs de l'imagination n'avaient pas exagère f étendue de cettccafainrlé. QuarantfriiritleRomaiBsqtiipérirentdaBilespJaineseFAdrianoplefl* avaient pas épuisé les proviaces peuplées de l'Orient qui contenaient tant de millions- rfharjitans. Le courage des soldats- est de toutes les qualités de l'espèce humaine la plu» eomtnune et la moins chère; et le* centurions qui avaient survécu a la défaite' auraient bientôt suffisamment formé les- recrues pour combattre 'des barbare* indisciplinés. Si les Goths s'émienteiUparésde» chevaux et des armas de leurs ennemis vaincus, tes haras d'Espagne et de Cappadoce, et

> rnnipere vd taendacio. Scribanl rdiqua poliores sefate,

■ doclrinisque Dorantes. Qnoa id , si Hbueril, aggressuros

■ amewkre nagn» ad majora nan stylos, rfttamien, mi, l«l- Let-imiw {amoUrs livres, qui «oatanaicot une renie antigel de ion ttml âanuailt-aepiua , sont perdus ; U ne reste que les dû-huil derniers, qui comprennent le omri espace de ïingt-dnq années , et offrent Inwtrtrs complète et auUnàrfcnitf an letton où yrfltt l'autew.

< Annriea fut le dernier sujet de Rome qui eoaqwai une ntuoin profane en langue latine. L'Orient produisit dan* leÛBda sui «ut quelques hiitonent dtetamMean , Zosime, OlïiDpwdort, Haletas, Caw&ius, etc. (Vayei Votsiai , dn MiiteritU grmeir, c. t S -, de BisU/rids imtinis, L n, C. )0, etc. ),

lestrenteematre arsenaux del'easpire étaient encore abondamment pourvus, et les riche»* ses de la paisible Asie pouvaient fournir des fond» suffisons pour la guerre. Mais la Bataille df Adriauopie avait également esnammé la confiance des barbares, et abattu le courage des Romains., Un chef des- Goths disait avec un sang-froid' insultant qu'il était la» d'immoler les tunides Romain»; mais qu'il ne pouvait pas cancevorr comment des hommes qui fuyaient devant lui comme on trou-' peau de moutons prétendaient encore disputer fa possession de leurs trésors et do leurs provinces' -Les Romains tremblaient su nom des Gobas comme les Gotha avaient tremblé' au nom des Huns1. Si Théodose, rassemblant précipitamment ses forces- dispersées , les eût conduites centre un ennemi victorieux , les frayeurs de boo année auraient suffi pont* ladissiper; «t le hasard du combat n'aurait pas excuse son imprudence. Mais Tbéodesele-Graad mérita cette épithète honorable dans une circonstance si dangereuse , et se montra le gardien soigneux et fidèle de ses états chaseelaBW. LV pfk ses quartiers a Theasatonique, capitale du diocèse delà Macéiloine ', d'où il ventait sur les roouvemeas des barbares , et dirigeait les opérations de ses lkutenans depuis les murs de Constantinople jusqu'aux rives- de- la mer Adriatique. l^s fortifications et les garnisons des villes furent augmentées ; les troupes reprirent iaseosiUentes* l'esprit de la discipline et le sentiment de 1s confiante. On les faisait sortir fréquemment de leurs forteresses, peut attaquer des partis de barbares qui infestaient les environs. L'attention qu'«s avait de leur ménager toujours l'avantage du nombre et du terrain, faisait le plus souvent réussir leurs expéditions, et les soldats se convainquirent bientôt par l'expérience de la possibilité de vaincre des ennemis qu'Us croyaient invinci-

i Chrr»«*me- 1 1, », 3M , (Sdh.de MoMtese*. J'ai

examiné et jMM te passage; :

lorJsaddSBi l'uni cassas feaaoriatiamnkxanstt htstiqm sarauési * nue]— — nm mrltftsssûuaa! d'na lieehe. (Tiileœu, t. », p, ta)

" Basas» > in asuurnt lanat n Tl

a Vty. kChrauriesia as» lois par Oe**sy-< Csées Tbévd. 1. 1, Prolegomoiaj. 99-iM.) .

