CHAPITRE XXXVI
Sac de Rome pnrGenseric, roi des Vnmlski. — Sei *fprédalKina navales. — Succession des derniers mp reuri de l'Occident , Maximal , Atilus, M.ijonrn, Sévère, Antliemiui, Oljbrîus, Glvccrins , Kcpos. ■** giutnle. — Extinction totale de l'empire d'Otr A"t- — Règne d'Odoacra, premier roi barbare de l'inlw.
La perte on la dévastation des provinces, depuis l'Océan jusqu'aux Alpes , obsnirrirent la gloire et diminuèrent la puissance de Rome; la séparation de l'Afrique avait totalement détruit sa prospérité intérienre- Les Vandales confisquèrent tontes' les pos-
< Les Bagaudes d'Espagne livrèrent p aux troupes romaines. Idacius en parie dans plusira» articles de ses chroniques. Salvien a décrit très-éocrgigHment leurs souffrances et leur révolte. • lUqne noeta
• cirium rominorum mine ullro repudwinr *
• tugitur , nec vile lumen sed etiam abemlnabile pc*
• babetur Et hincest uteltamMquisobartov
t non confugîtint , barbari tanii-o esse coguolor, sciM
■ ut kec pars magna rllspanornm, et non minima G»9o-
■ mm DelïagBudisnuiwnûbiseriDoesi.euipff
• mak» judiees et cruentos spoliati, afOioti, neeaii, p*l-
■ quant jus romande liliertatis amiscranl.eUambonDns
• romani nomlnis perdiderunt Vocamus reWJs,
i vocamus perditos quos esse compnllmus erintinosoi. ■ (De Gubernatione Dei, I. v, p. 158, 159.)
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(455 dep. J.-G.) sessions des sénateurs, et arrêtèrent les subsides qui servaient, avant leurs conquêtes , à soulager l'indigence des plébéiens , et a encourager leur oisiveté. Une attaque imprévue aggrava' bientôt les malheurs des Romains, et la province fertile et fidèle qui avait long-temps fourni à leur subsistance s'arma pour les attaquer, sous la conduite d'un barbare ambitieux. Les Vandales et les Alains, qui suivaient les drapeaux victorieux de Genseric , avaient acquis un riche territoire , qui s'étendait depuis Tanger jusqu'à Tripoli ; mais ee territoire, d'environ quatrevingt-dix jours de marche le long de la cote, était étroitement serré d'un côté par le désert , et de l'autre par la Méditerranée. La découverte ou la conquête des noirs habitans de la zone torride ne pouvait pas tenter l'ambition du prudent Genseric; mais il jeta ses regards vers la mer, résolut de créer une puissance maritime , et exécuta cette grande entreprise avec amant de persévérance que d'activité. Les bois du mont Atlas offraient des matériaux inépuisables. Ses nouveaux sujets étaient également instruits dans l'art de la construction et dans celui de la navigation. Il excita ses Vandales à embrasser un genre de guerre qui leur livrerait l'entrée de tous les pays maritimes. L'espoir du pillage tenta les Maures et les Africains; et, après un intervalle de six siècles , les flottes qui sortaient de Carihage revendiquèrent de nouveau l'empire de la Méditerranée. Les succès des Vandales , la conquête de la Sicile , le sac de Païenne, et les descentes réitérées sur les côtes -de la Lucanie, alarmèrent la mère de Valentinieu et la sœur de Théodose. Elles formèrent des alliances, et préparèrent des arméniens dispendieux et inutiles, pour détruire l'ennemi commun, qui réservait son courage pour résister aux dangers que sa politique ne pouvait ni prévenir ni élud r. Tous les projets des Romains devaient devancer ses délais,'ses promesses équivoques et ses concessions apparontes; et l'invasion de son formidable confédéré, le roi des Huns, rappela les empereurs de la conquête de l'Afrique au soin de leur propre sûreté. Les révolutions du palais, qui laissèrent l'empire d'Occident sans défenseur et sans prince légi-
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time, dissipèrent les craintes de Genseric , et excitèrent son avarice. 11 équipa promptement une nombreuse flotte de Maures et de Vandales, et jeta l'ancre à l'entrée du Tibre, environ trots mois après la mort de Valeminien et l'élévation de Maximus sur le trône impérial.
La vie privée du sénateur Pétronius Maximus * a été souvent citée comme un exemple rare de la félicité humaine. Sa naissance était noble et illustre , puisqu'il descendait de la famille Anicienne; il possédait une fortune immense en terres et en argent, et ajoutait à ces avantages l'instruction , les talens et les manières séduisantes qni ornent on imitent les dons inestimables du génie et de la vertu. Il faisait avec grâce les honneurs de sa table et des plaisirs de son palais. Maximus ne paraissait en public qu'environné d'une foole de cliens ', parmi lesquels il comptait peutêtre quelques amis sincères. Considéré du prince et du- sénat, il avait été élevé trois fois au poste de préfet du prétoire d'Italie , deux fois an consulat et enfin au rang de patrice. Ces emplois civils n'étaient pas incompatibles avec la jouissance du loisir et du repos. Toutes ses heures étaient , à l'aide du clepsydre, régulièrement distribuées entré les plaisirs et les affaires; et cette économie de temps annonce que Maximus savait jouir de son heureuse situation. L'injure qu'il avait reçue de Valeutinien pouvait seule excuser la plus sanglante vengeance. Cependant un philosophe aurait pu réfléchir que, si la résistance de sa femme avait été sincère, sa chasteté était intacte , et que rien ne pouvait lui rendre sa pureté, si elle avait consenti aux désirs de son corrupteur .Un patriote aurait hésité a plonger lui-même et son pays dans les calamités qui devaient être les suites inévita* blés de l'extinction de la maison impériale. Maximus négligea imprudemment ces consi-
' Sidou'us Apollinaris composa la treizième épltre de son second litre pour réfuter le paradoxe de son ami Serranus, qui eonserrail pour le dernier empereur une admiration lùiarre quoique généreuse. Cette épure, élégamment écrite, aide à développer te caractère de Maximus.
i Ctitntum, pnevia, pedUequa , ciretanflua popittositas. C'estaiosi que Sidoniua lui-même dépeint la suite qui environnait un autre sénateur de rang consulaire (I. i, epit. 0}.
dération*; il satisfît son ambition et sa vengeance; îl vit expirer à ses pieds le coupable Valentinien, et fut séduit par la voix do peuple et du sénat qui l'appelaient à l'empire ; mais son bonheur finit avec ta cérémonie de son inauguration. < Emprisonné dans son palais, dit Sidonius, après y avoir vainement cherché le sommeil, îl se leva en soupirant d'avoir atteint le but de tons ses désirs, et n'aspira plus qu'à descendre de cette dangereuse élévation. » Fatigué du poids du diadème, il confia ses tristes réflexions a Fulgenlîus. Bon ami et son questeur; et se rappelant les plaisirs sereins de sa vie passée : * 0 fortuite Damoclès ', s'écriait l'empereur, ton règne a do moins fini dans le même repas où il avait commencé : » allusion connue , que Fnlgentius publia depuis comme une leçon instructive pour les souverains et pour leurs sujets.
Trois mois terminèrent le règne de Maximns. Le souvenir de son crime, le remords et la terreur partageaient tous ses momens , dont il n'avait plus la disposition, et son trône chancelant était continuellement ébranlé par les séditions des soldats , des peuples et des barbares confédérés. Le mariage de son fils Palladius avec la fille du dernier empereur pouvait tendre à assurer la succession liérédrtaii-e dans sa famille; mais la violence qu'il lit à l'impératrice Eudoxie ne peut être attribuée qu'à nue impulsion aveugle de vengeance ou de brutalité. La mort avait frappé a propos sa femme , cause innocente de la révolution , et la veuve de Valentinien fut forcée de violer la décence du deuil, et peutêtre le sentiment de sa douleur, et de passer dans les bras de l'usurpateur , qu'elle soupçonnait du meurtre de son mari. Ce soupçon fut bientôt justifié par l'aven indiscret que Maximus fit lui-même de son crime, et il alluma ainsi une haine implacable dans le cœur de son épouse qui se rappelait le sang impérial dont
Si<1onhis termine sa lettre par l'histoire de Dantocles, «ne Cicérmi {TiLiculnn., \, 50, 21} a racontée d'une ma Diùrc si inimitable.
(«5 dep. l.-Cj elle était sortie. Eudoxie n'avait point dé secours à attendre de l'Orient , son père « u tante Pulchérie étaient morts. 6a mère languissait à Jérusalem dans nn igoomûriesi exil; et le sceptre de Constantinople était eih tre les mains d'an étranger. Dans ce oénftment, elle tourna ses regards Vers Cartbajs, et demanda secrètement le secours du roi des Vandale»; elle l'engagea à prouterdW si belle occasion pour déguiser ses desseins avides sous les noms de pitié, d'honneur « de justice*. Quelque intelligence que Marinus eut montrée dans les emplois subordonnés, il en manqua pour l'adnunistration d'un empire; et, quoiqu'il put être aisément ûisirol des préparatifs qui se faisaient sur la cira d'Afrique , le faible empereur attendit dam l'inaction l'approche de l'ennemi, sxnsadoo' ter aucun plan de défense, de négociants ou de retraite. Lorsque <ie»senc débarqu avec ses Vandales sur les bords du Tibre . les clameurs d'nn peuple épouvanté et furieux tirèrent Haximus de sa houleuse léthargie. La seule ressource qui se présentai son esprit abattu fut une fuite précipitée. H il engagea les sénateurs à imiter l'exmipl; de leur souverain. Mais Maximus n'eut pas plus lot para dans la rue, qu' ri fut assailli dm grêle de pierres. Un soldat romain ou bourguignon prétendit à l'honneur de le frapper le premier. Son corps déchiré1 lut jeté dais le Tibre. Le peuple romain se félicita d'avoir puni l'auteur des calamités publiques; rite domestiques d'Eudoxie signalèrent leur !& à la venger1.
Trois jours après ce tumulte, Geoserif.
suivi de ses Vandales, s'avança du pori d'Ostie aux portes de Rome, et, an lieu d'un? foule de jeunes Romains armés pour la de-
' Malgré le témoignage de Proeope, Eragrhis, Idame. Mareeum, etc., le savant Muratori {jtnnaii /l'italia ■ croit point à In réalité de cette inflation . Aon sipaote quanta sîa facile il popolo a sognare t. spacciar W faite. Mais sou argument de l'intervalle dn temps (t * UeH est extrêmement faible. Des figues réeeJlers P* de Carthage furent présentées u sénat trois jour» «»* avoiri
EUtrqeK troilit» rnacunU prbeifti Ira.
SUoolu, fil Purnmr- *"N * Ce vers donne à penser que Rome et Ma&ïinus furent in his par les Bourguignons mercenaires.
{455 fiep. J.-C.) fendre, ou en vit sortir processionnellement le vénérable Léon à la tête de sou clergé '. La fermeté du prélat , son éloquence et sou autorité adoucirent pour la seconde fois la férocité d'un conquérant barbare. Le roi des Vandales promit d'épargner les citoyens désarmés, d'interdire les incendies, et d'exempter les captifs de la torture; et, quoique ces ordres n'aient été ni sévèrement donnés, ni strictement obéis, la médiation de Léon fut glorieuse pour lui et utile à son pays. Mais Kome et ses habitant n'en furent pas moins la proie des Maures et des Vandales, £t les nouveaux habîtansde Cannage vengèrent ses anciennes injures. Le pillage continua durant quatorze jours et quatorze nuits; et Genseric lit soigneusement transporter sur ses vaisseaux Les richesses publiques et celles des particuliers et les trésors sacrés aussi bien que proianes. Parmi les dépouilles, les ornemens précieux de deux temples, ou plutôt de deux, religions,, offrirent uu exemple mémorable de h vicissitude des choses humaines et divines. Depuis l'abolition du paganisme on avait abandonné le Capitole; mais on respectait encore les statues des dieux et des héros, et la magnifique voûte de bronze doré était comme réservée aux mains avides de Genseric \ Les insinimens sacres du culte lîesJuifs *, la table d'or, le chandelier d'or à sept branches , originairement construit d'à-
< Prosper et VHUtoria HuccÏÏan., attestent le sucées apparent du pape Léon; mais l'opinion peu probable de lîaronÎDS, qui suppose que Genseric respecta les trais églises apostoliques, n'est pas même soutenue du léaeigruçe suspect du Liber Pontifiea.Ha.
3 Ia profusion de Catullus, qui dora le premier la voûte du Capitole, ne fut pas généralement approuvée. (Pliu., Ilist. Natui\, iiïin, 18.) Maïs un empereur la surpassa, et la dorure extérieure du temple coûta a Domîtien douze mille laleos (deux raillions quatre cent mille liv. sterling). Les expressions de Claudien et de Rutilius, Lace metalli
irituda fastigîa astrit , confunduntque vagos
délabra mieantia vis us, prouvent évidemment que cette magnifique couverture ne Tut enlevée ni par les chrétiens ui par les Goths. (Voyez Douât, Borna antiqaa, l. u, e. 6, p. 125.; U parait assez probable que la voûte dorée était ornée de statues dorées et de chariots attelés de quatre chevaux.
' Le lecteur curieux peut consulter le traité savant il' Adrien fWlauri, île spoliis templi hierotolymUani in arcu titiano Ftonnr conspicuis. I Trajrcti ad Rhcnum, in-12, 1716).
près les instructions de Dieu lui-même, et qui étaient placés dans te sanctuaire de son temple, avaient été offerts avec ostentation en spectacle aux Romains dans le triomphe de Titus, et déposés ensuite dans le temple de la Paix. Après quatre siècles, les dépouillesde Jérusalem furent transportées de Rome a Cannage par un barbare qui tirait son origine des côtes de la mer Baltique. Ces anciens monuraens peuvent mériter l'attention de la curiosité , aussi justement que celle de l'avarice. Les églises chrétiennes, ornées et enrichies par la dévotion de ces temps, offrirent une proie abondante aux mains sacrilèges, et la pieuse libéralité du pape Léon , qui fondit six vases d'argent donnés par le grand Constantin, chacun du poids de cent livres, est une preuve de la perte qu'il lâchait de réparer. Dans les quarante-cinq ans qui s'étaient écoulés depuis l'invasion des Goths, Rome avait presque repris sa première magnificence, et il était difficile de tromper ou de rassasier l'avarice d'un conquérant qui avait le loisir d'enlever les richesses de la, capitale, et des vaisseaux pour les transporter. Les ornemens du palais impérial', les meubles, la garde-robe, la vaisselle, tout lut entassé sans distinction. L'or et l'argent s'élevèrent à plusieurs milliers de talens, et les barbares ne négligèrent cependant ni le cuivre ni l'airain. Eudoxie elle-même paya chèrement son imprudence. On la dépouilla de ses bijoux, au moment où elle venait au devant dé son libérateur et de son allié. L'impératrice et ses deux filles , seuls restes de la famille du grand Théodose, furent forcées de suivre comme captives le sauvage Vandale, qui mit aussitôt à la voile , et rentra dans le port de Cartilage après une heureuse navigation '. Les barbares entraînèrent sur leurs vaisseaux des milliers de Romains des deux sexes, dont la figure ou les talens pouvaient contribuer aux plaisirs de leurs maîtres ; et, dans le partage des captifs, les maris furent impitoyablement séparés de leurs
> Le vaisseau qui transportait les reliques du Capitole fut le seul qui 81 naufrage. Si uu païen eut parlé de cet accident, il aurait sans doute témoigné sa joie de ce quecette cargaison sacrilège avait été engloutie dans ta mec
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femmes , et les pères de leurs e'nfans. Ils ne trouvèrent de secours et de consolation que dans la charité de Deogratias , évéque de Cannage *. Il vendit généreusement les vases d'or et d'argent de son église , racheta les uns, adoucît l'esclavage des antres, soigna les malades, et fournit aux différons besoins d'une multitude dont ia santé avait beaucoup souffert dans le passage d'Italie en Afrique. Le digne prélat convertît deux vastes églises en hôpitaux, y plaça commodément tous les malades, et se chargea de leur procurer tons les médicamens nécessaires à leur état. Deogratias, quoique d'un âge trèsavancé, les visitait exactement le jour et la nuit. Son courage lui prêtait des forces, et sa tendre compassion ajoutait un prix inestimable à ses services. Comparons cette scène avec les champs de Cannes, et jugeons entre Annibal et le successeur de saint Cyprien \ La mortd'Aetius et de Valentinien avait relâché les liens qui contenaient les barbares de la Gaule. Les Saxons infestèrent la cote •maritime ; les Allemands et les Francs avancèrent des bords du Rhin sur ceux de la Seine; et l'ambition desGoths semblait méditer des conquêtes pins solides et plus étendues. L'empereur Maximus s'était débarrassé de ces soins éloignés par un choix judicieux. Fermant l'oreille aux sollicitations de ses amis, il avait écouté la voix publique, et élevé un étranger au commandement général des forces de la Gaule. Avitus *, dont le mérite fut si glorieusement récompensé, descendait d'une famille riche et honorée du diocèse
1 Voyta Victor VHensis , de Perseeut. Fandat.t\.i, c.8,p. 11,12, edil. Ruinait. Deogratias n'occupa que trois ans le siège pontifical de Cartilage ; et, si l'on n'eût pas pris la précaution de l'enterrer secrètement, les nabitans l'auraient dévotement mis en morceaux pour se partager ses reliques.
