‹ Histoire de la décadence et la chute de l'Empire romainChapitre 45 sur 85 · CHAPITRE XXTIH · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXTIH

Destruction totale du paganisme. — Introduction du cotte des saints et des retiques parmi le» chrétiens. '

La ruine du paganisme, dans le siècle de Ihéodose, est peutrêtre l'exemple unique de l'extinction totale d'une superstition ancienne et généralement adoptée, et on peut la considérer cotante un événement remarquable dans l'histoire de l'esprit . humain. Les chrétiens, et principalement le clergé, avaient souffert avec impatience les sages délais, de Constantin et la tolérance du premier -Valent iiiien. Us regardaient leur victoire comme précaire et peu sûre tant .que leurs adversaires auraient la permission. de Subsister. Arobroise et ses confrères employèrent! lejur influence sur: la jeunesse d* Graiîen,, et sur la piété de Théodose ; à inspirer des. maximes de persécution à leurs augjtttes, prosélytes. On établit deux principes, spécieux de jurisprudence reltgfeôee,. d'où les-préiau tirèrent une conclusion stricte, et rigoureuse contre tous les sujets do J'empire «qui -sensévflraiejii encore dans ^s-céréwontes du culte de leurs ancêtre»: 1° Que les magistrats; sont «Biqnelqae façon coupables des «rimas qu'ils négligeât de prévenir ou de pantr ;■ 2» que lïdolatrie des divinités fabuleuses et des déowis est le crime le pins offensant pour La majesté du créateur. Le clergé s'autorisait des bis de Moïse et de l'histoire des Juifs *, et les appliquait sans docte d'une manière erronée au régne universel du chrisûaniârne *nHa enflammèrent le xèle des empereurs, et tous les temples du monde romain, furent détruits soixante ans après ta. conversion de 'Constantin.

Depuis le règne dé Numa jusqu'à celui de

calamités dont il parte, noue donne lieu do penser wm If héros* qui il dàtieson livree*tled«-niff*tta ptnsaéprlavMs des Valentmisns.

> Saint Ambroisc) L n, de Obiî. TJu-aiiot., p. (208). lait l'éloge du zeledo josiahdans UtdatracUondelidjotllrle. Joints Firmicus Maternui t'explique air te mène sujet s»ee une pieuse Inhumanité. { De Erroreprof. Arligiomtm, p. *67, éiiil. Grouov. ) Nec filiojubct fia Ifi mosaïque) piirci, née fl-alrt, etper amatam coajugem glndium vinitieem dueit, etc.

*Bayt*(t. n, p. we; Justine, dans son commentaire philosophique , ces lois intolérantes, et les borne m régne de .Ichovah sur les Juifs. L'entreprise est limahle.

tira il en , les Romains conservèrent toujours les différent collèges de l'ordre sacerdotal*. Quinze pontifes exerçaient leur juridiction suprême sur toutes les personnes et toutes les choses consacrées au service des dieux; et leur tribunal sacré décidait toutes les questions qui pouvaient s'élever relativement au système traditionnel de leurs opinions religieuses. Quinze augures examinaient le cours des astres, et en imposaient aux conquérans par le vol des oiseaux. Quinze conservateurs des livres sibyllins, nommés quindecemvirt, consultaient l'histoire de L'avenir et sans doute des événemens douteux. Six vettalet dévouaient leur virginité à la garde du feu sacré et des dieux tutélaires de Borne, qu'il n'était pas permis à un mortel de contempler '. Sept tpulei préparaient la table des dieux , conduisaient la procession , et réglaient les cérémonies de ia fête annuelle. On regardait les trois flametu de Jupiter, de Mars et de Quirinns , comme les ministres particuliers des trois plus puissantes divinités qui veillaient sur le destin de Rome et de l'univers. Le roi des sacrifices représentait la personne de Numa et de ses successeurs dans les- fonctions religieuses qui ne pouvaient être exercées que par le souverain. Les cérémonies ridicules que les confréries des ialient , de* lupercaks , etc., pratiquaient pour obtenir la protection des dieux immortels auraient arraché le sourire du mépris à tout homme de bon sens. L'établissement de la monarchie. et le déplacement du siège de l'empire anéantirent peu « peu

i Voyei la hiérarchie romaine dans Cicéron {de Legi- 4iu,n,7, 8),Tile-Iive (i, 20), Denys d'Halicarnasse , O-ii, p. 119-1», édtt. Hudson), Beaotort (Képubl. Rom. 1. i, p. 1-OQ) et Morte (vol. i , p. 50-55). Le dernier outrage annonce autant le wbig anglais , que l'antiquaire romain.

^C« symboles mystiques et peut-être imaginaires ont clé l'origine de plusieurs labiés et de différentes conjecturea. Il parait que le palladium était une petite statue d'foiiroD trois coudées et demie de hauteur, qui représentait Minerve portant une lance et une quenouille , qu'elle était ordinairement renfermée dans un acriaou baril , et qall y avait i esté on second baril lout-afait semblable pour dérouler la curiosité ou éviter ie sacrilège. ( Voyez Meteriac, Comment, sur les Epil. d'Ovide, t. i, p.gfl-o9;etlipse, t. m, p. BiO, de rata, etc., W.)

PAKIÙD.GIBBOft. CHAP. XXV111.

l'autorité des prêtres romains dus les conseils; mais les lois et les mœurs protégeaient la dignité de leur caractère, et leur personne était toujours sacrée. Dans la capitale, et quelquefoisdans les provinces, ils exerçaient encore, et principalement le collège des pontifes, leur juridiction civile et ecclésiastique. Leurs robes pourpres, leurs chars brillons et leurs festins somptueux,.. excitaient l'admiration du peuple. Les terres consacrées et les fonds publics fournissaient abondamment au faste de la prêtrise et ù tous les frais du culte religieux. Comme le service des autels n'était point incompatible avec le commandement des armées, les Romains, après leurs consulats et leurs triomphes, aspiraient a la place de pontife ou d'augure. Les plus illustres des sénateurs occupaient, dans le quatrième siècle, le» sièges de Pompée et de Cicéron ' ; et l'éclat de leur naissance ajoutait à celui du sacerdoce- Les quinze prêtres qui composaient le collège des pontifes jouissaient d'un rang d'autant plus distingué, qu'ils étaient censés les compagnons du souverain; et les empereurs chrétiens daignaient encore accepter la robe de pontife suprême et les ornemens attachés» cette dignité. Mais, lorsque Gralien monta sur Le trône,. ce prince, plus scrupuleux ou plus éclairé, rejeta les symboles profanes *, appliqua les revenus des prêtres et, des vestales au service de l'état au de l'église, abolit leurs honneurs et leurs privilèges., et détruisit tout l'édifice de la superstition romaine, consacrée par l'opinion et par onze cents ans d'habitude. Le paganisme était cependant la religion dominante du sénat : la statue et l'autel de la Victoire ornaient encore le temple dans lequel il s'assemblait *■ On y voyait cette déesse sous la forme d'une femme majestueuse, placée de-

■ Cidroo (attMticum, \. n, eplit. y, ad Famlliar., I. iv, epist. 4) avoue franchement on indirectement que la place d'augure est l'objet de son ambilloo. Pline veut suivre les traces de Cicéron (1. iv, épil. 8) ; et l'histoire et les marbres pourraient continuer la chaîne de la iradi-

iZosime,]. rv, p. 240, ISO. J'ai supprimé le jeu de mois ridicule sur Po nîifex et Naxlmut.

> Cette statue fut transportée de Tarente a Rome, placée dans la Curia lutta par César, et décorée par Auguste des dépouilles de l'Egypte.

bout sur un globe, vétnc d'une robe (louante, les ailes déployées, le bras tendu , et tenant à la main une couronne de lauriers '. Les sénateurs faisaient serment sur son autel d'ol*ëir aux lois de l'empereur et de l'empire; et, dans toutes les délibérations publiques, ils commençaient par présenter une offrande de vins et d'encens à la déesse de la Victoire1. La suppression de cet ancien monument fut la seule injure que Constance fit à la superstition des Romains. Julien rétablit l'autel de la Victoire , Valeminien le toléra , et le zèle de Gratïen * le fit disparaître pour la seconde fois ; mais l'empereur laissa subsister les statues des dieux exposés à la vénération publique : quatre cent vingt-quatre temples du chapelles, ouvertes dans les diuerens quartiers de Rome à la dévotion des habitans, offensaient la piété des chrétiens par le spectacle continuel de l'idolâtrie*.

Mais les chrétiens ne composaient à Rome qu'une Faible partie du sénat \ et ils ne pouvaient déclarer que par leur absence une opposition aux actes légaux , quoique profanes, de In majorité païenne. Le fanatisme ranima pour un instant, dans cette compagnie, le sentiment de la liberté expirante. Elle vola et lit successivement partir pour la cour impériale 6 quatre députa (ton s respectables, chargées de représenter les griefs des prêtres et du sénat, et de solliciter la res-

' Prudentius(l. n, en initie) a bit un étrange portrait de la Victoire; mais le lecteur curieux sera plus satisraitdesantiquil&deMonlfaucon (t. i, p. 341).

* Voyez Suétone {mjugust.,c 35) et l'exordedu Panégyrique de Pline.

i Ces rails sont avoués unanimement par les deux aracals, SymmaijuF et Ambrais*-.

* La Notitia arbis, plus récente que Constantin, ne trouve pas une seule ries églises chrétiennes digne d'être nommée au nombre des édifices Je la ville. Ambrotsc (l. n, Epil. 17, p. 825) déplore le scandale publie de Rome, qui incommodait continuellement les yeux, les oreilles et l'odorat des Bdeles.