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blés. Les détachemens des différentes garnisons se rassemblèrent et formèrent de petits corps d'armée. Les mêmes précautions s'observèrent dans un plan étendu d'opérations bien concertées. Les événemens augmentèrent chaque jour les forces et le courage des Romains; et l'adresse avec laquelle l'empereur faisait répandre le bruit de ses succès militaires, contribuait à diminuer l'orgueil des barbares, et à ranimer l'espoir de ses sujets. Si, ait lieu de cette faible esquisse, nous pouvions présenter au lecteur le récit circonstancié des dispositions et des actions de Théodose dans le cours de quatre campagnes , tons les militaires admireraient sans doute les ressources de son génie. Le sage Fabius avait sauvé précédemment la république en temporisant; et, tandis que les yeux de la postérité fixent avec surprise les lauriers brillans que Scipion cueillit dans la plaine de Zama, les campemens et les marches savantes du dictateur sur les montagnes de ta Campanie réclament à plus juste titre la renommée d'une gloire solide et indépendante , qu'il ne partagea ni avec la fortune, ni avec ses soldats. Tel fut aussi le mérite du grand Tbéodose; et les infirmités d'une maladie longue et dangereuse ne purent ni diminuer la vigueur de son génie, ni distraire son attention du service public *.

La délivrance et la tranquillité des provinces romaines ' furent moins l'ouvrage de la valeur, que celui de la prudence de Théodose. La fortune la seconda ; l'empereur ne manqua jamais de saisir l'occasion favorable, et d'en tirer tout l'avantage. Tant que le génie de Fritigern conserva l'union parmi les barbares et dirigea leurs opérations , leur puissance ne fut point au-dessous de la conquête d'un grand empire. La mort de ce lié-

' La plupart des écrivains insistent sur 11 maladie et le long séjour de Tbéodose a Tbe&saloniqne; Zosime, pour diminuer m gloire , Jornandès , pour favoriser les Goths, et les ecdésiasiiques pour amener son baptême.

a Comparez Themisthii (Orot.xiv, p. 181) avec Zosime (1. rr,p. 332), Joroaadèt (eu™, p. 648) , et le long Commentaire de M. de Bual (Hist. de* Peuples, etc., i. yi , p. 477-652). Les Chroniques d'idadus cl de Marcellin Ml allusion en termes généraux a magna certamina, magna multague prtilia. Ce* deux épilbetes ne se cou-

(Mi dep. J.-C.) ras, prédécesseur et maître du célèbre Alaric , délivra la multitude indocile de la contrainte et de la discipline. Ils se livrèrent à tous les excès de leurs passions, et à Vinconstance de leur caractère. L'armée des conquérons se morcela et se sous-divisa en bandes de voleurs féroces et sans ordre, dont la furie ne fut pas moins pernicieuse a eux-mêmes qu'à leurs ennemis : ils brisaient ou détruisaient tout ce qu'ils ne pouvaient pas emporter, ou dont ils ne savaient pas jouir, et brûlaient souvent, dans leurs aveugles fureurs, les moissons ou provisions de grains , dont ils manquaient bientôt pour leur subsistance. Un esprit de discorde divisa les tribus indépendantes, et les nations qnî s'étaient réunies par une alliance volontaire. Les Huns et les Alains insultaient à la fuite des Gotbs , qui n'étaient pas disposés à user avec modération de la prospérité. L'ancienne jalousie des Ostrogoths et des Visigoths se réveilla, et les chefs orgueilleux se rappelèrent les injures qu'ils s'étaient faites réciproquement lorsqu'ils habitaient tous au-delà du Danube. Le progrès de leurs haines particulières affaiblit leur aversion pour le nom romain ; et les officiers de Théodose achetèrent, par des dons et des promesses, la retraite ou le service des partis mécontens. La séduction de Modar, prince du sang royal des A maies, procura aux Romains un partisan hardi et fidèle ; il obtint le rang de maitre général , et un commandement de confiance. L'illustre déserteur des Gotbs surprît une armée de ses compatriotes plongée dans le sommeil à la suite de la débauche et de l'ivresse. Après en avoir massacré la plus grande partie , il revint au camp impérial ' , chargé d'immenses dépouilles , et suivi de quatre mille chariots enlevés aux barbares. Dans les mains d'un politique habile, des moyens différons s'appliquent" avec succès à la même fin; et la délivrance de l'empire, commencée par la division des Goths, fut achevée parleur réunion. Athanaric, qui avait contemplé de loin les succès des Goths sans y prendre part, se trouva forcé , par le sort des armes , d'aban-

■ Zosime (1. rr, p. 232) le traite deSeyUie; les Grecs plus modernes semblent avoir donné ce nom aux Goths.