1 On trouve ht mort de Maximus el le sac de Rome par les Vandales attestés par Sidonius (Panegyr. Jvit.,' 44I-Î50), Procop. (de Bell. Fondai., 1. 1, c 4, 5, 188, 18», el I. n, c. 5, p. 255), Evagrius (I. n, c. 7), Jornandès (de Rébus GetieU, c. 45, p. 677), el dans les Chroniques d'Haclua, Prosper, MarcelUuus et Théophane sous la même date.
' On est réduit a tirer l'histoire de la rie privée et de l'élévation d'Aviius du panégyrique prononcé par Sidonius ApoMnaris, son sujet et son gendre, qu'on ne doit suivre qu'avec circonspection.
{45S dep. J.-C.) d'Auvergne. Il s'était également distingué dans les postes civils et militaire» , où les troubles des temps l'avaient successivement placé ; et son activité infatigable mêlait l'étude de la littérature et de la juriaprudencei l'exercice de la chasse et des armes. Occupé pendant trente ans du service public, il avait déployé alternativement son talent ponr la guerre et pour les négociations ; et le soldat d'Aetius, après s'être acquitté avec succès des plus importantes ambassades, fat élevé à la dignité de préfet du prétoire de la Gante. Soit que le mérite d' Avitus ait excité l'envie, ou qu'il ait désiré lui-même goûter les plaisirs de l'indépendance et de la tranquillité, il se relira dans les domaines qn'il possédait aux environs de Clermont en Auvergne. Une source abondante qui formait une cascade naturelle , en se précipitant du tant d'une montagne, déchargeait ses eaux dans un bc de deux milles de longueur, et sa maison de campagne était agréablement située sur les bords du tac. Avitus y avait construit des bains, des portiques, des appartemens dfhtver et d'été ', et tout ce qui pouvait contribuer aux jouissances du luxe ou à la commedite. Environné dans sa retraite de la per> j spective riante des bots et des prairies, Avitus occupait ses loisirs de h lecture, des plaisirs champêtres , de l'agriculture, et dans la société de quelques amis", lorsqu'il recul le diplôme de l'empereur, qui l'élevant an rang j de maftre-généra! de tontes les forces militaires de la Gaule. Dès qu'il eut pris le corn- I mandement, les barbares suspendirent leurs
'D'après l'exemple de Pline- le- Jeune, Sidonius (Lu, t. T, a fait une description pompeuse, obscure et pnkhr. de sa maison de campagne, nommée Jtiituium, et <jd avail appartenu à Avitus. On n'en connaît pu au joslc h position. On peut cependant consulter les notes de Saiaron el de Simon d.
i Sidonius (I. n, ép't. 9) donne la description de b ! manière dont vivaient les nobles delà Gaule, d'après uw visite qu'il (il a un de ses amis dans les environs de Nismes- La matinée se passait i la paume, sphœristeriam , os dans leur bibliothèque, qui était garnie d'auteurs latins. profanes et sacres, les premiers J l'usage des hommes . et les autres pour le beau sexe. On se mettait deux fois i table, & dîner et à souper, et les repas consistaient eu viandes chaudes rôties cl bouillies, el en vins. Dans rïnlervalte des deux repas, on dormait, on se promenait a cheval, ou l'on prenait des bains chauds
(456 dep. J.-C.) déprédations, et , quels que soient les moyens qu'il ait employés, les concessions qu'il ait été contraint de faire, il procura du moins aux peuples les douceurs de la paix. Mais le sort de la Gaule dépendait des Visigothsj et le général romain, plus attaché au bleu public qu'a sa propre dignité, ne dédaigna point de se rendre à la cour de Toulouse en qualité d'ambassadeur. Théodoric , roi des Goths, le reçut favorablement , et , tandis qu'Avitus posait les fondemens d'une alliance solide avec cette nation puissante, il apprit la mort de Maximus, et lé pillage de Rome par les Vandales. Un trône vacant, où il pouvait monter sans danger et sans crime, tenu son ambition'; et les Visigoths consentirent sans peine à soutenir ses prétentions de leurs suffrages. Les barbares aimaient Avitus; ils respectaient ses vertus , et n'étaient point insensibles à la gloire et à l'avantage de disposer du troue de l'Occident. On approchait alors de l'époque où les sept provinces tenaient annuellement leur assemblée à Arles. La présence de Théodoric et de ses frères influa peut-être sur les délibérations de l'assemblée; mais leur choix devait naturellement tomber sur le plus illustre de leurs compatriotes. Après une résistance peu sincère, Avitus accepta le diadème, et les acclamations des barbares et des provinciaux ratifièrent son élection. II sollicita et obtint le consentement de Marcien , empereur de l'Orient; mais le sénat de Rome et l'Italie, quoique humiliés par des calamités récentes, se soumirent en murmurant à un Gaulois assez présomptueux pour usurper l'empire.
Théodoric, à qui Avitus était redevable de la pourpre, avait acquis le sceptre par le meurtre de son frère amé Torismond ; et il se justifia de son crime en accusant son prédécesseur d'avoir voulu rompre son alliance avec l'empire *. Un tel crime n'était pas
> Trois lignes d'un historien véridique (romanum ambiissct impcrium, Grég. de Tours, 1. n,cll, t.n, p. 168) anéantissent soixante vers du panégyr. (505-575) qui littrit les efforts de Théodoric et des Gaulois pour vaincre la modeste répugnance d'Avllus.
3 Isidore, archevêque de Séville, qui était lui-meute de In famille royale des Goths, avoue cl eicuse presque (JUist. Cotk., p. 718) le crime que leur esclave Jornandés avait bassement dissimulé (c. 43, p. 673}.
peut-être incompatible avec les vertus d'un barbare; mais Théodoric avait des mœurs douces et humaines; et nous pouvons présenter au lecteur le portrait original d'un roi des Goths, que Sidonius a soigneusement examiné au milieu des plaisirs paisibles de la société et de la conversation. Dans une épitre datée de la cour de Toulouse, l'orateur satisfait la curiosité d'un de ses amis par la description suivante '. « Par la majesté de sa
> personne, Théodoric obtiendrait le respect
• de ceaxqui m connaîtraient pas son mérite;
> et, né prince, ce mérite suffirait pour le faire
> distinguer dans une situation privée. 11 est.
> d'une taille moyenne; il a de l'embonpoint,
• sans être trop épais; et la juste proportion
> de ses membres réunit la force à l'agilité *.
> En le détaillant, vous lui trouvez le front
> élevé, des sourcils épais, un nez aquilin,
> des lèvres minces, deux rangées de dents
> très-belles, et un teint fort blanc, plus
* fréquemment animé par la modestie que
> par la . colère. Voici, autant que le pu-
* blic peut en juger, la manière dont il dis-
> tribue son temps. Théodoric, accompagné
> d'un très-petit nombre de ses domestiques,
> se rend avant le jour dans la chapelle de
> son palais, desservie par le clergé arien; » mais ceux qui prétendent pénétrer ses vé-
> ritables sentimens ne considèrent cette
• assiduité de dévotion que comme un effet
* de l'habitude et de la politique. L'adminis-
• tration de son royaume occupe le reste de
> sa matinée. Son siège est environné de
> quelques officiers militaires. La foule
> bruyante de ses gardes reste dans la salle
* d'audience, et n'entre point dans la cham-
• bre du conseil. On introduit successive- .
* ment les ambassadeurs étrangers. Théo-
< Cette description soignée était sans doute dictée par quelque motif de politique. Elle était destinée au public ; et les amis de Sidonius l'avaient répandue avant qu'où l'insérât dans la collection de ses Épi très. Le premier livre (ut publié séparément. (Voyez Tillemonl, Mém. Ecoles., t. xn. p. 264.)
' J'ai supprimé dans le portrait de Théodoric plusieurs circonstances minutieuses et des termes techniques qui ne sont supportables ou mime intelligibles que pour ceux qui, comme les contemporains de Sidonius, fréquentaient les marchés où les esclaves étaient exposés dus eu vente. (Dubos, llîst. critique, 1. 1, p. 404.)
i donc écoute avec attention* répond en
> peu de mots, et, selon la nature des af-
> faire», le monarque annonce ou diffère sa
> dernière résolution. A la seconde heure,
• environ huit heures, il visite son trésor ou » ses- écuries. Lorsqu'il part pour ta chasse
• ou pour se promener à cheval , un de ses
> favoris poitesonarc;mais,dèsque lâchasse » commence, Théodoric le tend lui-même, et
• manque rarement le but ou il a visé. Comme
• roi. il dédaigne de porter les armes dans » une gncrre si peu honorable ; mais comme
> soldat il rougirait d'accepter un service » militaire qu'il peut exécuter. Dans les jours » ordinaires, ses repas ne diffèrent point de ■ ceux du simple citoyen ; mats tous les sa-
> médis il invite à sa table un grand nombre
• d'illustres convives, et elle est servie dans » ces occasions avec l'élégance de la Grèce ,
> l'abondance de la Gaule, et le bon ordre et
• la diligence de l'Italie '. La vaisselle d'or et » d'argent est moins remarquable par son
> poids que par la main-d'œuvre. Les mets
• flattent le goût sans qu'on soit obligé d'a- » voir recours à un luxe étranger et dispen- » dieux. Le nombre et la grandeur des verres
• sont réglés par les lois d'une sage tempé-
> rance, et le silence n'est jamais interrompu i que par une conversation grave et instruci tîve. Après le diner, Théodoric se livre
• quelquefois un moment au sommeil, et à i son réveil on lui apporte une table et des » dés. Alors il engage ses amis à oublier le » monarque , et se plaît à leur voir exprimer i librement l'impression que les incidensdu
• jeu leur font éprouver. Dans ce jeu. que
> Tbéodoricaimecommerimagedelaguerre,
> on découvre alternativement sa vivacité, sa
• patience et -sa gaité. Il rit toujours quand » il perd ; mais lorsqu'il gagne il garde un
• modeste silence. Cependant, malgré cette » indifférence apparente, ses courtisans sai-
• sissent le moment où il est victorieux pour
• solliciter des faveurs, et j'ai eu moi-même
> quelquefois linu de me féliciter de mes «pertes1. À la neuvième heure, environ
« • Videas ibi degantiam grœcam, abundantian gallt-
• etnam, eeleritalem ilalam, publicant pompam, priva-
• Lim diligentiani, reparn dijriplinam. •
* Tanc ctiam ego atujuUl obsccraturui féliciter
EMPIRE ROMAIN, . (4M dep. 1.-C.)
• trois heures, Théodoric reprend les affaires i jusqu'à la fin du jour; on annonce le son-
• per du roi , et la foule des plaideurs et des
> supplians se retire. Durant le souper, repas
> où on jouit de plus de familiarité, on intro-
> duit quelquefois des pantomimes et des
> bouffons pour divertir la compagne , et » non pour l'offenser par leurs saillies im- » pertiaewea; mais les chanteuses et toute
> musique langoureuse ou efféminée sont
> sévèrement bannies. Les airs qui peuvent a animer la valeur sont les seuls qui plaisent » à Théodoric Lorsqu'il sert 4e table, les » gardes prennent aussitôt leurs postes de ■ nuit à là porta du trésor, du palais et des
> apparie mens. *
Lorsque le roi des Visigotas encouragea Avitùs à se revêtir de la pourpre, H lai offrit sa personne et sou armée comme fidèle allie de la république '. Les exploits de Théodoric prouvèrent bientôt qn'il n'avait pas dégénéré de la valeur de ses ancêtre*- Apre» l'établissement des Goths dans l'Aquitaine, et le passage des Vaadales en Afrique, les Suives, qui s'étaient fixés dans la Galice, aspiraient à la conquête de l'Espagne, et menaçaient d'anéantir les fables restes de la dontiaatioo romaine. Les provinciaux de Tarragoue et de Carthagène, désolés par une invasion, représentèrent leurs craintes et leurs souffrances. Le comte Fronton s'y rendit an nom de l'empereur Avitos, et fit des offres avantageuses de paix et d'alliance, Théodoric interposas» médiation, et déclara que, si son benu-frère. le roi des Suèves, ne se retirait pas sans délai, il se verrait contraint d'armer en laveur de Rome et de la justice, t Dites-lui, répon- » dit le présomptueux Rechiarius , que je
> méprise ses armés et son amitié ; et que j'é-
> prouverai bientots'ilaleronraaed'attendre
> mon arrivée aux portes de Toulouse, a O
vineor, et miki tabula périt ut. causa salvetur. Sktonins d'Aurtrgne n'était pas sujet de Théodoric; mais il fut peul-elre obligé de solliciter la justice op la totem et la cour de Toulouse.
' Théodoric a fait lui-même une prouesse solenneltc rt volontaire de fidélité, dont on avait connaissance en Gante
■ AoviT «■, u dv». Ar
PAR ED. GIBBON. CH. XXXVi.