•'■ Arnbroise affirme, contre toute probabilité, quêtes rtiréliens avaient la niajorilédans le sénat. (Œuvres de Moylc , vol. n, p. 147.)

s La première (A. D. 382) à Gralien, qui relus* l'audience ; la seconde (A. D. 384) à Vatentinien , au moment de la dispute entre Symmaque et Arnbroise; la troisième, (A. D. 388) à Théodose; et la quatrième (A.l). 392) A Vatentinien. ( Lardner , Témoignages des Paient , vol. it, p. 372-379), décrit clairement toute la transaction.

(395 dep. J.-C) taarationde l'autel de la Victoire. Symmaqne, sénateur riche et. éloquent, fut chargé de cette commission importante '. Il réunissait aux caractères sacrés de pontife et d'augure, les dignités civiles de proconsul d'Afrique et de préfet de Rome. Symmaque était enflammé du zèle le plus ardent pour la cause du paganisme, et ses pieux adversaires déploraient l'usage qu'il faisait de son génie , et l'inutilité de ses vertus morales *. L'orateur, dont la requête à Vatentinien existe encore, sentait la difficulté et le danger de son entreprise. 11 évite avec soin toutes lès réflexions qui auraient pu offenser la religion du souverain; il déclare humblement que les prières et les instances sont ses seules armes, et argumente avec adresse moins en philosophe qu'en rhetorîcien. Symmaque tâche de séduire l'imagination du jeune monarque par l'étalage pompeux des attributs de la victoire. Il insinue que la confiscation des revenus consacrés au service des autels est indigne de son caractère généreux, et soutient que les sacrifices des Romains perdraient leur force et leur influence, s'ils ne se célébraient plus aux dépens et au nom du public. L'orateur se sert même du septicîsme pour excuser la superstition. Le mystère incompréhensible de l'univers élude, dit-il, la curiosité des faibles humains , et on peut déférer à l'empire de l'habitude dans les occasions où la raison n'est d'aucun secours. L'attachement de toutes les nations pour les opinions consacrées par une longue suite de siècles parait dicté par les règles de la prudence. Si ces siècles ont été couronnés par la gloire, s'ils ont joui de la prospérité, si la dévotion des peuples a obtenu des dieux les faveurs qu'ils sollicitaient sur leurs autels, tout engage à persister dans des pratiques salutaires, et à éviter des malheurs dont les innovations pourraient être la cause. Symmaque applique

1 Symmaque, qui était revêtu de tous les honneurs civils et sacerdotaux, représentait l'empereur comme Pontifrx Jfar. et comme princeps Saiatils. (Voyei ses titre* orgueilleusement étalés S la tête de ses ouvrages,

s Comme si , dit Prudence £ ia S/mmaq. { i, 639 ) , ou devait fouiller dans Ta boue avec un instrument d'or « d'ivoire. l*s saints traitent eux-mêmes cet adversaire avec politesse et même avec respect.

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(395. dep. l.-C.) ce raisonnement à la religion et aux succès de Numa ; et, en introduisant sur la scène Rome elle-même ou le génie céleste qui présidait à sa conservation, il le fait parler ainsi devant le tribunal des empereurs : * Très-excellens i princes, dit la matrone vénérable, pères au-

> gnstes de la patrie, ayez un peu de respect » et de considération pour mon grand âge,

> dont la durée n été sans interruption un » cours de pieuse ferveur. Puisque je n'ai » pas lien de m'en repentir, laissez-moi con-

> tinuer des pratiques que je révère; puisque » je sois née libre , laissez-moi jouir de mes

• institutions. Ha religion a soumis l'univers

> à mon empire. Mes pieuses cérémonies ont

> chasse Annibal de mes portes, etlesGaui lois dn Gapitole. Ferez-vons à ma vieillesse » cette cruelle injure? Je ne connais point le » système que vous me proposez , mais je

• sais qn'en voulant corriger la vieillesse, on

> entreprend une tâche ingrate et peu glo-

> rieuse *. » Les terreurs du peuple suppléèrent à ce que l'orateur avait discrètement supprimé ; et les païens imputèrent unanimement a rétablissement de la religion de Constantin tous les maux qui affligeaient ou menaçaient l'empire.

La résistance ferme et adroite de l'archevêque de Milan détruisît les espérances de Symmaque, et prémunit les empereurs contre l'éloquence séduisante de l'avocat des Romains. Dans cette controverse, Ambroise daigne emprunter te langage de la philosophie, et demander avec mépris pourquoi il serait nécessaire d'attribuer à un être invisible et imaginaire des victoires que le courage et la discipline des légions explique suffisamment. Il relève avec raison le ridicule d'un respect aveugle pour les institutions de l'antiquité, qui tend à décourager le progrès des arts, et a replonger la race humaine dans son ancienne barbarie. S'élevant ensuite

i Voyez la cinquante-quatrième Épître du dixième livre de Symmaque. Dans la forme etU disposition de ses dix livres d'Épurés, il imite Plinc-le-Jeune, dont ses amis loi persuadaient qu'il égalait ou surpassait l'élégance et la richesse de style. (Macrob.,Salurnal,l. v, c. 1.) Maisle luxede Symmaque consiste en feuilles stériles sans fruits et même sans fleurs. On trouve aussi peu de fails que de sentiment dans sa volumineuse correspondance.

peu à peu à un style plus noble et plus théologique, il prononce que le christianisme est la doctrine unique du salut et de la vérité, et que tous les autres cultes conduisent ses prosélytes à travers les sentiers de l'erreur, dans l'abîme profond de la perdition éternelle '. Ces argnmens, prononcés par un prélat favori, furent suffisans pour prévenir la restauration des autels de la Victoire ; mais ils eurent bien plus d'influence dans la bouche d'un conquérant, et Théodosc traîna publiquement les dieux de l'antiquité attachés aux roues de son char '. Dans une assemblée complète du sénat, l'empereur proposa pour question importante à résoudre, selon les anciennes formes de la république, laquelle des deux religions du Christ ou (le Jupiter serait désormais celle des Romains. La crainte et l'espoir inspirés par la présence du monarque détruisirent la liberté des suffrages qu'il affectait d'accorder ; et l'exil récent de Symmaque avertissait ses confrères qu'il serait dangereux de contrarier la volonté du souverain. Jupiter fut condamné par une majorité considérable, et il est étonnant qu'aucun des membres du sénat n'ait eu l'audace de déclarer dans son discours ou dans son suffrage Un reste d'attachement pour une divinité proscrite par l'empereur *. On ne

' Voyez Ambroise,!. n, épll. xvm, p. 825-833. La première est on avertissement concis, et la dernière une réponse en Tonne à la requête ou aulibellede Symmaque. Les mêmes idées se trouvent exprimées plus eu détail dans les poésies de Prudence, en supposant qu'elles méritent ce nom. Il composa deux livres contre Symmaque, (A. It. 404) durant laviede ce sénateur. 11 estasse! extraordinaire que Montesquieu (Considérations, etc., c. 19,t. ni, p. 487) néglige les deux principaux antagonistes de Symmaque , et s'amuse à rassembler les réfutations indirectes d'Orose, saint Augustin et Salvlen.

iVoyez Prudence ( (« S/mmacti-l. i, p 546) etc. Le chrétien, d'accord avec le païen Zosime { 1. iv, p. 283 ) , place la visite de Tbéodose après la seconde guerre civile. Germûti bU victor cœde tyranni,\. i, 410. Mais te temps et les circonstances semblent mieux convenir à son premier triomphe.

' Prudence, après avoir prouvé que le non sens du sénat a été prouvé par une majorité légale, ajoute p. 800, ele

.il nu IqgëA purgatj ab

(3U dcp. J.-C.)

peut attribuer la conversion précipitée du sénat qu'à une impulsion surnaturelle ou à des motifs d'intérêt personnel; et une partie d'entre eux, trahit, dans tontes les circonstances favorables, une disposition secrète à dépouiller le masque odieux de l'hypocrisie : mais ils se confirmèrent dans la nouvelle religion , lorsque la destraction de l'ancienne parut inévitable. Ils cédèrent à l'autorité de l'empereur, à l'usage des temps et aux sollicitations de leurs femmes et de leurs enfatts, dont le clergé de Rome et les moines de l'Orient gouvernaient la conscience '- Presque toute la noblesse imita l'exemple édifiant de la famille A nieienne : les Bassi, les Paulîni et les Gracques embrassèrent la religion chrétienne. «Les flambeaux de l'univers, lavé- » nérable assemblée des Calons, telles sont i les expressions de Prudence , se hâtaient

> de quitter leurs habits pontificaux , de se

> dépouiller de la peau du vieux serpent,

> pour se revêtir de la robe blanche de lïn- » nocence baptismale, et humilier l'orgueil * des faisceaux consulaires sur la tombe des

> martyrs \ • Les citoyens qui subsistaient du fruit de leur industrie, la populace qui vivait de la libéralité publique, accoururent en foule dans les églises de Latran et du Vatican. Le consentement général des Romains * ratifia les décrets du sénat, qui proscrivaient le culte des idoles ; la magnificence du Capitole s'obscurcit, et les temples déserts furent abandonnés a la ruine et an mépris •. Rome se soumît au joug de l'Evangile,

Zoslme attribue aux pères conscrits une rigueur païenne, dontpeu d'entrée!» étalent Juges capables, i Jérôme cite le pontife Albinn , dont la famille , les

les euîans et pelils-enlaus étaient en si grand sombra ,

Ïj'ils auraient suffi pour convertir Jupiter lui-même. Irange prosélyte ! (Li, ad Lcetam, p. 54.)