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(381 dep. J.-C.) donner sa retraite des bois de Cauca. Il n'hésita plus à traverser le Danube; et une grande partie des sujets de Fritigero , qui sentaient déjà tous les maux de l'anarchie, reconnurent volontiers pour roi un juge de leur nation dont ils respectaient la naissance, et dont ils . avaient souvent éprouvé l'habileté; mais l'âge avait refroidi l'audace d'Athauaric, et, au lieu de conduire ses soldats aux combats et à la victoire, il écouta prudemment la proposition d'un traité avantageux. Théodose , qui connaissait le mérite et la puissance de son nouvel allié, alla au-devant de lui à plusieurs milles de Constantinople , et le traita daus la ville impériale avec la confiance d'un ami et la magnificence d'un empereur. Le prince barbare examinait avec attention tous les objets qui frappaient ses regards, et cédant à l'impulsion de sa surprise: t Je vois aujourd'hui, ■ dit-il d'un ion animé, ce que je n'ai jamais

• voulu croire; je contemple l'éclat de cette » étonnante capitale. > Il admirait successivement la position de la ville, la force de ses murs, la beauté des édifices publics, la vaste étendue de son port rempli de vaisseaux de toutes les nations, les armes et la discipline des troupes. * Un empereur romain , ajouta i Athanarïc, est un dieu sur terre, et le mortel » présomptueux qui ose l'attaquer, devient

• homicide de lui-même '. > l.e roi des Goths ne jouit pas long-temps de cette brillante réception; et, comme la sobriété n'était point une des vertus de sa nation, ou peut soupçonner que la maladie dont il mourut fut la suite des excès auxquels il se livra dans les repas somptueux de l'empereur. Mais la politique de Théodose tira de sa mort plus d'avantages que son allié n'aurait pu lui en

< Le .lecteur ne sera pas fâche de trouver les exprès sîonsde Jornandts, ou de l'auteur qu'il a copié. • Regiaui

• urbem ingressus est; miransque , En, inquil, cerno > quod &ppe iueredulus andiebam, famam videlicel tant*

• urhis. El hue illuc oculos vol»ens , mine silum urbis

• couimea tunique navium, nunc rnsenia Clara prospec-

• tans, rairalur; populosque dWersarum gentium, quasi

• tonte in une- e diversis pariihus sraluriente unda, sic

• qaoque militera urdinatora aspieieoa. Deus, inquit, est,

• sine datiio , terreuus imperalor , et quisquis adversus » eum manum inoverit , ipse sui sanguinis reus existiL • Jornandès (e. 28 , p. 650) continue à raconter sa mari et les cérémonies de ses funérailles.

CIBBOK, i.

PAR ED. G1BBOH. Cil. XXVI.

procurer en le servant fidèlement durant une longue vie. On fit de magnifiques obsèques à Athanaric , dans la capitale de l'Orient ; on éleva un superbe monument à sa mémoire; et son armée, gagnée par les libéralités et par la douleur apparente de Théodose, passa toute entière sous les drapeaux de l'empereur des Romains '. La soumission d'un corps do Visigoths si considérable produisit les effets les plus salutaires, et l'influence de la raison, de la force et de la séduction , prit chaque jour une nouvelle étendue. Tous les chefs indé p end a ns se h à [ ère n t d e f ai re se pa ré m en 1 1 e u r traité, dans la crainte qu'un plus long délai ne les f tx posa t seuls et sans secours à la vengeance de l'empereur. La capitulation générale, ou plutôt finale des Goths, peut être datée a quatre ans un mois et vingt-cinq jours après lu défaite et la mort de Valens *,

La retraite volontaire de Saphrax et d'Alathée avait déjà délivré les provinces du Danube des Grunthungiens ou Ûstrogoths. L'esprit inquiet et turbulent de ces deux chefs leur .fit chercher dans d'autres climats une nouvelle scène de gloire et de brigandage. Leur course destructive se dirigea vers l'Occident; mais nous n'avons qu'une connaissance très-obscure et très-imparfaite de leurs expéditions. Les Ostrogoths repoussèrent plusieurs tribus des Germains jusque dans les provinces de la Gaule; ils conclurent et violèrent bientôt un traité avec l'empereur Gratien, s'avancèrent dans les régions inconnues du Nord , et revinrent , après un intervalle de quatre ans, avec des forces plus nombreuses, sur les rives du bas Danube. Ils avaient recruté leur armée des plus féroces guerriers scythes et germains ; et les soldats, ou du moins les historiens de l'empire , ne reconnurent plus le nom ni la contenance de leurs anciens ennemis '. Le général qui com-

' Jornandéa, c. lirai, p. 650; Zosime 11 (l. iv, p. 246) est forcé d'applaudir à la générosité de Théodose, si honorable pour le prince et si avantageuse pour les sujets.

