‹ Histoire de la décadence et la chute de l'Empire romainChapitre 46 sur 85 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Diiiiion finale de l'empire romain entre Ici fila de Théodore. — Régne d'Arcodiu) cl d' Ho norias. — Adminisiralion de Hulin et du Slilicoo. — Révolte El défaile de Gildoii en Afrique.

Le génie de Rome disparut à la mort de Thcodosc , le dernier des successeurs d'Auguste et de Constantin qui parut a la tête des armées, et dont l'autorité fut universellement reconnue dans toute l'étendue de l'empire. Cependant la jeunesse et l'inexpérience de ses deux: fils furent protégées quelque temps par le souvenir de sa gloire et de ses vertus. Après la mort de leur père, Arcadius et Honorius obtinrent les suffrages unanimes, comme empereurs de l'Orient et de l' Oc ci dent. Tous les ordres de l'état, toutes les classes de citoyens, les sénats de l'ancienne et de la nouvelle Rome, le clergé, les magistrats , les soldats et le peuple, prononcèrent avec zèle le serment de fidélité. Arcadius, alors agéd' environ dix-huit ans, était né en Espagne dans l'humble habitation d'un simple citoyen; mais il reçut une éducation convenable à sa nouvelle fortune dans le, palais de Constantinople, où il passa honteusement sa méprisable vie , et d'où il sembla régner sur les provinces de la Thrace , de l' Asie-Mineure , de la Syrie et de l'Egypte, depuis le Bas- Danube jusqu'aux conCus de la Perse et de l'Ethiopie. Le jeune Honorius son frère fut décoré, dans la onzième année de son âge, du litre d'empereur de l'Italie, de l'Afrique, de la Gaule, de l'Espagne et de la Grande-Bretagne. D'un côté les Maures, et, de l'autre , les- Calédoniens bornaient les frontières de son royaume. Les deux princes partagèrent entre eux la préfecture vaste et guerrière de l'Illyrie : les provinces de Korique, de Pannonie et de Dalmatie appartinrent à l'empire d'Occident ; mais les deux grands diocèses de Dacie et de Macédoine, confiés par Gratien à la valeur de Théodose, furent irrévocablement réunis à l'empire de l'Orient. Les bornes en Europe étaient à peu près les mêmes qui séparent aujourd'hui les Turcs des Allemands. Dans cette division finale et durable de l'empire romain, on pesa de bonne foi et l'on compensa les différons a van-

l'histoire des deux religions , et de prouver l'antiquité de la copie curétieiine.

(396dep.J.-C.) tages de territoire , de richesses , de population et de forces militaires. Le sceptre héréditaire des enlïtns de Tliéodose paraissait élre le don de la nature et le droit légitime de leur père; les généraux et les ministres, étaient accoutumés à regarder les jeunes princes comme leurs maîtres futurs ; les droits et le* prétentions du peuple et des soldats n'avaient point été réveillés par l'exemple dangereux d'une élection récente. Les preuves qn' Arcadius et Honorïns donnèrent successivement de leur faiblesse et de leur incapacité n'effacèrent point les impressions anciennes et profondes de là fidélité. Les sujets de Rome respectaient encore la personne ou le nom de leurs souverains ; ils détestaient également les rebelles qui attaquaient l'autorité de leur monarque, et les ministres assez perfides pour en abuser.

Théodose a terni la gloire de son règne par l'élévation de Rufin, qui, dans un siècle de factions civiles et religieuses, a été généralement reconnu par tous les partis pour un scélérat , coupable des plus grands crimes. Poussé par l'avarice et par l'ambition ', Rufin , né dans un coin obscur de la Gaule *, quitta son pays natal pour chercher fortune dans la capitale de l'Orient. Le talent naturel d'une élocnljon vive ei prompte* lui facilita des succès au barreau, et les succès lucratifs de celte profession lui servirent de marchepied pour s'élever aux premiers emplois de l'état. Il parvint, par les gradations ordinaires, à la charge de maître des offices, et dans l'exercice de ses nombreuses fonctions, liées si essentiellement avec tout le système du gouvernement civil , il acquît la confiance d'un souverain qui découvrit en peu de temps sa diligence et sa capacité dans les affaires, et ignora long-temps la fausseté , l'orgueil et

1 Atecton, envieuse de la rélicité publi un synode infernal ; Mégère lui recommande IUifin,sou pupille , et l'excite à exercer tonte si noirceur, etc. , etc. ; nuis il y a autant de différence enlre la fureur de Clandieu et celle do Virgile qu'entre les caractères de Tuniui etdeltulin.

» Tillemont, Hlst. des Etnper. ; t. v,p.770. Ilot évident , quoique de Marca paraisse honteux de son compatriote, que Rufin est né à Ëluse, capitale de la rtmempopulanie, a présent un petïl Tlllage de Gascogne, CD'Ân- TlUe , INiïlice de l'ancienne Gaule, p. 280.)

1 Phitoslorge , 1. xi, e. 3 ; et la Disserlalion de Codufroy, pr410

(395 dep. Î.-C)

l'avidité de son favori. Il déguisait soigneusement ses vices sous le masque de la plus profonde dissimulation1,' et ses passions se conformaient à celles de son maître. Cependant, dans le massacre odieux de Thessalonique, le barbare Rufin enflamma la colère de Tbéodosc, et n'imita point son repentir. Ce ministre insolent regardait le reste des humains avec une indifférence dédaigneuse, ne pardonnait jamais la plus faible apparence d'une injure et croyait que' tous ceux qui étaient assez hardis pour l'offenser, ou assez malheureux pour lui déplaire, perdaient tout le mérite de leurs services passés. Promotus, maître général de l'infanterie , avait sauvé l'empire en repoussant l'invasion des Ostrogoths , mais il souffrait avec indignation la prééminence d'un ministre dont il méprisait le caractère et la profession. Le fougueux soldat, irrité de l'arrogance du favori , eut la hardiesse de le frapper au milieu du conseil. On représenta cet acte de violence à l'empereur comme une insulte personnelle, que sa dignité ne lui permettait pas de laisser impuuie. La disgrâce de Promotus lui fut signifiée avec ordre de se retirer sans délai dans une station militaire sur le Danube. La mort de ce général, quoique tué dans une escarmouche avec les barbares, a été imputée à la perfidie de Rufin ' Le sacrifice d'un' héros satisfit sa vengeance, et les honneurs du consulat augmentèrent encore sa vanité ; mais sa puissance lui paraissait imparfaite et précaire, aussi long-temps que Tatien * et son fils Proculus occupaient les préfectures importâmes dcl'Orient et de Constantinople, et balançaient par leur autorité réunie l'ambition et la faveiirdu maître des offices. Les deux préfets furent accusés de fraude et de concussion dans l'administration des lois et dc3 fii

< Le passage de Suidas peint sj profonde dissimulation:

i Zosime , Ht. w, p. 272, 273.

3 Zosime , qui raconte la chute de Tatien el de DM Sis (Lit, p. 273, 274) garantit leur Innocence, el même son témoignage suffit pour l'emporter sur les accusations de ses ennemi* (Cod. Tbéod., t. rr, p. 589) , qui prétendent j]ueeBtdeui préfets avaient opprimé les Curies, la liaison de Talien arec les Ariens dans sa préfecture d Egypte dispose TUleroenl a le croire coupable de tous les crimes. ( Hist. des Empereurs , l. v, p. 3tiû ; Itlém. Eeclés., t. ri, p. 289.)