(456 dep. J.-G.) défi décida Théodoric à provenir les desseins de son ennemi : il passa les Pyrénées à la tête des Vîsigotbs. Les Francs et les Bourguignons suivirent ses étendards; et, quoiqu'il combattit m nom d'Avîtus, le prince barbare stipula secrètement qu'il conserverait, pour lui et pour ses successeurs, la possession absolue de ses conq uêtes "d'Espagne. Les deux armées parurent en présence Tune de l'autre sur les bords de la rivière Urbicus, à environ douze milles d'Astorga, et la victoire décisive des Goths anéantit pour quelque temps la puissance et le nom des Suèves. Du champ de bataille, Tbéodoric s'avança sur Braga, leur capitale, qui conservait encore une partie de son commerce et de sa magnificence1. Le sang ne souilla point Centrée du roi des Vlsigotha, et ses soldats respectèrent la chasteté de leurs captives, particulièrement des vierges consacrées. Mais une grande partie du peuple et du clergé Tut réduite en esclavage, et le pillage s'étendiï jusqu'aux églises et an* autels. L'infortuné roi des Suèves avait gagné un des ports de l'Océan ; mais les vents s'opposèrent à sa fuite : il fut livré a son rival ; et Rechiarhis , qui ne désirait ni n'espérait point de grâce, reçut avec courage la mort qu'il attrait probablement infligée s'il eût été victorieux. Après avoir Tait ce sacrifice à la politique ou au ressentiment, Tbéodoric conduisit son armée jusqu'à Mérido, capitale de la Lusitanie, sans rencontrer d'antre obstacle que la puissance miraculeuse de sainte Eulalic. Mais il fut arrêté dans ses succès, et rappelé précipitamment de l'Espagne, avant d'avoir pu assurer la conservation de ses conquêtes. Duos sa retraite, il se vengea de ce contre-temps sur le pays qu'il traversait ; et, dans le sac d'Astorga et de PoUentia, sa conduite fut celle d'un allié infidèle et d'un ennemi barbare. Tandis que le roi des Visigoths combattait et remportait des victoires signalées au nom d'Avîtus , le règne de cet empereur était déjà
I Q*»|K lin» pela«I ]»«it SF lira tira ilfïf».
Anun., de Clarli t'rtnbui, p. W, Le dessein du roi des Suèves prouve que ta navigation des ports de la Galice dans la Méditerranée était déjà connue et pratiquée. Les vaisseaux de liracara ou Braga naviguaient le long descôtes, sans oser se hasarder dans l'océan Atlantique.
terminé; elle malheur d'un ami, qu'il avait placé sur le trône, blessa également les intérêts et l'orgueil de Théodoric '.
Séduit par les sollicitations pressantes du peuple et du sénat, Av'rtus avait consenti à fixer sa résidence à Rome, et accepté le consulat pour Tannée suivante. Au premier de janvier, son gendre Sidonius Apollinaris célébra ses louanges dans un panégyrique de six cents vers; mais cette composition, quoique récompensée d'une statue d'airain », fait peu d'honneur à son génie et à sa véracité. Le poète , s'il est permis d'abaisser ainsi ce nom sacré, exagère le mérite de son père et son souverain ; et l'événement ne tarda pas à démentir sa prédiction d'un règne long et glorieux. Dans un temps où la dignité impériale était presque réduite à une supériorité de travaux et de dangers, Avitus se livrait aux jouissances du luxe et de la volupté de l'Italie ; jeune encore, il s'abandonnait à ses passions sans retenue, et on prétend qu'après avoir séduit ou violé les Romaines , il se plaisait à railler et à insulter leurs maris *. Les Romains n'étaient disposés ni à excuser ses vices, ni à reconnaître ses vertus. Les divisions des différentes parties de l'empire se multipliaient tous les jours , et le Gaulois était pour le peuple un objet de haine et de mépris. Le sénat réclamait son droit légitime d'élire les empereurs ; et l'autorité qu'il tirait originairement de l'ancienne constitution se fortifia de toute la faiblesse d'une monarchie expirante. Cependant cette monarchie , telle qu'elle était, aurait eu peu à craindre d'un sénat désarmé, si le comte Ricimer, principal commandant des troupes barbares, qui formaient presque toute la défense mili-
■ La guerre des Suives eslla partie la plus authentique de la Chronique d'Idacius, qni, comme évêque d'Iri» Flavia, en fat le témoin et la victime. Jornandte Te. 44, p. 675, 676, 677) s'est étendu avec plaisir SUT la victoire des Goths.
.2 Dans un des portiques ou galeries de la bibliothèquede Trajan , parmi les statues des écrivains et des orateurs, célèbres. (Sidon. Apoll. ,Ln, épîL 16 , p. 284, Carm., vin, p. 350.)
a Luxuriost agerc votens, à senatoribus projeclus est, dit laconiquement Grégoire deTours.(I.n, t. 3, t. u, p. 168.) Une ancienne chronique (t. n, p. 649) raconte une plaisanterie indécente d'Avîtus , qui semble plus applicable a Home qu'à Trêves.
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taire de l'Italie , n'eût appuyé leur mécontentement. La fille de Wallia , roi des Visigoths, était la môre de ftîciioer; mais du coté paternel il descendait de la nation des Suèves '. Les malheurs de ses compatriotes réveillaient son patriotisme, ou blessaient peut-être sa vanité , et il obéissait avec répugnance à un empereur qu'on avait élu sans le consulter. Ses services importans le rendaient redoutable '. Après avoir détruit sur la cote de Corse une flotte dit Vandales , composée de six galères, Ricimer revînt triomphant avec le surnom de Libérateur de l'Italie. Il fit choix de cet instant, pour annoncer à Avitus que son régne était fini ; et le faible empereur , éloigné de ses alliés les Visigoths, fut contraint d'abdiquer la pourpre après une faible résistance. Par clémence ou par mépris, Ricimer permit au monarque déposé d'occuper le siège épiscopal de Placentia; mais l'implacable ressentiment des sénateurs en voulait a sa vie ". Avitus prit précipitamment ta fuite vers les Alpes , sans espoir d'armer les Visigoths en sa faveur; mais dans le dessein de se mettre en sûreté avec ses trésors dans le sanctuaire de Julien , un des saints tutélaires de l'Auvergne *. Il périt sur la route, on de maladie, ou de la main du bourreau. Cependant ses restes furent transportés avec décence à Brives on Brioude, dans sa province, et déposés aux pieds de son saint patron *.
1 Sidonius (Panegyr. Anthem., 302, etc.) fait un grand éloge de la haute naissance de Rkimer, qu'il suppose te légitime héritier des royaumes des Golfes et des Vandales.
* Voyez la chronique d'idacius. Jornaudès (e. 44, p. 070) l'appelle, avec une apparence de raison, Finim egregûtm, et paie tune in Ilaiid ad asercitum tùtgulartm.
s Parcens innocentûr: Àviti. C'est ainsi que Victor Tunnunensls (in Chron. ap. Scaliger Euseb.) s'exprime d'un Ion de compassion dédaigneuse. Dans un autre endroit, il le nomme Vir totius aimpUeitati». Celte louange est plus modeste, mais plus vraie et plus sincère que celle de Sidonius.
* 11 tut martyrisé, dit-on, sous le repue de Diodélîen. (Tillemont, Mém. Ecclés., I. t, p. 279, 606.) Grég. de Tours, qui lui était particulièrement dévoué, a dédié à la gloire de Julien , martyr, un livre entier {de Gloria martjmim, 1. il, in Max. Bibtioth. Patrum, t. u, p. 801- 87 1 ), dans lequel il raconte cinquante miracles opérés par ses reliques.
s Grêg. de Tours (1. u, e. tl, p. 168) est concis , maïs ei.net , en parlant du règne de son compatriote. L'exprcs-
(456 dcp. J.-C.) Avitus ne laissa qu'une fille mariée à Sidonius Apollinaris, qui hérita du patrimoine de son beau-père, en se lamentant de voir anéantir ses espérances publiques et personnelles. Son ressentiment lui fit joindre, ou du moins le poussa à soutenir le parti des rebelles de la Gaule, et le poète commit quelques fautes qu'il lui devint nécessaire d'expier par un nouveau tribut d'adulation en l'honneur du monarque suivant K
Le successeur d' Avitus présente la découverte heureuse d'un grand et héroïque caractère, tel qu'on eu voit naître quelquefois dans les siècles corrompus pour relever l'honneur ilu genre humain. L'empereur Majorien a mérité les louanges de ses contemporains et celles delà postérité, et nous les trouvons exprimées d'une manière énergique et concise par un historien judicieux et impartial. < Adoré de ses sujets et redouté de ses en-
• nemis, il a surpassé dans toutes les vertus
• tous les princes qui ont régné avant lui sur
• les Romains *. » Cet éloge au moins justifie le panégyrique de Sidonius, et il parait constant que, quoique le complaisant orateur eut flatté de même sans honte le monarque le pins méprisable, le mérite de celui-ci l'a contraint de se renfermer dans les bornes de la vérité '. Majorien tirait son nom de son grand-père maternel, qui avait commandé les troupes de la frontière d'Illyrie sous le règne du grand Théodose. Il donna sa fille
sion d'idacius {Caret imperia, caret et vitd) semble annoncer que sa mort fui violente; mais il faut qu'elle ail été secrète, puisqu'Evagrius a pu supposer qu'il est mort delà peste.
' Après en avoir appelé modestement à l'exemple de ses confrères; Virgile et Horace, Sidonius reconnaît humblement sa faute, rt promet de la réparer.
K. (Voyci Dubos,
S*r>lai CTgS Ubt KTTHi Lingui
Sîdon. Apolllnar., Carmen, i llisl. cru., 1. 1, p. 448, etc.)
* Les termes de Procopc méritent d'éïre transcrits.
' Ce panégyrique fut prononcé a Lyon avant la fin de l'année 458, tandis que l'empereur «bit encore consul. On y trouve plus d'art que de génie , el plus de travail que d'art. Les ornemens sont ou faux ou de mauvais goût; l'expression est faible et prolixe, el Sidonius manquait d'intelligence pour (lier habilement l'atlenlion sur son principal personnage. La vie privée de Majorien est renfermée dans deux cents vers (107-305).
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en mariage an père de Majorien , officier respectable , qui administrait les revenus de la Gaule avec autant d'intégrité que d'intelligence, et qui préféra généreusement l'amitié d'Aetius aux offres insidieuses de la cour. Son fils, le futur empereur, après avoir été élevé dans la profession des armes, fit admirer, dès sa plus tendre jeunesse, un courage intrépide , une prudence prématurée, et une libéralité qui n'était bornée que par la modicité de sa fortune. 11 suivit les drapeaux d'Aetius , contribua à ses succès, partagea et éclipsa quelquefois sa gloire, et excita enfin la jalousie du patrice, ou du moins de sa femme,. qui le contraignit à se retirer du service '. Après la mort d'Aetius, Majorien fui rappelé et employé ; et son intimité avec le comte Ri-, cimer lui fraya le chemin qui le conduisit jusque sur le trône de l'Occident. Durant l'interrègne qui suivit l'abdication d'Avitus , le barbare ambitieux, que sa naissance excluait de la dignité impériale, gouverna l'Italie sous le titre de patrice, céda à son ami le poste brillant de maître-général de la cavalerie et de l'infanterie, et consentit, au bout de quelques mois , a satisfaire les vœux unanimes des Romains, dont Majorien venait de solliciter les suffrages en remportant une victoire complète sur les Allemands *. 11 reçut la pourpre à Raveune , et sa lettre, adressée au sénat, peut nous donner une idée de ses sentimens et de sa situation. (Votre élection, > pères conscrits , et la volonté de l'armée , » m'ont . fait votre empereur *. Puisse la
< Elle voulait sa mort, et Tut peu satisfaite de sa disgrâce; il semble qn'Aciius se laissait gouverner par sa femme comme BélisaireelMarlborough.el, quoiqu'elle fût d'une piété assez exemplaire pour opérer des miracles, sa dévotion se conciliait avec ta bassesse et la cruauté.
1 Les Allemands avaient passé les Alpes Rliéliennos, et furent défaits dans les Campi Ctuùai, ou vallée de Hellinzona , dans laquelle coule le Tésin , en descendant du mont Adnle ou Saint-Golhard, dans le lac Majeur. (Clavier, Italia antiq., 1. 1, p. 100, 101.) Celle victoire Uni vantée, remportée sur neuf cents barbares (Panégvr. de 'Majorien 373) prouve l'extrême raiblesse de l'Italie.
3 Tmpcratorem me factum P. C. etectionis vestrœ arbitrio,ct fortissimi excrcitûf onlinatioite agnoscitc. (Novell. JSajorian., lit. m, p. M ; ait ealcem Cod. Theod.) SiJonius annonce les acclamations unanimes de loul l'empire.
Toute-Puissance diriger les entreprises et lesévénemens de mon administra tionà votre avantage et à celui du public! Je n'ai point sollicité le trône, mais, je me suis soumis à y monter, et je me serais rendu indigne du nom de Romain, si j'avais en la lâcbeté de refuser une tâche pénible que la république m'a jugé digne de remplir. Aidez-moi de vos conseils ; partagez les devoirs que vous m'imposez; et puissent nos efforts réunis ramener la prospérité d'un empire que je reçois de vos mains! Soyez sûrs qu'à l'avenir la justice reprendra son ancienne vigueur, et que la vertu redeviendra, non pas seulement innocente, mais méritoire.
Les délations ' ne seront plus à craindre que pour leurs auteurs. Comme citoyen, je les avais en horreur, et je les punirai sévèrement comme souverain. Notre vigilance et celle de notre père le patrice Ricimer régleront Les opérations militaires, et pourvoiront à la sûreté du monde romain que nous avons défendu contre ses ennemis étrangers et domestiques '. Telles sont les maximes de mon gouvernement, et vous pouvez compter sur l'attachement solide et sincère de l'ancien compagnon de vos dangers, qui se glorifiera toujours du nom de sénateur, et tachera de ne point vous laisser repentir du décret que vous avez prononcé eu sa faveur *. * L'empereur , qui , sur les débris du monde romain, rappelait l'ancien langage des lois et de la liberté que Trajan n'aurait pas désavoué , doit avoir rouvé ces sentimens généreux dans son cœur, puisqu'ils ne lui étaient snggérés ni
■ On pourrait lire dilationes comme drlatwncs; mais, ce dernier mot offrant un sens plus satisfaisant, je lui al donné la préférence.
i Ab externe- haste et à domeslicA clade liberavinmi. Par la dernière, Majorien ne peut entendre que la tyrannie d'Avitus, doul il avouait cooséquemmcnl'la mort comme une action méritoire. A celle occasion , Sidoniut est obscur et embarrassé. 11 parle des douze césars , des nations de l'Afrique, etc., pour éviter de prononcer le nom d'Avitus (205, 309).
a Voyez l'édit entier on l'épilre de Majorien au sénat, {Novell., lit. iï, p. 34.) Cependant les mots Begnumnostrum portent un peu l'empreinte du siècle , et ne cadrent pas trop bien avec celui de respubtiea qu'il répète sou-
par l'usage de son temps, ai par l'exemple de ses prédécesseur».