L'imagiuation de Prudence est échauffée par te sentiment de la victoire.

s Prudence, après avoir décrit la conversion du peuple et du sénat, demande avec confiance et un pen de

* Jérôme se réjouit de la désolation du Capitole et des

lires temples de Rome Ct. i,p. 54, t. n,p. 95.)

et son exemple entraîna les provinces cmqnises, qui n'avaient pas encore perdu tout respect pour son nom et pour son autorité. La piété des empereurs les engageait à procéder avec douceur à la conversion de la cité oit leur empire avait pris naissance; mais ils n'eurent pas la même indulgence pour les préjugés des villes de leurs provinces. Le zélé Théodose reprit avec ardeur et exécuta complètement les travaux pieux , suspendus durant plus de vingt ans après la mort de Constance '. Tandis que ce prince guerrier combattait encore contre les Goths, moins pour la gloire que pour le salut de l'empire, il hasarda d'offenser une grande partie de ses sujets , par quelques entreprises qui pouvaient peut-être mériter la protection du ciel , mais que la prudence humaine ne saurait approuver. Les succès de ses premiers efforts contre les païens l'encouragèrent à réitérer sesédîtsde proscription, et à les faire exécuter à la rigueur. Les lois originairement publiées pour les villes de l'Orient s'étendirent, après la défaite de Maxime, dans toutes les provinces de l'empire d'Occident, et chaque victoire de Théodose fut un nouveau triomphe pour l'église catholique '. Il attaqua la superstition jusque dans ses fondemens, en proscrivant l'usage des sacrifices , qu'il déclara criminels et infâmes; et, quoique ses édita condamnassent plus particattèrenent la curiosité impie qui examine les entrailles des victimes * , toutes les interprétations postérieures tendirent à envelopper eréaôralement dans ce crime l'acte d'immolation, qui

t Libantus (Orat.pn TempfU, p. 10, Genev. 1634, publiée par Jacques Godefrojr, et très -rare aajtnrd'bul) accuse Valens el Valeaiinien d'avoir défanda les sacrifices. L'empereur d'Orient peu avoir donné qnetqnes ordres particuliers ; mais le silence du Code et le lé»unignage de l'histoire ecclésiastique attestent qu'il ne pobba point de loi générale.

i Voyo ses lois dans leCode de TnéoAkK, L xvi. Ut- 10, lois 7-11.

s Les sacrifices d'Homère ne sont accompagné» d'aucunes recherches dans les entrailles des vicuaues. (Voies PtXOAm, Jntiquitat. ffomer.,\. >, c. 10 , 16, Les Toscans, qui ftumirmt les premiers aruepieea, isapoeèreut celle pratique aux Grec* et aux Kqsmum. (Otxrca,, de Divination* , ii, 53.)

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(3»5 <tep. J.-C.)

PAR;En.G|B?QPf. CH. XIYÏlI.

constituait essesuielkmeot la - religion des; païens. Les temples étaient principalement destinés à célébrer les sacrifices, et la bienfaisance . du prince l'engageait à éloigner l'occasion de transgresser les lois qu'il avait établies. Théodose chargea, par une commission spéciale, d'abord Cynegius, préfet du prétoire de l'Orient , et ensuite les comtes Juvitis et Gaudentius , deux officiers d'un rang distingué dans. l'empire d'Occident, de Fermer les temples, de s'emparer de tous les instruirions de l'idolâtrie, et de les détruire , d'abolir les privilèges des prêtres , et de confisquer les terres consacrées, au profit de l'empereur, de l'église catholique, ou de l'armée '. On pouvait s'en tenir la, et sauver des mains destructrices du fanatisme les édifices magnifiques qu'on n'employait plus au culte de l'idolâtrie. Une grande partie de ces temples étaient des chefs-d'œuvre de l'architecture grecque , et l'intérêt personnel de l'empereur lui défendait de détruire l'ornement de ses villes, et de diminuer la valeur de ses propriétés. On pouvait laisser subsister ces superbes monu- ■neus comme autant do trophées de la victoire du christianisme. Daos le déclin des arts, an les aurait convertis utilement en magasins, eu manufactures, ou en places d'assemblée publique. Peut-être, lorsque les murs des , temples se seraient trouves MStMMnent purifiés .parle temps et par des cérémonies pieuses, le., culte du vrai Dieu aurait pu effacer le souvenir de l'idolâtrie. Hais aussi ïoug-temps qu'ils subsistaient, les païens se flattaient secrètement que quelque heureuse révolution , qu'un second Julien rétablirait peut-être les autels de leurs dieux ; et les pressantes sollicitations dont ils importunaient le souverain ' décidèrent les réformateurs chrétiens a extirper

" Zosimc, 1. TV, p. M6449; Théodore! , ). v, c. 21 ;

Idaeius, in Ckrmt. Prosper. Aquitan., I. m, c38,op. Baron., Anal. Bottés., À. I>. 380, n"62; Ltbanlus pro Templit , p. 10, lâche de prouver que les ordres de Théo- AoW n'étalent ai pressât» ni positifs.

3f-w*ed8ln*w!ote, 1. in, lit. 10, loi*. 8, 18, Il y a lieadecroiwquece temple d'Edesse, que Théodose voulait oanserver aoar servir à quelque Mitre mage, ne lut ««eMtqu'aa mimw (ta ruines. (Liharùus, prcTemplis, p. ÏC, ÏT; rtlcsuotos de Godefroy, p. 50.}

sans ménagement les racines de la superstition. Il paraît par quelques édits des empereurs qu'ils adoptèrent des sentimens moins violens ' ; mais ce fut avec une froideur et une indifférence qui les rendirent inutiles, ni n'opposèrent qu'une barrière impuissante contre le torrent de l'enthousiasme et de l'avidité, dirigé tel qu'il l'était par les chefs de l'église. Martin, évoque de Tours', parcourait la Gaule à la tête de ses moines , et détruisait les idoles , les temples et les arbres consacrés dans toute l'étendue de son vaste diocèse ; et le lecteur de sa vie peut juger s'il dut ses succès à la puissance des miracles, ou à celle du glaive temporel. En Syrie, l'évéqueMarcellus s, que Théodore! surnomme le pieux et le divin, résolut de raser tous les temples du diocèse cTApamée. Celui de Jupiter était si solidement construit , qu'il résista d'abord à toutes les attaques. Ce temple, situé sur une éminence , avait quatre façades, soutenues chacune par quinze colonnes massives de seize pieds de circonférence, et toutes les pierres qui les composaient, étaient fortement engrenées ensemble avec du fer et du plomb. Ou te fit miner, et ce superbe édifice s'écroula dès que le feu eut consumé les élançons au moyen desquels on avait creusé sous ses fondemens. Les difficultés de cette entreprise sont décrites sous l'allégorie d'un démon qui, ne pouvant pas en empêcher le succès , tâchait du moins de le retarder. Fier de cette victoire, Marcelin» se mit luimême en campagne , pour triompher des démons, suivi d'une bande nombreuse de soldats et de gladiateurs sous l'étendard éptscopaI,etilattaqua successivement les villages et les temples répandus dans les campagnes d ti diocèse d'Apamée. Dans les occasions où la résistance annonçait du danger, le champion

1 Voyet la «rieuse Oraison de Ubaniiu (pro remplis) prononcée ou plutôt composée fers l'année 390. J'ai consulté avec fruit la traduction et les remarques du docteur tartiner. (Témoignages des païens, vol. iv, p, 135-163.)

iVoyezla Vie de Martin, par Sulpice-Sévère, c. 9-14. Le saint se trompa une fois comme Don Quichotte , et, prenant un enlerremeni pour une procession païenne , il opéra imprudemment un miracle.

* Comparez Soioméoe (1. vu, c. 15) avec Théodore! , CI. v, c. 21). Ils racontent entre eux deux la croisade el la mort de Marcellus.

DECADENCE DE L'KMPIKE KOMAIN

de la foi , qu'une paralysie des jambes empêchait également de fuir et de combattre, se plaçait hors de la portée des traits; mais cette précaution lui réussit mal ; des paysans en fureur le surprirent et le massacrèrent ; et le synode dé ta province prononça sans hésiter que saint Marcellus avait sacrifié sa vie au service de la foi. Les moines, qui sortaient en foule du désert, secondaient puissamment ces pieuses entreprises, et leur zèle ressemblait beaucoup à la fureur ou plutôt à la férocité, lis méritèrent la haine des païens, et ne furent point exempts du reproche d'avarice et d'intempérance. Ces saints destructeurs satisfaisaient l'une eu pillant les ennemis de leur religion , et l'autre aux dépens des insensés qui admiraient leurs vétemens en lambeaux , leurs chants lugubres et leur pâleur artificielle '. Le goût, la prudence , ou peut - être la vénalité de quelques gouverneurs de province , sauva un petit nombre de temples. Celui de Vénus à Carthage formait une enceinte d'environ deux milles de circonférence ; on en fit une église ', et une consécration semblable a conservé le magnifique Panthéon de Rome3. Hais dans presque toutes les provinces du monde romain , une armée de fanatiques sans discipline et sans autorité assaillaient les paisibles paysans; et les ruines des plus beaux monumens de l'antiquité attestent encore les ravages de ces barbares, qui avaient seuls le loisir et la volonté d'exécuter des destructions si pénibles.

Dans cette scène de dévastation générale, le spectateur peut distinguer les ruines du fameux temple de Sérapis à Alexandrie *.

' Libaoiua [pro Templis,p, 10-13.) Il se moque de ces hommes vêtus de robes noires, les moines chrétiens, qui mangent plue que dea éWphans.. . Pourquoi les comparer aux éiéphans, les plus tempérais de tous les animaux ?

î Prosper. , Aquilon. , 1 . m, e. 38; ap . Baron . , Aurai . Ecriés., A. D. 389, n° 58, etc. Le temple avait été fermé pendant quelque temps , et le sentier qui y conduisait était rem pli de broussailles.

î DonaL , Roma Jntiq. et Nov., I. iv, c. 4, p. 466. Ce fui le pape Boni face IV qui célébra celle consécration. J'ignore quel concours de circonstances heureuses avait pu conserver le Panthéon plus de deux siècles après le régue de Théodose.