PAU ED. GIBBCffl. CH. XXIX. OBI

l'empereur institua une commission spéciale, afin de partager entre plusieurs juges le crime et le reproche de l'injustice; mais le président eut seul le droit de prononcer ht sentence , et ce président était Rufin luimême. Le père , dépouille de sa préfecture, fut jeté dans un donjon ; mais le fils prit la fuite, convaincu que peu de ministres peuvent compter Bur le triomphe de leur innocence, quand ils ont pour juge un ennemi personnel. La haine de Rufin n'aurai' été qu'à moitié satisfaite si le despotisme n'avait pas eu la bassesse d'employer le plus odieux des sacrifices. Ou conserva dans la poursuite du procès une apparence de modération et d'équité, qui donnèrent à Tatien les espérances les plus favorables sur l'événement. Le président augmenta sa confiance par des protestations et des sermens perfides, il alla même jusqu'à abuser du nom sacré de l'empereur, et le père infortuné consentit enfin à rappeler son fils, par une lettre particulière. Dès sou arrivée, Proculus fut arrêté, examiné, condamné et exécuté dans un des faubourgs de Constantinople , où il eut la tête tranchée avec une précipitation qui semblait redouter la clémence de l'empereur. Sans aucun respect pour la douleur d'un sénateur consulaire, les barbares juges de Talien l'obligèrent d'assister au supplice de son fils : il avait au cou le cordon fatal ; mais au moment où il attendait, où il souhaitait peut-être la tin de ses malheurs , on lui permit de traîner les restes de sa vie dans l'exil et dans la pauvreté '.La punitiondesdeux préfets peut trouver une excuse peut-être dans les fautes ou les imprudences de leur conduite; l'esprit jaloux de l'ambition peut pallier la haine de leur persécuteur; mais Rufin poussa la vengeance à uu excès aussi contraire à la prudence qu'a l'équité , en dégradant la Lycie, leur patrie, dit rang de province romaine, en imprimant une tu-

Les faits de Zosime expliquent les allusions de Clandieu ; mais ses traducteurs classiques n'avaient aucune connaissance du quatrième siècle. J'ai trouvé le fatal cordon avec le secoure de Tillemonl, dans un sermon rie saint Asterius . évoque d'Amasc.

che d'ignominie sur des citoyens ionocem .

■ et en déclarant les compatriotes de Tatïen et de Proculus incapables à jamais d'occuper un emploi avantageux ou honorable dans le gouvernement de l'empire1. Le nouveau préfet de l'Orient, car Rufin succéda immédiatement aux tionneurs do son rival abattu , ne fut point distrait, par ses intrigues criminelles, de ses pratiques de dévotion, qui passaient alors pour indispensables au saint. Il avait bâti dans un faubourg de Chalcédoine, surnommé le Chêne, une magnifique maison de campagne, à laquelle il joignit pieusement une superbe église consacrée aux apôtres saint Pierre et saint Paul , et sanctifiée pattes prières et la pénitence continuelles d'une communauté de moines. On convoqua un synode nombreux et presque général des évéques de l'Orient, pour célébrer eu même temps la dédicace de l'église et le baptême du fondateur. La plus grande pompe régna dans cette double cérémonie; et lorsque les

. eaux saintes eurent purifié Rufin de tous les péchés ou les crimes qu'il avait commis , tin vénérable ermite se présenta imprudemment comme caution d'un ministre plein d'orgueil et d'ambition*.

Le caractère du vertueux Théodose imposait à sou ministre la nécessité de l'hypocrisie , qui déguisait souvent et retenait quelquefois l'abus de sa puissance. Rulin redoutait le réveil d'un prince indolent, mais encore capable d'exercer ses talons et les vertus qui l'avaient élevé à l'empire1. L'absence, et

' Cette loi odieuse fut rapportée et révoquée par Arradius (A. D. 396), «boa le Code de Théodote (1. h, lit. 38, toi 9). Lésais, tel que Clauetien l'explique («i Rufin./ i, 234;, etGodetroyfl. iu, p. 219) est parfaitement clair.

Les scrupules de Pagi et de Tillemout nepenwol mitre que de leur zèle puur la gloire de TiiéodoK.

1 Jmmonius ... ttufimtm propriis manibus suscepit sacro fonte ■ mandatum. ( Voyez Kosweyde . fila Palrum, p. 947.) Sozomène (I. vin, c. 17) parle de régliseetdumonaslerejetTillennnitCMém.Ecclés., t. ix, p. 593) cite ce Synode, daus lequel saint Grégoire de Kisse joue un grand rote.

3 Montesquieu (Esprit des Lois, I. xu, c. 12) fait l'éloge d'une des lois de Théodosc adressée au préfet UiiSin (I. u, tit. 4, leg. unie.), pour proscrire l'usage des termes qui offensaient la religion ou l'autorité du prince. Une loi tymnnique prouve toujours l'exigence de la tyrannie; niais un édît louable ne peut contenir que les protestations

(395 tlep. J.-C.) bientôt après la mort de ce grand prince. confirmèrent l'autorité absolue de Rufin sar la personne et sur les états d'Arcadins, prince faible et sans expérience , que l'orgueilleni préfet regardait plutôt comme son pupille que comme son souverain. Indifférent pour l'opinion publique, il se livrait à ses passions sans remords et sans résistance, et son eu?» avide et pervers rejetait tous les sentiroens qui auraient pu contribuer à sa propre gloire ou au bonheur des citoyens. L'avarice', qui semble avoir été sa passion dominante , lui faisait employer tout l'art de l'iniquité, pour dépouiller les enfans des étrangers ou des ennemis de la succession légitime de leurs porcs, par des taxes oppressives, de fans testamens , des confiscations injustes et mine autres vexations odieuses, dans te but d'accumuler entre ses mains . toutes les richesses de l'Orient; enfin, il tendait publiquement la justice et la faveur dans le palais de Coustautiuoplc. L'ambitieux (umditl.il poinait acheter aux dépens d'une partie de soû patrimoine (es, honneurs lucratifs d'un gouvernement de province ; la *ie et la format des malheureux habitons .étaient abandonnées au dernier enchérisseur. Pour apaiser les cris du public, on sacrifiait de temps en temps quelque coupable dont le châtiment n'était profitable qu'au préfet, qui devenait son juge après avoir èlè son complice. Si l'avarice n'était pas la plus avenalt des passions, les motifs de (iufia pourraieal exciter notre curiosité; nous serions peutêtre tentes d'examiner dans,. quelles vues il sacrifiait tous les principes de l'honneur et de l'humanité à l'acquisition d'immenses trésors qu'il ne pouvait ni dépenser sans extravagance, ai coaserYËj;Sans<Ua)éjeivPeni«trt se mutait-il de travailler pour sa fille unique, de la marier à son auguste pupille et des

spécieuses cl les vceux inutiles du prince ou de ses ministres-, c'est Ianne Juste quoique affligeante règle d* en-

Ce caractère (Claudieii dans Rulin, i, 184-220) est tonfirme par Jérôme, témoin désintéressé (Dedtau intatutbMan>aritUt,X.\,'ad Beliodor., p. fteVinr-ZMBW (l.*,B.2Bffi etiwSuidasfluiacapiélïirtBiredïuinfh*-

(395 dep. J.-C.) faire l'impératrice de TOrient. 11 est possible que son avariée ne fût qui; l'instrument de soa ambition, et qu'il eût l'intention de placer sa fortune sur une base solide, indépendante du caprice du jeune empereur. Cependant il négligeait maladroitement de se concilier l'amour du peuple et des soldats, en leur distribuant une partie des richesses qu'il amassait à force de crimes et d'intrigues. L'extrême avarice de Rufin ne lui valut que le. reproche et l'envie d'une opulence mal acquise. Ses serviteurs lui obéissaient, mais ils ne l'aimaient pas ; et la terreur qu'inspirait sa puissance arrêtait seule les entreprises de la haine universelle dont il était l'objet. Le sort de Lucien apprit a tout l'Orient que , quoique Rufin eût perdu une partie de son activité pour les affaires, il était encore infatigable quand il s'agissait de poursuivre sa vengeance. Lucien , Gis du préfet Klorentius, oppresseur de ta Gaule et ennemi du Julien , avait employé une partie de son héritage, fruit de la rapine et de la corruption , à acheter l'amitié de RuGu , et le poste important de comte de l'Orient. Hais le nouveau magistrat eut l'imprudence de renoncer aux maximes de la cour et du temps, d'offenser son bienfaiteur par le contraste frappant d'une administration équitable et modeste, et de se refuser à un acte d'injustice qui aurait plt devenir profitable à l'oncle de l'empereur. Arcâdius se laissa facilement persuader de punir cette insulte supposée, elle préfet de l'Orient résolut d'exécuter en personne l'affreuse vengeance qu'il méditait contre l'ingrat à qui il avait délégué une partie de sa puissance. Rufin partit deConstantinopto, fit sept à huit cents milles avec une rapidité incroyable, arriva à Antioche au milieu de ta nuit , et répandit une consternation universelle chea un peuple qui ignorait ses desseins, mais qui connaissait son caractère. Un traîna le comte de quinze provinces de l'Orient, comme un vil malfaiteur, devant le tribunal de Rulin. Malgré les preuves les plus évidentes de son intégrité , quoiqu'il ne se présentât pas un seul accusateur, Lucien fut condamné, presque sans débat , à souffrir un supplice ignominieux. Les ministres du tyran, par l'ordre et en présence de leur maître , le frapperont sur le cou , à confis

redoublés, de longues courroies garnies de plomb à leur extrémité , et lorsque l'infortuné Lucien tomba sans connaissance sous la main de ses bourreaux, on l'emporta dans une litière bien fermée , pour dérober ses derniers gémissemens a l'indignation des citoyens. Dès que ce barbare ministre eut assouvi sa vengeance et son inhumanité , seul objet de son voyage, il partit d'Antiochc pour retourner à Constantinople, au milieu des malédictions d'un peuple . timide qui n'osait Les proférer, et sa diligence fut accélérée par l'espoir de célébrer en arrivant le mariage de sa fille avec l'empereur de l'Orient'.