On n'a qu'une connaissance imparfaite des actions publiques et privées de Hajorien; mais ses lois, toutes remarquables par l'originalité de la pensée et de l'expression « peignent fidèlement le caractère d'un souverain qui aimait ses peuples et qui partageait leurs peines ; qui avait étudié les causes de la décadence de l'empire , et qui était capable de remédier aux désordres publics autant qu'on pouvait raisonnablement l'espérer1, Tous ses règlcmens relatifs aux finances, tondaient évidemment à faire cesser, ou du moins à diminuer les vexations. 1° Dès le premier instant de son régne, il s'occupa à soulager les provinciaux dont les fortunes étaient épuisées, ce sont ses propres expressions, parle poids intolérable des iudictions et des superindictions*; et, pour y parvenir, il accorda une amnistie générale, et une quittance finale et absolue de tous les arrérages de tributs , et de toutes les dettes quelconques que les officiers du fisc pouvaient exiger des peuples. Cet abandon sage de réclamations cruelles et inutiles rouvrit bientôt les sources du revenu public; les sujets, débarrassés d'un fardeau qui les jetait dans le désespoir, purent travailler avec reconnaissance et avec courage pour eux et pour leur pays. 2° Dans l'imposition et la collecte des taxes, Majorien rétablit la juridiction ordinaire des magistrats provinciaux, et supprima les commissions extraordinaires établies au nom de Tempereur et de ses préfets du prétoire. Les domestiques favoris qui obtenaient cette autorité illégale se conduisaient avec arrogance, et imposaient arbitrairement. Ils affectaient de mépriser les tribunaux subalternes , et n'étaient point contens si leurs profits ne montaient pas au double de la somme qu'ils daignaient remettre dans le
■ Voyrt 1rs lois de Majorien; elles sent an nombre de neuf, très- longues et ires-twnpiiqoées , à la fia du Code de Tbéod. (NovtU. , I. n, p. 32, 37.) Godefroi n'a bit aucun eonoMDlairenr cet dernières jdetea
' • Fessas pravincialîum varia algue uultipltci tribu-
■ tanin eucttone foramas, et exlraorduuiriis iUcaiium
■ solutionum «oeribut altritas. etc. * (No\*U. Major , tU. I, p. 339.)
(«Tdep.JX) trésor. Le liait suivant paraîtrait peut-être incroyable, ai lo législateur ne l'attestait pu lui-même. Les collecteurs exigeaient ton le payement en or; mais ils refusaient la nos- Baie courante de l'empire, et 'n'acceptaient que les anciennes, marquées du nom de Far* tine ou des Antonins. Les particuliers qii n'avaient point de ces médailles avaient recours à l'expédient de composer avec leurs avides persécuteurs; ou, s'ils réussie&ieatà s'en procurer, leur imposition se trouvait doublée, eu égard au poids et à la valeur te la monnaie des anciens temps ', 3° « On doit,
> dit l'empereur, considérer les commnn»- ' les municipales, que les anciens appeUim, • avec raison, de petits sénats, comme fur
> des villes et le nerf de la république; et » cependant elles ont été si maltraitées par » l'injustice des magistrats et par la vénalité a des collecteurs , que la plupart de leurs » membres , renonçant a leur dignité et à
> leur pays, se sont réfugiés dans les provis- » ces éloignées. > Il les presse, il kar ordonne même de revenir dans leurs villes; mais il fait cesser toutes les vexations qui In avaient contraints d'abandonner les fondions municipales. Majorien les charge de la lever des tributs sous l'autorité des magistrats provinciaux; mais, au lieu d'être garans de tonte lu somme imposée sur leur district, ils doivent seulement donner une liste exacte des paiemens qu'ils ont reçus, et de ceux q>> n'ont pas satisfait à leur part de ïïmposiùoi 4° Majorien n'ignorait point que ces communautés n'étaient que trop disposées à se venger des injustices et des vexations quoi leur avait fait souffrir , et il rétablit l'ancien office de défenseur des villes. 11 eiborte le peuple à choisir, dans «ne assemblée libres générale, un citoyen d'une prudence et d'une intégrité reconnues, qui ait la fermeté de défendre ses privilèges, de représenter ses sujets de plainte, de protéger les ptu-
• Le SBTj.nl Graves (vol. t, p. 32», 3», 331) a d** rerl, a force de recherche*, que les aura des Antwias pesaient cent dix- buit grains, et que ceux (ta rimions* 6iecle n'en pesaient que soixante- huit. Majorien Ami» cours a toutes les pièces d'or, en exceptant le toliduite Gaulois, non pas relativement i son poids, mais! <*>
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PAR ED. tilBBON. CH. XXXVI.
' (457 dep. J.-C.)
vres contre la tyrannie des riches, et d'informer l'empereur des abus qui se commettest sons la sanction de son nom et de son autorité.
Le spectateur, qui contemple tristement les raines de l'ancienne Rome, est tenté d'accuser le» Goths et les Vandales d'un dégât qu'ils n'ont en ni le temps ni pent-étre l'envie d'exécuter. Les fureurs de la guerre pouvaient bien renverser quelques tours ; mais la destruction qui mina (es fondemens de ces vastes' édifices s'opéra lentement dorant une période de dix siècles. L'empereur Majorien réprima sévèrement ceux qui, par dés Biotifs d'intérêt , la continuaient de son temps sans honte et sans obstacle. La dépopulation de la capitale avait diminué l'utilité d'ane partie des monumens publics. Le 'cirque et les amphithéâtres subsistaient encore, plutôt pour éveiller le désir des spectacles que pour te satisfaire, car on y donnait rarement des représentations. Les temples qui avaient échappé au zèle des chrétiens n'étaient plus habités ni par les dieux, ni par tes hommes, et les faibles restes du peuple romain sfe perdaient dans T'espace immense des bains et des portiques. Les vastes bibliothèques et les salles d'audience devenaient inutiles à une génération indolente qnî s'occupait rarement d'étude on d'affaires. Les monumens de la grandeur impériale ou consulaire s'étaient plus révérés comme la gloire delà capitale; on ne les estimait que comme une mine de matériaux ■ inépuisables , moins chers et pins commodes que ceux qu'il aurait fallu tirer d'une carrière éloignée. Les magistrats romains accordaient, sous le pré* texte le plus léger, la permission d'arracher des pierres ou des briques; on 'mutilait et on défigurait des chefs-d'œuvre d'architecture pour construire ou pour réparer quelque bâtiment obscur, et les Romains dégénérés démolissaient d'une main sacrîfége les monumens de leurs ancêtres et ne songeaient qu'a s'enrichir de leurs dépouilles. Majorien, qui avait souvent contemplé ee désordre avec douleur, l'arrêta par nne ordonnance sévère ■ ; il réserva au prince et au sénat la
■ l édit cniier (JVweK. Mojorian.,\\\.m, p. 35) est
connaissance exclusive des circonstances qui pourraient nécessiter la destruction d'un ancien édifice, condamna à une amende dé cinquante livres d'or, ou environ 50,000 francs, tont magistrat qui prendrait sur lui d'en accorder la permission, et menaça de châtier la complicité des officiers inférieurs par l'amputation desdeux mains. On trouvera peut-être qu'entre le crime et cette dernière peine le législateur n'observa point de proportion; mais son zèle partait d'un sentiment généreux, et Majorien avait à cœur de protéger les monumens des siècles dans lesquels il aurait désiré et mérité de vivre. L'empereur sentit qu'il était de son intérêt de multiplier le nombre de ses sujets , et que son devoir lui prescrivait de conserver la pureté du lit nuptial ; mais il employa, pour y réussir, des moyens douteux , et peut-être condamnables; ou défendit aux vierges, qni consacraient à Dieu leur virginité, de prendre le voite avant l'âge de quarante ans. Les veuves, au-dessous de cet âge, Turent forcées de contracter un second mariage dans le terme de cinq ans, sous peine d'abandonner moitié de leur fortune a leur plus proche héritier; on condamna et on annula même les mariages d'âges disproportionnés. La confiscation et l'exil parurent trop faibles pour punir les adultères, et Majorien permit, par une déclaration, de leur donner la mort s'ils rentraient en Italie \
Tandis que Majorien travaillait assidûment à rappeler chez les Romains le bonheur et ia vertu, il eut à combattre Genseric, le plus
Uès-carieux. « Antiquannu xdium disaipatur spaàosa
• conslruclio; cl, m aliquid reparetur, magna dirunnlur
• Bine jara occasio nascitur, ut etiam unusquisque priva-
• mm scdflieium coustraens, per gratiam judlcum
• prasumero de puMicie Lorif neeesearla, et transfem
• non dubilel, etc. » Pétrarque. répéta les mêmes plaintes dans le quatorzième siècle avec autant de zèle, mais avec moins de puissance et de succès. (Vie de Pétrarque, 1. 1, p. 3W, 82T-) SI Je continue cette histoire, je n'oublierai point la décadence et la destructiM de la ville de Rome, objet inlêresaanl auquel j'avais boraé mon premier plan.
I L'empereur réprimande Rogalien, consulaire de Toscane, et le bltae de sa douceur, d'un Ion d'aigreur qui ressemble an ressentiment personnel. (ffevefl. , lit. n , p. 37.) La loi qui punissait robetinalion des veuves fut révoquée par Sévère, successeur de Majorien.
formidable de leurs ennemis, par son génie, ses forces ei sa situation. Une flotte de Maures et de Vandales aborda à l'entrée du LirisouGarigliarïo; mais les troupes impériales surprirent les barbares chargés des dépouilles de la Campanie, en massacrèrent le plus grand nombre, et forcèrent le reste à regagner leurs vaisseaux. Le beau-frère de tî en série, qui commandait l'expédition, fut trouvé dans le nombre des morts '. Cette vigilance annonçait l'esprit du nouveau régne ; mais la plus rigoureuse vigilance , les forces les plus nombreuses n'auraient pas suffi pour défendre la cote étendue de l'Italie contre les déprédations d'une guerre navale. On attendait du génie de Majorien une entreprise plus hardie, et plus avantageuse pour l'empire. C'était de lui seul que Rome osait espérer la restitution de L'Afrique; et le dessein qu'il forma d'attaquer les Vandales dans leurs nouvelles possessions était le résultat d'une politique judicieuse et hardie. Si l'intrépide empereur eût pu inspirer une partie de son courage à la jeunesse de l'Italie, s'il eût pu ranimer la pratique des exercices du Cfaamp-de-Mars , dans lesquels il avait tonjours surpassé ses rivaux, il aurait attaqué Genseric à là tête d'une armée de Romains. Une génération naissante pourrait adopter cette réforme des mœurs nationales ; mais un prince qui travaille à reculer la décadence (Tune monarchie chancelante est presque toujours forcé , pour obtenir quelque avantage immédiat ou détourner quelque danger pressant , de tolérer et même de multiplier les abus les plus pernicieux. Majorien fut réduit, comme le plus faible de ses prédécesseurs , à l'expédient honteux de remplacer ses timides sujets par des barbares auxiliaires; et il ne put prouver la supériorité de ses talens que par l'adresse avec laquelle il sut conduire un instrument dangereux , si susceptible de blesser la main qui l'emploie. Outre les confédérés qui étaient déjà enrôlés au service de l'empire, la réputation de sa valeur et de sa probité attira les barbares du Danube, du Borysthène, et peut-être du Tanaïs. Les plus braves soldats
' Sidouius, Pattegyr. *yonan., 385- MO.
(467 dep. J.-C) d'Attila, les Gépides, les Ostrogoths, les Rugieus, les Bourguignons, les Suèves et le* Alains s'assemblèrent par milliers dans les plaines de la Ligurie ; mais leurs forces redoutables étaient balancées parleurs animosîtés mutuelles ' ; ils passèrent les Alpes pendant un hiver très-rude. L'empereur i pied marchait a leur tète, couvert d'une armure complète ; il sondait avec un bâton la profondeur de la glace on de la neige, et encourageait les Scythes , qui se plaignaient du froid , en leur promettant avec gaité. qu'ils auraient lien d'être satisfaits de la chaleur de l'Afrique. Les citoyens de Lyon avaient osé fermer leurs portes; mais ils implorèrent et éprouvèrent bientôt la ciémence de Majorien. Après avoir remporté une victoire complète sur Théodoric , il accepta l'alliance et l'amitié d'un rot qu'il n'avait pas trouvé indigne de ses armes. Lu force ou la persuasion réunirent pour un moment la plus grande partie de l'Espagne et de la Gaule ■; et les Bagaudes indépendans, qui avaient échappé ou résisté à la tyrannie des règnes precédens, cédèrent avec confiance aux vertus de Majorien. Son camp était rempli d'alliés barbares ; le zèle et l'amour des peuples mettaient soi trône en sûreté; mais l'empereur avait «rêva qu'il était impossible d'entreprendre la conquête de l'Afrique saus une force maritime. Dans la première guerre punique, la république avait fait des efforts si incroyables, que, soixante jours après qu'on eut abattu le premier arbre de la forêt, uue flotte de ccai soixante galères se trouvait à l'ancre, et prête à luire voile *. Dans des circonstances moins
■ La revue de l'armée et le passage des Àtpra occuper! la partie la moins médiocre du panégyrique (4ïG-i51! . M. de Bual (Hist. dos Peuples, etc., t. via, p. 55) tri infiniment plus satisfaisant dans sou commentaire que Sraron et Si rmond.
i l'riacus (ExcerpL Ifgat. , p. 42} s'exprime « (« termes : T» fin tftiic, t* /i htytit , dans un Iragmrr.! qui jette beaucoup de lumière sur la vie de Majorien. lotnandès supprime la défaite et l'alliance des VisigûU». qui lurent publiées dans la Galice, et soûl relatées <Jaa* In chronique d'IJacins.
) Fuiras, 1. h, c. 2. Il exerces* verve poétique, en supposant q*ue tes arbres furent métamorphosés en vaisseau; cl le (ail, tel qu'il est raconté par Polybe, s'doignc trop de la marche ordinaire des choses.
(457dep.J.-C.}
favorables, Majorien égala le courage et l'activité des anciens Romains. On abattit les bois de l'Apennin; on rétablit tes arsenaux et les manufactures de Misenum et de Rayonne. L'Italie et la Gaule contribuerait à l'envi, et la flotte impériale, composée de trois cents galores, avec une proportion convenable de batiuicns de transport et de moindres navires, se rassembla dans le vaste et excellent port de Carthagène en Espagne '. Les soldats de Majorien , animés par l'intrépidité de leur général, no doutaient plus de la victoire ; et, si l'on peut en croire l'historien Procope, l'empereur se laissait quelquefois emporter par son courage audelà des bornes de la prudence. Curieux d'examiner lui-même la situation des Vandales, il hasarda, après s'être déguisé, d'entrer dans Cartilage sous le nom de son ambassadeur; et Genseric, lorsqu'il en fat instruit, regretta vivement d'avoir laissé échapper l'empereur des Romains. Cette anecdote peut être rejetée par l'histoire comme une fiction improbable ; mais c'est une fiction qui ne peut avoir été imaginée que pour un héros*.
Genseric n'avait pas besoin d'une entrevue pour apprécier le génie et les desseins de son adversaire. Lorsqu'il eut épuisé sans succès ses ruses ordinaires , il s'occupa sérieusement de conclure un traité de paix ; mais l'inflexible Majorien, Gdèle à l'ancienne maxime , croyait que le salut de Rome dépendait de la destruction de Carthage. Le roi des Vandales n'osait plus compter sur la valeur de ses sujets nationaux , énervés par le luxe" du Midi *; il soupçonnait la fidélité
lnltmo npenxtiu mal , <*Jf r unit la «|Hr
SIWiUM.tU
SKjiiiia, Fatiiggrltpa .« MaioWe», mi-iCI. Le nombre de ruisseaux que Prisais Ihe a. trois cents **t comparé vaguement aux Oollesde Xerees, d'Agamemnon, et d'Auguste.