' Sophrorii us composa peu de temps après une histoire Séparée (Jérom., in Scrip. Eccl., 1. 1, p. 303;, qui a fourni

(38fr dep. J.-C-) Sérapis no parait pas être du nombre des dieux ou des monstres enfantés par la fertile superstition des Égyptiens '- Le premier des Ptolémées avait reçu en songe l'ordre d'apporter ce mystérieux étranger de la. côte du Pont, où les habitons de Sinope l'adoraient depuis long-temps. Mais, son règne et ses attributs étaient si obscurs., que l'on disputa long-temps pour savoir s'il représenterait la brillante lumière du jour, ou le monarque ténébreux des régions souterraines *. Les Égyptiens, attachés iaviolablement à la religion de leurs ancêtres , refusèrent d'admettre dans l'enceinte de leur-ville cette divinité étrangère *• Mais les prêtres, séduits par la libéralité de Ptolémée, se soumirent sans résistance. On fit au dieu du Pont une généalogie honorable, et on l'introduisit dans le temple et sur le trône d'Osiris *, le mari d'Ists, et le monarque céleste de l'Egypte. Alexandrie , qui était particulièrement sous sa protection , se glorifiait de porter le nota de la ville de Sérapis. Son temple s, dont la magnificence égalait celle du Capitole, s'élevait sur le vaste sommet d'une montagne artificielle qui dominait toute la ville. On montait cent marches pour y arriver, et la cavité intérieure, soutenue fortement par un grand

des matériaux aSocrate(). v, c. 16), Théodore! <L V, c 22 ), et RuAn (I. n,c 22). Cependant ce dernier , qui avait été a Alexandrie avant et après l'événement , peut- en quelque fcora paner pour témoin oculaire.

> Gérard VossiuHOper. t. v, p. 80 , et «V ïdalolatria, 1. 1, c. 29) lèche de défendre l'étrange opinion des Pères, qu'on adorait en Egypte le patriarche Joseph , comme 1* bonrf Apis et le dieu Sérapli.

ï Origo Detnondam nostris celébrata, Egyplicnim antistttes sic memorant, etc. (Tarit., Hist, iv , 83.) Les Grecs qni avalent voyagé en Egypte Ignoraient aussi l'existence de cette nouvelle divinité.

niacrob., Saturnal.,1. i, c. 7. (Je fait atteste évidemment son extraction étrangère.

* On avait réuni I Home lais et Sérapis dus le mette temple. La préséance que la reine contenait pourrait iudiquer son alliance obscureaveci'étranger venu du t'ont Mais la supériorité du use féminin était en Egypte une institution civile et religieuse. (Diodore de Sicile, t . i, 1. 1, p. 31 , édit. Wesseling.) On observe le même ordre «ans lelraitédePlularqueuirlsiset OsiïU, qu'il identifie aTet Sérapis.

1 AmmUu, uu, 10; YhxpotUitt Uttint mwuiL, p. 8. Géog. dTludsan, Mmot., \, m ; Rufiu ( 1. 21 ) «ééfcre le Serapeum comme une des merveille* du — lie.

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(395 ilcp. J.-C.) nombre d'arches, formait des caves et des appariemenfi souterrains. Un portique quadrangutaire environnait les Mtimens consacrés t la magnificence des salles et des statues déployait le triomphe des arts , et la fameuse bibliothèqued' Alexandrie, sortie deses cendres avec une nouvelle splendeur, recelait les trésors de l'ancienne érudition '. Quoique les édita de Théodose eussent déjà défendu sévèrement toute espèce de sacrifice, on les tolérait encore dans la ville et dans le temple de Sérapis, et on donna imprudemment pour motif de cette singulière indulgence les terreurs superstitieuses des chrétiens. Ils semblaient craindre eux-mêmes d'abolir des cérémonies anciennes, qui pouvaient seules assurer les inondations régulières du Nil, les moissons de l'Egypte, et la subsistance de Constantinople *.

Théophile ', homme audacieux et pervers, l'ennemi perpétuel de la paix et de la vertu, toujours affamé d'or et altéré de sang , occupait alors le siège archiépiscopal d'Alexandrie *. Les honneurs du dieu Sérapis excitèrent son indignation ; et les insultes qu'il fit à l'ancienne chapelle de Bacchns avertirent les païens de l'entreprise plus importante qu'il méditait. Le sujet le plus léger suffisait pour donner Lieu à une guerre civile dans la tumnltueuse cité d'Alexandrie. Les adorateurs de Sérapis, fort inférieurs en nombre et en force à leurs adversaires, prirent les armes, à l'instigation du philosophe Olympius*,

■ Voyez les Mem. de l'Acad. des Inscript., t n, p.3R7- 446. L'aneienne bibliothèque des PloMméts hit consumée totalement dans l'expédition de César contre Alexandrie. Marc-Antoine donna la collection entière de Pergame à Ctéopâtre (deui cent mille volumes) comme les rondemens de la nouvelle bibliothèque d'Alexandrie.

3 Libanius ( pro Templis ) irrite indiscrètement ses souverains chrétiens par celle remarque insultante.

a Tillemont , Mcm. Ecelée., t. u, p. 441-500. La situa tiwn équWoque de Théophile, que Jérôme a peint «rame un saint, et Chrvsoslôme comme nn diable, produit une sorte d'impartialité ; cependant , à tout résumer, le résultai semble lui être défavorable.

* Nttus potrrom choisir entre la date de Marcellln (A. D. 8880 H celle de Prospér (A.' D. 391.) Tilloniont (Hist. des Empereurs, t. «,p. 310-750} préfère la première ; et l'agi choisit la dernière.

*■ Lardnor (Tmnoqaaga dos Païens , vol. it, p. 411 ,)a cite on tort beau passage, tiré de Siihtas ou plutôt île Uanwa*ui,^nirrpre«rrleleïtTW*uiO,"i)mirs, non pas sons

qui les exhortait à mourir pour la défense de leurs dieux. Ces païens fanatiques se fortifièrent dans le temple de Sérapis , repoussèrent les assiégeans par des sorties et par une défense vigoureuse, et commirent sur leurs prisonniers chrétiens toutes sortes de cruautés pour dernière vengeance de leur désespoir. Les efforts prudens des magistrats obtinrent enfin une trêve jusqu'au moment ou Théodose aurait disposé, par ses ordres, du destin de Sérapis. Les deux partis s'assemblèrent sans armes dans la place principale de la ville, où l'on lut à haute voix le mandat de l'empereur. Dès que ta sentence de destruction fut prononcée contre les idoles d'Alexandrie , les bruyantes acclamations des chrétiens se firent entendre, et les païens consternés se retirèrent précipitamment, pour éviter le triomphe et les insultes de leurs, ennemis. Théophile exécuta la démolition du temple , sans autre difficulté que celle du poids et de la solidité des matériaux ; mais cet obstacle insurmontable obligea l'ardent archevêque à laisser les fondemens, et à se contenter d'avoir fait du bâtiment un vaste amas de ruines et de décombres. On eu déblaya par la suite une partie, pour construire sur le terrain une église en l'honneur des saints martyrs. La précieuse bibliothèque d'Alexandrie Tut pillée et détruite, el, près de vingt ans après, les cases vides excilaientle regret et l' indigna lion des spectateurs dont les préjugés n'obscurcissaient pas touta-fait le bon sens '. Les œuvres de génie antique dont un si grand nombre sont irrévocablement perdues, auraient pu être exceptées de la ruine de l'idolâtrie, pour l'amusementetpour l'instruction de la postérité. Le zèle ou l'avarice du prélat' devaient être satisfaits des riches dépouilles que furent le

les traits d'an guerrier , maie sons ceux d'un prophète.

J Non itutiituM armoria libromm, i/uibus dcreplù , exUumUaeaanoslru hominîbus, nostris temporïbu» memoranl. (Crus. 1. fi, c 15, p. 425, édil. Havercamp ) Quoique bigol et amaieur de controverse, Orose paraît nu peu honteux.

SEnnape, dans les Vies d'Anlouin «t d"Edesius, parle avec horreur du brigandage sacrilège de Théophile, Tiliemonl (Hem. Ecclés., t. du, p. 453.) cilcune épilre d'IsidoredePrlusium, qui reproche au primat le culte idolâtre ** l'or, anri sacra famés.

prix de sa victoire. Tandis que l'on fondait avec soin les vases et les petites statnes d'or et d'argent, tandis que 'l'on brisait les autres et qu'on les traînait ignominieusement dans les rues, Théophile tachait de démontrer les fraudes et les vices des minisires des idoles , leur adresse à se servir de la pierre d'aimant , leurs méthodes secrètes d'introduire une créature humaine dans une statue concave , et l'abus criminel qu'ils misaient de la confiance des époux pieux et des femmes crédules '. Ces accusations sont trop conformes à l'esprit fourbe et intéressé de la superstition pour ne pas mérilerquelque degré de croyance ; mais il faut se méfier de ce même esprit, quand il s'efforce d'insulter et de calomnier son ennemi vaincu ; et on doit réfléchir qu'il est bien pins facile d'inventer une histoire scandaleuse, que de pratiquer long-temps une fraudé aveesnecès. La statue colossale de Sérapis ■ fut enveloppée dans la raine du temple et de la religion. Un grand nombre de plaques de différons métaux joints ensemble composaient la ligure majestueuse de la divinité, qui louchait des deux cotés aux murs du sanctuaire. Sérapis , assis et un sceptre à la main , ressemblait beaucoup -aux représentations ordinaires de Jupiter, dont il n'était distingué que par le panier ou boisseau placé sur sa tête , et par l'emblème du monstre qu'il

DECADENCE DE L'EBWBE ROIUUÏ, (»5 dep.,,J.-C.)

