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Sidonius continue ensuite son rôle de panégyriste, en
attribuant tout le mérite d'Aetius à son ministre A»ilus.
* Théodoric ii révérait dans Avitus sou ancien pré-
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(4Hdep.U.j deux filles durai des Goths épousèrent les fils aînés du roi. des Suèves ot de celui des Vandales, qui régnaient en Espagne et cb Afrique. Mais ..ces alliances illustres furent fécondes en crimes et en discordes. La reiie des Suèves eut à pleurer la mon de sud mari assassiné par son frère, et ta priâtes des Vandales éprouva le traitement le plus odieux du tyran auquel elle avait donné le nom de père. Le barbare G enscric soupçonu la femme de son fils du dessein de l'étape*. sonnerpour placer son mari sur le irûne.Su' ce seul soupçon il lui fit .couper le nej et k* oreilles; et la fille infortunée tle Théodoric fut ignominieusement renvoyée, à son père daoi cet état affreux. Le spectacle de cette horrible cruauté, qui parait incroyable à un siècle civilisé , arracha des larmes de tous les yerc; mais Théodoric, éprouvant à la fois la douleur d'un père et l'indignation d'un monarque, résolut de tirer vengeance de cette injure irréparable. Les ministres impériaux , iuiéressés à fomenter les discordes des barbares, auraient fourni au roi des Goths de l'or, des armes et des vaisseaux pour porter la guerre en Afrique , et la cruauté de Genseric lut serait peut-être devenue fatale, si l'artificieni Vandale n'eût pas réussi à se procurer le secours formidable des Huns. Ses préseuseï ses instances en fia m murent l'ambition d'il liti, et l'invasion de la Gaule arrêta rentreprw d'Aetius et de Théodoric '.
Les Francs, dont la monarchie était encore renfermée dans les environs du Bas-nain, avaient sagement accordé a la noble famille des Mérovingiens le droit exclusif de succéder à la couronne'. On élevait ces princes
■ Nos autorités pour le règne de Théodoric n sont, J»rninàè* (de KeèttrGeticù.e.. M-30), lesCtarouvniW'l'toehis et ta deux Prosper, insérés dans ta historiens* France {t. i, p. 612-6»), et «n outre Santal (dtGdv hationeDci.l.ni, p. 243, 2H, 245) , et le paiiég>-riqut d' Avitus par Sidonius.
i ftfgrs crinitos se. creaetise de prima, H, ul itaiieam, nobiliori suommfiuniUa. (Grég. , o> Tenrs, I n. c.0, p. 166, du second des Historien» de France.) Gif poire ne fait pas mention du nom de Mérovingien; nais Jusqu'au eommeneesnenl du septième siècle ce nom jwrtil »T0lr été la dénomination distincttre de ta fautait ruralr, et même des mon anpws français. Ua critique ingéaktss (ait descendre ta Mérovingiens du grand Marabodour, et il a prouvé avec évidence que te printe qui donna **
(450 iep. ».-«.) ■' PAKED.
sur un bonclier, symbole du commandement militaire1, et les longs cheveux- étaient la marque de la naissance et de la dignité royale.' Leur Chevelure blonde, qu'ils peignaient et I arrangeaient avec grand soin, flouait en bou- ' ctessnr leurs épflules.'La; loi «o l'usage obligeait lé reste de la nation à' se raser le derrière de la tète, a relever les cheveux sur le front , et à se contenter de deux, moustaches*: La haute taille des Francs et leurs yeux bleus annonçaient leur origine germaine; leurs babils serrée laissaient voir la forme de leurs membres; ils portaient une épée pesante'suspendue à im 'large baudrier, et un grand bouclier qui les couvrait presque tout entiers. Ces barbares apprenaient dès l'enfance S courir, à samer/à nager, à lancer le javelot ou h hache d'armes , â attaquer sans hésiter nn ennemi supérieur en nombre, et a ■ soutenir jusqu'à la mort la réputation invincible de leurs ancêtres*. Clodion, le premier de leurs rois chevelus dont l'histoire fasse connaître le nom et les actions d'une manière authentique, faisait sa résidence à Wspargurti*, village ou forteresse dont on peut assigner1 la position entre Bruxelles et Louvaiti.
nom à la première race, était plus ancien qnele père de Chlldéde. (Vdyei les Mém. de l'Acad. des Inscript., t~ n, p. à'1-m U sn,p. 567-567.)
> Cet ancien usage des Germains, dont on peut suivre In trace depuis TaciLc jusqu'à Grégoire de Tours, fui enfin adopté par tes empereurs de Constanlinople. D'après un manuscrit <fa dixième siècle, Montlaucon a représenté une cérémonie semblable, que l'ignorance du siècle appliquait à David. (Voy« Munumens de la monarchie française, t. I, Discours préliminaire.)
* CttsarUt prolixa ..... crinium flagellU per terga dimissis, etc. {Voyez la prélace du troisième volume des historiens de France, et l'abbé le RceuT, Disserl., t. m, p. 47-79.) Cet usage particulier des Mérovingiens est constaté par les écrivains nationaux et étrangers ; par Priscus (t. i, p. «06), par Agathias (l. n , p. 49) et par Grégoire de Toiiri (I. m, 18; n, 24; vni, 10; 1. u, p. 186- 27U-3W.)
s Voyez uu portrait original de la figure, de l'habillement, desarres et du caractère des anciens Francs, dans Sidonius ànellinarts (Panegyr. de Majorien, 238-254 ). Do têts portfailsoni une valeur réelle quoique grossièrement dessines. Le père Daniel (H isioire de la Milice Française, L i, p. 2-7) a éclaire! celle description.
< Dubos, tliet. cril., etc., t. i, p. 27t, 272. Quelques auteurs «ni place Dispargum de l'attre côté du Khin. (Voyenune notcvdaa éditeurs béttédktins aux Historiens do France, t u, p. 166.) GIBBON, I.
GIBBON. CHAP. XXXY. 825
Le roi dos Francs apprit par ses espion» que la seconde Belgique était presque sans défense, et qu'il lui serait facile de s'en emparer.- 11 pénétra audneieusement à travers les bois et les «anus de la forêt Carbonnaire ', s'empara de Cambrai et de Tournai, les deux seules villes qui eiistassemt dans le cinquième siècle, et étendit ses conquêtes jusqu'à la rivière de Somme dans un pays désert, dont la culture et la population sont les suites d'une industrie plus moderne '- Tandis que Clodion campait dans les plaines de l'Artois", et célébrait avec une sécurité imprudente un mariage, sans doute celui de son fils , l'arrivée d'Aetius , qni avait passé la Somme à la tète de sa cavalerie légère, interrompit désagréablement la fête nuptiale. Les tables dressées derrière use montagne, sur le bord d'un ruisseau, furent impétueusement renversées; les Francs n'étirent le temps de reprendre ni leur rangs , ni leurs armes, et leur valeur leur devint funeste. Les Romains se saisirent des chariots qui suivaient l'armée. La nouvelle épouse, ses compagnes et leurs suivantes se soumirent aux lois de la guerre avec docilité. Cet avantage, dû à l'activité d'Aetius, obscurcit un peu la gloire militaire do Clodion ; mais le roi des Francs répara bientôt sa faute, et rétablit sa réputation en se maintenant dans la possession de ses étais depuis : les bords du filiiu jusqu'à ceux de la Somme*. Trêves , Mayence et Cologne éprouvèrent sous son règne, et probablement par l'esprit
< La fbrêt Carbonnaire ou Carbonnicnne était cette partie de la grande forêt des Ardents , qni es! - située entre l'Escaut, et ta Meuse. (Vales., NotiL «fttt,
* Grég. de Tours, 1. n. c. Q, L u, • . 166, 167; Fredegnr., Epitom., c. 9, p. 305; Gcs'a , Reg, Francor., c. 5, t. n,
p. 544; fit. sancl. Hemig. ab Bbicmar ,\. m, p. 373.
