CHAPITRE XXXV
Invasion de b Gaule par Allila. — II Ctt reposai f Actiiu et les Visi-ollu. — Attila envifiil M «>« l'Italie.— Hort d'Amlo, d'Aélius el de VttaKJsia
L'empereur Marcien pensait qu'il Miit éviter la guerre, lorsqu'on pouvait conserve! honorablement une paix solide ; mais il pensait aussi que la paix ne pouvait titre ni solide ni honorable, quand un souverain montrait pour la guerre une aversion pusillanime Telles étaient les maximes qui dictèrent » réponse au roi des Huns, lorsqu'il demanda insolemment le paiement du tribut annuel.
" Procope, de Bell, fondât., 1. 1,C 1; Eragrius, I- *>■ t. t;Théopbanc, p. 90,91; Novell, ad caleem, 0* & Théodose, t. n, p. 30.- Les louanges que saint IM AU catholiques ont prodiguées i Marcien onl été solsnw^ ment transcrites par Raronius, pour l'eiwooragenieiii m princes futurs.
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(4Ç0 dep. J.-C.) < Ce n'est plus le temps , dit Marcien aux ambassadeurs, où l'on pouvait insulter impunément la majesté tic l'empire en parlant de tribut; je récompenserai toujours avec libéralité mes fidèles alliés; mais ceux qui entreprendront de troubler 1% paix, trouveront des soldats qui ne manquent ni de fer ni de courage pour les repousser. » Apollonius , envoyé au cbmp des Huns , y tint à peu près le même tangage, refusa de remettre les presens avant d'avoir été admis à l'audience du monarque, et se conduisit' avec une fermeté qu'Attila ne s'attendait pas à trouverdans les Romains dégénérés '.Le fougueux barbare menaça (te châtier le successeur de Théodose ; mais il balançait en lui-même lequel des deux empires il attaquerait le premier. Tandis que les peuples de l'Orient et de l'Occident attendaient avec inquiétude que le formidable Attila eût fixé son choix, il lit partir des envoyés pour les cours deRa venue et de Constantinople ; et ces ministres adressèrent aux deux empereurs la même harangue insultante : « Attila, mon maître el le ■ » tien, t'ordonne de faire préparer sans dé- • lai un palais pour le recevoir '. > Mais comme le monarque des Huns méprisait ou affectait de mépriser les Romains de l'Orient, qu'il avait vaincus tant de fois, il déclara sa résolution de dilférer celte conquête facile, jusqu'au moment où il aurait achevé une entreprise plus importante et plus glorieuse. Dans les mémorables invasions de ta Ganle et de l'Italie, les .Huns furent naturellement excités par la richesse el par la fertilité de ces provinces; mais on ne peut expliquer les motifs personnels d'Attila que par l'état de l'empire d'Occident sous le règne de Valentir nien, ou, pour parler plus correctement, sous l'administration d' Actius *.
i Yoyei prisais, p. 39-71
* La Chronique d'Alexandrie ou Pasch. , qui rend etrmpte de cet Insolent message, peut «air anticipé la date, en la plaçant sous le régne ou avant la mort de Tbéodose; mais ee grave annaliste s'aurait pas trouvé dans ton imagkialion le style caractéristique d'Attila.
* La second livre de l'Histoire critique de l'établissement de la monarchie française (l. i, p. 1K9-424) jelle nne grande clarté sur l'état de la Gaule, lorsqu'elle rai envahie par Attila. Mais l'ingénieux auteur, l'abbé Duboc, eeperd trop sonrent dans les systèmes et les conjectura.