Mais Rufin éprouva bientôt qu'un ministre ambitieux et prudent, qui tient un monarque enchaîné par les Jiens invisibles de l'habitude, ne doit jamais s'en éloigner, et que dans son absence il doit peu compter sur le mérite do ses services , et moins encore sur la faveur d'un prince faible et capricieux. Tandis que le préfet rassasiait à. Antioche sa vengeance implacable , le grand chambellan Eutrope , a la tète des eunuques favoris, travaillait secrètement à détruire sa puissance dans le palais de Constantinople. Ils découvrirent qu'Arcadius n'avait point d'inclination pour la. fille de Rufin , et que ce n'était point de son aveu qu'elle lui était destinée pour épouse. Les eunuques substituèrent à sa place la belle Eudoxie, fille de Bauto1, général des Francs, au service de Rome, qui avait été élevée , depuis la mort de son père , dans la famille des Gis de Promotus- Le jeune empereur , dont la chasteté était encore intacte, grâce aux soins vigilans d'Arsène *, son gouverneur, écoutait avec l'émo-

I/allusion de Claudien (inSuf., i. 241) est encore expliquée par le récit circonstancié de Zosime (1. ?, p. 289).

i Zosime (t. iv, p. 213) Tait l'éloge de la râleur, de la prudence et de l'intégrité du Franc Bauto. (Voyez Tu- . lemonl, Hist. des Empereurs, L v, p. 771.)

3 Arsène s'échappa du palais de Couslaotinople, et vécut cioquante-cincj ans de la manière la plus austère dans les monastères de l'Egypte. (Voyei Tillemont, Mém. Eccles., L i»v, p. 67&-702, et Fleuri, Hist. Ecclés. , L v, o. 1, etc.). Mais le dernier, au défaut de matériaux plus authentiques, a trop accordé de confiance à la légende ue Métaphrasle.

lion du désir les descriptions séduisantes des charmes d'Eudoxiei Son portrait acheva de i' enflammer, et le faible Arcadins sentit la nécessité de cacher ses desseins amoureux à un ministre intéresse à les combattre. Peu de jours après l'arrivée de Kufin , la cérémonie du mariage de l'empereur Tut annoncée au peuple de Constantinople, qui se prépara ù célébrer, par de vives et mensongères acclamations, les noces de la fille de Hufin. Une suite brillante d'eunuques et d'officiers sortit des portes du palais, portant à découvert le diadème, les robes et les ornemens précieux destiaés à l'impératrice. Les rues oncMie procession pompeuse devait passer étaient ornées de guirlandes et remplies de spectateurs ; mais quand elle fut vis-à-vis de la maison des fils de Promotus, le premier eunuque y entra respectueusement, revêtit la belle Eudoxic do la robe nuptiale , et la conduisit en triomphe ait palais et au lit d'Arcadius'. Une conspiration tramée contre Rulin avec tant de secret, et exécutée avec un si grand succès, imprima un ridicule indélébile sur' le caractère d'nn ministre qui s'était laissé tromper dans un poste ou la ruse et la dissimulation constituent te mérite essentiel. 11 contemplait, avec an mélange de crainte et d'indignation, la victoire de l'eunuque audacieux qui l'avait supplanté dans lu faveur de son maître; et l'affront fait à sa fille, dont l'intérêt était inséparablement lié avec le sien, blessa la tendresse ou au moins l'orgueil de Rufiu. An moment où il se flattait de devenir la tige d'une longue suite de monarques, une fille obscure et étrangère, élevée dans la maison de ses ennemis les plus implacables, se trouvait introduite dans |e palais et dans le lit de l'empereur; et Endoxie déploya bientôt une supériorité de courage et de talent qui assura l'asceodantqu'elle avait acquis par sa beauté. Hufin sentit avec effroi qu'elle pourrait aisément disposer son faible éponx à haïr, à • craindre et à détruire un sujet puissant qu'il

« Crue kûtoire (ZttiBe, I. v, p. ît») ptwvt q«e les cérémonie* nuptiales de l'MliquiM y, prathruatetit «hw, sans idolâtrie, dira les chrèlienG de l'Orient. On eowhii- *il de fore* ropnws , delà maison de svs parons* ndle i du khi mari. No» ntages exigent, a»ec nwtri! de délie»- I tesse, le consentement fon-iei rte lit mariée. 1

(3»5 dnp.-l.-C.

avait outragé ; et le souvenir de se» crimes ne lui laissait point l'espoir do trouver la paix ou la sûreté dans la retraite d'une vie privée; mais il était encore en état de défendre sa dignité, et d'exterminer pent-étre tons ses ennemis. Le préfet jouissait de toute Son autorité sur les gonvernemens «vite et militaires de l'Orient; et ses trésors, lit se déterminait a s'en servir, pouvaient faciliter l'exécution des desseins tes plus hardis qne l'orgueil, l'ambition et la vengeant*; pussent suggérer à ton désespoir. Le caractère de Hufin semblait j nstifier les imputations de ses ennemis. On l'accusait- d'avoir conspiré contre la personne de son souverain, pour s'emparer du trône après sa mort, et invité, pour augmenter la confusion pabiiqne, les Hnas et les Goths a envahir les provinces de l'empire. Le rusé préfet , qui avait passé sa vie dans les intrigues du palais, combattit à armes égales les artifices d'Entrope son rival. MaiB Tâme timide de Kufin fut épouvantée à l'approche d'un ennemi plus formidable, du grand Stilieon , général ou plutôt maître de l'empire de l'Occident '.

Stilicon a joui, dans un plus haut degré que le déclin des arts et du génie ne semblait le permettre, du don divin qu'Achille a obtenu et qu'Alexandre enviait, celui de trouver Ma poète digne de célébrer les actions des hé* ros. La muse de Clnudien *, dévouée à ton service, était toujours prête à couvrir de ridicule et d'infamie Eutrope et Ru6n ses maux, et a chanter les victoires et les vertus de son bienfaiteur. Dans l'examen d'une période assez mal fournie de matériaux authentiques, nous Buanmts forcés d'ccburcir les annales d'Honerinn par tes satires on les panégyriques d'un auteur contemporain ; mais Comme Claudien parait avoir usé amplement des privilèges du poète cl du courtisan, nous aurons besoin de toute notre attention pour réduire le langage de [a fiction ou de l'exagération à la simple vérité

Zoslnw,). v, p. 290; Orac,I.vn, c.37;et larlironlqm de Maredlin. Clandien (In tttrfin. , n, 7-100) prmi très-energiquemenl la détresse et les crin» ou preM.

■ Stilieon wri inujmirs , ott êirwieraeht «a indrreeteinrnl, de teite i Clnudien. Ou trouve dans le p»e»e de *an premirr ennuis! l'histoire de sa jeunesse et fl>« ne privée susv vspiement rterrite .35-1 #r .