F&iegyr. Malorlan., Ifï.
L'endroit exact était une ville ou un village appelé Ficus ffetena, et des géographes modernes ont découvert le nom et la place à Uns. (Voy. Vales., Nota Coll., p. 246; Longuerue, Description de la France, t. u, p. 88.)
' Voyez un récit vague de celte action dans Sidonius, {Panég. de Majorien, 212-230.) Les critiques français, Impatiens d'établir leur monarchie dans la Gaule, ont lire un argument très-fort du silence de Sidonius, qui ne dit point que les Francs aient étd forcés de repasser le Rhin ■près leur défaite. (Dttbos, 1. 1, p. 322.)
entreprenant de ses sujets, tout ce que l'avarice et la cruauté peuvent inspirer à des vainqueurs. Cologne eut le malheur de rester sous la puissance de ces barbares , qui évacuèrent les ruines de Trêves ; et Trêves, qui, dansunespace de quaranlcans, avait clé quatre (ois prise et pillée, cherchait encore à oublier ses anciennes calamités dans les vains amusemens du cirque'. Après un règne de vingt ans , la mort de Clodion livra son royaume à la discorde de deux fils ambitieux'. Mérovée , le plus jeune , implora la protection de Rome. Valeutinien le reçut comme son allié et le 61s adoptif du patricc Aetius; il le renvoya dans son pays avec des présens magnifiques et les plus fortes assurances de secours et d'amitié. Tandis qu'il était absent, son aîné avait sollicité avec non moins d'ardeur la formidable assistance d'Attila; et le roi des Huns accepta avec plaisir une alliance qui lui facilitait le passage du Rhin , et fournissait un prétexte honorable à l'invasion qu'il projetait de faire dans la Gaule*.
Lorsqu'Altila annonça publiquement la résolution de secourir les Francs et les Vandales , ce héros sauvage , saisi comme d'un esprit de chevalerie , se déclara aussi l'amant de la princesse Honoria. La sœur de Valeutinien avait été élevée dans le palais de Ravennc.et, comme le mari d'Honoria aurait pu donner de l'inquiétude ù l'empire, on éleva
I Salvien {deGubernat. Dei.,\. n) a raconté en si) te vague et déclamatoire les calamités de ces trois villes , qui ■ont distinctement constatées par le savant Mascou (Hisl. des anciens Germa Lus, ix, 21).
* Prisais, en racontant la contestation, ne nomme pas tes deux frères dont il avait vu un a Rome, et qu'il dépeint comme un adolescent, sansbarbe et avec de longs cheveux Doltans. (Historiens de France, 1. 1, p. 607, 608.) Les éditeurs bénédictins penchent a croire qu'ils étaient les 111s de quelque roi inconnu des Francs, dont le royaumo était situé sur les bords du Ncckcr; mais les argumens de M. de Foncemagne (Mém. <lc l'Académie , t. vin, p. 461) semblent prouver que les deux M? de Clodion disputèrent sa succession , et que Mérovée, le plus Jeune, fut le père de Cbildéric.
> Sous la race mérovingienne, le trône était héréditaire; mais loua les lils du monarque défunt étaient autorisés
également a partager ses trésors et ses états. (Voyez les Dissertations de H. de Foncemagne dans les sixième et huitième volumes des Mém. de l'Académie.)
(450dep.J.-C.) la princesse au rang d'augusta', pouraaéantir l'espérance des sujets les plus présomptueux. Mais la belle Honoria avait à peint atteint l'âge de seize ans , qu'elle détesta la grandeur importune, dont l'orgueil insensé prétendait la priver pour toujours des douceurs d'un amour légitime, Vue pompe insipide et monotone ne satisfaisait point son cœur; elle obéit à la voix impérieuse de la nature , et se jeta dans les lins d'Eugène son chambellan. Des signes île grossesse trahirent bientôt ce que, dans l'ait siirdclangaged'un sexe impérieux, on apjiHIt son crime et sa honte, et le public en fin instruit par l'imprudence de l'impératrice Pli' cidie, qui lit partir sa fille pour Constantin^ pie, après l'avoir tenue long-temps dans me captivité ignominieuse. La malheureuse Honoria passa douze ou quinze ans dans la tri* société des sœurs de Théodose et de lents chastes compagnes. La fille de Placidie m pouvait plus prétendre à leur mérite , ci m conformait avec répugnance aux pratiques pieuses des prières, des jeûnes et des vigiles. L'impatience d'un célibat qui lui paraissail tous les jours plus insupportable lui fil fi- (reprendre la démarche la plus cxlraunt nains. Le nom redouté d'Aitila se représentait à chaque instant dans les conversation familières des habit ans île Constanlioople; cl ses ambassades fréquentes entretenaient une correspondance presque continuelle cuire son camp et le palais impérial. Sacrifiant I" préjugés et la décence aux plaisirs de l'amour ou à celui de la vengeance , la princesse offrit de se remettre elle-même dans les bras d'an prince barbare dont elle ignorait le bugage , qui avait à peine la figure humaine, fl dont elle abhorrait les mœurs et la religion. Par le moyen d'un eunuque de confiant elle fit remettre à Attila une bagne ponr tarant de sa foi , et le conjura de la réclamer comme sa légitime épouse , avec laquelle il avait été uni secrètement. Le monarque reçut avec dédain ces avances indécentes, et rostinua de multiplier le nombre de ses cpmw* « Il existe encore une médaille de Ta belle Ho»risj* porte le litre d'augusta , et sur le revers on lit la [égendt. assez déplacée , de Sains ReipubUcœ, anlosr du mo»gramme du Christ. (Voyez Ducange, Famil. Z(/ï*m». p. 67-73).