ï Procop., de BcU. fondai.,], 1,6.8, p. 1M. Lorsque Genseric introduisit cel inconnu dius l'arsenal de Carthage, les armes résonnèrent sans qu'on les louchât. Majorien avait teint eu noir ses cheveux blonds.
PAR ED. GIBBON. Cil. XXXVI.
Il charge ensuite Genseric, assez iujustcmcnl, ae tous les «ces de ses sujets.
d'un peuple vaincu, qui le détestait comme un tyran arien; et la précaution violente qu'd prit de faire un désert de la Mauritanie ' n'arrêta point l'empereur romain, qui pouvait choisir le lieu de sa descente sur toute la côte d'Afrique : mais la perfidie de quelques sujets puissans, envieux des succès de leur maître, délivra Genseric du danger. Par le moyen de cette intelligence, il surprit la flotte dans h baie de Carthagène ; une partie des vaisseaux furent pris, coulés à fond ou brûlés, et un seul jour vît détruire les travaux de trois années *. Après cet événement, les deux rivaux se montrèrent supérieurs à leur fortune. Le Vandale, au lieu de s'enorgueillir d'une victoire accidentelle, rerenouvela ses propositions de paix. L'empereur de l'Occident , capable de former de vastes desseins et de supporter de grands revers, consentît à un traité, ou plutôt à une suspension d'armes, convaincu qu'avant d'avoir pu rétablir sa flotte il ne manquerait pas d'un sujet légitime pour justifier une seconde guerre. Majorien retourna en Italie s'occuper du bonheur de ses sujets , et son àuie vertueuse et tranquille ne soupçonna pas sans doute la conspiration qui menaçait sou trône et sa vie. L'événement de Cartliagène ternissait la gloire dont l'éclat avait frappé les yeux de la nation; tous les officiers civils et militaires étaient irrités contre le réformateur des abus qui leur étaient personnellement avantageux , et le patrice Ricimer tachait d'aliéner les barbares d'un prince qu'il estimait et haïssait également. Les vertus de Majorien ne purent apaiser la sédition qui éclata dans le camp , près de Tortone, aux pieds des Alpes. 11 fut contraint d'abdiquer la pourpre; cinq jours après on annonça qhe Majorien était mort d'une dyssenterie *, et l'humble tombeau qui couvrit les ' Il brûla lea villages et.erapoisonna les eaux. (Priscus, p. 42.) Dnbos (Hist. Cri t. , 1. 1 , p. 475) observe que les magasins que les Maures enterraient pouvaient échapper aux recherches. Ils creusent deux ou trois cents sîloes dans le même champ, et chaque Irou contient au moins quatre cents boisseaux de blé. (Voyagea de Sbmr, p. 130.) 3 Idacius, qui était dans ia Galice i l'abri du pouvoir de KicLmer, déclare avec franchise el hardiesse, fondait per prottitora admoiiiti, etc. Il ue nomme cependant pas l'auteur de la trahison.
a l'rocop.. de BcU. fondât , L t, e, 8, p. 1M. Le tt-
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restes de ce grand homme est consacre par la reconnaissance et par le respect de la postérité '. Le caractère de Majorien inspi- ' rait l'amour et le respect. La satire et la calomnié l'enfla minaient d'indignation ; mais elles n'excitaient que son mépris lorsqu'il en était l'objet. Il encourageait cependant la liberté de la conversation ; et, dans les heures que l'empereur donnait à la société, il satisfaisait son goût pour la plaisanterie, sans jamais déroger à la majesté de son rang *.
Ce ne fut peut-être pas sans regret que Ricimer sacrifia son ami a l'intérêt de son ambition; mais il résolut d'éviter, dans un second choix , de se donner un supérieur dont le mérite et la vertu pussent lui faire ombrage. Le sénat, docile à ses ordres, accorda le titre d'empereur à Libius Severus, qui monta sur le trône de l'Occident sans sortir de l'obscurité d'une condition privée. A peine l'histoire a-!-el!e daigné citer son nom, son caractère ou sa mort. Scverus cessa d'exister dès que sa vie put devenir incommode à son protecteur ", et il serait inutile de chercher à fixer le règne de ce fantôme d'empereur dans
moignage d'Idacius paraît Impartial. * Majoriamun de
• Golliis Romain redetuilem, et ronauo imperio, t«1 no-
• mini , res noeesaarias ordinanlem ; Ricaner, livore per-
• titus, el ûividorum cousilio fullus, fraude interne! t i circumventum. • Quelques-uns lisent Sucvoram; et Je tondrais n'effacer ni l'un ni l'autre de ces nota, pan» ' qu'ils font connaître les dînerais auteurs de la conspiration qui précipita Ma^oneo du troue.
■ Voyez l'epigraraine. d'Enuodius , n° 135 {inltr Sirmond. Opéra, 1. 1, p. 1903); elle est plaie et obscure; mais Ennodius fut lait é<8que de Pavie cinquante ans après la mort de Majorien, et ses louanges méritent quelque eon (lance,
* Sidonius l'ail longuement le récit (I. i. éptt. u , p. 25-3t)d'u»sou4>erà Arles, où il fut invité par Majorien peu de temps avant sa mort. 11 n'avait point l'intention de louer un empereur qui n'existait plus ; mais une observation accidentelle : Subrisit Jugmtas,uterat, auctoritoteurvaUi, cùm »e communiant dedisset , joci pleura, prouve plut eu laveur de l'empereur que les six cents vende son vénal panégyrique.
3 Sidonius {Panegyr. Jnthem., 317) l'envoie pieusement dans le ciel.
tiiurit «ueiMiu, Bitnrxlege, Snnu
Ou trouve dans une andenae liste posée du temps de Justinien, les louanges de la piété de Severus.dont la résidence était, suivant cette liste, Axée a Rome. (Sirmond, Not. ad Sùlon., p. 111,112.)
EMPIRE ROMAIN, (461 dep. J.-C.)
la vacance de six tus, qui commença à la mort de Majorien, et. ne finit qu'à l'époque où Autbetnius monta, sur le trône. Jusqu'alors Bicùner fut seul maître du gouvernement, et quoique le barbare, dans sa modestie, ne se fit pas donner la qualification de roi, il accumulait des trésors, avait une armée à lui , faisait des traités particuliers, et exerçait en Italie l'autorité indépendante et despotique qu'eurent depuis successivement Odoacrc et Théodoric. Mais les Alpes bornaient ses états; deux généraux romains, Marcellinus et jEgïdius, demeurèrent fidèles à la république, et rejetèrent dédaigneusement le fantôme qu'il décorait du nom d'empereur. Marcellinus suivait l'ancienne religion; et les païens dévots, qui désobéissaient en secret aux lois de l'église et de l'état, respectaient sa science dans l'art de la divination : mais il possédait les qualités plus estimables du courage, de la science et de la vertu * ; il avait perfectionné son goût par l'étude de la littérature latine, et ses talens militaires lui acquirent l'estime du grand Aetius, dans la ruine duquel il fut enveloppé. Il évita par la fuite la fureur de Valentinien,. et maintint hardiment son indépendance au milieu des révolutions de l'empire d'Occident. Majorien récompensa la soumission volontaire ou forcée de Marcellinus, en tut confiant le gonvernentent de la Sicile et le commandement d'une armée placée dans cette île pour attaquer ou arrêter les Vandale»; mais, à la mort de Majorien, les intrigues de Ricimer et ses libéralités amenèrent une révolte parmi ses soldats. A la tête d'une petite troupe choisie qui se dévoua à sa fortune, Marcellinus s'empara de la Dalm&tîe, prit le titre de patrice de l'Occident , mérita l'attachement de ses sujets par un règne équitable, et construisit une flotte qui donnait la loi sur la mer Adriatique, et menaçait alternativement les cotes d'Afrique et d'Italie ",
'TiOemoil, queles vertus des îaudèleselUfegTiiiert toujours, attribue ce portrait avantageai de Ma rceluno$,qac Suidas a conservé, au lete partial des auteurs fanas. (Hist. des Emper., 1. vi, p. 330.)
1 Procop. , de BeU. Fondai., 1. 1, e. 6, p. 191. Dut plusieurs circonstance* de la vit de Marcellinus. O n'est pas aisé de concilier les historiens grecs avec les tau-niques de ces lemps
(4flt dep. J.-C.)
jEgidius, maître-généfal de la GaïUe, qui égalait ou imitait les héros de l'ancienne Rome', déclara son ressentiment implacable contre les assassins d'un prince qu'il cliéris- Bnit. Une armée nombreuse et choisie suivait 8es drapeaux ; et, quoique les artifices de Ricimer et les forces des Visïgolhs lui fermassent le chemin de Rome, il maintint au-delà des Alpes sa souveraineté indépendante et ta fit respecter. Les Francs , qui avaient puni par l'exil les folies de la jeunesse de Childéric, placèrent le général romain sur le trône. Cet honneur singulier flatta plus sa vanité que son ambition ; et, quatre ans après, lorsque la nation se repentit de son injustice pour la famille des Mérovingiens, il consentit à rendre le trône au prince légitime. jEgidins maintint sa puissance jusqu'à sa mort; les Gaulois, désespérés de sa perte, accusèrent Ricimer de l'avoir hâtée par le poison on par la violence, et son caractère connu justifiait les soupçons de leur crédulité passionnée '-
L'empire d'Occident, réduit peu à peu au royaume d'Italie, fut continuellement dévasté sous le règne de Ricimer par les descentes et les incursions des pirates vandales1. Au
' Je crois devoir ippliqner à ^gidius les louanges que Sldonhis (Pané-: de Majorien, 553) donne i un maltregéaénj qi'il ne nomme pot, nuis qui commandait l'arriére-garde de Majorien. Idarius loue sa piété, d'après l'opinion publique; et Prisais parle de ses lalens militaires (p. 42).
1 Grée;, de l'ours, 1. n , e. 13, <J»rw le lent n, p. 1S6. Le F. DnM a Wqiadquw objections contre l'histoire de CkDderic (Uist, deFranca, 1. i, préface histor., p. 78, etc.); nuis Dunes y a répondu d'une manière victorieuse (Hist. Crtt., 1. 1, p. 460-510) , ainsi que deux auteurs qui ont disputé le prix de l'académie de Soissom (p. 131-177, 310-339). Ketanvementa la durée de l'exil neChildérie, M est (uaîspemabio ou de prolonger la fie d'<£gidiu$ audelà de. la date Osée par la Chronique d'idacius , ou de corriger le lexle de Grégoire, en lisant quarto tmno an Heu i'octavo.
sprisws décrit la bataille natale de Geuerlc (J&cerpt Légation., p. 42); et Proccpe (deBell. fondai., 1. 1, c- 5, p. 180, 199, et c. 22, p. 228); Victor Vitensis (de Persec. PandaL, 1. 1, c 17); Ruinarl (p. 487-481); outre trois peségTiiqnceda Kidonius, denl l'ordre chronologique a été lUUcalenmnt transposé dans les éditions de Savaroa et de Sirmond. {4vtt. carni., m, 441-451; Mqjorian. tan». „ï, 327-SîO, 386-440; Jnthtm, earm. , a, 348- 388.) Dana un passage, le poète semble tre animé par son sujet, et i) einrimesa pensée par uae image sautante.
UrtM; HliEairwii
printemps de chaque année, ils équipaient une flotte nombreuse dans le port de Carthage; et Genseriu, quoique d'un âge trèsavancé, commandait lui-même les expéditions les plus importantes. Il couvrait ses desseins d'un voile impénétrable jusqu'au moment de mettre à la voile. Lorsque le pilote lui demandait quelle direction il devait prendre : i Suivez celle des vents, répondait Genscric » d'un ton de pieuse confiance; ils nous con- > duiront sur la côte dont les habîtans crii mînels ont offensé la justice divine. > Mais, lorsque le roi des Vandales faisait le choix lui-même , les nations les plus riches lui paraissaient toujours les plus coupables. Les bartares désolèrent successivement les côtes de l'Espagne , de la Ligurie , de la Toscane, de la Campauie, de la Lucarne, du Brultium, de la Pouîlle , de la Calabre, de la Vénétic, de la Dalmatie , de l'Epire, de la Grèce et de la Sicile. La situation avantageuse de la Sardaigne, située au centre de la Méditerranée, les tenta d'y former un établissement , et ils répandirent les ravages et la terreur depuis les colonnes .d'Hercule jusqu'aux bouches du Nil. Moins jaloux de gloire que de butin, ils attaquaient rarement les villes fortifiées ou les troupes régulières. Mais la rapidité de leurs mouYcmcns les mettait ù même de menacer, presque au môme instant, des endroits fort éloignés les uns des autres ; et, comme ils, embarquaient toujours un nombre suffisant de chevaux, dès l'instant qu'ils avaient atteint la côte , leur cavalerie se répandait dans le pays épouvanté. Cependant, quoique leur souverain donnât l'exemple, les Vandales et les Alains se dégoûtèrent bientôt du pénible et dangereux métier de la piraterie. L'intrépide génération des premiers conquérans n'existait plus; leurs fils, nés en Afrique, jouissaient des délices des bains et des jardins, des douceurs du climat que leur avait conquis la valeur de leurs pères. Ils furent remplacés par des multitudes de Maures, de Romains, de captifs et de brigands ; et ces furieux, proscrits pour la plupart de leur patrie, étaient les premiers à commettre sans pitié les horreurs qui déshonorèrent les và>
toires de Genseric. Il épargnait quelquefois ses captifs par an sentiment d'avarice, et îl les sacrifiait, dans d'autres occasions, an plaisir de satisfaire sa cruauté. Le massacre de cinq cents citoyens nobles de Zante ou Zacyuthiis , dont il fit jeter les corps mutilés dans la mer, n fait passer l'indignation publique jnsqtfà sa dernière postérité.
Aucun prétexte n'autorisait ces .crimes odieux; maïs la guerre don tGenaerie menaça bientôt l'empire avait nn motif raisonnable. La veuve de Vnlcniinien, Eudoxie, entraînée captive de Rome à Carthage , était la sente héritière de la maison de Théodose. Sa fille aînée Eudoxie avait été forcée d'épouser Hnneric , Gis du roi des Vandales. Genseric réclama aussitôt, d'une manière impérieuse , qu'on mit son fils en possession de la part qui revenait à sa femme dans le patrimoine impérial : il était difficile de lui résister. Pour assurer une paix nécessaire, l'empereur d'Orient lui offrît un équivalent convenable; Eudoxie, et Placidie sa seconde fille, furent rétablies à Constautinople dans tous leurs honneurs, et les Vandales bornèrent leurs déprédations aux limites de l'empire d'Occident. Les Italiens , dépourvus d'une marine qui pouvait seule défendre leurs cotes, implorèrent humblement le secours des nations plus heureuses d'Orient , qui autrefois , dans la paix comme dans la guerre, avaient formellement reconnu la suprématie de Rome ; mais des divisions continuelles avaient aliéné depuis long-temps les deux empires : on objecta le traité récent, et, au lieu d'armes et dr vaisseaux , les Romains de l'Occident n'obtinrent qu'une médiation froide et inutile. L'orgueilleux Ricïmer, ne pouvant soutenir plus long-temps le fardeau qu'il s'était imposé, fut enfin forcé de s'adresser au monarque de Constautinople avec le langage modeste d'un sujet; et l'Italie, pour prix de la sécurité que lui donnait cette alliance, reçut un maître choisi par l'empereur d'Orient'.