le chaos» Un sajdat, anime par le zèle, et

muni de.sa bâche d'armes, rnonteà \ 'échelle , et les chrétiens eux-mêmes, n'étaient pas sans inquiétude «ir l'événement de l'entreprise '. Le soldat frappa nu coup violent sur, la joue de Sérapis ; elle tomba par terre ; lo tonnerre ne gronda point, les «eux et la terre conservèrent leur -ordre et leur tranquillité.. Le soldat victorieux. continua de frapper; l'énorme idole fut réduite en morceaux , et la populace traîna ses membres dans les rues d'Alexandrie. On brûla sa carcasse dans l'amphithéâtre; et Un. grand nombre de citoyens donnèrent L'impuissance reconnue de leur diea tatélaire pour le motif de- leur conversion. Les religion». qui offrent au peuple un, objet matériel et visible de leur culte ont l'avantage de s'adapter et de. se familiariser, aux sens des hommes; mais cet avantage est contrebalancé par les .accident inévitables auxquels la foi de l'idolâtrie est exposée. Il est presque impossible qu'il puisse copserver, dans toutes les situations^" esprit, on respect implicite pour les idoles que le tact et la vue nesauraient distinguer des productions ordinaires de l'art ou delà nature; et si, au moment dn danger, leur yertusecrcie et miraculeuse est impuissante pour leur propre conservation, le prosélyte détrompé, méprise les vaines excuses des prêtre» et se moque avec raison de l'objet ridicule de. son ancienne

portait dans sa main droite : la tête et le superstition ». Après la destruction de Se-

corps d'un serpent qui se terminait par trois queues terminées elles-mêmes par trois têtes, l'une d'un chien , l'autre d'un lion , et la troisième d'un loup. On affirmait avec confiance qne si la main d'un mortel impie osait profaner la majesté du dieu redoutable , le ciel et la terre rentreraient à l'instant dans

■ Ru (In nomme le prélat de Saturne, qui, engouant le rôle du dieu, conversait familièrement avec un grartd nombre de dévotes de la première qualité, mai s qui , dans un moment de transport, oublia de contrefaire sa voit. Le récit authentique et impartial d*Eschine prouve qne ces fraudes amoureuses se pratiquaient souvent avec sucres. (Voyez Bavle , Diction. Oit. , Scamandre , et l'aventure deMundus; Joseph, Antiquilat. Juilaie. , I. inn, c. 3, p. 877, édit. Havercamp. )

i Vo*a tes Images de Sérapis dUtHefllanen, t.n, p. 297. Hais la description de ttacrobe (Satunul. , 1. i , c. 30) est phit pittoresque et plus satisfaisante.

rapis , les païens crurent quelque temps que le Ml refuserait son influence bienfaisante aux habitans impies de l'Egypte; un retard extraordinaire de l'inondation semblait annoncer la colère de la divinité du fleuve ; maïs les eaux s'élevèrent rapidement à une si grande hauteur, que le parti mécontent se flatta d'être vengé par le retour du déluge ,

1 M futta tirnuèn nuDul, BoUfue ratait

I« ni crolci«nl mHuna» M

(Lucain , in, 429.) Est-il vrai, dit Auguste , i un vétéran chez lequel»! soupail, queceiuiqui frappa le premier ta statue d'or d' Anaïtis (Ut a l'instant privé de la vue , et mourut presque au mène moment? C'est moi, répondit le vétéran dont ht vue était excellente, qui suis celui dont vous parlez, et c'est du produit d'une jambe delà dée&sefae vous soupe* aujourd'hui. (Pline, Hist. fMtr.,xxxni, 24.; iL'bMoira de la refera» offre 4e fréqnnu ewinr*» du passage soudain de la euperstilioB «H népris.

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(395 dep. J.-C-) jusqu'au moment ou la rivière se réduisit paisiblement au degré salutaire de seize coudées nécessaires à la fertilité ',

Les temples de l'empire romain étaient déserts ou abattus ; mais la superstition des païens tâchait encore d'éluder les lois sévères de. Théodose contre toutes sortes de sacrifices. Les habitans de la campagne , qui étaient moins exposés aux regards de la curiosité malveillante, déguisaient leurs assemblées religieuses .sons l'apparence de fêtes champêtres. Ils se réunissaient, aux jours de fêtes,' sous le feuillage épais des arbres consacrés ; ils , immolaient et rôtissaient des bœufs et des agneaux , brûlaient de l'encens et chantaient 'des hymnes en l'honneur de leurs divinités; mats comme on ne faisait d'offrande d'aucune partie des animaux, comme il n'y avait ni autel pour recevoir le sang des victimes, ui oblations préliminaires de gâteaux salés , et que la cérémonie des libations était supprimée soigneusement, ils croyaient éluder le crime et la punition des sacrifices ". Hais le dernier édit de Théodose anéantit la ressource de ces vains subterfuges * et porta le dernier conp aux superstitions des payeus. Les termes de cette loi prohibitive sont clairs et absolus : * C'est ■ notre plaisir et notre volonté , dit l'em-

> pereur*, de défendre à tous nos sujets,

> magistrats et citoyens, depuis la première

> classe jusqu'à la dernière inclusivement ,

< Sozomène, 1. vn, c. 28. J'ai suppléé a ta mesure.!* même évaluation île l'Inondation, et conséquemmeDt U Bénw coudée, a subsisté invariablement depuis le tempo d'Hérodote. (Voyez Fréret, Hém. del'Acad. deslnserip. , t. xvi, p. 344-353 ; les mélanges deGreavè,Tol.i,p,233.) La coudée d'Egypte contient environ vingt-don pouces , mesure anglaise.

i iibauins (pro remplis, p. 15, 16, 17) pbkle leur cause d'une manière spécieuse et séduisante. De temps immémorial ces Fêtes étaient d'usage dans le pays, et celles de Baccbus avaient produit le théâtre d'Athènes. (Géorgiques, n 380. Voyei GodetToy, ad. loe. Liban., et leCodedeTbeod.,I.Ti, p. 284.)

a Bonorins toléra ces fêtes rustiques, A. D. 399. Abs que ulio Sacrtflcio, atque utla superstitwne danuiarbOt. Mais, neuf ans après, 11 crut devoir réitérer et exiger les mêmes conditions. ( Codex Tbeod.,1. xn, Ut. 10 , leg. 17,19.)

« Code Tbèod. , l. xti.UL 10,lo412. Jortiitf Remarques sur i'Hist.Erclès., vol. iv, p. 134) blâme avec raison la teneur et le style de cette toi tyraunique,

PAR ED. GIBBOn. Cil. XXVIII.

fi83

.» d'immoler désormais, soit dans une ville, > suit dans tout autre endroit , aucune vic- ;• lime innocente en l'honneur d'une idole i inanimée. • L'acte du sacrifice et la pratique de la divination par les entrailles des victimes sont déclarés , sans égard au motif, des crimes de haute trahison contre l'eut , qui ne peuvent s'expier que par la mort du coupable. On abolit les cérémonies païennes qui paraissaient moins cruelles et moins odieuses, comme injurieuses à l'honneur de la seule et véritable religion. Ledit défend nommément les lumières , les guirlandes, les encensemens, les libations de vins et comprend jusqu'au culte du génie domestique et des dieux pénates dans l'arrêt de la proscription. Celui qui se rendait coupable de quelqu'une de ces cérémonies profanes perdait la propriété de la maison ou du terrain où elle avait été exécutée , et si, pour éluder la confiscation, il faisait, de la maison d'un autre, le théâtre de son impiété, l'édifie condamnait à une amende de vingt-cinq livres d'or, environ mille livres sterling , on à peu près vingt-cinq mille francs. Il punissait par la même amende la connivence des ennemis secrets de la religion, qui, négligeant les fonctions de leurs emplois , ne révélaient ni ne punissaient le crime de l'idolâtrie. Tel était l'esprit persécuteur des lois de Théodose, que ses fils et ses petits-fils exercèrent souventavec rigueur et aux applaudissemens unanimes du monde chrétien1.

Sous les règnes barbares de Dèce et de Dioctétien, le christianisme avait été proscrit comme une révolte contre la religion dominante de l'empire. L'union inséparable de l'église catholique, et la rapidité de ses conquêtes justifiaient en quelque sorteleurs soupçons, et le danger d'une faction obscure qui se multipliait dans le sein de l'état. Mais les

< On ne doit pas hasarder légèrement une pareille accu, galion, mais elle paraft. suffisamment fondée sur l'autorité desaint Augustin, qui s'adresse ainsi aux Donalistes:

• Quis BOsifum, quisrestrum non laudat leges ab impe-

• ratoribus datas adversus sacrifia* Paganorum ? Et certe

• loogeibi pasna severior conslituta est ; iulus quippe im-

• pietatis capitale supplicium est. • (Éptt. xctu,d° JO, dut par I* Clerc ,-BLbliolh. choisie, l. tu i, p. 277, qui ajoute quelques remarques judicieuses sur l'intolérance des. chrétien» victorieux.)

RM DECADENCE DE L*

empereurs chrétiens q*ii violèrent les lois de l'Évangile et de l'humanité ne pouvaient alléguer ni l'excuse de la crainte ni celle de ■Ignorance. La faiblesse et la folie du paganisme étaient prouvées par l'expérience de plusieurs siècles ; les lumières de la raison et de la foi avaient suffisamment démontré l'impuissance et le ridicule des idoles, et on pouvait accorder sans inquiétude aux restes de cette secte expirante la permission de suivre en paix et dans l'obscurité, les coutumes religieuses de leurs ancêtres. Si les païens eussent été animés par le zèle indomptable de leurs ancêtres , leur sang aurait inévitablement souillé le triomphe de l'église , et les martyrs de Jupiter et d'Apollon , méprisant la fortune et la vie, se seraient dévoués avec ardeur aux pieds de' leurs autels. L'apathie indolente du polythéisme n'admettait pas un zèle si obstine ; et les païens évitèrent les rigueurs du code de Théodose par la docilité de leur obéissance1. Au lieu de prétendre qne l'autorité des dieux devait l'emporter sur celle de l'empereur, ils firent à peine entendre quelques murmures, en renonçant aux cérémonies que le souverain condamnait.