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(450 dep. J.-C.) jusqu'au moment où l'avarice et l'ambition affaiblirent sa passion pour les plaisirs de l'amour. Avant d'entrer dans la Gaule , il voulut justifier son invasion, en demandant qu'on lui remit la princesse Honotia, et sa part du patrimoine impérial. Ses prédécesseurs, les anciens Tanjous , avaient souvent demandé les princesses de la Chine avec la même arrogance , et les prétentions d'Attila n'étaient pas moins offensantes pour la majesté de Rouie. On fit à ses ambassadeurs un refus ferme, mais sans aigreur. Malgré les exemples récensde Pulchérieet de Placidie, on déclara que les femmes n'avaient aucun droit à la succession de l'empire; et, à la demande qu'il fitd'Honoria, on opposa les engagemens indissolubles qu'elle venait de contracter '. Dès le moment où l'on avait eu connaissance de sa correspondance avec le rot des Huns , la coupable Honoria avait été enlevée de Constantinople, comme un objet d'horreur, et reléguée au fond de l'Italie. On lui avait fait grâce de la vie , mais on lui avait imposé la condition d'un mariage avec un homme obscur, qui ne fut mari que de nom, et on l'enferma dans une prison perpétuelle , pour pleurer des crimes et des malheurs auxquels elle eut pu échapper, si elle ne fut pas née la fille d'un empereur ".
Un Gaulois contemporain, le savant et éloquent Sidoriius, qui occupa depuis le siège épiseopal de Clermont , s'était engagé vis-àvis d'un de ses amis à écrire l'histoire de la guerre d'Attila. Si la modestie de Stdomus ne l'eût pas détourné d'un ouvrage si intéressant*, l'historien aurait exposé avec la simplicité de la vérité les faits mémorables dont le poète ne traite que d'une manière concise,
i Voyai Prisais, p. 39, 40. On pouvait alléguer que, si
les femmes avaient eu des prétentions au troue, Valcnlinien, qui était l'époux de la fille et de l'héritière de Théodose-le-Jeune , aurait réclamé ses droits sur l'empire ■rOrûnt.
î Jornaudès (de sœeefioms Hegn. , t. 97, et île Heb. Cen'c.,C.42, 074;, les Chroniques de Prospcr, et Marcel] in, racontent trÉs-imparfiii terne ut les aventures d'Hcnoria; mais it est impossible de les rendre croyables ou probables, à moins de séparer par un intervalle de temps et de lieu son intrigue arec Eugène de sou invitation à Attila.
3 « Exegeras mini, ut proniitterem libi, Attila; bellum » stytoiae potier» intimaturuni Cxpcram scribere,
vague et métaphorique*. Les rois et les nations de la Scythie et de la Germanie, depuis le Volga jusqu'au Danube, accouraient aux ordres d'Attila. Du village royal dans les plaines de la Hongrie, ses étendards s'avancèrent vers l'Occident, et, après une marche deseptou huit cents milles, il arriva au confluent du Rhin et du Neekcr, où il fnt rejoint par les Francs , qui obéissaient à l'ainé des fils de Clodion. Une troupe de barbares alertes , et conduits par l'espoir dn butin , aurait peut-être préféré l'hiver, afin de pouvoir tra^ verser le fleuve sur les glaces. Mats l'innombrable cavalerie des Huns exigeait des fourrages et des provisions qu'il était impossible de se procurer dans cette saison. On trouva dans la forêt Hercinienne les bois nécessaires pour construire un pont de bateaux , et cette effrayante multitude se précipita sur les provinces belgiques '. La consternation fut universelle dans la Gaule ; et la tradition, qui nous a transmis l'histoire de ses malheurs, n'a point oublié les miracles et les martyrs dont furent honorées plusieurs de ses villes1. Troyes dut sa conservation aux mérites de saint Loup. La Providence enleva
> sed operis arrepti ràsce perspeclo, Ueduit (Sidon.Apoll. , 1. vin, épil. 15, p. iîB.j
Pimrgyr.M'U..3n,«t.
* On trouve dans Jornandcs le récit le plus authentique et le mieux détaillé que nous ayons de cette guerre { de Rébus Gèticia , e. 36-41 , p. 662-872). Il a quelquefois abrégé et quelquefois transcrit littéralement l'histoire de Cassiodore. Nous dirons une fois pour toutes, que Grégoire de Tours (I. m. c. 5, 6, 7), les chroniques d'Idaeius, Isidore cl les deux Prosper, peuvent servira corriger et a éclaircir Joruaudès. Toutes les anciennes autorités sont rassemblées et insérées dans les Historiens de France; mais le lecteur doit se mettre en garde contre un extrait supposé de la Chronique d'Idaeius, parmi les rragmens de Frédégaïre (t. n, p. 462), qui contredit souvent le Véritable tei le de l'évtque gaulois.
a Les anciennes légendes méritent quelque considération en requêtes râbles s'y Irouvent liées à l'histoire du temps. (Voyez tes vies de saint Loup, de saint Anian, les évêques de Metz, sainte Geneviève , etc.. dans les Historien» de France (t. i, p. 645, 644, «49-, l. m, p. 369).
saint Servat de ce monde., pour lui éviter la douleur de contempler la ruine deTongres ; et les prières de sainte Geneviève détournèrent Attila des environs de Paris. Mais les Huns assaillirent et emportèrent un grand nombre de villes qui ne pouvaient leur opposer ni saints ni soldats ; et le triste sort de Metz' attestequeces barba res commirent dans la Gaule toutes les atrocités qu'ils regardaient comme le droit de la guerre. Ils massacrèrent, sans distinction, les prêtres à l'autel, et les enfans au berceau ; les flammes dévorèrent et détruisirent la ville; et une petite chapelle solitaire, dédiée à saint Etienne, est le seul bâtiment qui existe aujourd'hui, surle terrain que Metz occupait alors. Des bords de la Moselle, Attila s'avança dans le cœur de la Gaide , passa la Seine à Auxerrc et campa , après une longue marche , sous les murs d'Orléans. 1! voulait assurer ses conquêtes par la possession d'un poste avantageux, qui Je rendit maître du passage de la Loire; et il se liait a l'invitation de Sangiban, roi des Alains, qui lui avait promis de trahir les Romains, de lui livrer la ville et de passer sous ses drapeaux. Mais on découvrit heureusement cette conspiration. Les fortifications d'Orléans avaient été nouvellement réparées et augmentées, et les soldats qui défendaient la place repoussèrent courageusement tous les assauts des barbares. L'évcque Anianus, prélat également recommanda ble par sa prudence consommée et par sa sainteté, employa toutes les ressources de la politique religieuse pour soutenir le courage des liabltans jusqu'à l'arrivée, du secours qu'il attendait. Après un siège opiniâtre , les béliers commencèrent à ébranler les murs ; les Huns occupaient déjà les faubourgs , et ceux qui
1 On ne peut concilia les doutes du comte de Buat «ce aucuns principes 4e raison ou de saine critique. Grégoire de Toursn'arfirme-t-ilpas la destruction de Metz en termes positifs ? Est-il possible qu'a peine un siècle après l'événement Grégoire et tout le peuple se trompassent sur le sort d'une ville où résidaient alors leurs souverains, 1rs souverains d' Australie? Le savant comte, qui semble avoir entrepris l'apologie d'Attila et des barbares, en appelle au BMi lilarius parcens eLvUatibu* Germaniœ et Collier , et oublie que le véritable Marins > Clairement affirmé, plurimœ civitales cffract& , au nombre desquelles il compte MeU.