' Le poète «si forcé d'acier l'embarras de Kiciraer.
KoflrliiiU , proprio sol us ili HvU nptllll Vkjtjm prr rem Tifurn.
(.'Italie adresse ses plaintes au Tibre; et Komr , a la sollicitation du fleuve dMatsé, se transporte i ConstanlinopJe, renonce a ses anciennes prétention*, et implore le
EMPIRE ROMAIN, (U2dep. J.-C)
L'objet de ce chapitre, ni même de ce volume, n'est point de suivre l'histoire delijzance; mais un coup d'œil rapide sur le règne et sur le caractère de l'empereur Léo» peut servir à faire apprécier les deniers efforts que l'ou tenta pour sauver l'empire d'Occident '.
Depuis la mort de Théodose-lft-Jeiine , la tranquillité du Gonstantinople n'avait étéinterroBipueni par desguorres étrangères, nipar des factions domestiques. I-e modeste etvertuoux Marcien reçut la main de Putchérie et le sceptre de l'Orient ; il respecta le rang et la chasteté de son épouse, et l'empereur dam le premier, lorsqu'il la perdit, l'exemple di culte du à la mémoire de cette sainte impératrice*. Occupé du bonheur de ses sujets, Marcien semblait contempler les nalbewsde Rome avec indifférence; et on attribua le refus que faisait un prinoe actif et courage» de tirer l'épée contre les Vandales à une promesse secrète que Genseric lui avait arrachée lorsqu'il était sou captif *. Après uu règoede sept ans, la mort de Marcien aurait exposé l'empire au danger d'une élection populaire, si l'autorité d'une seule famille n'eut pas soG pour placer sur le troue le candidat dont elle soutenait Les prétentions. Le patrice AspK se serait facilement emparé du diadème, s'il eût voulu accepter publiquement la foi de Nicée *. Depuis trois générations, «os père. lui et son fils Ardaburius commandaient les années de l'Orient. Sa nombreuse garde de barbares en imposait au palais et à la capitale et les immenses trésors, qH'il répandaUanc profusion lui assuraient le vœu delà mutai-
secours d'Aurore, déesse d« l'Orient. Teltes sont les pWe ressources auxquelles la muse de Sidonius est réduite.
i Les auteurs originaux des règnes de Marcien, tr» et Zenon, sont réduits i quelques tragmetn; et B 6d suppléer aux lacunes par les compilations plus retenus* ï'hwptiane, Zoiure et Cedrtnus.
ï Sainte Pulcherie mourut {A. D.4S3) quatre ans*'"1 son mari titulaire; et les Grecs modernes célèbrent ^^ le 10 de septembre. Elle légua son immense patrifl** aux poutres , on du moins a l'église, (Voj. Tilletwl Mém. Ecclés., t. rv, p. 181-1M.)
' Voy. Proeop., de Bell, fondai., 1. 1, e. *, p- '"■
« On peut inférer de l'obstacle qui empêcha Aspat « monter sur le trône, que la tache d'hérésie était pai^ tnelleet indélébile, tandis queedle de barbant *»("raissail a la seconde féaérattoB.
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(«adep. J.-C.)
tude. II osa présemer nn homme obscur, Léon de Throce , tribun militaire, et principal intendant de sa maison; et le sénat ratifia cette nomination par ses suffrages unanimes. Le domestique d'Aapar reçut la couronne impériale des mains du patriarche on évêque, à qui l'on permit d'annoncer, par celte cérémonie inusitée, le suffrage de la divinité '. On a donné à cet empereur, le premier du nom de Léon, le titre de grand, ce qui prouve que les souverains de Coostanlinople avaient rendu les Grecs fort pen exigeons sur l'étendue des vertus héroïques on royales. La fermeté que Léon opposa à la tyrannie de son bienfaiteur montra cependant qu'il connaissait son devoir et' son autorité. Aspar vit avec étounement qu'il n'avait plus la liberté de nommer nn préfet de Constantînople. Il osa reprocher à son souverain de manquer à ses engagemens; et secouant insolemment sa robe pourpre : t II ne convient pas, lui dît-il , qu'un » homme, revêtu de cette robe, fausse sapa-
> role.> — «11 ne convient pas non plus, ré- * pondit Léon , qu'un prince soi t forcé de sou- » mettre son propre jugement et l'intérêt
> public au caprice d'un de ses sujets *. > Après cette scène , il était impossible d'espérer une réconciliation sincère ou durable entre l'empereur et le patrice. Léon leva secrètement une armée d'Isa uriens *, qu'il introduisit dans Constnntinople ; et, tandis qu'il minait sourdement la puissance d'une famille dont il méditait la ruine , son air modeste et circonspect tranquillisait Aspar, et le détournait des mesures violentes qui auraient entraîné sa perte ou celle de ses ennemis. Cette révolution changea tout le système politique de l'empire. Tant qu' Aspar avait dégradé, par sa tyrannie, la majesté du trône, des motifs secrets d'intérêt et de religion l'engageaient
1 Théophaue, p. 95. Celte cérémonie se mHe avoir été l'origine de celle que tous les princes chrétiens ont adoptée depuis, el de laquelliUfi clergé a tiré de si dangereuses conséquences. -»
> Cedreoufi (p. 345, 346} a conservé les expressions d'Aspar.
3 U puissance des [sauriens agita l'empire d'Orient sous les deux règnes suiraus de Zenon et d'AnasIase ; mais cestroublcs finirent par la destruction de ces barbares, qui avaient défendu leur liberté, et maintenu leur indépendance durant deux cent ternir années.
PAR El). GIBBON, CB. XXXVI. , 857
à favoriser tienseric. Hais, des que Léon fut délivré de celte servitude ignominieuse , il écouta les plaintes des Italiens, résolut de chasser les Vandales de l'Afrique, et déclara sou alliance a vec Anlbemiua , -qu'il avait placé sur le trône de l'Occident. |
Ou a peut-être exagéré les vertus d'Anthemius, aussi bien que l'illustration de son origine, <|ne l'on faisait remonter à une suite d'empereurs, quoique l'usurpateur Procope soit le seul de ses ancêtres qui ait été honoré de la pourpre ' ; mais le mérite de ses derniers parens, leurs dignités eileurs richesses plaçaient Anthemins au nombre des plus illustres sujets de l'Orient. Procope, son père, avait obtenu, au retour de son ambassade en Perse, le rang de général et de patrice ; le nom d'Anthemius vcnail.de son grand-père maternel, le célèbre préfet qui gouverna l'empire avec tant de sagesse et de succès durant l'enfance de Théo dose. Le petit-fils du préfet sortît en quelque façon de la classe des sujets par son mariage avec Euphémie, fille de l'empereur Marcieo. Cette alliance illustre, qui aurait pu suppléer an défaut de mérite, hâta l'élévation d'Anthemius aux dignités successives de. comte, de maître-général, de consul et de patrice, et ses talons ou la fortune lui valurent l'honneur d'une victoire qu'il remporta sur les Huns , près des bords du Danube. Le gendre de Martien pouvait espérer d'être un jour son successeur, sans être accusé d'une ambition extravagante; mais Antbemius soutint avec un courage modeste la perte de cette espérance ; et son élévation sur le trône de l'Occident eut l'approbation universelle du peuple, qui l'en jugea digne jusqu'au moment où il y fut placé *. L'empereur de l'Occident partit de Constantînople,. suivi de plusieurs comtes de la première distinction, et d'une garde dont le nombre équivalait presque à
Procojilo iHIUn mitai ; ail pria» f ropaf • Augulii vcniL I proavfe.
StdMltu, Fanejfr. jfnrtn».,eMS6. v
Le poète continue ensuite à raconter la vie privée et les aventures du futur empereur, dont il était probablement tort mal informé.
iSidonius avoue, avec assez d'ingénuité, que la modération d'Anlbenii us ajouta un nouveau lustre (310, etc.) au* vertus de ce prince, qui refusa UBlrooe, et n'accepta l'outre qu'avec npwtiwt (c 21, «te.). , .
une année. II entra dans Rome en triomphe, et le choix de Léon fut unanimement confirmé par le sénat, par le peuple et par les barbares confédérés de l'Italie *. Après la cérémonie de son inauguration, Anthemius célébra le mariage de sa tille avec le pntrice Ricimer; cet événement paraissait assurer l'union de l'empire et sa prospérité. On donna des fêtes brillantes, et un grand nombre de sénateurs consommèrent orgueilleusement lenr mine pour déguiser leur pauvreté. Toutes les affaires furent suspendues, les salles d'audience furent fermées ; lesrues de Rome, les théâtres et les places publiques retentirent du bruit des danses et des chants de l'hyménée, et on conduisit pompeusement la princesse dans ie palais de Ricimer, qui avait quitté son costume militaire, pour la recevoir en habit de sénateur et de consul. Dans celle occasion, Sidonius, dont l'ambition avait été sitôt déçue, parut, comme orateur de l'Auvergne, parmi les députés des provinces qui venaient adresser, au nouveau souverain, leurs plaintes ou leurs félicitations *, On approchait des calendes de janvier, et le poêlé vénal, qui avait aimé Avitus et estimé Majorien , célébra , a ta sollicitation.de ses amis, en vers héroïques, le mérite, le bonheur, le second consulat et les triomphes futurs de l'empereur Ambemius. Sidonius p'rononça, avec autant de succès que de confiance, un panégyrique qui existe encore; et , quels que fussent les défauts du sujet ou de la composition, le flatteur n'en obtint pas moins, pour récompense, la préfecture de Rome. Cette dignité le plaça au nombre des plus illustres sujets de l'empire, jusqu'au moment où il la quitta pour l'éveché de la ville d'Auvergne, connue aujourd'hui sous le ' nom de Clermont, où il mourut en odeur de sainteté *.
■ Le poète célèbre encore l'unanimité de tout les ordre* de l'êUt (15-22), et la chronique d'idaciua atteste les forces dont » marche dit accompagnée.
■ Internai auiem nupliis patricii Ririmeris, cui dix histoires extraordinaires
(ttl dep.J.-C.) Les Grecs exaltent la foi et h piété de l'empereur qu'ils donnèrent à l'Occident; et iii ont soin de remarquer qu'en quittant Consuntinople Anthemius fit, de son palais, des fondations pieuses, des bains, une église et m hôpital pour les vieillards '. Cependant quelques apparencessuspectes ternissent la réputation théologique de ce souverain. H avait puisé des maximes de tolérance dans la conversation de Philotée, moine de la secte des Macédoniens; et les hérétiques de Romeuraient pu tenir impunément leurs assemblées, si la censure véhémente que le pape Hilaire prononça dans l'église de Saint-Pierre , n'est obligé le monarqueù abjurer son impopulaire indulgence *. Les païens eux-mêmes, débris faible etobscur, fondaient quelques vaines espérances sur l'indifférence ou même ta laveur d'Antlremîus. Us attribuèrent à un dessein secret de rétablir l'ancien culte * l'amitié dont il honorait le philosophe Severns, qu'il revêtit de la dignité de consul. Les idoles renversées traînaient dons la poussière , cl la mythologie, autrefois si respectée des anciens, était devenue nn mol si vide, quetn poètes chrétiens pouvaient s'en servir «ira causer de seandale et saqs se rendre suspects *. Il restait cependant quelques vestiges de superstition, et on célébrait encore
ritaocepU. Il *«ss* àrértdtca* OenoonJ, A.&- «l Criuenoal,Mem.ecde«., L wi, p. 750.)
f Le pelai* d'Anutemios était situé sur les rires de laPreponlide. Dans le neuvième siècle , Aleiis, gendre <lf ['empereur Théophile , obtint la permission d'acheter le terrain, et Mites jours dans an raonMltre^u'il V MAt- (Danasfe, c'vutaittàuiptlit Oaiitimu^ D. (tf-tSM
>• FansHilariufH....ayrdbeat^mPetnimADoslaliini, • palam ne id flcrcl , clarl voce conslrinxil, in tantum al « non a laclendt cura imerpositlonejuramcnli.rdenipn1- ■ roiltef et lUpenrlor. *{Gtlas.EpUt. ad JmtMnk.cf- Saron.,k.D. «7, p. 3.) Le cardinal «bsen« aiw mbptaisance au/d était beaucoup plus difficile d'iotrodiire use hérésie i Rome qu'à Consianlinople.
a Daniscius , dans la vie dn philosophe Isidore, «bmîI Phûlium, p. 1019. Damasciu&,(|ui vûrail sousle rtgnwle Juslinieu, composa un autre uuiisfe de cinq cent soiiaiie-
■ tilia perennis Augusti in spem publicx securilatU copu-
■ labatur. • Le voyage de Sidonius depuis. Lyon, et les fîles de Home, sont décrits assez agréablement (I. i, epU. 6, p. 13;épU.9,p. 210
J Sidonius (U, épit.O, p. 23, 2J), déclare nellcmenl son motif, son travail , et u récompense. Hic ipse pauegyricut, si non juilieium, caiècvfntum, boni ope-
lUMBjaetlecir!' d'ïnas,dftd(
is'tt d'*p-
parilions, ele.
. * Dans les œuvres poétiques de Sidonius, qu'il condamna dans la suite ( l. ix.épil. 16, p,285), les 'prtjieipauï auteurs sont des divinités fabuleuses. SI les angre corrigèrent sévèrement Jérôme pour avoir lu Vïrgfle, celle imitation serrile devait valoir à l'èvSque JeOennontuiK correction encore plus sévère de la part des muses
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(46* dep. J.-C) sous le. règne. (TAnthemtus les frites lupercales» dont l'origine émit antérieure à la fondation de Rome. Les simples cérémonies de celte fêle annonçaient l'état sauvage îles nattons avant l'invention des arts et de l'agriculture. Les divinités qui présidaient aux travaux et aux plaisirs champêtres, Pan, Faune et leur suite de Satyres, étaient tels que l'imagination de patres pouvait les inventer : gais, pétulant et lascifs. Leur puissance était fort limitée et leur malice inoÛensive. Une chèvre semblait être l'offrande la mieux adaptée a leur caractère et à leurs attributs. On rôtissait la choir de la victime sur des bâtons ; les jeunes gens bruyans qui venaient en foule a la fêle, couraient tout nus dans les champs, une lauière de cuir à la nui», et avaient la réputation de rendre fécondes toutes les femmes qui s'en laissaient toucher '. L'autel du dieu Pan fut peut-être élevé par l'arcadieo Évandre, dans quelque endroit solitaire du mont Palatin, au milieu d'un bocage arrosé par une source d'eau vive. La tradition qui enseignait que, dansée même endroit, une louve avait nourri Bomulus et Rcnius de sou lait. Le rendait encore plus respectable et plus cher aux Romains. Il fut insensiblement entouré des superbes édifices du Forum '. Après la conversion de Rome, les chrétiens continuèrent à célébrer tous les ans, dans le mois de février , la fête des Lupercales, à laquelle us attribuaient nné influencé secrète et mystérieuse sur la fertilité du genre animal et végétal. Les évêques de Rome désiraient abolir cette coutume profane, sicostraire à l'esprit du christianisme; mais leur zèle n'était point appuyé par l'autorité du magistrat civil. Cet abus invétéré subsista jusqu'à la fin du cinquième siècle, et le pape Géhiae, qui purifia la capitale de ce reste d'idolâtrie, fut obligé d*o-
i Ovid. (Fast. 1. n, 2OT-432) ■ donné une charmante description des folies de l'antiquité , qui inspiraient encor* un si grand respect , qu'un grave magistrat qui courait tout nu les rues n'excitait ni le mépris ni la surprise.