S'ils s'échappaient quelquefois dans l'espérance de n'être point découverts, à satisfaire leur superstition favorite, l'humilité du repentir désarmait la sévérité des magistrats chrétiens, et les païens refusaient rarement d'expier leur imprudence par une soumission apparente aux préceptes de l'Évangile. Les églises se remplissaient d'une multitude de faux prosélytes , qui , en imitant la posture dévote des chrétiens, et en récitant leurs prières par des vues d'intérêt personnel , invoquaient an fond de leur cœur les dieux de leurs ancêtres *. Les païens souffraient impatiemment, mais ils n'avaient pas le courage de résister, et les milliers d'idolâtres qui déploraient la mine de leurs temples subirent sans efforts la loi de leurs adversaires.

I Orose, |. nr, t. 28. p. 53T, Augustin ( Enarrat. in Piaba. cxt., apud Laritaer, Témoignages des païens , vol. n, p. 458) déclame contre leur lâcheté. ■ Quïs eoruni

• eomprenensus est in sacriltrio, cum ht) légions ista pro-

• nibermlur, et non iKgavit? »

î Libanius (pre TempUs, p:17,tê)ri|p, «ans la Mimer , cette hypocrisie comme une scène de comédie.

EMPIRE ROMAIN, (395 dep. J.-C.)

Le nom et l'autorité de l'empereur' suffit pour désarmer les paysans de Syrie et la populace d'Alexandrie , qui s'étaient opposés aux entreprises de leur archevêque. Les païens de l'Occident ne contribuèrent point à l'élévation d'Eugène, mais leur attachement pour cet usurpateur rendit sa cause et sa personne odieuses. Le clergé fit entendre ses clameurs, et lui reprocha d'ajouter le crime d'apostasie a celui de la rébellion; d'avoir laissé rétablir l'autel de la Victoire , et de déployer dans ses armées les symboles idolâtres de Jupiter et d'Hercule contre l'invincible étendard de la croix. Mais la défaite d'Eugène anéantit bientôt l'espoir des païens, et ils restèrent exposés à la vengeance d'un conquérant qui tachait de mériter la faveur du ciel par la destruction de l'idolâtrie *.

Une nation esclave applaudit toujours a la clémence de son maître, quand u ne pousse pas l'injustice et l'oppression jusqu'à la dernière extrémité. Théodose pouvait sans doute proposer à ses sujets païens l'alternative du baptême ou de la mort ; et l'éloquent Lîbanius donne des louanges à la modération d'an prince absolu qui ne contraignit jamais ses sujets, par une loi positive, à embrasser la religion de leur souverain1. Il n'était pas indispensablement nécessaire de professer te christianisme ponr jouir des droits de la société civile ; il n'y avait point de punition particulière prononcée contre ceux dont la crédulité adoptait les fables d'Ovide et rejetait les miracles de l'Évangile. Un grand nombre de païens zélés occupaient des places dans le palais , dans les écoles , dans les armées et dans le sénat; ils obtenaient sans distinction tous les honneurs civils et militaires de l'empire. Théodose témoigna son estime pour le génie et pour la vertu, en décorantSymmaque'

■ LtbaniuS conclut son apologie (p. 32) ta déclarant» l'empereur qu'à moins qu'il n'ordonne ci pressentent U destruction des temples, les propriétaires défendront leurs lois et. leurs privilèges, irii «c tut «>/>*> J,»«r«*«,

1 Paulin , dans la vie d'Ambroise-, c. 26 ; Augustin , et Civitate Dei, I. t,c. 26; Théodore!, 1. v, c 24.

3 Libanius suggère la l'orme d'un èdit de persécution que Théodose aurait pu publier (pra Temptit, f. 32). La plaisanterie était imprudente, le prince pouvait soïrrt

(395 dep. J.-C.)

de la dignité consulaire, et par son attachement particulier pour Libanius '. L'empereur n'exigea jamais de ces deux apologistes éloquens du paganisme qu'ils changeassent ou dissimulassent leurs opinions religieuses. Les païens jouissaient du droit de dire et d'écrire leurs sentimens avec la plus grande liberté. Les fragmens historiques et pliiiosoriliiqiiesd'Eiinapiiis.deZosime' et des prédicateurs fanatiques de l'école de Platon, sont remplis des plus violentes invectives contre les principes et contre la conduite de leurs adversaires. Si ces libelles étaient publics, nous devons applaudir à la sagesse des princes chrétiens, qui méprisaient le désespoir et les derniers efforts de la superstition1; mais ils faisaient exécuter à la rigueur les lois qui proscrivaient les sacrifices et les cérémonies du paganisme, et chaque jour contribuait à détruire une religion plus soutenue par l'habitude que par des argumeos. La dévotion d'un poète ou d'tin philosophe peut se nourrir par la prière, l'étude et la méditation-; mais les opinions religieuses du peuple paraissent uniquement fondées snr l'exercice du culte public, et sur l'influence de l'habitude et de l'imitation. La privation de cet exercice public est susceptible d'opérer dans un petit nombre d'années l'œuvre important d'une révolution nationale. Le souvenir des opinions théologiques ne se conserve pas long-temps, privé du secours artificiel des prêtres, des temples et des lectures*. Le

*im, «trkttJi «hum htjwrllt toautl.

Tp« msgbtratui UM eoiuilU, Ef se trlbuaal

i (pro Templis, p. 32 ; se félicite Je ce que l'empereur Théodese a revêtu de celle dignité un homme qui ne craquait pas de jurer par Jupiter eu présence de son pieu* souverain. Cependant sa présence n'est probablement qu'une ligure de rhétorique.

2 Zosime, qui se qualifie du litre de comte et d'ancien avocat àa trésor , diffame indécemment les princes chrétiens, et même le père de son souverain. Il est probable queeetoufragesedistribuait avec précaution, puisqu'il échapp* à la censure des historiens ecclésiastiques qui précédèrent Evagrius(l. III, C 40-42),qui ïiïait à la fin du sixième «iéele.

3 Cependant les païens d'Afrique se plaignaient de ce que 1«ïs préjugés neleuf permet laîenl pas de répondre avectiberté à la Cite de Dieu. Saint Augustin (v, 26 ) en convient.

■* Les Maures d'Espagne, qui professèrent secrètement

PAR ED. GIBBOK. CH. XXVIH. 685

vulgaire ignorant , dont l'imagination conserve aveuglément les terreurs et les espérances de la superstition ', se laissera facilement persuader par ses supérieurs de diriger ses vœux vers les dieux du siècle ; et son zèle s'enflammera insensiblement pour la défense et la propagatiou de la nouvelle doctrine qu'il avait acceptée d'abord avec répugnance. L'église catholique attira sans peine la génération qui vint au monde après la promulgation des lois impériales, et la chute du paganisme fut en même temps si douce et si rapide , que vingt-huit ans. après la mort de Théodose ses faibles restes n'étalent plus sensibles aux yeux du législateur '.

La ruine de la religion païenne est décrite par les sophistes comme un prodige effrayant qui couvrit la terre de ténèbres et rétablit l'ancien règne du chaos et de la nuit. Ils racontent, en style pathétique, que les temples se ^convertirent en sépulcres , et que les domiciles sacrés des statues des dieux furent déshonorés par les reliques des martyrs chrétiens. < Les moines, > dil Eunapiusqui refuse à celte race < d'animaux immondes «jusqu'au nom d'hommes, < sont les auteurs de la uou-

> vclle doctrine qui a substitué les plus mé-

> prisables esclaves aux divinités que l'inteii ligence humaine conçoit si bien. Les têtes

> salées et marinées de ces malfaiteurs, qui » ont été punis de leurs crimes par une mort ■ ignominieuse, leurs corps où l'on voit en-

> core les traces des fouets et des tortures

* ordonnées par les magistrats; tels sont,

> ajoute Eunapios, les dieux que la terre

> produit de nos jours; tels sont les mar-

• tyrs, les suprêmes arbitres des .prières et » des vœux que nous adressons à la divini-

> té, et dont on respecte aujourd'hui les

> tombes comme des objets de la vénéra-

> tion des peuples !. » Sans approuver les

pendant plus d'un siècle la religion mabométane sous la verge de l'inquisition, possédaient le Coran et parlaient la langue arabe. (Voyez l'Histoire impartiale et curieuse de leur expulsion dans les Mélanges de Geddes,>rol. i, p. 1-198.)

i Paganos qui supersuat, quanquam jam nulles esse eredamtis , etc. (Code.Tb.iod., l.xn.tit.iO, toi 22, A. D. 421) Le second Tûeodose convint dans la suilf qu'il avait jugé un peu légé rnaenl.

î Voyez Eunape , dans la Vie du Philosophe JEAmm Dam celle d'Euslalhe , il prédit la ruine du pi

invective» et l'animosité du sophiste , il est nssex naturel de partager sa surprise (Tune révolution dont il fut le témoin , et qui éleva les victimes obscures des lois romaines au rang do protecteurs célestes do l'empire romain. Les temps et les succès convertirent "en adoration la respectueuse reconnaissance des chrétiens pour les martyrs de la roi, -et on accorda les mêmes honneurs aux plus illustres des saints et des prophètes. Cent cin- <qnanfe «as après les morts glorieuses de saint Pierre et de saint Paul , les lombes, ou plutôt les trophées de ces héros spirituels ', décorèrent le Vatican et la voie d'Ostie. Dans le siècle qui suivît la conversion de Constantin, les empereurs, les consuls et les généraux des armées, visitaient dévotement les sépulcres d'un faiseur de tentes et d'un pécheur * ; et l'on déposa respectueusement leurs os sur les autels dti Christ , où les évéques de la ville impériale faisaient tous les jours à Dieu l'offrande de leur sacrifice *, La nouvelle capitale de l'Orient, n'ayant pas trouvé chez elle de ces glorieux trophées, s'appropria les dépouilles des provinces. Les corps de saint André , de saint Luc et de saint Thimothée , avaient reposé près de trois cents ans dans des tombeaux obscurs, d'où on les transporta en pompe à l'église des Saints-Apôtres , fondée par Constantin sur les rives du Bosphore de Tlirace *. Environ

n fit-mtot

1 Caîus , ap. Euseb. , HîsL Ecclésiasl., L u, c 25, prêtre romain, qui virait du temps deZepbirinusC A. D. .302-219), fut témoin de celte pratique superstitieuse.