L'EMPIRE ROMAIN, tySt dep. J.-C.)
n'étaient point en état de porter les armes étaient prosternés dans les églises. Anianus , qui comptait les jours et les heures , envoya sur le rempart un homme de confiance examiner s'il n'apercevait rien dans l'éloignement. Le messager revint deux fois sans lui rapporter la moindre espérance ; mais à la troisième , il déclara qu'il avait cm entrevoir un faible nuage à l'extrémité de l'horizon. « Cest le secours de la Providence ! » s'écria le prélat d'un ton de confiance; et le peuple répéta après lui : « C'est le secours de la Providence • L'objet éloigné sur lequel tous les yeux se fixaient s'agrandissait à chaque instant, et devenait plus distinct. On aperçut enfin les étendards des Golbs et des Romains ; et, un coup de veut ayant dissipé h poussière, offrit clairement à la vue les escadrons d'Aétius et de Tliéodoric , qui acco*raient au secours d'Orléans.
La politique insidieuse d'Attila servit autant que la terreur de ses armes à le faire pénétrer sans obstacle dans le cœur de la Gaule. La dureté de ses déclarations publiques était adroitement adoucie par des assurances particulières. II savait caresser « menacer tour a tour. Les Romains et les Goths, et les cours de Ravenne et de Toulouse, se méfiant réciproquement l'une de l'autre , attendaient avec indifférence rapproche de l'ennemi commun. Aetius veillait seul à ta sûreté de la république; mais ses plus sages mesures étaient déconcertées par une faction qui dominait dans le palais depuis la mort de l'impératrice Placidie. La jeunesse de l'Italie tremblait au bruit des armes, et les barbares qui penchaient pour Attila, par crainte ou. par inclination, tenaient une conduite équivoque en attendant l'issue de la guerre. Le patrice passa les Alpes avec un corps de troupes qui méritait à peine le nom d'armée '.Mais en arrivant à Arles ou à Lyon , il apprît que les Visigotlu refusaient d'entreprendre (a défense de la Gaule, et qu'ils étaient résolus d'attendre sur leur territoire l'ennemi qu'ils affectaient de
dbyGoOgk
(4SI dep. J.-C.) mépriser. Atterré par cette nouvelle, le général romain eut recours au sénateur Avitus, qui, après avoir exercé honorablement l'office de préfet du prétoire, s'était retiré dans ses domaines en Auvergne. Le ministre consentit à se charger d'une ambassade à la cour de Toulouse, et l'exécuta avec succès. 11 représenta à Théodoric qu'on ne pouvait résister au tyran ambitieux qui voulait tout envahir, qu'en réunissant ses forces par une alliance solide et sincère. Avitus anima le ' ressentiment des Goths par lu description de tous les maux que les Huns avaient Tait souffrir à leurs ancêtres, et de la fureur avec laquelle Ils poursuivaient leur postérité depuis le Danube jusqu'aux Pyrénées. Il leur représenta que tous les chrétiens devaient contribuer a sauver les églises et les reliques lies saints; qu'il était de l'intérêt personnel de tous les barbares fixés dans la Gaule de défendre, contre les patres de la Scylbie, des terres et des vignes cultivées à leur profit. Théodoric se rendit à l'évidence de la vérité, adopta les mesures les plus sages et les plus honorables, et déclara que, comme fidèle allié d' Actius et des Romains, il était prêt à exposer sa vie et ses états pour la défense de la Gaule '. Les Visigoihs, enorgueillis de leurs derniers succès, prirent les armes avec joie, et s'assemblèrent sous l'étendard de leur monarque , qui résolut de commander lui-même sa valeureuse armée nvec les deux aînés de ses fils, Torîsmond et Théodoric. L'exemple des Goths détermina des tribus et des nations qui balançaient encore entre les Huns et les Romains. L'infatigable Aetius rassembla les guerriers de la G a nie et de la Germanie, qui, après s'être ■ long-temps reconnus sujets et soldats de la république, prétendaient alors au rang d'alliés indépendans, et réclamaient
l 'LepMëerriifUed'AvitusrtteGee chapitre de Jonundei dosnent une idée imparfaite delà politique d'Attila,
d'Actius et dos Visigoths.Lepo*teBl)'lii*turiBûwlaiîBe(it entraîner l'un et l'autre par leurs préjugés personnels et national t. Le premier exalte le mérite et les actions d'A-
«t l'autre s'attache a présenter la conduite des Goilis sous le Jour le plus avantageux. Cependant, eu les interprétant eiactemeut, leur accord est souvent uue preuve de leur
les récompenses dues à un service volontaire. Les Lrcti, les Armoricains, les Brécnes, les Saxons, les Bourguignons, les Sarmates ou Alains, les Ripuaircs, et les Francs qui obéissaient à Mérovée : telle était la composition de l'année, qui, sous la conduite d' Aetius et de Théodoric, s'avançait pour délivrer Orléans, et livrer bataille à la multitude formidable accourue avec Attila '.
A leur arrivée, le roi des Huns leva le sîége, et fit rappeler une partie do ses troupes qui pillaient uue ville voisine * dans laquelle elles étaient déjà entrées. Attila, dont la valeur était toujours guidée par la prudence , sentit ce qu'il aurait à craindre s'il essuyait une défaite au cœur de la Gaule. Le roi des Huns repassa la Seine, et attendit les ennemis dans les' plaines de Glialons, où sa nombreuse cavalerie pouvait manœuvrer avec avantage. Mais, dans sa retraite précipitée, l'avant-garde des Romains et de leurs alliés pressait et attaquait fréquemment les troupes qui formaient l'arrière-garde d'Attila; et un combat sanglant des Francs et des Gépides, dans lequel quinze mille barbares * perdirent la vie , fut le prélude d'une action générale et décisive. Les champs Catalanniens *, qui environnent la ville de Chatons, s'étendent, selon la mesure vague de Jornandès, à ceut cinquante milles en longueur,
i Jomandés (e. 36, p. 664, édit lirai., t. n, p 23), des Historiens de France, et les noies de l'éditeur bénédicli» , donnent le détail de l'armée d' Aetius. LesLxli étaient uue race mêlée de barbares nés ou naturalisés dans la Gaule. Les Rrpaires ou Kipualres liraient leur nom du tieu de leur résidence sur les rives des trois rivières, la HhJn , la Meuse et la Muselle. Les Armoricains occupaient les ville» indépendantes entre la Seine et la Loire. Il y avait une colonie de Saxons dans le dioeèsedeBayeui; les Bourguignon s habita ienl ta Savoie, et les Bréones étaient une IribudesRJiéliensàrorient du lac Constance.