: Les passages courts, mais authentiques, des Fastl d'Idaeius (Chron. Scaliger, p. 52) sont défigures par l'esprit de parti. La quatorzième oraison de Thcmislius est un compliment adressé au consul Satunûnus sur la paix. (A. I). 383.)

JE5ii!T«2i<.9ji.".*rii*>™».-(Zosime,l.iv,p.2j'2).

SI

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mandait lés forces navales et militaires de lu frontière de Thrace présuma qne sa supériorité pourrait être désavantageuse an bien dn service, et que les barbares, tenus en respect parle spectacle imposant de la floue et des légions , différaient le passage du fleirve jusqn'à l'hiver. L'adresse des espions qu'il envoya dans leur camp attira les Ostrogotbs dans le piège qu'il leur tendait. Ils leur persuadèrent que, par une irruption soudaine , ils pourraient surprendre, dans l'obscurité de la nuit, l'armée romaine endormie ; et cette multitude crédule s'embarqua précipitamment dans trois mille canots '. Les plus braves des Ostrogeths formaient l'avanl-garde. Le corps de la flotte portait le reste des hommes et des soldats; et les femmes, avec les enfans, suivaient à l'arrière-gardé. Ils avaient choisi , pour l'exécution de leur dessein , une nuit trèsobscure ; et ils étaient au moment d'arriver à b rive méridionale du Danube , dans la confiance qu'ils trouveraient les gardes du fleuve et du camp dans le plus, profond sommeil. Mais un obstacle inattendu leur coupa le passage ; une triple chaîne de vaisseaux solidement liés l'un avec l'autre, formait une chaîne impénétrable de deux milles et demi le long de la rivière. Tandis que , dans un combat irès-inégal, Us tâchaient de forcer Le passage, leur aile droite fut écrasée par l'attaque irrésistible d'une Oottc de galères qui descendait te fleuve par la double impulsion des rames et du courant. Le poids et b rapidité de ces bàtimens de guerre brisa , coula à fond et dispersa les faibles canots des barbares, et leur valeur ne leur fut d'aucun secours. Alathée , roi ou général des Oslrogolhs, pérît avec les plus braves de ses troupes ou dans les eaux du fleuve, ou par l'époe des Romains. La dernière division de cette malhcnrense flotte aurait pu regagner le rivage d'où elle émit partie; mais la terreur et le désordre ne leur laissait ni la faculté d'agir,

* La raison et l'exemple m'autorisent i appliquer ce nom indien aux fiM»£ïx*des barbares, baleauxcreuaés dans un seul arbre, vx>8u piioj-jxa, i^e.jw.n,,-. (Zosime, 1. iv, p. 253.)

re Gntbaaft ,

L'EMPIRE ROMAIN, (383 dep. J.-C.)

ni Ta liberté de penser ; 9s se rendirent if discrétioa , en implorant la clémence des vain* queurs. Dans cette occasion, comme dons beaucoup d'autres, il n'est pas facile de concilier, les passions et les préjugés des écrivains du siècle de Théodose. Cemt qui se plaisent à blâmer ou défigurer toutes ■* tes actions de son règne affirment que le lieu tenant Pronoms avait assuré la déroule des barbares par sa valeur et son intelligence, avant que l'empereur hasardât de paraître sur ses vaisseaux; Le poète complaisant qui célébrait, à la cour d'Honorius.la gloire du père et celle du fils , attribue tout l'honneur de h victoire à l'intrépidité de Théodose, et ii insinue même qu'il tua dans le combat le roi des Ostrogoths '. La vérité de l'histoire se trouverait peut-être en adoptant nn juste milieu entre ces deux récits opposés. L'original du traité qui fixa l'établissement des Goths, assura leurs privilèges et stipula leurs obligations, éclairciraît l'histoire de Théodose et celle de ses successeurs ; ou n'a conservé que très-imparfaitement l'esprit ou la substance de cette convention1. Les ravages delà guerre et de la tyrannie avaient laissé beaucoup de terres incultes à la disposition des barbares qui pouvaient daigner les cultiver. Ou plaça dans la Thrace une nombreuse colonie de Visigoths, et l'on transporta 1rs restes des Ostrogoths dans la Phrygie et dans la Lydie. Ils obtinrent tous une distribution de bétail et de grains, et l'exemption de tout tribut durant un certain nombre d'années. Lies barbares auraient mérité d'être les victimes de la

< Zofiine.Li*, p. 252,215. Il montre notent mb peu de jugement et de goût eu défigurant une histoire sérieuse par des circonstances ridicules, peu intéreesantn cl incroyables.