1 Ctirysoslùme, quod Chris tus sit Dcus, 1. 1, no«r. «Sdit , n° 9. La lettre pastorale de Benoit XIV «U- le Jubilé de l'année 1750 m' a fourni cette citation. ( Voyoi les Lettres intéressantes de M. Cliais , t. lu.)

? • Maie Tant ergo romauus episcopus , qui super

• mortuorum bominnm , Pétri et Pauli , seenndum dos ,

* osse Tencranda offert Domino ucriQeia , èl

m tumulos eorum Chrisli arnilralur allaria. • (Jérôme , t.v, advers. Vigilant., p. 153.)

I Jcr6meCt.il, p. 122) atteste ces translations, que les écrivains ecclésiastiques ont négligées. On troure U ■passion de saint André à Patras décrite dans une épltre du -dergéderAclMïe,uueBaronlus rendra It admettre (Anna). Ecclés., A. D. 60, n°Si), et que Tillemonl se trome force de rejeter. Saint André fut adapté comme le fondateur spirituel de Constant! noplé. ( Mémoires Ecciéslastiq les 1. 1, p. 317-323,588-504.

{306-dep* *VC) cinquante ans après , 6« conduisit au même lien Samuel, Jugeet prophétie tfïsrser. Les évéques se passèrent de mains et* mains ses cendres déposées dans on vase d'or et couvertes d'un voile (le soie. Le peuple reçut les reliques de Samuel avec autant de joie et de respect qu'il aurait pu en montrer au prophète vivant. La foule des spectateurs formait nue procession continuelle depuis la Palestine jusqu'aux portes de Constantinûple. L'empereur Arcadîus, suivi des plus illustres membres du clergé et du sénat, vint à la rencontre de cet bote extraordinaire qui, durant sa vie, avait réclamé et mérité l'hommage des souverains '. L'exemple de Rome et de Constantinople confirma la loi et la discipline du monde catholique. Les honneurs des saints, après quelques murmures faibles et inutiles de la raison profane *, s'établirent universellement;.et, dans le siècle. d'Ambroise et' de Jérôme, il semblait manquer quelque chose à la sainteté d'une église, jusqu'à ce qu'elle eût été consacrée par une parcelle de saintes reliques qui pussent fixer et enflammer la dévotion des fidèles.

Dans la longue période de douze cents ans qui s'écoulèrent entre le règne de Constantin et la réformatioa de Luther* le culte des saints et des reliques corrompit la simplicité pure et parfaite de la religion chrétienne, ot on peut observer quelques symptômes de dépravation chei les premières générations qui adoptèrent cette innovation.

1° Le clergé, convaincu 'que les reliques des saints avaient plus de valeur que l'or et les pierres précieuses % s'efforça d'augmenter

'Jérôme (t. n, p. 122) décrit pompeusement la translation de Samuel, qui se trouve citée dans tontes te chroniques dn temps.

i Le prêtre Vtgllsnltus, le protestant de mu siècle, rejeta toujours avec fermeté, mais inutilement, les superstitions des moines , les reliques, les saints t les jeunes, etc.; et Jérôme le compare à l'hydre, A Cerbère, aux centaures, etc. II le regarde connue l'organe des démons C I. u, p. 120-126 ). Quiconque lira la controverse de JérômeeideVigilantius, elle récit qné lait saint Augustin des miracles de saint Etienne, acquerra pnunptement une Idée juste des sratfmeus des Pères.

a M. de Beausobre (HisL du Manichéisme , totn. « , p. 618) a attribué un sens profane 1 la pieuse observation du dergé de Sntyrne, qui conservait précieusement les reliques du martyr salut Polycarpe.

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(39ftdep. ].-&).

1er trésors de lr6glise/Sam-beaueoup d'égard pouf la vérité ea même pour -là probabilité, ou donna des noms aux squelettes-, -et on inventa des action* pour ces noms. Dés «étions religiansesobsc&fcirent la gloire des apôtres iH'des saintsimilatcurS'de leurs vertus; en ajouta' air nombre des martyrs véritables nne multitude de1 héros imaginaires qui n'ont Jamais existé que dons la fantaisie de quelques légendaires rusés ou crédules, llya même lieu de soupçonner que le diocèse de Tours n'est pas le seul où Ton ait adoré sous le nom d'un saint' les os d'un malfaiteur '. Une pratique superstitieuse, qui tendait à multiplier les tentations de la fraude et de la crédulité, éteignit insensiblement la lumière de l'histoire et dé la raison dans le monde chrétien. 2* Main les progrès de ta superstition auraient'été moins rapides, si on ne- se fui pas servi' du secours des miracles et dés visions pourcbnstatêrl'amlicnticîÉe et la vertudes reliques suspectés. SôûS le i-ègne de Théodose, Lucien, ' prêtre de'lérusalem et curé du village 'de'Capbàrgatnata,,,l environ asept lieu es de la ville, raconte un songe singulier qu'il avait eu dans la r irait pendahl trois samedis ConséémiFs. Une figure vénérable s'était pr& Sentée devant lut; portant Une longue barbe, velue d'une robe blanche, et tenant une verge d'or dans sa main. Ce fantôme s'annonça sous le nom de tiamalîel , et apprit au prBtre' que son corps , celui de son fils Abibas, de son amiNicodèmei et enfin celui de fiftnstre Étiennc,'lé premier martyr du christianisme , avalent été enterrés secrètement dans lé champ Voisin. Il ajouta d'un ton (l'impatience, qu'il était temps de le tirer, lui ei ses compagnons, de leur retraite obscure; que leur apparition dans le monde détourne-

t Martin de Tours( voyez sa vie, c.8,parSulpieeSêvère) arracha cet aveu de la bouche d'un mort. Ou convient que l'erreurest naturelle, et la découverte est supposée miraculeuse. Laquelle des deux doit arriver le plus fréquemment?

5 Lucien composa en grec son récit; Avilos le traduisit, et Baroniusle publia (Annal. Ecclés., A. D. 415, n" 7-16). Les éditeurs bénédictins de saint Augustin ont donné, à ta Un de l'ouvrage De C'witate Dei, dcui difTérens telles, accompagnés de nombreuses variantes. C'est le caractère du mensonge d'être vague et incertain. Tillemont ( Mém. EeeWe. , t. u , p. 9 , etc.) a adouci les parties de la légende oui choquent le plus le bon sons.

PAR ED. G1UBOS. Cil. XXVlH. 687

rak 'les malheurs dont il était menacé, et qu'ils choisissaient Lucien pour avertir l'évoque de Jérusalem de leur situation et de leurs- désirs. De nouvelles visions éclaircirent les doutes et facilitèrent l'exécution de cette entreprise importante ; le prélat fit creuser la terre devant le peuple qui s'était rassemblé pour en être témoin. On trouva les tombes de Gamaliel , de son fils et de son ami, a côté l'une de l'autre ; mais, dès que l'on eut retiré la quatrième, qui contenait les précieux restes de saint Etienne , la terre trembla , et il se répandit une exhalaison aussi délicieuse que celle du Paradis, et dont l'influence bienfaisante rendit la santé a soixante-treize spectateurs. On- laissa les compagnons d'Etienne dans leur paisible demeure de Caphargamala ; mais les reliques du premier des martyrs furent transportées processïonnellement dans l'église construite en son honneur sur la montagne de Sion; ei presque toutes les provinces de l'empire romain proclamèrent généralement que. la pluspetite parcelle de ces reliques, une goutte de ' Sang*, ou les raclures d'un os, possédaient une vertu miraculeuse. Le savant Augustin V à qui la puissance de son esprit ne laisse guère ï'exense de la crédulité, atteste les prodige» nombreux opérés en Afrique par les reliques de saint Etienne ; et ce récit merveilleux a été inséré dans l'ouvrage de la Cité de Dieu , que révoque d*Hippone a rédigé pour servir de monument à la vérité du christianisme. Augustin affirme qu'il ne parle que dos miracles certifiés publiquement par ceux qui en ont éprouvé l'influence ou qui en ont été les spectateurs ; on omit ou l'on oublia beaucoup de prodiges. Hippone fut traité moin» libéralement que les autres villes de la province ; et sou évéque détaille cependant plus de soixante-dix miracles en moins de deux

I OrM Soie du sang de saint Etienne se liquéfia tous les ans! Naples, jusqu'au moment où il lut remplacé par (aintJanvier(Kuiuart, Hist. Penecut, fondai., p. 529.)