> AureUaneniis tirbis obsidio, oppugnatio, imiptiç, née diïeptio. ( t. v, Sidon. ApoUinar, 1. vut, Epiit. 1S, p. 246.) Il était facile de convertir la délivrance d'Orléans en miracle obtenu et annoncé par le pioux évoque.
3 On trouve dans la plupart des éditions te» ; mail nous irons l'autorité de quelques manusrriU, et toute autorité est presque suCRtame pour faire donner la préffi-
* Caftions, ou DuroCalalaunum, etdf avait lait précédemment parlie dn territoire de Reims. (Voyez Vales., ffdtU. GaU., p. 136; d'Aavllle, Notice de l'ancienne Gaule, p. 212,279.)
et a cent milles en largeur , dans le pays connu aujourd'hui sous le nom de Champagne '. Dans cette vaste plaine il se trouvait cependant quelque inégalité de terrain, et les deux généraux se disputèrent une.émincnce qui commandait le camp d'Attila. Le jeune et vaillant Torismond s'en empara le premier, et les Goths en précipitèrent les Huns qui montaient du côté opposé. La possession de ce poste avantageux donna aux généraux et aux soldats une espérance fondée d« victoire. Attila inquiet consulta les artispîces ; on assure qu'après avoir examiné les entrailles des victimes, ils lui annoncèrent sa -défaite et la mort de son plus redoutable ennemi , et que le barbare , en acceptant cette compensation , témoigna involontairement son estime pour le mérite supérieur d'Aetius ; mais le découragement qu'Attila aperçut parmi les Huns l'engagea à user de l'expédient si familier aux généraux de l'antiquité, d'animer lefirs troupes par une harangue militaire; et il leur parla comme un héros qui avait souvent combatlu et vaincu à leur tète ". Le roi des Huns leur représenta leurs anciens exploits , le danger présent , et leurs espérances pour l'avenir. La même fortune qui leur avait fait ouvrir les déserts et les marais de la Scythie, presque sans combats, et qui les avait fait triompher de tant de nations guerrières, leur réservait la joie de celte journée mémorable comme complément de leurs victoires. If peignit habilement les précautions de ses ennemis, leur ferme alliance, les postes avantageux dont ils s'étaient assurés, comme l'effet de' lu crainte, et non pas de la prudence. Les Visigoths faisaient, disait-if, toute la force de leur armée, et les H uns. n'avaient rien à craindre des timides Romains, dont les bataillons serres
i Grégoire de Tours cite souvent le nom de Campant* OU Champagne. Celte grande province, dont tteims était la capitale, était sous le commandeiueut d'un duc. (Vales., WotU. p. 120-123.)
1 Je ne me dissimule pas que la plupart de ces harangues sont composées par les hislorieus. Cependant les anciens Oslrogotbs qui avaient servi sous Attila ont pu rendre son discour» i Cassiodore. Les idées et les expressions ont une tournure barbare; et J'ai peine à croire
(451 dep. J-C.) annonçaient la frayeur, et qui ne savaient supporter ni les fatigues ni les dangers d'une bataille. Le monarque barbare se servit habilement de la doctrine de la prédestination, si favorable à la vertu martiale. < Les guer- » riers protégés par le ciel , disait-il , sont
• invulnérables au milieu des combats , et le
> destin saisit ses victimes au sein d'une paix » sans gloire. Je lancerai le premier dard, et
> le lâche qui refuserait d'imiter son souve-
* rain est dévoué à une mort inévitable. > La présence et la voix d'Attila ranimèrent le courage des barbares, et l'intrépide général, cédant à leur impatience, rangea son armée. A la tête de ses braves et fidèles Huns, il conduisit te corps de bataille. Les nations dépendantes de son empire, les Rugicns, les Hérules, les Tliuringiens, les Francs et Ici Bourguignons couvraient des deux côtés la vaste plaine catataimicnne. La droite était commandée par Ardarîc, roi des Gépides ; et les trois frères qui régnaient sur les Oslrogoths étaient placés sur la gauche pour s'opposer aux tribus des Visigoths sortis de la même race qu'eux. Les alliés avaient fait des dispositions différentes. Singiban , l'infidèle roi des Alains , était placé au centre , où l'on pouvait veiller sur tous ses mouvemens et punir à l'instant sa perfidie. Aetius prit le commandement de l'aile gauche, et Tliéodorîc de la droite, tandis que Torismond continuait à occuper les hauteurs qui s'étendaient sur le flanc et peut-être jusque sur !••» derrières de l'armée d'Attila. Toutes les nations depuis le Volga jusqu'à l'Atlantique, étaient rassemblées dans les plaines de Cltâlons ; mais une partie de ces nations avait été divisée par les factions, par la conquête ou par des émigrations, et la ressemblance îles enseignes et des armes des deux armées présentait l'image d'une guerre civile.
La discipline et la tactique des Grecs et des Romains formaient une partie intéressante de leurs mœurs nationales. L'étude attentive des opérations militaires de Xénophon.de César ou de Frédéric, quand elles sont décrites par le même génie qui les a conçues et exécutées, peot tendre à perfoc-
Iblkn du siiiemc siècle ail imaginé hujas certaminit tionner ( si jamais un tel perfectionnement F*K"<»- j peut être désirable ) l'art funeste de détruire
dbyGoOgle
(481 dep. J.-C.)
l'espèce humaine; maïs la bataille de Chalons De peut exciter notre curiosité que par la grandeur de l'objet , puisqu'elle fut décidée par l'aveugle impétuosité des barbares, et a été transmise à la postérité par des écrivains partiaux, que leur profession civile ou ecclésiastique éloignait de (otite connaissance de l'art militaire.Cassiodore a cependant conversé familièrement avec des Goihs qui s'étaient trouvés à cette bataille; et ils la lui représentèrent comme sanglante, opiniâtre, et telle qu'on n'en avait point vu ni depuis ni dans les siècles précédens. Le nombre des morts monta, selon les tins, à cent soixantedeux mille, et, selon d'autres, à trois cent mille '. Ces exagérations peu croyables supposent toujours une assez grande perle, pour prouver, comme le remarque judicieusement un historien, que des générations entières peuvent être englouties dans un jour par l'extravagance des souverains. Après la décharge mutuelle et répétée des flèches et des javelots, dans laquelle les archers de la Seythie purent signaler la supériorité de leur adresse, la cavalerie et l'infanterie des deux armées se joignirent, et combattirent corps à corps. Les Huns, animés par la présence d'Attila, percèrent le centre des alliés, séparèrent les deux ailes, et, se tournant sur la gauche avec rapidité, dirigèrent tous leurs efforts contre les Visigoths. Tandis qne Théodoric galopait devant les rangs pour animer ses soldats , il tomba de son cheval mortellement blessé d'un javelot lancé par Andage, Ostrogoth (Tune naissance illustre. Le monarque blesse fut abandonné dans le tumulte, et foulé aux pieds des chevaux de sa propre cavalerie; et sa mort servit à justifier Forat-Ic ambigu des aruspiecs. Attila comptait déjà sur la victoire, lorsque le vaillant Toris-
i Os «pressions de Jomsndfe, on pi utM de Cassfedore sont tres-forles. ■ Rcttum atrox, multiplex, tmmane, per- ■ titrai ; eni simili muta usmiam narrai antiquités : obi • lalii gesU referuntur , ni niliil esset quod in vila sua » conspicere potuisset egreghis, qui hujns miraculi priva- » Muraspectn. . Duhos (Hisl. crit.,t. i, p. 3ft2, 303) Uehe de concilier les 162,000 hommes de Jnrnandès avec les 300,000 d'Idadns et d'Isidore, en supposant que te plus fort de ces deux nombres comprenait tons ceux qui avalent péri dans cette guerre , soldats ou citoyens, etc., par 1« armes, les maladies, lia fatigues , etc.