(3»5 dep. J.-C.) qu' exige un récit Historique. Son silence soia famille de Siilieoa peut être regardé comme une preuve que son protecteur n'avait point ou n'aimait point à se vanter d'une longue suite d'illustres aïeux, et lu mention qu'il flfit en passant de son père, officier de cavalerie barbare au service de Valent, semble confirmer que StHîcon, qni commanda si longtemps les armées romaines, descendait de la race sauvage et perfide des Vandales*. Si ce général n'eût pas possédé les avantages de la tuHleet de la force, l'adulation n'aurait pas été j ttsqu'àdire devantdts milliers de spectateurs, qwit surpassait la taille des demi-dieux de l'antiquité, et que quand il passait dans les rues de. la capitale, le peuple étonné faisait fJace-à un étranger qni, sons l'extérieur d'un simple particulier, présentait la majesté imposante d'un héros. Des sa plus tendre jeunesse, il embrassa la profession désarmes. Sa prudence et sa valeur le firent bientôt distinguer. Les cavaliers et les archers de l'Orient tMuaimieBt ia. supériorité de-son adresse; et, ii chaque grade militaire où il fut élevé, le jugement .du public prévint et approuva le choix du souverain, 'i'héodose le chargea de la ratification d'un traité avec le roi de Perse. 'Dans cette ambassade importante , il soutint In dignité dii nom romain, et, après son retour a Gonsumtinbple, il obtint pour réeompenseome alliance honorable avec la famille impériale. Le sentiment respectable de IV miiiëi. fraternelle avait engagé Théodose a adopter la fille de son frère Honorius. Toute la cm» admirait le* talens et la beauté de Sérend', et Stilicon obtint la préférence sur une fonte de rivaux qui ambitionnaient la mainde bprincesse et la faveur de son père udopttfi1. L'espérance d'assurer la fidélité du mari de Séfène eu l'approchant du trône,

i fuiulalorum, imbtttU, avarce, perftdœ, et dotosa genli», génère éiitiu. OfMe, I. vu, t. 38. Jérôme (I. i , tut Gerontiom, p. 96) l'appelle, ou demi-barbare. . i.ÇiaiuUau (ait un porlraii avantageux et peut-être Qalté de la princesse Serène, dans ua poème qui n'est point achevé. Celte nièce favorite de 'I'héodose était née, Mpei.mKHMeur Thermaalia, en Espagne, d'où elles fuient conduites honorablement, dès leur tendre Jeunesse, dans le palais de CenslantMople.

i On ue peut pas bien décider si cette adoption lut Elite légattBcnl, ou si eue n'est que métaphorique. (Voy« Ducaage, t'ai». Byuut., p. 75.) Une ancienne inscription donne * Stilicon le litre toprogentr divi Tntodotii. .

engagea Théodose à élever la fortune et a exercer les talens du sage et intrépide Stilicon. Il passa successivement du grade de maître delà cavalerie et de comte des domestiques au rang distingué de maître-général de toute la cavalerie et -infanterie de l'empire romain, ou du moins de l'empire d'Occident ' ; et ses ennemis avouaient qu'il avait toujours préféré l'honneur aux richesses, et dédaigné de frustrer les soldats de la paie ou des gratifications qu'ils obtenaient de la libéralité du gouvernement'. La valeur et l'habileté dont il donna depuis des preuves, dans la défense de l'Italie contre les armes d'Alarieet de Radagaise, peut jnslifier la renommée de ses premiers exploits; et, dans un siècle moins susceptible que le nôtre du sentiment de l'honneur ou de la vanité , les généraux romains pouvaient céder la prééminence du rang à la supériorité du génie \ Stilicon déplora et vengea le meurtre de Promotus, son rival et son ami; et le massacre de plusieurs milliers de Bastarnes est représenté par le poète comme un sacrifice sanglant que l'Achille romain offrait aux mânes d'un second Patrocle. Les vertus et les victoires de Stilicon éveillèrent la jalousie et la haine de Rufin, et les artifices de la calomnie auraient peut-être prévalu, si la vigilante Sérène n'avait pas protégé son mari contre ses ennemis personnels , tandis qu'il repoussait ceux de l'empire *. Théodose conserva toujours un indigne ministre à qui il confiait le gouverne-

■ Ctaudieo {Laus Serente , 190163) exprime en langage poétique le > Diltctas equorum , • et le • gemino mtxt idem culmine duxit agmina. » L'inscription ajoute, • comte des Domestiques ; • poste imporUnlque Stilicon, au faite de sa grandeur, a pu prudemment con-

i Les superbes Ters de Claudien {m i Cons. Stiïlch. n , MS) annoncent son génie. Mais l'intégrité fnvartaHe de Stilicon dans l'administration militaire est bien mieux constatée parle témoignage que'/.osimc semble donner malgré lui. (Vor.l. v,p.345.)

3 SI telllea mois

batuva , qanMU «■!■ et tu» mOiiiI , Crtat gnniiM» (nultum jwlininutee wetili«

CiaudLcn, tant SBVI.,t- 196, Mi

Un général moderne regarderait leur soumission on comme us héroïque patriotisme , ou comme une servilité

' Compara le poème sur le premier consulat (i, 95-116) aiec Laut Sertna (227-237), ou il unit malheureusement. On aperçoit aisément ta haine invéteréeje Rufin.

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ment de son palais et de tout l'Occident ; niais quand il marcha contre Eugène, le sage empereur associa son fidèle général aux travaux glorieux de la guerre civile, et dans les derniers inslang de sa vie le monarque expirant lui recommanda le soin de ses deux fils et la défense de l'empire '. Le génie et le talent de Stilicon méritaient cette confiance, et il réclama la régence des deux empires durant la minorité d'Arcadins et d'ilonorius*. La première démarche de son administration, ou plutôt de son règne , annonça la vigueur et l'activité d'un génie' Tait pour commander. 11 passa les Alpes au cœur de l'hiver, descendit le Rhin depuis le fort de Râle jusqu'aux marais de la Batavie, examina l'état des garnisons , arrêta les entreprises des Germains ; et, après avoir assuré sur les bords du fleuve une' paix honorable et solide , il retourna au palais de Milan * avec une rapidité incroyable. Honoj'înset sa cour obéissaient an maître- général du l'Occident , ot les armées et les provinces de l'Europe reconnaissaient sans hésiter une autorité légale, exercée au nom de leur jeune souverain. 11 ne restait quedeux rivaux, dont l'un disputait les droits de Stilicon, et l'autre provoquait sa vengeance. En Afrique, le maure Gildon soutenait une insolente et dangereuse indépendance, et le ministre de Constantînople prétendait à des droits égaux aux siens dans l'empire d'Orient.

L'impartialité que Stilicon voulait montrer dans sa qualité de tuteur des deux monarques, l'engagea à régler un partage égal des firmes, des bijoux et des meubles magnîfi-

Opendant la nomination (iv, Cens. Ifortor., 432) ne fut point publique , et pouvait par roneéquent paraître suspecle(ui> CoiuMonor., 142): cunctosdiseedere...jubet. Zosime et Suidas donnent êgaleiueulâStilicnn et a Kuim letitredeE*iTf9*i!i, tuleursou fondas de procurations.

1 la loi romaine distingue deu« minorités; Pane cesse à rigedn quatorze ans, et l'autre i vingf-einq. La première était sujette A Obéir personnellement à un UUeur ou Kardiitu de lapersonne; Psirtren'avail qu'un curateur on sauve gardede la Fortune. (Heinrceins, AntiquUat. Bom., ad Jwisprudent. pertinent., I. I, lit. 22, 28, p. 218- •212.) Mate ces idées légales né lurent Jamais adoptées taaclmnent dans 1s constitution d'une monarchie élective.

» Votm Claudlen,(i Consul. Slitlch., 188-242). Mais r'rSt trop peu de quinze jours pour aller « rorènir de Milan à l.eyde, et île leyde i Milan. ' '*■ *'

(MB Aep. J.-C.1 ques de l'empereur rléfunt*; mais l'objet le plus important de la succession consistai! dans les lésions , les cohortes et les esradrons nombreux de Romains et de barbares que les succès de la guerre civile avaieni réunis sous l'étendard de Théo do se. Ces peuples de l'Europe et de l'Asie, aigris par des animosités récentes , cédèrent a l'autorité d'un seul homme, et la sévère discipline de Stilicon mit a l'abri les citoyens et lents possessions de la licence et de l'aridité des soldats '.Impatient toutefois dé débarrasser l'Italie d'hôtes formidables qui né pouvaient être utiles que sur les frontières dèPemptro, il écouta les représentations des ministres d'Arcadtus, déclara son intention de 'reconduire en personne les troupes deTOricnt.ei profita habilement des rumeurs d'une incursion des Goths, pour couvrir ses desseins rt faciliter sa vengeance personnelle *. Le coupable Rufin fut alarmé de l'approche d'un guerrier et d'un rival dont il méritait la haine; il voyait avec terreur s'approcher la fin de sa grandeur et de sa vie', et, comme un dernier espoir de sa lut, il employa pour l'arrêter le nom cl l'autorité d'Arcadrus. Stilicon, qni parait avoir dirigé sa marche le long des bords de h mer Adriatiqne, n'était pas éloigné de la Tille de Tbessaloniqne , quand il reçut les ordres de l'empereur qui rappelait les troHpes dr l'Orient , et lui signifiait que, s'il avançait pins loin, la cour de Byzance regarderait si démarche comme un acte d'hostilité. L'obéissance prompte et inattendue du général de l'Occident fut, dans l'opinion du peuple, un garant de sa fidélité et de sa modération.