1 Voyez Deny s d'IIalicarn., 1. 1, p. 25-65, édil. Hudson. Les antiquaire* romains , Douai-, 0- » , c. 18 , p. 173 , 174), et Nardini (p. 386, 387), oui travaillé a découvrir la position exacte du Lupercal.
paiser, par une apologie, les t peuple etdu sénat '..
Dans toutes ses déclarations publiques, l'en pereur Lion prend vis-à-vis d' An themius le ton d'autorité d'un père, et y ajoute les protestations du plus vif attachement pour le fils avec lequel il a partagé l'administration de l'univers *. Son caractère, et peut-être les circonstances , détournèrent Léon de s'exposer personnellement aux fatigues et aux dangers de la guerre d'Afrique ; mais il se servit avec vigueur de toutes les ressources de l'empire d'Orient, pour délivrer l'Italie et la Méditerranée de la tyrannie des Vandales; et Geoseric, qui ravageait depuis long-temps l'une et l'autre, se vit à son tour menacé d'une invasion formidable. Le préfet Horaelius ouvrit la campagne par une entreprise qui eut un plein succès ■. Les troupes d'Egypte et de Libye s'embarquèrent sous ses ordres ; et tes Arabes, avec le secours d'un grand nombre de chevaux et de chameaux, ouvrirent tes routes du désert. Héraclius débarqua à Tripoli, surprit et soumit les villes de cette province, et entreprit, à l'exemple de Catou *, de joindre par une
1 Baronhis a pablié , d'après les mkDDKriU du Vatican , I'épun4u papa Gétasa(A. D. 496; q. 38-46), quia pour litre : Àtlveisus Jiidromacltum stnalorcm , caleraique Romtmos , gui Lupercalia , terundum morrm pristbuim, colenda eonstUuebant. Gélase suppose lou- Jonrl «ne ses adversaire* oui m meta» le nom dechrettene et, pour m pas leur cédtr en préjugés absurdes , il impute toutes les calamités du siècle i la célébration de cette fête indifférente.
* • ltaque nos quibus lotlus mundi reglmen eemmisit
• skiporna provisie Ptoset triampMorteuipcr Aa-
■ gtstas final noeter Àilheatos. lioet diTua majeatas > et noatra creatio pielatiejus plenam ûnperii coonùaerit
t polestalem, ele Tel est le Ion de dignité que prend
Léon;et AMhemlus le nomme respectueusement, doml~ nuset paier mou princepssaeratmiinut Léo. (Vojest Novell. Anthem. , tit. u , m , p. 38 , ad caUtni. Cod. Tlieod.)
a L'expédition d'Heraclhis est obscurcie d'un grand nombre de difficultés. (Tulemont, Hist. des Emper., t. «, p. 640); et il tant tuer avec circonspection des circonstances fournies par le récit de Théophane , pour ne pas con- Irarier l'autorité plus respectable de Proeope.
* La marche de Caton depuis Bérénice, dans la provincede Cjrtne , était beaucoup plus longue que celte d'Héradtus depuis Tripoli Calon traversa les saMeada désert en lrcnlejoursJenwiTl!e,elilluifelliits"approTisionner en outre des nécessité* ordinaires, d*nn grand nombre d'où-
marche pénible, l'armée impériale sous les murs de Canliage. La nouvelle de ses succès arracha de Genseric quelques propositions de paix insidieuses; mais son inquiétude redoubla, lorsqu'il apprit la réconciliation du comte Marcellinus avec les deux empires. Le patrice, renonçant à son indépendance, s'était déterminé à reconnaître l'autorité d'Anthemius, qu'il avait accompagné à Rome. Les flottes de Dalmatie furent reçues dans les ports d'Italie; la valeur active de Marcellinus expulsa les Vandales de la Sardaigne ; et les efforts de l'empire d'Occident, tout languis- Bans qu'ils fussent, ajoutèrent cependant quelques forces aux préparatifs immenses des Romains orientaux. On a fait l'évaluation exacte de l'armement naval que Léon envoya contre les Vandales d'Afrique, et elle nous donnera une idée de l'opulence de l'empire au moment de sa décadence. Les domaines de l'empereur fournirent dix-sept mille livres pesant d'or, et les préfets du prétoire levèrent sur les provinces sept cent mille livres d'argent. Mais les villes furent réduites à la plus extrême pauvreté; et le calcul des amendes et des confiscations, considérées comme une partie importante du revenu, ne donne pas une grande idée de la douceur et de l'équité de l'administration. Toutes les dépenses de la campagne d'Afrique, de quelque moyen qu'on se soit servi pour les défrayer, montèrent a la somme de cent trente mille livres d'or, environ cinq millions deux cent mille livres sterling , dans un temps où, à en juger par le prix de comparaison des grains, l'argent devait avoir un peu plus de valeur que dans le siècle présent '. La flotte qui cingla de Constantinople
très pleines d'eau, et de plusieurs /w/Ui, auiquelB on supposait l'art de guérir, en les suçant , les blessures des serpensdeleur pays. (Voyez Plularque, in Colon Utfceut, t. iv, p. 275; Slrabon ,Giograph., l.'xvn, p. n«3.)
i La somme totale est clairement énoncée par Procope(de Bclt. Fondai., I. i,c 6, p. 191). Les parties séparées dont elle était formée, et que Tillemonl (Hist. des Emper., L ri, p. 396) a péniblement extraites des «crivains de Byzance , sont moins authentiques et moins intéressantes. L'historien Malchus déplore la misère publique (Excerpt. ex Saidd in corp. Hist. Byzant. , p. 58), mais c'est sûrement à tort qu'il arcuse Léon d'avoir entassé dans son trésor les sommes qui! avait arrachées au peuple.
à Canliage était composée de onze cent trente vaisseaux, et le nombre des matelots et des soldats excédait celui de cent mille. On en confia le commandement a Basiliscus, frère de l'impératrice Vorine. Sa sœur , femme de Léon, avait exagéré le mérite de ses anciens exploits contre les Scythes ; mais la guerre d' Afrique fit connaître sa perfidie ou son incapacité ; et ses amis furent réduits , pour sauver sa réputation militaire, à convenir qu'il s'était entendu avec Aspar ppur épargner Genseric et trahir la dernière espérance de l'empire d'Occident.
L'expérience a démontré que le succès d'une invasion dépend presque toujours de la vigueur et de la célérité des opérations. Le moindre délai peut devenir de la plus funeste conséquence. Le courage el la santé des soldats déclinent sous un climat étranger; leur ardeur se ralentit, et les forces rassemblées par un effort pénible et peut-êLre irréparable se consument inutilement. Chaque instant perdu en négociations accoutume l'ennemi à contempler de sang-froid ce que la première impression lui avait peint comme irrésistible. La (loue formidable de Basiliscus aiteignit sans accident la côte d'Afrique. II débarqua ses troupes au cap Bona , ou sur le promontoire de Mercure, à environ quarante milles de Cannage *. L'armée d'Heracliuset la flotte de Marcellinus joignirent ou secondèrent le général de l'empereur, et les Vandales furent vaincus parterre et par mer, partout où ils voulurent s'opposer à eux *. Si Basiliscus eut saisi le moment de la consternation pour marcher sur la capitale , Canliage se serait nécessairement rendue, et le royaume des Vandales était anéanti. Genseric considéra le danger en homme de courage, et l'éluda avec sa vieille habileté. Il offrit respectueusement de soumettre sa personne et ses états à la
< Ce promontoire est i quarante railles de Carlhage (PnTco/>.,l.i,c6,p.132,)eta vingt lieues de la Sicile. (Voyage de Shaw, p. 89.) Scipion aborda plus avant dans la baie au promontoire Blanc. (Voyez la description de Tite-Live. mu, 26, 27.)
* Thdophane (p. 100) affirme que plusieurs vaisseaux des Vandales coulèrent bas. Un doit entendre dans un sens trts-BDdiflé le témoignage de Jornandés, lorsqu'il assure que Basiliscus attaqua Cartilage. (Jornandei tfc regn.)
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(462 dep. J.-C.) discrétion de l'empereur; mais il demanda une trêve de cinq jours pour stipuler les articles desa soumission ; et sa libéralité, si l'on peut en croire l'opinion universelle de ce siècle, lui fit aisément obtenir le succès deceite demande insidieuse. Au lieu de se refuser aveefermeté aux sollicitations de son ennemi, le coupable ou crédule Basiliscus consentit à cette trêve funeste , et se conduisit avec aussi peu de précautions que s'il eût été déjà le maître de l'Afrique. Dans ce court intervalle, les vents devinrent favorables aux desseins de Genserîc. II fit monter sur ses plus grand s vaisseaux de guerre les plus déterminés de ses soldats; ils louèrent après eux de grandes barques remplies ik; matières combustibles, et,aprèsy avoir misle feu, ils les dirigèrent pendant la nuit au milieu de la Ûotte fimemic sur laquelle le vent les portait. Les Romains furent éveillés par la vue des flammes qui consumaient leurs vaisseaux; et, comme ils étaient serrés les uns contre les autres, le feu s'y communiquait avec rapidité. L'obscurité, le bruit des vents , le craquement des bois, les cris- des matelots et des soldats qui' ne savaient ni obéir ni commander,'augmentaient le désordre et la terreur des Romains. Tandis qu'ils tâchaient de s'éloigner des brûlots , et de sauver une parlie de la flotte, les galères de Genseric les assaillirent de tous cotés, et une partie des vaisseaux sauvés des flammes devinrent la proie des Vandales. Au milieu des événemens de cette nuit désastreuse, Jean , un des principaux officiers de Basiliscus, a su par son courage héroïque, ou plu tôt désespéré, arracher son nom de l'oubli. Lorsque le vaisseau qu'il avait bravement défendu fut presque consumé par les flammes, il refusa la pitié et l'estime deGenso, fils de Genseric; et, se précipitant tout armé dans la mer, il s'écria, en disparaissant sousles vagues, iqu'il ne vou- ' lait point tomber vivant dans les mains de » ces misérables impics. * Mais le méprisable Basiliscus, étranger à cenoble courage et placé an poste Le plus éloigné de toutdanger, prit honteusement la fuite dès le commencement du combat, retourna précipitamment à Constantinople après avoir perdu moitié de sa flotte et de son armée, et se réfugia dans
le sanctuaire de Sainte-Sophie, où il attendit que sa sœur eût obtenu par ses prières et ses larmes le pardon de l'empereur indigné. Héraclius lit sa retraite à travers le désert ; Marcellinus se retira en Sicile, oit il fut assassiné par l'un de ses propres officiers, à l'instigation sansdoute de Ricimer, et le roi dès Vandales apprit avec surprise et satisfaction que les Romains s'empressaient eux-mêmes de le débarrasser de .ses plus formidables adversaires ', Après le mauvais succès de cette grande expédition , Genseric reprit l'empire des mers, et les côtes de l'Italie, de la Grèce et de l'Asie, éprouvèrent tour à tour les fureurs de sa vengeance et de sou avidité. La Sardaigne et Tripoli rentrèrent sous son obéissance; il ajouta la Sicile a ses provinces, et vit avant la lin de sa longue et glorieuse via la destruction totale de l'empire d'Occident '. Durant tout le cours de son règne, le monarque africain cultiva soigneusement l'amitié des barbares de l'Europe, dont il se servait habilement pour faire des diversions contre les deux empires. Après la mort d'Attila, il renouvela son alliance avec les Visigoths de la Gaule; et les fils du premier Théodoric, qui régnèrent successivement sur cette nation guerrière, oublièrent aisément par des vues d'intérêt l'affront cruel que leur sœur' avait reçu de Genseric. La mort de l'empereur Majorien délivra le second Théodoric des liens de la crainte et. peut-être de l'honneur; il viola le traité récemment conclu avec les Romains, et sa perfidie lui valut
1 DamasciiiSjinPll. Iwlor. apadPkot., p. 1048. En comparant les trois courtes chroniques de ces temps, il stBilIe résulter que Harcellious combattit prè» de Cartilage , et qu'il fut tué eu Sicile.
* Pour ta guerre d'Afrique , voyez Procope ( de Bell. Fondai, 1. 1, c. 6, p. 191 , 132, 193); Théophane (pas. 99, 100, 101); Cedreuus(p. 349, 350),et Zonare(l. n , 1. 14, p. 50, 51 ). Montesquieu ( Considérations sur fa grandeur, etc., c 20, Un, p. 497) a tait une observation Judicieuse sur le mauvais succès de cet armement naval.
a Jornandès est le meilleur guide pnur les rognes de Théodoric II el d'Euric. (De Rébus GcticLs, e.41 47, p. 676-081.) Idiicius finit trop loi, et Isidore est trop réservé sur les affaires d'Espagne , dont il aurait pu rendre compte. L'abbé Dubos (dans son troisième livre de l'Hisl. crit.,i. i, p. 424-620). aédalrdlescvénemens relalits â la Gaule.
le vaste territoire de Narbonne, qu'il réunit a ses états. Par une politique méprisable, Ri* cimer l'encourageait à envahir les provinces qui obéissaient à son rival A^gidius. Mais l'activité du comte défendit Arles, remporta une victoire à Orléans, sauva la Gaule, et arrêta, tant qu'il vécàt, les progrès des Visigoths. Leur ambition ne tarda pas à se rallumer , et le dessein d'arracher la Gaule et l'Espagne au gouvernement romain fut conçu et presque entièrement exécuté sous le règne d'F.iiric, qui assassina son frère Théodoric, et déploya avec plus de férocité de très-grands talens politiques et militaires. Il passa les Pyrénées & In tète tfune armée nombreuse, soumit les villes de Saragosse et de Pampelune, vainquit, en bataille rangée, la noblesse guerrière de ta province tarragonaise,. porta ses armes victorieuses Jusqu'au cœur de la Lnsitanie, et laissa jouir les Suèves de la possession tranquille de la Galice, sons l'autorité de la monarchie des Goifas d'Espagne *. Les entreprises d'Euric ne furent pas moins vigoureuses et n'eurent pas moins de succès dans la Gaule; et, depuis les Pyrénées jusqu'à» Rhône et a la Loire, TAuvergne et le Rerri furent les seuls diocèses qui refusèrent de le reconnaître pour maître*. Dans la défense de Clermont, chef-lieu du pays , les Auvergnats souffrirent avec intrépidité les fatigues de la guerre et les fléaux de la peste et de la famine. Les Visigoths, forcés d'abandonner le siège, renoncèrent pour le moment à cette conquête. La jeunesse de la province était animée par la valeur héroïque et presque incroyable d'Ecdicius, Gis de l'empereur Avïtus *. Suivi de dix-huit cavaliers, il osa sortir de la ville et braver l'armée des Goths ; et, après avoir escarmouche quelques instans, il se retira sans perte dans les murs de Clermont. Sa générosité était égale à son courage ; il nourrit quatre mille pauvres dans un
; i Voy** Abrita», ffûf. Sispan., l.i,l. », c. 5 ,p, 162.
* On trouve un tableau impartait de la Gaule, et principalement de l'Auvergne, dans Sidonius, qui .comme sénateur et ensuite comme évéque, s'intéressait virement M sort de son pays. (Vor. I. v.éptLi, v, rx, etc.)