raond descendit des hauteurs, et réalisa le reste de la prédiction. Les Visigoths, qnl avaient été mis en désordre par la fuite ou la désertion des Alains, reprirent peu à peu leur ordre de bataille; et les Huns furent évidemment vaincus, puisque Attila fut forcé de se retirer. Il s'était exposé avec la témérité d'un soldat ; mais les intrépides barbares qui composaient son corps de bataille dépassèrent de beaucoup le reste de la ligue ; n'étant point soutenus, leurs flancs se trouvèrent à découvert, et ils furent assaillis de tous cotés. L'approche de la nuit sauva les conquérans de la Scythie et de la Germanie d'une défaite totale. Ils se. firent un rempart de leurs chariots. La cavalerie mit pied à terre, et se prépara à un genre de combat qui ne convenait ni à ses armes, ni à ses habitudes. L'issue du combat était incertaine; mais Attila s'était assuré une dernière et honorable ressource. Il fit faire une pile funéraire des selles et des riches harnais des chevaux, et l'intrépide barbare résolut, si son camp était forcé, d'y mettre le feu, de s'y précipiter , et de priver les ennemis de la gloire d'avoir Attila en leur puissance, ni durant sa vie , ni après sa mort '.
Mais ses ennemis ne passèrent pas la nuit plus tranquillement. La valeur imprudente de Torismond lui fit continuer la poursuite jusqu'au moment où il se trouva avec un trèspetit nombre des siens an milieu des charriots des Scythes. Dans le tumulte d'un combat nocturne, il fut jeté en bas de son cheval, et le fils de Théodoric aurait éprouvé le sort de son père, si sa vigueur et le 2èle de ses soldats ne l'eussent tiré de cette dangereuse situation. Sur la gauche, Aetius, séparé de ses alliés, incertain de la victoire, et inquiet de leur sort , rencontra et évita des troupes d'ennemis répandues dans la plaine de Gbâlons. Il atteignit enfin le camp des Goths , qu'il ne put garnir que d'un petit nombre de
1 Le comte de Buat (Ilisl. des Peuples, t. vii , p. 554- 573), s'en rapportant toujours au faux Idacius, el rejetant toujours le véritable, a prétendu qu'Attila avait été débit dans deux grandes habilles , l'une pria d'Orléans , et l'autre dans les plaines de Champagne; «pie dans, l'Une Théodoric perdit la rie , et que dans l'autre il fui vengé.
soldats, eu attendant le point du jour. Le général romain ne tarda pas a être certain de la défaite d'Attila, qui restait enfermé dans ses retranche mens ; et, en contemplant le champ de bataille, il aperçut avec satisfaction que la plus forte perte était du coté des barbares. On trouva le corps de Théodoric percé d'honorables blessures sous un monceau de cadavres. Ses sujets le pleurèrent comme leur roi et comme leur père; mais leurs larmes étaient mêlées des chants de la victoire, et ses obsèques furent célébrées a la face d'un ennemi vaincu. Les Goths, eu faisant retentir leurs armes, élevèrent sur un bouclier son fils aine Torismond , à qui ils attribuaient avec raison tout l'honneur de la journée ; et, en recevant la couronne de son père, le nouveau roi contracta solennellement l'obligation de le venger. Cependant les Goths hésitaient à attaquer leur intrépide adversaire. Leur historien a comparé le roi des Huns à un lion dans sa caverne , environné de chasseurs effrayés à son aspect. Les rois et les nations qui auraient pu songer a l'abandonner au jour du malheur, savaient bien que le plus imminent et le plus inévitable des dangers pour eux était de s'exposer à déplaire à leur maître. Tous les instrumens de musique militaire faisaient sans cesse entendre des sons de défiance et de guerre, et les premières troupes qui entreprirent de forcer ses retranchemens essuyèrent de toutes parts une grêle de traits qui les arrêta ou les anéantit. On résolut, dans un conseil de guerre, d'assiéger le roi des Huns, d'intercepter ses convois, et de le forcer à accepter ou un truite honteux, on uu combat inégal; mais l'impatience des barbares dédaigna la lenteur de ces mesures , et le prudent Aetius craignit que la destruction des Huns ne rendit l'orgueil et la puissance des Goths trop redoutables. Il employa l'ascendant de la raison et de l'autorité , pour arrêter l'entreprise que Torismond regardait comme un devoir. Le patrice lui représenta du ton de l'amitié le danger de son absence, et lui conseilla de déconcerter , par un prompt retour à Toulouse, les desseins ambitieux de ses frères , qui pouvaient usurper son trône et s'empa-
(451 dep.J.-C.) rer de ses trésors ', Après le départ des Goths et la séparation des alliés, Attila fut surpris dn profond silence qni régnait dans la plaine de Châlons. La crainte de quelque stratagème le contint plusieurs jours dans l'enceinte de ses chariots, et sa retraitr au-delà du Rhin -attesta la dernière des victoires remportées au nom de l'empereur d'Occident. Mérovée et ses Francs , se tenant à une distance prudente, et cherchant à ajouter à l'idée qu'on pouvait avoir de leurs forces par les feux nombreux qu'ils allumaient chaque nuit, continuèrent à suivit l' arrière-garde des Huns jusqu'à ce qu'elfe eut atteint les confins de la Thuringe. Les Thnringiens servaient dans l'armée d'Attila: ils traversèrent le territoire des Francs Jus leur marche et dans leur retour; et ce fui peut-être alors qu'ils exercèrent les horribles cruautés dont quatre-vingts ans après le GU de Glovis tira vengeance. Les Thnruigiens massacrèrent leurs otages et leurs prisonniers ; dans leur rage insatiable , ils Ere m périr deux cents jeunes filles dans les tortures les plus atroces; ils firent écarteler les unes par des chevaux sauvages, et écraser les autres sous le poids des chariots, et leurs membres épars sur la route servirent de piture aux chiens et aux vautours. Tels étaient nos ancêtres féroces dont les vertus imaginaires ont obtenu les louanges et excité quelquefois l'envie des siècles civilisés '.