< Premier consulat de Stilicon u, 88-94. Non-seuleowt lagirue-roneconstslantentiaMnenteus, ctlesâUdéimsiiit déhilt empereur, mais ses casques; cuirasse», épées, bwdriers, ete,, etaieni Um enrictûs de perles, dedànu». ei d'émeraudes.

1 Tmjtoqnr rrrooto

Prràflpf , mutin t ortrii ui ttntll tiaknH.

Ce bel doge (i Con$ul. SOtieh.,1, 149) peut «rejasulié par les craintes de !' empereur aumonea* desimurt {de BeU. GUtbn. , 1SQ-301), etfax la sais et la bat ordre qui régnèrent après sa mort (i Consul. StUisk-, '. 105-168). "

* La marche de Slilicon <± ta mon de Knfln sont *- «ritet par CUudien (in Ritfin-, 1. n, 401-4»; M». I. v, p. 296, 291; Sozwnem-, I, ni», a. » t Sw** I. vi, o. 1; Philoslnrge, l..»,.e, 3;,CoW)> p. lit. cl la Chronique de Starcdliii.

(395 Jep. l.-C.) Mais comme il avait déjà réussi ù s'-affection- Der les troupes de l'Orient, il remit à Leur - zèle l'exécution, du projet sanglant qui pouvait s'accomplir ea sou absence ayee moins de reproche' et de danger. Stilicon céda le commandement des troupes de l'Orient à (iaïnus le Goth, dent la fidélité ne lui était l>uint suspecte; il était sûr du- moins ()iie l'audacieux barbare ne serait arrêté dans son entreprise ni par la crainte , ni par le remords. Les soldats consentirent facile-, ment à immoler l'ennemi de Stilicon et de l'empire; et . l'odieux Rufin était tellement l'objet de la liaine générale,. que le secret funeste, confié à des milliers de soldats, fui fidèlement gardé durant une loague, marclie, depuis Jnessalouique jusques aux .portes do Constanlinople. Dès qu'ils eurent résolu sa mort, ils ne refusèrent pas de flatter son orgueil. Le préret anibiticux.se laissa persuader que ces formidables .auxiliaires se détermineraient peut-être à le décorer du diadème; et la multitude indignée recul, inoins comme uu don que comme une insulte, les trésors qu'il répandit d'une inuin tardive et forcée. Les troupes firent Imite à environ un mille delà capitale, dans le Cbamp-dor Mars, et en face du palais d'Uehdomon.

L'empereur et son ministre s'avancèrent pour saluer respectueusement, selon l'ancienne coutume, la puissance qui soutenait le trône; Taudis.que Rufiu, passait le long des rangs, et déguisait avec soin son arrogance sous un air d'affabilité, les ailes se. serrèrent de droite et de gauche, et la victime dévouée se trouva environnée, d'un cercle, d'ennemis armés. Sans lui laisser le temps de réfléchir sur le danger de sa position , Gainas donna le Signal du meurtre; un soldat féroce et empressé. plongea sonépee dans le cteur du coupable préfet ; Rufin tomba en gémissant , et expira aux pieds du monarque effrayé. Si la douleur d'un moment pouvait expier les crimes de toute une vie, si les horreurs commises sur un corps inanimé pouvaient - être un objet de compassion, notre humanité àonrfTirait peut-être de raconter les affreuses circonstances qui suivirent l'a&sassiinM-de Rufin. Son corps déchiré fut abandonné-à la fureur de la populace des deux sexes, qui sortait en foule de tonsle squarliers

de Oonstantinople pour, fouler aux pieds le ministre .impérieux, dont, quelques heure» avant, un. clin d'œil tes. faisait trembler. Sa maladroite abattue tut ponéedaos les rnes-de la capitale, pourd.eu>;mder, par une dérision barbare, des contributions au nom du tyran avare, dont sa téte.ponée sur L*- fer d'une lance, servit de spectacle a» public '. Selon les maxintes sauvages des républiques grecques, la famille, innocente aurait partagé le châtiment de ses crimes. La femme et la fille de Rufin y échappèrent par. l'influence de la, religion. Son sanctuaire leur servît d'asile., et.les défendit des outrages d'une pon«luce en (nrenivEUes obtinrent la liberté de passer lereste de leur vie dans les exercice» de la. dévotion elirétienne , et dans Ja retraite paisible de Jérusalem *. ■

. Le panégyriste servile deStilicss applau> dit a>;ec une joie féroce à cet acte de barbarie, .qui, aux yeux de l'équité, violait les lois de la nature et de la société, profanait- la majesté du prince, et. renouvelait les exemples dangereux de la licence militaire. En contemplant l'ordre et l'harmonie de l'univers, Çlaudien était convaincu de L'existence d'un Dieu créateur ; mais Le triomphe du vice lui paraissait en contradiction avec les attributs de la divinité ; et le sort de Rufin fut: Le seul événement qui pût faire cesser les doutes du poète \ La mort du préfet vengea peut-être la justice du ciel, mais contribua peu uu bonheur de la terre. Les peuples apprirent, environ trois mois après, à connaître les maximes de la nouvelle administration., par la publication d'un édit qui conSs-r quait la dépouille entière de Itufin au

■ La dissection de Kuftn , dont Ctnndka l'acquitte trac

le sau^-froid d'un analomisle {in Rufin. ci, 406-416), est aussi rapportée par Zosiroe et Jérôme (t. i, p. 2fi).

ï Le païen Zosûne fart mention dn sanctuaire et du pèlerinage. Usteur deliuCii, Silvania, qui passa :savi» i JtfttMlnRtOt célèbre dans l'histoire monastique : rta studieuse viwge «ail lu an* attention et plusieurs fols tes OmuenUirM de la Bible, Oriyéne, Grégoire, Basile, etc., etc., jusqu'au Monture de cinq millions de ligne»; 2° a lige de situante- ans , elle pouvait se «nier den'atoir jamais lavé ses mains, son visage, ni aucune partie de son corps, excepté le bout de ses doigts pour rt'cevoir la communion {Voyei f'itee Patnan, p. 7J9-977.)

aVeyei le superbe exorde de sa satire coutreltullii.que l'incrédule Bayle a soigneusement disculée. (.Dktivuuaira critique, Kulln note I;.)

profit du trésor impérial, et imposait silence, •oui peine de punition exemplaire, à toutes les réclamations des victimes de. sa tyrannie '. Stilieon lui-même ne tira point du meurtre de son mat l'avantage qu'il s/en était proposé. Il satisfit sa vengeance ; mais son ambition fut trompée. Sous le nom de favori, lu faiblesse d'Arcadius avait besoin d'un maître; mais il préféra naturellement la complaisante basscssede l'eunuque Ktitropms, à qui il donnait sa confiance par habitude; et le génie sévère du (général étranger n'inspira an monarque que de la crainte et de l'aversion, Jusqu'au moment on ht jalousie de la puissance les divisa, répéedeGofnasetnnnuence de la beauté d'Eudoxie soutinrent la faveur du grandchambellan ; mais te perfide Goth, devenu maître général de l'Orient , trahit sans hésiter son bienfaiteur, et employa les troupes qui avaient massacré récemment l'ennemi de Stilieon à maintenir rentre lui l'indépendance dit ifône de Constanlinople. Les favoris d'Arcadius' fomentèrent une guerre secrète et irréconciliable contre un héros qni aspirait a gouverner et à défendre les deux empires deHomcel lesdenx fils de Théodose. Ils employèrent sans Hache les plus odieux artifices pour lui enlever l'estime du prince , le respect du peuple et ['amitié des barbares. Des assassins, séduits par l'appât de l'or; attentèrent plusieurs fois à-la vie deStmcon; nn décret du sénat de Constantinople le déchira l'ennenri de l'état , et confisqua ses vas* les possessions dans les provinces de l'Orient. Dam an temps oie une union constante et des secours mutuels pouvaient seuls retarder la ruine do nom romain, Arcadius et Honorius apprirent à leurs sujets à regarder chacun des deux empires comme tout-Mait séparé , ou même comme le rival de l'antre, à se réjouir mutuellement de leurs calamités, et à traiter comme des alliés fidèles tes. barbares qui faisaient des invasions sur le territoire de leurs compatriotes *. Les Italiens affectaient de mépriser les Grecs efféminés

i Vuyei Cod. dt Tbéod., I. n, tîL 42, loi 11, 15. Les nouveaux ministres, par un mouvement d'avarice incouw;qneui, essayèrent de se sabir des dépouilles de leurs prédécesseurs, et de s'assurer l'impunité. ,

* Voies Oaudieu (t Cou*. Slilich., 1. 1,275-32-398; 1.11,83) et Zosînic (1. r,p. MK,.