Itauilt .... rtr. rm.

Les opima étaient les dépouilles qu'un général ne pouiail acquérir qu'après avoir lue de sa propre main le rai on le général de l'ennemi , et les siècles brillans de Ham* n'en offre ut que trois exemples.

J Voy. Thcmistius (Oral, iti, p. 211). Claudia a fc*trope(l- n, 152) parle d'une co

ei nomme ensuite les rivières de Lydie le Pactole e

(383 dep- J.-C) politique perfide de la coup impériale, s'iis Missent souffert qu'on les dispersai dans différentes provinces; mais ils exigèrent la possession entière des villages et des districts choisis pour le lieu de leur. résidence; ils conservèrent leurs mœurs et leur langage, assurèrent dans le sein du despotisme l'indépendance de leur gouvernement particulier, et reconnurent la souveraineté de l'empereur sans se soumettre à la juridiction inférieure des lois et des magistrats romains. Les chefs commandaient toujours leur tribu en temps de paix et en temps de guerre; mais la dignité royale Tut abolie, et l'empereur pouvait à son gré nommer et destituer les généraux. Il entretenait un corps de quarante mêle Goths pour In défense de l'empire d'Orient , et ces troupes audacieuses , qui prenaient le nom Ae.fwtlrra(i,ua alliés, étaient distinguées par des colliers d'or, nne paie considérable et d'amples privilèges. Us réglèrent leur courage national par l'usage désarmes et l'esprit de discipline ; et, tandis que les forces suspectes des barbares gardaient ou menaçaient l'empire , les dernières étincelles du génie militaire s'éteignaient, dans l'urne .des 'Romains '. Théodose eut l'adresse de persuader à ses allies que les conditions de paix arrachées à sa prudence par la nécessité , étaient l'expression sincère de son amitié pour la nation des Goths '. Mais il faisait une réponse bien opposée aux plaintes dn peuple, qui blâmait hautement ces concessions humiliantes et dangereuses *, Ses ministres peignirent les calamités de la guerre de la manière la plus pathétique, et ils exagérèrent les pre-

» CoaqSsrtf Jornanoes {e.'tx),qn rend compte de l'ttat et du nombre des GoLhs, fiederati, avec Zosirne (1. iv, p. 258) qui eiM leurs colliers d'or, et Pacatus (in Panegyr. fut., m, 3J)iuii applaudit ou semble applaudir (blleuieat à leur bravoure et à leur discipline dangereuses.

1 Atnator paeù geiicrisque Golhorum. Tel est le langage de l'historien des Golhs (C. iiiï); il représente sa nation comme douce, paisible , patiente A souffrir, et lente à se livrer a la colère. A en croire Tile-Lrte, les Humains n'ont conquis l'univers que pour se défendre.

* Onlrc les invectives partiales de Zosime, toujours mécontent des princes chrétiens, voyra les représenialious queSyuese adresse! rempereur Areadhis (de liegno, p. 25, 36, edil. Pelau). L'évêque de Cyrene riait asses prés pour hieo Juger, et assez loin pour ne pont craindre cl ne point natter.

PAR ED. GIBBON. Cil. XXVI.

mîers symptômes du retour de l'ordre , de l'abondance et de la sûreté publique. Les avocats de Théodose affirmaient, avec une apparence de vérité, qu'il était impossible d'extirper un si grand nombre de tribus guerrières réduites au désespoir par la perla de leur pays natal, et que les provinces épuisées se trouveraient recrutées de soldais et de laboureurs. Les barbares conservaient toujours leur air féroce et menaçant; mais l'expérience du passé pouvait faire espérer qu'ils prendraient l'habitude de l'obéissance et de l'industrie ; que leurs mœurs s'adouciraient par l'influence de l'éducation et de la religion chrétienne , et que leur postérité se confondrait insensiblement avec la grande niasse du peuple romain '.