Après la mort de Boniface, son rival, Actius . s'était retiré prudemment dans le camp des Huns, et il était redevable a l'amitié des barbares de sa sûreté présente et de sa grandeur future. Au lieu d'employer le langage suppliant d'un exilé coupable, Aetius sollicita son pardon à la tête de soixante mille de ses protecteurs; et la résistance inutile de Placùlie prouva qu'elle cédait plus à la crainte qu'à la clémence. L'impératrice se mit elle-même , ainsi que son Gis Valenti nien et l'empire, sous la tutelle d'un sujet arrogant, et ne conserva pas même assez d'autorité pourpro léger le gendre de Boniface, le fidèle et vertueux Sébastien, contre un ennemi implacable, dontla vengeance le poursuivit partout, jusqu'au moment où il perdit obscurément la vie au service des Vandales '. L'heureux Actius, après avoir obtenu le rang de patrice et trois fois les honneurs du consulat, prit le titre de maître général de la cavalerie et de l'infanterie, et s'empara de toute l'autorité militaire. Les écrivains de son temps le nomment quelquefois le duc ou générât dci Romains de l' Occident. Ce ne Tut point à la vertu d'Aeiius , mais à sa prudence, que le petit-fils du grand Théodose dut la , conservation de la pourpre et du vain nom d'empereur. Valentlnien jouissait en paix des délices de l'Italie, tandis que le patrice se montrait dans tout l'éclat d'un héros et d'un patriote qui, durant vingt années, avait soutenu les ruines d'un empire prêt a s'écrouler. L'historien des Goths avoue qu'Aetius fut le sauveur de ia république ' ; et le portrait suivant, quoique flatté, contient cependant plus de vérité que d'adulation, c Sa mère était italienne , d'une famille
. < Victor Vitettsis (<te Penecut. fondai ^ 1. i,e. 6, p. 8,édit. Ruinarl) le nomme, actr contUio et strxntuts in bello. Mais, quand il tomba daus l'infortune, son courage ne tuf plus considéré que tomme l'aveu glemeni du désespoir, et Sébastien fui surnommé preteeps. (Sidon., Apollùur., Carmen, ix, 181 .) Les Chroniques d'Idacius el de Marcellinuo font une légère mention de tes aventures dans ht Sicile, la Gaule, l'Espagne et l'Afrique. 11 était toujours accompagné, dans sa faite, d'une troupe nombreuse, puisqu'il ravagea l'Helkaponlet la Propoalht», et s'empara de la ville de Barcelone.
1 • Reipnblkn; romante singaiariler ratas , qui snper-
• biam Suevorum . FraBCorumque barbaries] inrmeasU
* c^iBusserrireinjpenoronianocoegisset.' (Jomandes de Rébus Geticit , c. 34 , p. 660.}
> noble et opulente ; et Bon père Gaudentîus, » qui tenait un rang distingué dans la province » de Scytlùe , s'éleva graduellement d'un
> poste de domesticité militaire au rang de » maître-général de la cavalerie. Son fils , i placé dans les gardes presque dès son en- » fonce, fut donné comme otage , d'abord à i Alaric, et ensuite aux Huns. Il obtint suc-
> cessivement les honneurs civils et militaires t du palais, dont la supériorité de son mérite i le rendait tout-à-fait digne. Il avait la figure
> noble et agréable; sa taille était moyenne , • mais merveilleusement proportionnée pour
> la force, la beauté et l'agilité. Il excellait
> dans les exercices militaires, tels que de ma-
> nier un cheval, de tirer de l'arc, et de lau-
> cer le javelot. Patient dans ses entreprises,
> il supportait sans murmurer les veilles et » le manque de nourriture ; son corps et son i âme étaient capables des plus pénibles ef-
> Torts. Aelius méprisait les dangers et déi daignait les injures , et il était impossible
> de tromper, corrompre ou intimider la no-
> ble fermeté de son âme '. » Les barbares qui s'étaient fixés dans les provinces de l'Occident s'accoutumèrent peu à peu à respecter la valeur et la bonne foi d'Aétius. 11 calmait leur pétulance, caressait Leurs préjugés, balançait leurs intérêts, et mettait un frein à leur ambition. Un traité conclu ù propos avec Censeric arrêta les Vandales prêts ù entrer en Italie; les Bretons indépendans implorèrent son secours : l'autorité impériale Tut rétablie par lui eu Espagne et dans la Gaule ; et., après avoir vaincu les Suèves et les Francs, il les força d'employer leurs armes à la défense de la république.
Par politique autant que par reconnaissance, Aetius cultivait assidûment l'amitié des Uuns. Durant son séjour dans Leur camp, comme otage ou comme exilé, il vécut familièrement aveo Attila, neveu de son bienfaiteur; et ces célèbres adversaires semblent
' > Ce portrait est de Reniais Profuturus Frigeridus, auteur contemporain, connu seulement par quelques extraits que Grégoire de Tours a conservés (1. h, c. 8, tn, p. 163-) Il était sans doute du devoir, ou au moins de l'intérêt de Renatus, d'exagérer les vertus d'Aétius ; mats il eut été plus adroit de ne point parler de sa clé-
(450 dep. J.-C.)