DECADENCE DE l/KHPIRE ROMAIN, («M dep. J.-C.)

de Byrnnee, qui prétendaient imiter l'habitlement et usurper la dignité dé sénateurs

romains * ; et les Grecs conservaient encore une partie de la haine dédaigneuse qoe leurs ancêtres policés avaient eue si longtemps pour l'es habitans grossiers de l'Occident. Là distinction de deux gonvernemens, qui sépara bientôt tout-à-fait les deux nations, m'autorise a suspendre un moment le cours de l'histoire deByzance, pour suivre sans Interruption le règne honteux, mais mémorable, de l'empereur Honorhrs. Le sage Stilieon, an tien de persister à contraindre Frnclrnation du prince, et des peuples, qui rejetaient son gouvernement, abandonna Arcadius a ses indignes favoris ; et sa répugnance à entraîner les deux empires dans une guerre civile prouva la modération d'un ministre qui avait signalé si souvent sa valeur et ses talens mîh'taïres. Mais si StiKcon eut souffert plus long-temps fa révolte de r Afrique, il aurait exposé la capitale et la majesté de l'empereur d'Occident aux insolences capricieuses dn maure rebelle. Gîldon *, frère du tyran PlrmnS, avait obtenu et conservé, pour récompense de sa fidélité apparente, les immenses patrimoines confisqués pour cause de trahison. Ses services longs et distingués dans les armées de Rome relevèrent a la dignité de comte mrlrtairc . La politique imprudente de Théodose adopta le dangereux expédient de soutenir un gouvernement légal par T'influence d'une fa mille puissante ; et fe frère de rfrmus obtint le commandement de l'Afrique. L'ambitieux Gildon usurpa bientôt sans opposition l'administration arbitraire de la justice et des finances, et se matntSnt pendant douze an< dans la possession d'une autorité dont on ne

O pMrlbm yitta , * difinl tonute paLm.

Les premiers symptômes de jalousie et de schisme entre l'ancienne et la nouvelle Home, entre les Grec* et tes Latins, méritent l'attention d'intamlar.

i Ctwdien peut «voir enBÇé>él«ïicesde GrMon-, man ton extraction mauresque, ses arlioas connues, et *■pilla les de saint Augustin jusliOenlen quelque Arçon U* invectives du poète. Baronius (Annal. Ecclés., A. Ù. 396, n" 35-50) a traité de la révolte de l'AlHuue avec autantd'inU-nigmrr que d'érudition.

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097 dep. i.-C.)

PAK ED. GIBBON. Cil. XXIX.

pouvait pas le dépouiller sans courir les risques d'une guerre civile. Durant ces douze années, les provinces de l'Afrique gémirent sous la puissance d'un tyran, qui semblait réunir l'indifférence d'un étranger au ressentiment partial d'une faction domestique. L'usage du poison remplaçait souvent les formes de la loi; et lorsque les convives tremblans, que Gildon invitait à sa table, osaient exprimer leur crainte, ce soupçon insolent excitait sa fureur, et les ministres de la mort accouraient à sa voix. Gildon&alisfnisait alternativement son avarice et sa lubricité ' ; et, si ses jours étaient l'effroi des riches, ses nuits n'étaient pas moins fatales au repos et à l'honneur des pères et des maris. Le tyran rassasiait ses désirs avec les plus belles de leurs femmes et de leurs filles, qu'il abandonnait ensuite à là brutalité d'une troupe féroce de barbares et d'assassins, noirs habitons du désert , que Gildon croyait seuls dignes, d'être les gardiens de son trône. Durant la guerre civile entre Eugène et Théodose, le comte, ou plutôt le souverain de l'Afrique, maintint une neutralité hautaine et suspecte, refusa également aux deux partis tout, secours de troupes et de vaisseaux, et attendit paisiblement que la fortune eut désigné celui qu'il devait reconnaître nominalement peur son souverain. Cette conduite méritait la, vengeance du vainqueur. Mais Théodose mourut; la faiblesse et la discorde de ses fils confirmèrent la puissance du Alaiire, qui daigna prouver sa modération eu s'abstenant de prendre le diadème , fit en fournissant a Borne le tribut ou plutôt le subside de grains ordinaire. Dans tons les partages de l'empire , les cinq. provinces de l'Afrique avaient toujours appartenu a l'Occident, et Gildon consentit à gouverner ce vaste pays au nom d'Konorius; mais sa connaissance du caractère et des desseins de Stilîcon l'engagea bientôt à adresser son

tinronius condamne l'incontinence de (iildon avec iTou- I.ml plus àe sévérité, que m ft mme el sa fille étaient dos '•xi-oiplr-s Ile chasteté, Les empereur* sévirent par une île Ifurs loi* contre 1rs adultères ries soldats africains.

hommage à un souverain pins bible et plus éloigné. Les ministres d'Arcadius embrassèrent la cause d'un rebelle perfide ; et l'espérance illusoire d'ajouter les nombreuses villes de l'Afrique à l'empire de l'Orient les engagea dan» une entreprise injuste qu'ils n'étaient point en état de soutenir par les armes '. Stilicon, aprèsavoir fait une réponse ferme et décisive aux prétentions de la cour de Byzance, accusa solennellement le tyran de 1Âfrique devant le tribunal rfuijngeait précédemment les rois etles nations du monde entier; et l'image de la république, oubliée depuis long-temps, reparutsous le règne d'Honorûn. L'empereur présenta au sénat un détail lotiff et circonstancié des plaintes des provinces , et des crimes de Gildon, et requit les membres de cette vénérable assemblée de prononcer la sentence du rebelle. Leur suffrage unanime le déclara ennemi de la république, et le décret du sénat ajouta une sanction légitime aux armes de» Romains1. Un penpie qui se souvenait encore que ses ancêtres avaient été les majtresdu monde aurait sans doute applaudi avec une noble fierté à cette représentation de ses anciens privilèges, »*ïl n'eût pas été accoutumé depuis long-temps à préférer une subsistance assurée à des visions passagères de grandeur et de liberté; cette subsistance dépendait des moisson» de l'Afrique, et il émit évident que le signal de la gnerre serait aussi celui de la famine. Le préfet Symmaque, quiprésidait aux délibérations • du Sénat, observa au maùstre qu'aussitôt que le Maure vindicatif aurait défendu l'exportation de» grains, la tranquillisé et peut-être la sûreté de!» capitaliserait menacée parles fureurs d'une multitude turbulents et affamée *, La prudence de Stilicon conçut et exécuta sans délai le moyen le plus propre à tranquilliser le peuple de Borne. 11 fit acheter une grande quantité de grains dans leapro-

Claudien (de Bell. GUdonica , 230-324)* parie avec une circonspection politique des intrigua de la cour de Byusce , apportées aussi par Zoaiuc (1. v, p. 302).

1 Svninuque (L iv, épii. 4) décrit les fermes judiciaires du sénat ; et Claudien (t Cont. Stilich., I. i. 325, etc.) semble 4tre animé de l'esprit d'un Romain.

^ Claudien décrit éloquemmenl les plaintes de Syrom*que dans un discours de la divinité tulélaira de Home, devant le tronc de Jupiter (1(e Prit. GUtlon., 2S-t'Jt>).

vinces intérieures de la Gaule ; on les enibari|ua sur le Rhône, et 'une navigation facile les conduisit du Rhône dans ie Tibre. • Durant mute la guerre d'Afrique, les greniers de Rome furent toujours pleins ; sa dignité fut délivrée d'une dépendance humiliante,- le spectacle d'une heureuse abondance dissipa l'inquiétude de ses nombreux habitons *.