Malgré ces argumens spécieux et ces espérances illusoires, il était facile de prévoir que les Goths conserveraient long-temps leur haine contre les Romains, et qu'ils deviendraient peut-être bientôt les conquéraos de leur empire. Ils montraient daus toutes les occasions le plus insolent mépris pour les citoyens et les provinciaux , qu'ils insultaient impunément '. Tbéodose était redevable à la valeur des barbares du succès deses armes; mais on ne pouvait pas compter sur le secours d'une nation perfide, qui abandonnait ses drapeaux dans le moment où l'on avait le plus grand besoin de ses services, et l'empereur en fit plusieurs fois la fâcheuse expérience. Durant la rébellion de Maxime, un grand nombre de déserteurs goths se retirèrent dans les marais delà Macédoine, dévastèrent les environs, et obligèrent le monarque intrépide a hasarder sa personne pour étouffer te feu de cette révolte naissante*. L'alarme

1 Theraistius (Oral, xri, p. 211 , 212) compose bh apologie sensée, mais t|ui u'iïf cependant pas cieaipte des unerililes ordinaires de rëluqueBce grecque. Orphée pe put enchanter que les animaux sauvages delà Thrace; nuis Tbéodose- enchante les hommes et les femmes dans un pays où Orphée fut mis en pièces, etc.

ï On privai CoBslantinople de la moitié d'une des distributions journalières de pain accordé au peuple pour expier la mort d'un soldai golb i.nntw« ïulmi, était le crime du peuple. (Libauius, Orat. m, p. 391, edil. de Mord.)

i Zosime, 1. iv, p. 267-271. Il raconte une hisiolrelongoeet ridicule de ce prince qui courait, dit-il, le pays avec cinq ou six cavaliers pour toute suite, et qui décou-

y, Googk

d'à public était d'autant plus vive, qu'il regardait cette révolte accidentelle, comme le résultat d'un projet vaste et prémédité. Ou croyait que les Goths avaient signé insidieusement leur traité de paix, que leurs chefs s'étaient engagés d'avance , par un serment secret,à regarder toujours comme nuls tousles engngemens pris avec les Romains, et à saisir toutes les occasions de pillage, de conquête et de vengeance. Mais les barbares n'étaient pas tous inaccessibles au sentiment de la reconnaissance, et plusieurs de leurs chefs se dévoncrent loyalement au service de l'empire, ou du moins de l'empereur. Toute la nation se divisa insensiblement en deux factions opposées, qui débattaient avec chaleur dans leurs assemblées la préférence due à l'un ou à l'autre des sermens. Les Goths qui se regardaient comme les défenseurs de Rome et de la paix avaient pour chef le jeune et vaillant Fravîtta, distingué de ses compatriotes par l'urbanité de ses moeurs, par la générosité de ses sentimens , et par les ver* tus paisibles de la vfc crvifisée. Hais le perfide Priuif était à la tète du parti te plus nombreux ; il animait les passions de ses compagnons d'armes, et soutenait leur indépendance. Invités dansnnjourdefeteô la table de Théodose, tes deux chefs, échauffes par le vin, oublièrent le' respect qu'ils devaient à l'empereur, et trahirent indiscrètement l'objet de leurs débats et de leur animosité. Théodose , désagréablement frappé d'une dispute si extraordinaire , dissimula sa surprise, ses craintes et son ressentiment, et rompit, quelques instans après , celte assemblée tumultueuse. Fravîtta, alarmé et irrité de l'insolence de son rival, dont le -départ pouvait devenir le signal de la guerre civile, suivît audaciensement Priuif , et, lui plongeant son épéedansle sein, retendit mort à ses pieds. Les compagnons des deux chefs coururent aux armes, et le fidèle Fravîtta aurait succombé sans le secours des gardes impériales1. Telles étaient les fureurs et les

rritun espion dans la chaumière d'une vieille femme. L'espion fut fouetté et exécuté, etc., etc.

) Compare! Eunape {in Excerpt. légat., p. ît, 22) avec Zoatme (1. rv, p. 279). Malgré ta différence des dndi

DECADENCE DE L'EMPIRE ROMAIN, (383 dep. J.-C)

scènes sanglantes qui souillaient le palais et la table de l'empereur romain ; et comme il fallait toute la fermeté et toute la modération de Théodose pour contenir l'indocilité des Goths, la sûreté publique semblait dépendre de lu vie el des talens d'un seul homme '.

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