avoir été liés d'une intimité qu'ils confirmèrent dans la suite par des présens mutuels et par de fréquentes ambassades. Carpilion, fils d'Aétius, fut élevé dans le camp d'Attila. Par des protestations d'attachement et de reconnaissance, le patrice cherchait à déguiser ses craintes à un conquérant dont les armées formidables menaçaient les deux empires. Il satisfaisait à ses demandes, ou tachait de 1rs éluder. Lorsqu'il réclama, comme dépouilles d'une ville prise d'assaut, quelques vases d'or frauduleusement détournés, les gouverneurs de laNorique furent aussitôt envoyés pour lui donner satisfaction ' ," fit il est évident, d'après leur conversation avec Maximin et Priscus dans le village royal , que la prudence et la valeur d'Aétius n'avaient pas pu éviter aux Romains de l'Occident la honte d'un tribut. Sa politique adroite prolongeait les avantages d'une paix née ess ire; et il employait à h défense de la Gaule une nombreuse année de Huns et d'Alains, qui lui étaient personnellement attachés. Il avait judicieusement placé deux colonies de ces barbares sur les territoires de Valence et d'Orléans ', et leur cavalerie active gardait fidèlement les passages du Rhône et de la Loire. Ces alliés sauvages étaient à la vérité presque aussi redoutables pour les. sujets de Rome que pour ses ennemis. Ils prirent possession du canton qui leur avait été accordé avec toute la violence Licencieuse de la conquête, et les provinces où ils passaient éprouvaient toutes Les calamités d'une invasion1. IndUTéreos pour l'cm-
' L'ambassade était composée du comte Romotus , de Promotus, président de laNorique, et de Roumbus, àm militaire : ils étaient accompagnés de Talullus, illustre citoyen de Petovio, dans la même province, et père d'Oresle , qui avait épousé la tille du moite Romains. (Voyez Priscus, 57-65.) CasstocHire {Variai., i, 4) fait mentioa d'une antre ambassade, composée de son père et de Carpilion, fils d'Aétius; el, comme Attila n'existait plus, 3 pouvait exagérer impunément l' intrépidité de leur conduite en présence du roi des Huns.
* Déserta Falcntina urbis riva Âiaiûs gartiauia traduntur. (Prosper, lyronis Chroniq., dans les historiens de France, t. i, p. 639.) Quelques lignes après, Prosprr observe qu'on assigna des terres aux A tains dans la Gaule ultérieure. Sans admettre La correctîun de I>uUm (t. i, p. 300), la supposition très- probable de deux colonies ou garnisons d'Alain: confirmera ses argumeas et détruira ses objections.
î Voyez Prosper Tyro, p. 059. Sidom'us (.Pane&T.
(4Ô0dep.J.-C.) pereur et pour l'empire , les Alaîns de la Gaule étaient aveuglement dévoués à servir l'ambitieux Actius ; et, quoiqu'il pût craindre que dans une guerre contre Attila ils ne repassassent sous les drapeaux de leur monarque national , le patrice travailla plus à calmer qu'à exciter leur ressentiment contre les Goths , les Francs et les Bourguignons.
Le royaume fondé par les Visigoths dans les provinces méridionales de la Gaule avait insensiblement acquis de la force et de In solidité ; et la conduite de ces ambitieux barbares, en temps de paix et en temps de guerre, exigeait la vigilance continuelle d'Aetius. Après la monde W allia, Théodoric, (ils du grand Alaric, hérita du trône ', et un règne heureux de plus de trente ans sur un peuple inconstant et indocile autorise à penser que sa prudence était soutenue d'une vigueur extraordinaire de corps etd'esprit. Resserré dans des limites trop étroites, Théodoric aspirait à la possession de la ville d'Arles, centre du commerce et siège du gouvernement ; mais l'approche d'Aetius sauva la place, et le roi des Goths, après" avoir levé le siège avec quelque perte et un peu de boute, consentit, moyennant un subside convenable, a diriger la valeur de ses sujets contre l'Espagne. Cependant Théodoric guettait et saisit habilement l'occasion de renouveler son entreprise. Les Goths assiégèrent Karbonne, tandis que les Bourguignons faisaient une invasion dans les provinces bclgiqucs, et l'intelligence évidente des ennemis de Borne
Avit., 246) se plaint a
le l'Auvergne, sa pairie.
Un autre poète, Paulin du Périgord, confirma celle
Nim KriBm TU (Sn quoi qui dnrior hutte.
Voyez Dùbos, 1. 1, p. 330.
' Théodoric h, fils de Théodoric premier, déclare a A vit us sa résolution de réparer ou d' expier la Taule que son grand-père avait commise.