Stilicon confia la cause de Rome et la guerre d'Afrique n un général actif, et animé du désir de venger sur le tyran des injures personnelles. L'esprit de discorde qui régnait dans la maison de Nabul avait excité une querelle violente entre deux de ses fris, Gildon et Mascrael '. L'usurpateur poursuivit avec une fureur implacable son jeune frère, dont ■ il redoutait le courage et les tatens ; et Hascezel, forcé de céder à la supériorité des forces , chercha un refuge a la cour de Milan, où il apprit bientôt la mort de ses deux jeunes en-

' fans, que leur oncle avait impitoyablement

. massacrés. L'affliction paternelle fut suspendue par la soif de la vengeance. Le vigilant Stilicon rassemblait déjà tes forces maritimes et militaires de l'Occident, dans l'intention de marcher en personne contre le tyran , si Gildon rendait l'événement douteux en résistant aux premières attaques. Mais, comme l'Italie exigeait sa présence, comme il était dangereux de dégarnir les frontières, le ministre d'Honorîùs chargea Hascezel de cette entreprise hasardeuse, à ta téie d'un cotps choisi de vétérans gaulois, qui avaient servi sous les étendards d'Eugène. Ce corps destiné à prouver au monde qu'il pouvait renverser aussi bien que défendre le trône eVun usurpateur, était composé des Joviens, des llercitliens, et des légions augostàines, des

auxiliaires Nervic

soldats

qui por-

taient pour symbole un lion sur leurs drapeaux, et des. troupes distinguées par les noms de Fortunées et dîtovindbles. Mais telle était la faible organisation de ces différons corps, ou la difficulté de les recruter, que

i Voy. Gauilien, in Eutrop., 1. 1 , 40t. etc. ; i Consul. Slilich., 1. 1, 306, etc. ; 2 Contai, Stilieli. t9l, etc.

? Il liait d'un âge mûr, puisqu'il avait précédemment servi (A. D. 373) contre son frère Firmus. (Ammicu, «il, 5.) Claudicn, qui connaissait l'esprit de la cour de Milan, appuie plus sur les griefs de Masceaol, que sur son tuérite. (De Bell. Gitil., 380-114.) Cette guerre mauresque n'était digne si d'Honorius, ni de Stilicon. rtc

ces sept troupes, Jun 'rang et 'd'une réputation distingués "flans les armées romaines ', ne montaient :cm'à cinq mille hommes effectifs ». Les galères et les; bSflmens de transport sortirent par un temps orageux du port de Pise en Toscane, et gouvernèrent sur l'Ile de' Caprhria, qui prit ce nom des chèvres sauvages, ses premiers habitans, et occuper alors par nnc nouvelle colonie d'un aspeci féroce et bizarre, t Toute nie, dit un nigfriïrin

> voyageur de ce siècle, est remplie où plu- ■ tôt souillée d'hommes qui fuient laclarlc'itii » jour. Ils prennent le nom de moines on de » solitaires, parce qu'ils vivent seuls nue » Veulent point de témoins de leurs actions. » Ils rejettent les richesses, dans la rraintt

• de les perdre, et, pour éviter de devenir » malheureux, ils se livrent volontaireinrnl t a- la misère. Quel comble d'extravagance ei i d'absurdité de craindre les maux de relie

> viesans savoir en goûter les jouissants! » On cette humeur mélancolique est frlTei

• d'une maladie, ou les remords de leurs i crimes obligent ces malheureux à exercer » sur eux-mêmes les enaiime'ns que la main » de la justice inflige aux esclaves fugitifs '. >

Tel était le mépris du profane magistral pour les moines de Capraiïn, révérés par le pieux Mnscezel comme les serviteurs chéris du Tout-Puissant ». Quelques-uns d'eux se laissèrent persuader de monter sur les vaisseaux ; et l'on observe , à la louange du gé-

' Claudien, Bell. CM., 415-42& La homélie Mpilue leur permettait dé se servir Inenm-rmnieril *• noms de lc$ la, cohon, mmn/pubu. (VejerU IfoUi» Imperu,v.3lriQ.)

ï Orose (I. ïii, c. m, j>. 505) met dans cerccil Irai*» .sîoa du doute {al aiùnt), qui est peil couforoir )' fvrxft.it *tf*,-àt Zorime (I. t, p! S03.) Cependaiil Cl» dten.nprcj unptu b^nédMislioii relative Mi i «W d» CadtQus, nyoue naïvemepi que1 Slik'cM «'«r-*" qu'une faible armée, de peur que le rebelle ne prit la fuite, tu limearc Unies. (i Çons.- SUIIc/l., L» , 314, *■

3 Uaud-, HuiiL, rtumaliaiL, Jtinerafr> i,-43t>44S. htsuite (515-520) U fitil mention d'un, pieux iosewë i**-l'ile de Gorgone. Choqué de ces remarques profuM, * commentateur Barluîus appelle tUliluis et ses comuli», rabiaù canes diaboti. Tillemoat (Métn. Erales., I. in, p. 471) observe avec plus de modération que te pXtt incrédule fait un éloge en croyant faire, une «alire.

< Gros*, 1. vu , c. 3G, p. 564. Augustin (ail l'étage * deuxuceessalulsia^vagesdcllledes (J»ètrtt(fc4>il. W. npuil Tille mon! , Méat. Ecrite,, U Un, p. 3(7: d Btnv uius. Annal. Ecriés., A. I). 308. n" .11'.

zedbyGoOgk

{■"198 dep. J.-C.)

PAR ED. G1BBUN. Cil. XXIX.

néral romain , qu'il passait les jours et les nuits à prier, jeûner, pi à chanter des psaumes. Le. dévot conducteur, qui, avec un pareil renfort, semblait compter sur la victoire, évita les rochers de la Corse, longea les cotes orientales de la Sardaigue, et mit ses vaisseaux en sûreté contre la violence des vents Ju sud, en jetant l'ancre dans le port vaste et sûr de Cagliari, à la distance de cent quarante milles des eûtes 4e l'Afrique *..

Gildon avait préparé toutes les forcesdelA-i Trique pour repousser l'invasion. Il tâcha de s'assurer par des dons et par des promesses là fidélité suspecte des soldats romains, tan-, dis qu'il attirait sous ses drapeaux les tribus, éloignées de Gétulic et d'Ethiopie. Après avoir passé en revue une armée de soixantedix mille hommes, l'orgueilleux usurpateur se vantait , avec une folle présomption qui, est presque toujours l'avant-coureur d'un revers, que sa nombreuse cavalerie foulerait aux pieds de ses. chevaux la petite troupe de, Mascesel, et ensevelirait dans un nuage de sable brûlant cette poignée de Gaulois et de Germains *- Mais le Maure qui commandait les légions d'IIquorius connaissait trop bien lo caractère elles usages de ses compatriotes, pour craindre une multitude confuse dut bar-. bu ies presque nos, dont le. bras . gauche , an lieu de< boucher, n'était convoi* que d'un manteau* qui se trouvaient totalement désarmés dès qu'ils avaient. lancé leur javelot, et dont les chevaux, aussi indisciphnables que les cavaliers, suivaient leur impétuosité sans pouvoir ..être, rappelés ou. contenus par le . moyen de ht bride, li campa avec ses cinq mille vétérans devant la nombreuse- armée de ses ennemis, et, après avoir laissé reposer ses soldat s pendant trois jours, il donna le signal du combat s. Jlascezel, s'étuntavuncé a la tête de ses légions pour offrir le pardon

' Ici se termine Te premier ifrredelaguerredeGildoD. If reste dn poème de Claudien a été perdu , et Dons ignorons où et comment l'armée s abordé en Afrique.

a Otok Ml responsable de ce récit. Claudi'en (t fions. SMoh., 1. 1 , 345-865) donne un grand détail de la préaoMptiOa de QHdOn , et de la multitude de barbares qu'il avait tous ses drapeaux.