Le mauvais succès de l'expédition de la Gaule n'altéra ni les forces, ni le courage, ni même la réputation d'Attila. Dans le pru>
« JoroMdes, de Rebut Geticis , c. 41, p. 671 . La planque A' Aetius et la conduite île Torismond paraissent ton naturelles ; et le patricien, selou Grégoire de Tours JU I c.7, p. 163), renvoya le priucedes Francs, en lui insfint! | limeaiïcnintc.Leriuil<UciuK prétend qu'AetiiB il im la n H il une visite au roi des Huns et à celui des VWg<*te, el qu'ils lui donnèrent chacun une bonne de dli mï!« pièces d'or pour ne pas les inquiéter dans leur retraita
î Ces cruautés , que TModarie, Ma 4e CJorô, déplore (Grég. de Tours, 1- ni , e. 10 , p. ia°\ P**9"* romeii ir au temps et au* circonstances 4e llnwiien «Attila. Son séjour dans la Thuringei été long-temps atusU par la tradition populaire, et l'on prétend qu'il j bat" coaroultai ou diète dans le» en? infos d'Etenaeh. (Vm« Moscou, n, 30, qui décrit ove liTilion l'ancienne ThurJnge , dont il i dérivé des Tnervingea, tribu des Goths-)
{4.11 dep. J.-C)
temps suivant, il fit une seconde demande de la princesse Honoria, et des trésors qui lui appartenaient. Sa demande fut encore rejetée ou éludée ; et le fougueux amant reprit les armes, passa les Alpes, envahit l'Italie, et assiégea Aquilée avec une armée aussi nombreuse que la première. Les barbares n'entendaient rien à la conduite d'un siège , qui même chez les anciens exigeait quelque théorie, ou au moins quelque pratique des arts mécaniques; mais les travaux de plu* sieurs milliers de provinciaux et de captifs , dont on sacrifiait la vie sans pitié , pouvaient exécuter les ouvrages les plus pénibles et les plus dangereux; et les artistes romains vendaient peut-être leur secours aux destructeurs de leur pays. Les Huns se servirent contre les murs d' Aquilée des béliers, des tours roulantes , et des machines qui lançaient des pierres, des dards et des matières enflammées '. Le roi des Huns employait tour à tour l'influence de l'espoir, de la crainte, de l'émulation, et de l'intérêt personnel, pour détruire la seule barrière qui retardât la conquête de l'Italie. Aquilée était alors une des plus riches, des plus populeuses et des plus fortes villes maritimes de la côte de la mer Adriatique. L'intrépidité des Goths auxiliaires , commandés par leurs princes nationaux, Alaric et Antala, se communiquait aux citoyens qui se rappelaient encore la glorieuse résistance de leurs ancêtres contre le barbare inexorable qui avait deshonoré ta majesté de la pourpre romaine. Après trois mois d'un siège inutile , le manque de subsistances et les clameurs de l'armée contraignirent Attila de renoncer a son entreprise , et îl donna à regret l'ordre du départ pour le lendemain ; mats , tandis que
PjVP ED. GIBBOÏ*. CIL XXXV. 833
le monarque des Huns contemplait avec indignation les murs d' Aquilée, il aperçut une cigogne qui , suivie de ses petits , s'envolait d'une tour et semblait abandonner son nid. Saisissant en habile politique l'occasion que le hasard lui présentait : • Cet oiseau do- > mestique, s'écria-t-il , ne quitterait point * son ancien asile, s'il n'était pas destiné à » être bientôt détruit '. > Cet heureux présage inspira l'assurance de la victoire ; on recommença le siège, et il fut poussé avec vigueur. Les Huns assaillirent la partie du mur d'où la cigogne avait pris son vol , ouvrirent une large brèche , s'y précipitèrent avec une furie irrésistible, et la génération suivante pouvait a peine découvrir les ruines d' Aquilée *. Après cette affreuse vengeance , Attila continua sa marche, et réduisit en cendres Altinum, Padoue et Concordia. Vicence,. Vérone et Bergame éprouvèrent le même sort. Pavie et Milan se soumirent sans résistance à la perte de leur puissance et applaudirait à la clémence inusitée qui sauva des flammes les bâtimens publics et particuliers et épargna la vie d'une multitude de captifs. Les traditions populaires de Comum, Turin et Modène, paraissent suspectes ; mais elles concourent avec des autorités plus authentiques à prouver qu'Attila étendit ses ravages jusque dans les plaines delà Lombardie ,(juisont séparées par le Pô, et bornées par les. Alpes et l'Apennin ». En entrant dans le palais de Milan, le monarque barbare aperçut avec indignation un tableau qui représentait l'empereur des Romains assis Bur son trône, et les princes de Scythie prosternés h ses pieds. La vengeance que prit Attila de ce monument de la vanité romaine fut ingénieuse et inoffensive.
1 M*eMné coutructii, omnibusque tormentorum gensnbus atOJUtif .(Joratndto, e. 42, p. 073). Dana le 13' ■Ude.lMHoigMusejcrrireiit, pour ramier les mure des rifles delà Chiae , de machines construites par les m m tas «Misas qui serraient dans leur armée. i tançaient des pierres qui pesaient de ecnl it livres. Les Chinois employèrent ir défense la poudre & canon et même des bombes, phisdtt cent ans avant f u elles Tussent connues en Europe, cl cependant toutes essaimes célestes, ou plu ttH infernales, ne porno t sauver une oaLion pusillanime. ( Voyei GautriU. Hist des Moogo*» , p. 70, 71, 153-146, etc.) ' GIBBON, I.
i Joniandcs « Procope (de Bell. fondai., 1. 1 , c. 4, p. IS7, 188) racontent la même histoire , ei il n'est pas aisé de décider lequel des deuiesl l'original. Hais l'historien grec a commis une erreur inexcusable en plaçant le siège d'Aquilée apjai la morl d'Aetius.
1 Jornandés, environ uu siècle après le siège, affirme qu' Aquilée était si complètement détruite, ita utvixejiu vestigia, ut apportant, reliquerint. (Voyex Jonandes, deRcb. Getfcù.ctt, p. 673; PaulDiaere, I, u,e. 14, p, 7S5; Luitpraud, Hist., 1. ju, c. 2.) On donnait quelque Tois le nom d' Aquilée au Forum Julii, Cividad del Friuli, la capitale plus moderne de la province vénitienne.
J Dans la description de cette guerre d'Attila , si fameuse
(4M dep. IX]
H fit venir un peintre, lui ordonna d'effacerec tableau, et de peindre sur la même toile le roi de Scytbie sur son trône ', et les empereurs romains s'en approchant d'un, air humble, pour déposer a ses pieds des sacs cTor, symbole du tribut auquel ils s'étaient assujettis. Les spectateurs approuvèrent sans doute la vérité du changement, et se rappelèrent peut-être à cette occasion la dispute de l'homme et du l'ion '.