Que •Mtr pennlt Kns, fntaol [d mm
Cette circonstance, qui n'est applicable qu'au rie, établit la filiation des rois des Goths, jusqu'à présent négligé celle observation,
menaçait de toutes parts sa sûreté. L'activité d'Aetius et sa cavalerie scytbe opposaient partout une résistance insurmontable. Vingt mille Bourguignons périrent les armes à la main ; et le reste de celte nation accepta humblement un petit canton dans les montagnes de la Savoie '. Les béliers ébranlaient déjà les murs de Narbonne , et les habitans étaient réduits à la plus cruelle famine, lorsque le comte Litorius, approchant en silence avec un corps nombreux de cavalerie, dont chaque homme portait deux sacs de farine sur sou cheval, pénétra dans la ville à travers les rel ranch e mens des ennemis. Les Goths levèrent le siège, et perdirent huit mille hommes dans une bataille, donl la victoire décisive est attribuée aux dispositions et à la conduite personnelle d'Aetius. Hais, dans l'absence du patrice , que quelque affaire publique ou particulière rappela précipitamment en Italie , le comte Litorius succéda au commandement , et sa présomption ht bientôt sentir qu'il ne suffit pas desavoir conduire un corps de cavalerie, ponr diriger habilement les opérations d'une guerre importante. À la tête d'une armée de Huns , il avança imprudemment jusqu'aux portes de Toulouse , sans daigner prendre de précautions contre un ennemi dont les revers avalent éveillé la prudence , et que sa situation pouvait réduire au désespoir. Les prédictions des augures inspiraient à Litorius une confiance profane. Convaincu qu'il devait entrer en vainqueur dans la capitale des Goths, il refusa toutes les offres de paix que les évéques vinrent plusieurs fois lut faire au nom de Théodoric. Le roi des Goths montra dans cette circonstance dangereuse le contraste édifiant de la piété chrétienne et de la modération, et ne quitta la haire et les cendres que quand tout fnt préparé pour le combat. Ses soldats, enflammés d'un pieux enthousiasme, assaillirent le camp de Litorius. Le combat
f On trouve dans Ammien Marcellin le nom deSapaudin, donl celui de Savoie est dérivé; et la Notitta consiste 1'exislence de deux posles militaires dans celte province. Une cohorte était placée à Grenoble , en Dauphiné; et il y avait a Ebredunum, ou lvcrdun, une Dolte de petits vaisseaux qui défendaient le lac de HeufrhiteL (Voyez Valesius, Ifotit. Galtiarum, p. 503; d'Anville, Notice de l'ancienne Gaule, p 204-779.)
decàhenoe'De l'empire romain,
fut opiniâtre, et ta perte considérable des deux cotés. Après medéfaitetdtale, dont it ne pouvait accuser que son 'ignorance et sa témérité , le général romain traversa les rues de Toulouse, non pas en conquérant, comme il s'en était flatté, mais prisonnier, à la suite de son vainqueur; et la misère qu'il éprouva, dans sa longue et ignominieuse captivité, excita même la compassion des barbares '. Une perte si considérable, dans un pays dont les finances et le courage étaient épuisés depuis long-temps , pouvait difficilement se réparer; et les Goths, animes par -l'ambition et par la vengeance, anraient planté leurs étendards victorieux sur les bords du Rhône, si le retour d'Aetius n'eut pas rétabli tes forces et la discipline des Romains *. Les deux armées attendaient le signal d'une action décisive ; mais les généraux , qui se craignaient réciproquement , remirent prudemment leur épée dans le fourreau sur le champ de bataille, et leur réconciliation fut sincère et durable. Il paraît que Théodoric, roi des Visigoths , mérita l'amour de ses sujets , la confiance de ses alliés, et l'estime de ses ennemis. Six vaillans fils environnaient son trône. Leur éducation n'avait pas été bornée aux exercices militaires; les Gis de Théodoric firent leurs études dans les écoles de la Gaule; l'étude de la jurisprudence romaine leur fit connaître, du moins par théorie , la justice et les lois; et la lecture de l'harmonieux Virgile contribua sans doute à adoucir la rudesse de leurs mœurs nationales \ Les
i Salvien a essayé d'espUijutr tegourarnement moral de la lUviotté , Uche trts- facile i remplir, en supposant que les calamités des médians sont des ehàliiuena, et que la malheurs qui assiégeai l'homme vertueux sont des épreuves.