* Saint AnArdtse , mort environ nn air avsnl , révéla dans tweTkiom le temps et le lieu-del» tklWre. Mattezd raconta députe «M rêve à Paurivi , pur qui H pnt tWIIrmcflt Tenir-* la connaiîaBceéfliinw. ■ ■ . . . .

et la paix , rencontra un porte-étendard des Africains qui voulut lui résister. Le général Le. Frappa sur le bras de son sabre ; l'étendard tomba, et. cet acte de Soumission imaginaire fut imité à. l'instant par tous les porte-drapeaux de la ligne. Les cohortes mal affectionnées proclamèrent aussitôt le nom de leur souverain légitime. Les barbares, surpris de là défection des troupes romaines , prirent la fuite en désordre, et se dispersèrent selon leur coutume. Mascezel obtint une victoire facile, complète, et presque sans effusion, de sang '. L'usurpateur s'échappa du champ de bataille, gagna le bord de la mer , et se jeta. dans, un peut vaisseau, espérant atteindre en sûreté un. port de l'empire de l'Orient. Mais l'opiniâtreté du vent contraire le repoussa dans le port de Tabraca ', qui s'était soumise, avec le reste de la province , à la domination d'IIonorius et à l'autorité de son lieutenant. Les habitans , pour prouver leur repentir et leur fidélité, saisirent G ild on et le jetèrent dans un donjon. Mais son désespoir lui sauva le tourment insupportable d'être conduit en la présence d'un frère victorieux ci mortellement offensé *.

Les, esclaves et les dépouilles- furent déposés .aux pieds de l'empereur. Stilicon, dont la modération ne se faisait jamais mieux, admirer que daus La. prospérité, voulut encore suivre les lois de In république, et référa au .sénat et au peuple, romain le jugement des principaux criminels4. Leur procès se lit publiquement ; mais les juges, dans l'exercice. de cette juridiction précaire, étaient impa-

■• Zoslme (f, p. 303) suppose un rombal opiniâtre; mate te itjsit é'Ôroae'parett contenir un Tait vrai sous l'apparence d'un miracle.

3 Tabraca était située entre lu deux Hippones. (CellBriua, t. (1, p. 112; d'Amille, t. m. p. 81.) Orose a tiumiiri clairement le champ de balaiHe ; mais notre ignorance uc uoui permet pas- d'aï User la JilnaUMi précise.

3 La mort de GildoD est rapportée par Uandien (1 Cous. Stitick., 1. 367) et par Zosûne et Urose, ses nin'lleur* interprètes.

'* Claudien (2 Cons. StUich., 09-119) donne une description de ieur procès. Tremuit gnos Africa nuyer, ceniant rostra reos; et il applaudit au rétablissement de l'ancienne constitution. C'est ici qu'il place cette sentence si familière an* partisans du despotisme.

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Mais la liberté t(ui dépend de là piété d'un roi n'en mérite guère ir nom.

tiens de punir les magistrats d'Afrique qui avaient privé le peuple romain de sa subsistance. La province riche et coupable éprouva toute la rigueur des ministres impériaux, qui trouvaient un avantage personnel à multiplier les complices de GÎIdon. Un édit tf Honorius sembla vouloir imposer silence aux délateurs; mais dix ans après l'empereur en publia un autre qui ordonnait de continuer et de renouveler les poursuites des offenses commises dans |e temps de la révolte générale l. Les adhérons de l'usurpateur qui échappèrent à la première fureur des soldats et des juges apprirent saos doute avec satisfaction le destin et la mort de son frère, qui ne put jamais se faire pardonner les services qu'il avait rendus. Après avoir terminé dans un seul hiver une guerre importante, Mascezel fut reçu a la cour de Milan avec des applaudîssemens, une Ceinte reconnaissance et une secrète jalousie *; et sa mort, peut-être l'effet d'un accident , a été imputée à la perfidie de Stilicon. En traversant un pont, le prince maure, qui accompagnait le maître général de l'Occident, fut renversé de son cheval dans la rivière. Un sourire perfide de Stilicon arrêta ceux qui s'empressaient de le secourir, et, tandis qu'ils balançaient, l'infortuné Mascezel perdit la vie ".

Les réjouissances de ladéfaite d'Afrique se trouvèrent heureusement liées à celles du mariage de l'empereur Honorius avec Marie, sa cousine, et fille de Stilicon; et cette illustre alliance sembla donner aa ministre les droits d'un père à ta soumission de son auguste pupille. La muse de Claudien ne garda point le silence dans cette circonstance glorieuse * : il chanta le bonheur des époux couronnés, et la gloire d'un héros, auteur de

< Voy« le code de Tbéodo&e, I. ii,tiL39,!oî3-,tit.40, toi 19.

* Stilicon, qui prétendait avoir eu également part ami victoires de Théodose et de son (Ils , assure que l'Afrique nit recouvrée par la sagesse de US conseils. (Voyci l'inscription citée par Baronius.)

3 J'ai adouci le récit de Zosime, qui, rendu liltéralemenl, paraîtrait presque incroyable (I. t, p. 303.) Orose voue le général a une damnation éternelle (p. 538) pour «voir violé les droits sacrés du sanctuaire.

* Claudlrn, en qualité de poète lauréat, composa on grave ppithalame de trots cent quarante vers, outre quelques poésies feseonnines . qui turent chantées d'un ton plu» t'bre la première nuit il» mariage.

L'EMPIRE ROMAIN, (398 dep. J.-C.1

leur union et soutien de leur troue. Les fables de l'ancienne Grèce, qui avaieut cessé d'être les objets de la foi religieuse, furent sauvées de l'oubli par le génie de la poésie. Le tableau du Verger de Cypris, le Siège oV l'Amour et de l'Harmonie, Vénus sortant des ondes et venant répandre la douceur de son in Siience dans la cour de Milan , présentent à tous lès siècles les sentimens du coeur dans le langage séduisant de la fiction allégorique: mais l'impatience amoureuse que Claudien suppose au jeune monarque', prêtait probablement à rire aux courtisans, et la beauté de son épouse (en admettant qu'elle fût belle' n'avait pas beaucoup à craindre ou à espérer de la passion d'Honorius, qui n'était encore que dans sa quatorzième année. Sérène.

mère de son épouse, parvint, par adresse ou par persuasion , à différer la consommation du mariage. Marie mourut vierge, dix ans après ses noces; et la froideur ou la faiblesse de la constitution de l'empereur contribua sans doute à conserver sa chasteté '« Ses sujets, qui étudiaient soigneusement le cane 1ère de leur jeune souverain , découvrirent qu'Houorius s'avait ni passions ni taleas, et qu'il était également incapable de remplir les devoirs de son rang et de jouir des plaisirs de son âge. Dans les premières années de m jeunesse, il se livrait avec ardeur aux exercices de l'arc et du cheval; mais il renonça bientôt à ces fatigantes occupations. Le soin et la nourriture des volailles devint l.i principale affaire du monarque de l'Occident \ qui remit dans les mains fermes, et sages de Stilicon les rênes de son gouvernement. L'hiv toive de sa vie autorise à soupçonner que ce prince, né sous la pourpre, reçut «De pins mauvaise éducation que le dernier paysan de ses états; et que son ministre ambitieux le

ItoMlli liswl ittlcr itmiptS.

De Tfuptiïs Honor. et Maria, 287 ; et plus lihrem lit ans les poésie fescenninea , 112-1 ai

Tutu tlrtor rapide profila* Inrfl IfotUrai nftroi vnl«n t>rrw.

i Voyez Zoslme, I. v, p. 333.

sprocope, de Bell. Gotluco.l. r,tî. Tj aï pris ni général la conduite d'Honoriiu sans adopter k «mit singulier el Irés-peu probable que (ail l'historien grec

{388 dep. J.-C.) . PAR ED. GIBBON. CH. XXX

laissa parvenir à l'âge viril sans -essayer d'exciter son courage ou d'éclairer son jugement '. Les prédécesseurs d'Houorius avaient coutume d'animer la valeur des légions par leur exemple, ou au moins par leur pr éseace; et les dates de leurs lois attestent qu'ils parcouraient avec activité toutes les provinces du monde romain. Mais le Gis de Théodose passa sa honteuse vie captif dans son palais, étranger dans son pays , et spectateur presque indifférent de la ruine de son empire, qui Tut attaqué de toutes parts , et enfin renversé par les efforts des barbares. Dans le cours d'un règne de vingt-huit ans , et trèsfécond en grandsévénemens, il sera rarement nécessaire de nommer l'empereur Honorius.

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