11 était digne de l'orgueilleux Attila de dire que l'herbe ne croissait jamais on son cheval avait passé. Cependant ce destructeur sauvage donna involontairement naissance à une république, qui ranima en Europe, dans le siècle de la féodalité, l'esprit et l'art du commerce et de l'industrie. Le nom célèbre de Venise ou. Fejielia'compreuait autrefois une vaste et fertile province de l'Italie, depuis les frontières de la Pannonie jusqu'à la rivière de T Adda , et depuis le Pô jusqu'aux Alpes Rbétiennes et Juliennes. Avant l'irruption des barbares, cinquante villes vénitiennes jouissaient de la paix et de la prospérité. Aqullee était une des plus magnifiques ; mais l'agriculture et les manufactures soutenaient l'ancienne dignité de Padoue; et les possessions de ciitq cents citoyens qui jouissaient dn rang de chevaliers romains s'élc-
et si imparfaitement eonuue, j'ai pris pour guides Aux savane italiens qui ont traité ce sujet avec quelques avantages particuliers, Sigonius ( de Impcrïo OccUIenlaii, I. xni, dans ses ouvrages , 1. ■ , p. 495-502) , et Muratori (Jnnali d'Iialia, l. ir, p. 22», 236, édition-**».
1 Cette anecdote se trouve dans deux différais article» fuAMsnr et *»pe«o» de sa asm pilai hw de Suides.
Dm Phèdre, te lion en appelle assez gauchement du tt- Meauauiampàutbentres.et j'ai observé avec plaisir que le goût naturel de La Fontaine lut a fait rejeter cette mauvaise conclusion.
3 Paul Diacre ( de Gestis Langobard., I. a, t. A, p. 784), donne la description des provkees de l'Italie environ vers la fin du huitième siècle. "Wnetta nonsolum in paucis insulis fias nuitc Peneiias dicimus , constat; sed ejus terminus à Pannonia finibui usque Ad~ duam fluvium protelatur. L'histoire de cette province jusqu'au siècle de Cnarlemagne forme la première et la plus intéressante partie de Verona iltustrata ( p. 1- 388), dans laquelle le marquis Scipion MalTey s'est montré également capable des plus grandes vues et des détails les pins minutieux.
vaient, à la plus faible évaluation, â un million sept cent mille livres sterling. Un grand nombre des familles d'Aquilée , de Padouc et des villes desenvirons, après avoir échappe à la fureur des Huns, trouvèrent un humble mais sûr asile dans les Iles voisines '. A l'extrémité du golfe .où les marées de rOcési se font faiblement sentir dans la mer Adriatique, on trouve une centaine de pentes îles séparées du continent par des eaux fort basses, et défendues contre les vagues parla pente du terrain , où les vaisseaux pénètrent par des passes fort étroites ". Jusqu'au milieu du cinquième siècle, ces liés a peine habitées restèrent sans culture et presque sans nom; mais les mœurs des Vénitiens fugitifs, leurs arts et leur gouvernement prirent peu à peu une forme régulière dans leurs nouvelles habitations ; et on peut considérer une des épltres de Cassiodore, dans laquelle il décrit leur situation * comme le premier monument de république. Le ministre de Théodoric les compare, dans son style déclamatoire et de mauvaisgoùt.âdes poules d'eau qui ont fait leur nid au milieu des vagues. < Un grand nombre de familles nobles habitaient, dît-il, autrefois dans les provinces vénitiennes ; mais elles sont aujourd'hui toutes réduites à l'égalité par la misère. On ne s'y nourrit que de poisson : le sel faii toute la richesse ; les habitans le tirent de la mer, et le portent dans les marchés voisin;
< Celte émigration n'est attestée par aucun ermicsipcrain ; mais le fait est prouvé par V événement , et la In* lion a pu en conserver les circonstances. Les citoyens tir qu'il ce se retirèrent dans l'Ile de Gradus, eeus de P)4V«' à Rivus Al tus où ftialto , ou la ville de Venise a été flal" dans la suite, ete.
1 La topographie et les antiquités des lies rénitiross depuis Gradusjusqu'aClodiaouChioggia sont eiacleinnl décrites dans la dissertation géographique deltaiia mtàa avi,p, 151-155.
a Cassiodore, Farter., I. ni, cph. 24. Mifiel tferm* iltustrata, part, i, p. 240-254), a traduit et eipUirue ce» lettre curieuse avec le génie d'un savant antiquaire fl 4"* sujet fidèle qui regardait les Vénitiens comme les sert descendans légitimes delà république romaine. 11 lrw!> date de l'épitre , et par conséquent de la préferlurr A' Cassiodore, A. D.523; et l'aulorilédUnuequBail'Mlant plus de poids-, qu'il avait préparé une édition i' as ouvrages, et a publié une dissertation sur la véritable ortbographe de son nom. Voiei Osservaûoni litttiwit, t.ii,p.ï90,339.)
PAB ED. GIBBON. Cïl
(«tdep. J.-€.) au lien d'or on d'argent. Un peuple dont les habitations semblaient flotter dans la mer se familiarisa bientôt avec cet élément; et les désirs de l'avarice succédèrent à ceux du besoin. Les insulaires, qui depuis G ratio jusqu'à Chiozza vivaient ensemble dans la plusgrande intimité, pénétrèrent dans le cœur de l'Italie parla navigation pénible, mais peu dangereuse, des canaux et des rivières. Leurs vaisseaux, dont ils augmentaient continuellement le nombre et la grandeur, visitaient tous les ports du golfs; ; et Venise a contracté dès son enfance le mariage qu'elle célèbre tous les ans avec la mer Adriatique. Cassiodore, préfet du prétoire, adresse son épltrc aux tribuns maritimes, et les exhorte à ranimer le zèle de leurs compatriotes pour le service public. 11 s'agissait de transporter les magasins de vin et d'huile de la province d'Istriedansla ville de Ravenne. On saitpar tradition que le peuple élisait tons les ans douze de ces tribuns on juges dans les douze Iles principales. L'existence de la république de Venise sous le gouvernement des rois Gotbs de l'Italie est constatée par la même autorité qui anéantit ses prétentions a une indépendance originaire et perpétuelle '.
Les Italiens, qui avaient renoncé depuis long-temps au métier des armes, apprirent avec terreur, après quarante ans de paix, t'approche d'un barbare formidable, qu'ils abhorraient comme l'ennemi de leur pays et de leur religion. Au milieu de la consternation générale, le seul Aetius conservait son sang-froid. Mais, malgré sa valeur et ses talons , Aetius, seul et sans secours, ne pouvait exécuter aucun exploit digne de sa réputation. Les barbares qui avaient défendu la Gaule refusaient obstinément de marcher en Italie, et les secours de l'empereur d'Orient étaient éloignés et peu certains. Le pa-1 trice, a la tête de ses troupes domestiques , continuait a tenir la campagne, fatiguaut et
' Voyez dans le second volume d'Ametot de la Houssaye, Histoire du gouvernement de Venise , une Induction du fameux Squittùiio. Ce litre, dont on irait un éloge beaucoup trop pompeux, trahit a chaque ligne le manque de sincérité et l'esprit de parti; mais on y trouve les preuves pour et contre, le vrai et le faux, et le lecteur les discernera facilement.