* Augustin composa les vingt-deux Livres De Ciuit. Dei, en treize ans de travail; A. JJ. 413-426. {Trtleraont, Mém. Ecclés., t. uv, p. 608, etc.) Il emprunte trop souvent son érudition , et raisonne trop souvent d'après luimême; mais la totalité de l'ouvrage a le mérite d'un dessin vaste, exécuté avec vigueur el quelque intelligence

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a»s, dans les limites de son diocèse, au nombre desquels il y eut trois morts ressuscites1. En portant nos regards sur tons les diocèses et tous les saints du monde chrétien, nous serons convaincus de l'impossibilité qu'il y aurait de calculer le nombre de fables et de versions puisées à cette inépuisable source. On peut se permettre d'avancer qu'une grande partie des miracles opérés dans ces siècles d'ignorance et de superstition n'en méritaient pas le nom, puisqu'ils s' écartaient à peine du cours ordinaire de la nature. 3° La multiplicité des miracles dont les tombes des martyrs étaient continuellement le théâtre, révélaient aux pieux croyans la constitution et l'état actuel du monde invisible, et leurs spéculations religieuses paraissaient fondées sur la base solide des faits et de l'expérience. Quel que pût être le sort des Ames communes depuis l'instant de In dissolution de leurs corps jusques à celui de leur résurrection, il était évident que les esprits supérieurs des saints et des martyrs ne passaient pas ce long intervalle dans un sommeil honteux et inutile*. On était convaincu, quoique sans pouvoir déterminer le lieu do leur habitation, ni la nature de leur félicité , qu'Us jouissaient du sentiment de leur bonheur , de leur vertu et de leur puissance, el qu'ils étaient déjà assurés d'une récompense éternelle. Leurs facultés intellectuelles surpassaient évidemment celles des mortels , puisque l'expérience démontrait qu'ils pouvaient entendre et comprendre, dans le même instant, les vœux qu'on leur adressait dans toutes les parties du monde *,

< Voyez August., île Ctvlt; Del, Hr. nn , «. 22 ; H l'Appendice qui contient deux Litres ta miracle» de saisi Etienne, parEvodius, éreque d'Uialis. Freculpuc {/tpuit Basuage, Hisl. dis Juifc, t. y m, p. 2-W) a cité un proverbe gaulois -ou espagnol : • Quiconque prétendra avoir ■ lu tous lus miraclesdesainl Etienne, mentira. •

i Burnet i.dc Statu Xortuonun, p.. StHH) recueille les opinions des Pères, qui attiraient le sommeil ou le repos des âmes jusqu'au jouir du jugement. H expose ensuite les incoutetiieui qui pourraient Infor s'ils conservaient troa existence sensible et «étire.

3 Vigilutius plaçait lésâmes des prophètes et des mlyrs àtm le sein d'Abraham, fn toco refrigerii, ou bobs l'autel de Dieu. Sec posta suis tmnuiit , et obi volueruot, Odette pratentet. Mais Jérôme (t. u , p. 122) , refuie BévâretnrM « blasphème. «Tu Dro teurs polies?

(3Kden,J.<C.) Les fidèles fondaient leur confiance sur la persuasion qne les saints, qui régnaient am le Christ, s'intéressaient vivement à h prospérité de l'église catholique, qu'ils jetaient sur la lerre des regards de compassion, « qu'ils honoraient principalement de leurs faveurs ceux qui se distinguaient parla sîncérilé de leur Foi et de leurs vertns, La bienfaisance des martyrs daignait quelquefois admettre des motifs moins purs ; ils avaient une affection particulière pour le lieu de leur naissance et pourcelni qu'ils avaient habité; pour celui de leur mort et de leur cnlrrrement, et enfin pour l'endroit qui possédât leurs saintes reliques. Les passions' mesquines de l'orgueil, de l'avarice et de la vengeance n'étaient pas jugées indignes de ce cœurs célestes. Ils daignaient lémoïgnerleur approbation à ceux qui leur Offraient des dons avec libéralité, et frappaient des chatimens les plus sévères les impies qui dërebaiciit quelque ornement à la magnificence de leur châsse, ou qni révoquaient' en doute leur puissance surnaturelle '. 11 aurait fallu , a la vérité , être bien endurci dans l'incrédulité , pour rejeter les preuves d'une influence divine à laquelle les élémens, 1; nature entière, et même les opérations invisibles de l'âme humaine étaient forcés d'obéir*. L'effet salutaire ou pernicieux qui était la suite immédiate des prières ou «les offenses, ne laissait aucun doute aux Chrétien de la haute faveur dont les saints jouissaient auprès de l'Ëtre-Suprème'; et ils crurent inutile de savoir si ces puîssans protecteurs étaient forcés d'intercéder continuellement pour tous les humains, ou slls1 avaic.ru

r Tu iposiolis vlncula ïrrjleies , ni ùsque >tf cfiem jrôâ

• tfflmnturenslocTtâ, i»m stoteuniTtomfribsu^; de tante v scriplunl es! : Scquiintur Agnum qnbttto'lttii vain. $ ■ AgnusuHque,ergo,eiM, qui eu ni Àgnrisunt.abl- > que esse credeudl sunl. Et cùm DiaDotus' et Démon*

• tolo vagenlur in orbe , clr. , etc. *

< Fleuri , Discours sur i'HlsU EccHs. , ni , p. SO.

1 A Mûlorque , tes reliques de HJnl ÉlieabeflamA rem en huil jour* rinqeeul quarante Jùii'<««le!e'«B cependant de quelques petites térerrles Salutaires, emov de brûler Us sjoasogie*, etd«dmsserle«tipiiil»jei«« les rochers, ou ils mouraient de Man , «te. {Voma Lcttrode-Sérere, eteqaedo MinortMt tdeaUtm; a* Augustin, de Civil. Dei, et les reoiarqu*! Jodiow» deuasnage.l nu, p. 245-261.)

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(385 dep. J.-C.) PAR ED. GIBBON. CH. XXV11I.

la liberté d'exercer leur ministère subordonné au gré de tetic justice et de leur bienveillance. La contemplation et le culte d'une cause universelle exigeaient de l'imagination un effort pénible , et elle saisissait avec avidité des objets inférieurs de son adoration , plus proportionnés a l'imperfection de ses facultés. La théologie simple et sublime des premiers chrétiens se corrompit insensiblement, et la monarchie du ciel, déjà surchargée de subtilités métaphysiques, fut totalement défigurée par l'introduction d'une mythologie populaire, qui tendait à rétablir le règne du polythéisme '.

4° Comme les objets de dévotion n'eurent bientôt plus d'autre règle que L'imagination , ou introduisit des cérémonies capables de frapper les sens du vulgaire. Si, au commencement du cinquième siècle', Tcnullien ou Lactance * fussent sortis du sein des morts pour assister à la fête d'un saint ou d'un martyr *, ils auraient contemplé avec autant de surprise que d'indignation le spectacle profane qui avait succédé au culte pur et simple d'une congrégation chrétienne. Dès que les portes de l'église se seraient ouvertes, leur odorat aurait été offensé par le parfum de l'encens et des fleurs, et ils auraient sans doute regardé comme sacrilège la clarté inutile et ridicule que les lampes et les cierges répandaient en plein midi. On ne pouvait arriver à la balustrade de l'autel qu'à travers une foule prosternée, et composée en plus grande partie d'étrangers et de pèlerins qui accouraient à la ville la veille, des fêles, et

< M. Hume ( Essais, vol. « , p. 434 ) observe en philosophe le Qui et le reflux du théisme et do polythéisme.

i D'Aubigné (Voyez ses Mémoires , p. 156-160) offrit, avec le consentement de* mintslres protestant, de prendre pour règle de loi celln îles quatre premiers siècles du christianisme Le cardinal du Perron voulait ajouter quarante ans ; cependant aucun des deux partis n'aurait trouve' son compte dans cet extravagant marrliè.

* Le culte pratiqué ri prêche par Tertnllien, Lactance, Arnobe , etc. , est si pur et si spirituel , que leurs déclamations contre les Païens rejaillissent quelquefois jusque sur les cérémonies des Juifs.

* Faustus le Manichéen hecuse les Catholiques d'idoUV trie. Fertitti iitota Ui martjres.... quos voit» sUiiitibus eotiti*. H. de Beausohre (Hist. Cril. du Manichéisme, L h, p.eat-JOO), philosophe protestant, a représentéarec candeur et érudition l'introduction del'idolalrie chrétienne dans les quatrième et cinquième sicx'les. *

GiunoN, i.

qui étaient déjà dapsi'enibousîasme dn fanatisme cl : peut-être de l'ivresse. Us imprimaient dévotement des baisers sur les murs et sur le pavé de l'église, et leurs prières ferventes s'adressaient , quelles que fussent les ' paroles du service divin, aux os, au sang ou aux cendres du saint couvert ordinairement d'un voile de soie- Les chrétiens visitaient les tombes des martyrs , dans l'espérance d'obtenir, par leur puissante intercession, toutes sortes de faveurs , et principalement des avantages temporels. Ils priaient pour In conservation ou pour le rétablissement de leur sauté, pour la fécondité de leurs femmes, pour la vie. fit le. bonheur de leurs enfans. Lorsque les dévots entreprenaient un voyage long ou. dangereux, ils suppliaient les saints .martyrs d'être leurs guides et leurs protecteurs dans la route ; et s'ils revenaient sans avoir essuyé d'accident, ht, tombes des martyrs recevaient encore leur visite et les vœux, de leur reconnaissance. Tous les murs étaient garnis des symboles de leurs faveurs. Des yeux, des jambes et des bras d'or et d'argent représentaient les services rendus nnx fidèles f et des tableaux édifians, qui devinrent bientôt l'objet d'un culte indiscret, offraient aux yeux le saint et le nombre prodigieux de ses miracles. Dans tous les âges et dans tous les pays, ces superstitions parlèrent toujours |e même langage'. On ne peut disconvenir que les ministres de la religion catholique n'aient imité le modèle qu'ils étaient impatiens de détruire. Les plus respectables prélats se sont persuadés que des paysans grossiers renonceraient plus facilement au paganisme, s'ils trouvaient quelque ressemblance, quelque compensation dans les cérémonies du christianisme. La religion de Constantin acheva en moins d'un siècle la conquête de tout l'empire romain; mais elle se laissa bientôt corrompre par les artifices de 'ceux qu'elle avait voulu convertir 3,

< On peut trouver dans h» diverses tu perditions , depuis le Japon Jusqu'à Mexico, des ressemblances qui n ont puêlre lefru 'l de l'imitation. Warburlon » saisi celte M ce qu'il a dénaturée en la rendant trop générale et trop absolue. (Dlv. légaL, 1. », p. M, etc.)

1 M.. MidrtMon traite de l'imitation du paganisme, daaa ta. LeUre «trita i Ratne. La observation» d<" Warburlon l'AbHsères! délier ensemble (vol. m, p. 1*10-132)

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