'Sidonius, L m, eptt,3, p. 6MS8 ; Greg. deToars, 1. h, c 24, du t. u, p, 174; Jornaudes, c. 45, p. 675. Ecdidua n'était peut-être que le beau-fils d'AvUus, et ne d'un premier mariage delà femme de cet empereur.
(462 dép. J.-C.) temps de disette , et leva à ses propres dépens une armée de Bourguignons pour la défense de l'Auvergne. Les sujets fidèles de la Gaule n'attendaient pins leur délivrance et leur liberté que de son courage ; mais ce courage ne suffisait pas pour sauver de sa ruine prochaine un pays dont les habïtans attendaient son exemple et son autorité pour savoir lequel ils devaient préférer de l'exil ou de la servitude '. La confiance publique était perdue, les ressources de l'état étaient épuisées, et les Gaulois avaient trop de raisons de croire qu'Anthemius, qui régnait' en Italie , était incapable de protéger ses sujets au-delà des Alpes. Le faible empereur ne pat lever pour leur défense, qu'un corps de douze mille Bretons auxiliaires. Riothamus, on des rois on chefs indépendans de cette lie, consentit! transporter ses troupes dans la Gaule ; il remonta la Loire, et établit ses quartiers dans le Berrl, on les peuples eurent beaucoup a se plaindre de ces alliés sauvages jusqu'au moment où les Visigoths les détruisirent on les dispersèrent \
Le procès «la condamnation du préfet Arvandus sont un des derniers actes d'autorité que le sénat romain ait exercée sur les sujets de la Gaule. Sidonius, qui se félicitait de vivre sous un règne où il était permis de plaindre et de consoler un criminel d'état, avoue avec franchise les indiscrétions et les fautes de son ami *. Les périls auxquels Arvandus avait échappé , lui inspirèrent moins de sagesse que de présomption, et il se conduisit dans toutes les occasions avec
■ Si hullce a repubticà vins , judla prcrsiUia , xi milite, quantum rumorest , JntAemii principii opes statult, teauctore. Habilitas sta patriam dimiliere. Mu ecpUias. (Sttoo, 1. h , épit.i, p. 33.) Ca-denutn mols(uot., p. 25) peuvent sigrtner Ulaasore défraie , dont Sidonius fit choix lui-même.
i On peut suivre l'histoire de ces Bretons dans Jornaudes (e. 45, p. 678), Sidonius ;i. ro.éptl.», p. 73, 74), etGrëg. de Tours (1. n, c 18,du 1. 2, p. 170). Sidonius qui appelle ces Ireupes mercenaires, argutos-, mrmatos , tumultmaot,virtute, numéro, eontubemio, contumaces, prend, tapxlantdeleur général, le ton de l'estime et de l'amitié.
3 Voyez Sidonius fl. i, épîl. 7, p. 15-20) et les notes de Sirmond. CeUeleUre Tait autant d'honneur a son eœcr qu'a son esprit. La prose de Sidonius; quoiqu'un peu défigurée par l'atledatloa et le mauvais goût , est infiniment préférable* ses vers insipide*. ■
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(«Jïilcp. S.-C.) PAR ED. GIBBON. XH. XXXVI.
tant d'imprudence, qu'on doit moins s'étonner de sa chute que de ses succès. La seconde préfecture 'qu'il obtint après le terme de cinq ans effaça tout le mérite de sa première administration. Son caractère facile fut corrompu par la flatterie et exaspéré par l'opposition. Forcé de dépouiller sa province pour apaiser fies propres créanciers, il offensa les nobles de la Gaule par l'insolence de sa tyrannie, et succomba sous le poids de la haine publique. Le mandat impérial qui le révoquait lui ordonnait en même temps de se justifier devant le sénat ; et il passa la mer de Toscane avec un vent favorable, qu'il regarda comme le présage de ses succès. On conservait encore du respect pour le rang de préfet. Arvandus, en arrivant à Rome, fut confié plutôt aux soins qu'a la garde de Flavius Asellus, comte des sacrées largesses, qui demeurait dans le Capitole '. Les quatre députés de la Gaule , ses accusateurs, distingués par leur naissance , leurs dignités et leur éloquence le poursuivirent vigoureusement. Us intentèrent une action civile et criminelle au nom d'une grande province, -et aeloo les formes ordinaires de la jurisprudence romaine, avec la demande de restitutions équivalentes aux pertes des particuliers, et d'une punition qui pût satisfaire la justice. Les chefs d'accusation étaient violens et en grand nombre; mais les adversaires d' Arvandus fondaient leur principale espérance sur une lettre qu'ils avaient interceptée, et dont le témoignage de son secrétaire l'accusait d'être l'auteur. Dans cette lettre, on détournait leroi desVisigoths de faire la paix avec l'empereur grec ; on conseillait l'attaque contre les Bretons sur les bords de la Loire, et on recommandait de partager la Gaule, selon les lois des nations, entre les Visigoths et les Bourguignons *. Ces projets dangereux, qu'on ne pouvait
■ Quand ta Capitole ce» d'être un temple, on. en fit la demeure dwmigistrat*eï»ils,et 11 est encore la résidente du sénateur romain. On permettait an bijoutiers, «te, etc., d'étaler leurs marchandises sous les portiques.
> • Htre adregem Gotbonun ebirta ridebatur emiUi,
■ pou?» cuo gneco imperatore dissuadera, BrUannot
■ super Ligerim silos impugoari opporWe demonstrans ,
■ cutn Burgundionibui jura gtnliiua tialiias dividi de-
■ bere coaQrmaas. *
pallier que par l'aveu- de vanité et d'indiscrétion, étaient susceptibles d'une interprétation très-criminelle; etlesdéputésctaient convenus de ne produire cette pièce irrécusable qu'au moment décisif. Mais le zèle de Sidonius découvrit leur intention. 11 avertit sur-le-champ le criminel de son danger , et le blâma, du ton obligeant de l'intérêt, d'avoir toujours rejeté avec hauteur tes conseils de ses amis les plus sincères: Avant d'être instruit de ce qui le menaçait , Arvandus se montrait dans le Capitole en robe de candidat, saluait d'un air de tranquillité, acceptait les offres de services, examinait les boutiques des marchands, les soieries et les pierres précieuses, tantôt de l'œil indifférent d'un spectateur, et tantôt avec l'attention d'un homme qui voulait acheter , se plaignant toujours des temps, du sénat, du prince, et des délais de la justice. Il n'eut pas long-temps lieu de s'en plaindre. On annonça le jour de son jugement, et Arvandus parut avec ses accusateurs devant la nombreuse assemblée du sénat romain. La contenance triste des députés intéressait lea juges en leur faveur, et ils étaient scandalisés de l'air libre et de l'habillement magnifique de leur adversaire. Lorsque le préfet Arvandus et Je premier des députés de la Gaule furent conduit» à leurs puces, sur le banc des sénateurs, on remarqua le même contraste d'orgueil et de modestie dans leur maintien. Dans ce jugement, image de l'ancienne république, les Gaulois exposèrent avec force et liberté les griefs de la province; et, lorsque l'audience parut suffisamment animée contre le préfet, ils firent la lecture de la fatale letiro, Arvandus fondait, sa présomption opiniâtre sur ce qu'on ne pouvait pas, disait-il, convaincre de trahison un sujet qni n'avait ni conspiré contre le souverain, ni tenté d'usurper là pourpre. A la lecture de la lettre, il déclara d'une voix haute et à plusieurs reprises qu'il en était bien réellement l'auteur, et sa surprise égala son effroi, lorsque, d'une voix unanime, les sénateurs le déclarèrent coupable de haute trahison. Le décret le dégrada du rang de préfet à celui de plébéien, et des esclaves le traînèrent ignominieusement en prison. Après un délaide quinze jours, le sénat s'assembla une seconde fois pour pro-
noncer sa sentence de mort. Hais, tandis qu'il attendait douloureusement dans i'ile d'Esculape l'expiration des trente jours accordés par une ancienne loi aux plus vils malfaiteurs ', ses. amis agirent auprès de l'empereur ; Anthemius s'apaisa, et le préfet de la Gaule en fut quille pour l'exil cl la confiscation. Les fautes d'Arvandus pouvaient mériter quelque indulgence ; mais l'impunité de Seronatus fut la honte de la justice romaine, jusqu'au moment où les plaintes des Auvergnats le firent condamner et exécuter. Ce ministre perfide, le Catilina de son siècle et de sou pays, était eu correspondance avec les Visigoths pour, trahir la province qu'il tyrannisait. Son avarice inventait chaque jour de nouveaux impôts et découvrait d'ancieus crimes; et ses vices extravagans auraient inspiré le mépris , s'ils n'eussent pas fait naître un sentiment de crainte et d'horreur*.
De tels coupables n'étaient pas hors de l'atteinte de la justice; mais, quels que fussent les crimes de Ricimer, ce puissant barbare pouvait ou résister, ou négocier avec le souverain dont il avait daigné devenir le gendre. La discorde et le malheur troublèrent bientôt le règne heureux et paisible qu'Autheinius avait fait espérer à l'Occident. Ricimer, las de voir un supérieur dont il se méfiait peut-être, quitta Rome, et fixa sa résidence à Milan, dont la position avantageuse lui facilitait les moyens d'appeler ou de repousser les barbares qui habitaient entre les Alpes et le Danube *. L'Italie se trouva insensiblement djvisée en deux royaumes indépendans et jaloux ; et les nobles de la Ligurie , qui pre-
i Senatut-eoiuidtamTiberianum. (Sirmond., A'oi., p. 17.) Hais celle toi n'admettait que dix jours entre La semence et l'exécution , ce fui Théodose qui ajouta les vingt autres.
i Catilina taculinostri.(iiionius,\. u, K\iil. 1, p.33, l.y, éptt. 13, p.. 14Ï; 1. vu,e|jil. 7, p. 185). 11 parle arec horreur des crimes de Scronalus, et applaudit a sa mort , peut -cire avec l'indignation d'un citoyen vertueux et peut-être avec la naine seercte d'un ennemi personnel.
a Ricimer défit, sous le règne d'Anutetnius , et Uiade ta propre main Beorgor, roi des Alaius, dans une bataille, rjornand. c. 45,p.G78 ). Saswur épousa leroi desllourf t il conserva toujours des liaisons avec la coie de Sueves établis dans la ftorique et la Pannonie.
(462 dep. J.-C.) voyaient l'approche funeste d'une guerre civile, supplièrent humblement le patrice d'avoir compassion de leur pays. * Je suis encore
* disposé, répondit Ricimer du tond'unein-
> solente modération i a vivre en bonne ami-
> lié avec le Galatien ' : maïs qui osera eo-
> treprendre Je calmer sa colère ou d'appri-
* voîser son orgueil, que notre soumission
* ne fait qu'augmenter ? > Us lui indiquèrent Epiphane, évoque de Pavie*, qui joignait, disaient-ils, la prudence du serpent à l'innocence de la colombe, et paraissaient certainsque l'éloquenced'un tel ambassadeur triompberaitde tous les obstacles que pourraient lai opposer les intérêts et les passions. Ricimer se rendità leur opinion; et, investi des fonction» bienveillantes de médiateur, Epiphane partit sur-le-chainp pour Rome, où U fut reçu avec fis honneurs dus à son mérite et à sa réputation. On imaginera facilement le discours d'un évoque en faveur de la paix; il prouva que dans toutes sortes de circonstances le pardon des injures était nécessairement un -acte de bonté, de grandeur d'âme ou de prudence , et il représenta sérieusement à l'empereur qu'une guerre contre un barbare emporté ne pourrait être que ruineuse pour ses états, et peut-être funeste pour lui-même. Anthemius reconnaissait la vérité de ces maximes; mais la conduite de Ricimer excitait vivement sou indignation, et la colère lui inspira de l'éloquence et de l'énergie. < Quelles faveurs ,
> s'écria-t-il, avons-nous refusées à cet in-
* grat ? Combien d'insultes n'avons-nous pas
* dissimulées ? N'ai-je pas dérogé peur lut » ù la majesté impériale; et, en lui donnant ■ ma fille, n'ai-je pas sacrifié mon propre a sang à la tranquillité de la république? Les
* libéralités qui auraient du m' attacher éter-
' Galatam coacUatmn. Sirmond , dans ses notes sur
Eflcodius .applique cette expression t An tnejuius lui-mime. L'empereur était probablement né dans la Calatie, dont ou accusait les habilans de réunir les vices des peuples sauvages à ceux des nations civilisées et corrompues.
a Epiphane occupa trente ans iè siège épiscopal de Pavie, A. D. 467-497. (Vov. Tillem., Mém. ËecUs., t. an, p. 788.) Son nom et ses actions seraient demeurés incon nus A la postérité, si Ennodius, un de ses successeurs, n'avait pas écrit sa vie. (Sirmond, Optra, 1. 1, 1647-1 KO;, dans laquelle il le représente comme un des plu grands génies de son siècle.
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(472 (îep. J.-C.) PAR ED. GIBBON. CH. XXXVI
> nettement Ricimer n'ont servi qu'à l'ir-
• Hier contre son bienfaiteur. Combien de t guerres n'a-t-il point suscitées à l'empire? ■ Combien de fois n'a-t-il passecondé la fureur
• des ennemis? Dois-je encore accepter ses
• protestations d'amitié perfides ? Et ptiis-je » espérer qu'après avoir manqué à tous les
> devoirs d'un fils, il respectera la foi d'un
> traité? * Mais le ressentiment d'Anthemïus s'évapora avec ses plaintes. Il céda insensiblement aux demandes d'Épiphane, et le préfet retourna dans son diocèse avec la satisfaction d'avoir rendu la paix à l'Italie par une réconciliation *, dont on pouvait raisonnablement réroquer en doute la durée et la sincérité. L'empereur pardonna par faiblesse, et Ricimer suspendit ses desseins ambitieux pour préparer en secret les moyens de renverser le trône d'Anihemius. Se dépouillant alors du masque de la modération, il augmenta son armée d'un corps nombreux de ïtourguU gnons etdeSuèves orientaux, refusa tOHte soumission a l'empereur grec, marcha de Milan aux portes de Rome, et campa sur les bords de l'Anio, en attendant l'arrivée d'Olybrius , dont il voulait faire un nouvel empereur.
Olybrtus, descendant de la famille Anicienne, pouvait se regarder comme l'héritier légitime de l'empired'Occident. Il avait épousé Placidie, la plus jeune des filles de Valentinien,après son retour d'Afrique, ou Genseric retenait encore sa sœur Eudoxie, femme ou plutôt esclave de son fils Hunneric. Le roi des Vandales menaça de soutenir les droits de son allié, et allégua pour motif de la guerre le refus que le peuple et le sénat romain faisaient de reconnaître leur prince légitime/ et la préférence qu'il» avaient donnée injustement à un étranger ». La protection de l'ennemi public augmentait sans doute l'aversion des Italiens pour Olybrius ; mais, en méditant la ruine d'Anthemius, Ricimer s'était assuré
is (p. 165G-18M) rend rompu d'Epiphane, et son récit, tout verbeux et ampoulé qu'il est, éclaircit quelques circonslances intéressantes delà chute de l'empire d'Occident.
i Prisme. Hxcerpt, légation. ; p. 74, Pneop., de Bett. fondai., 1. 1, c. 6, p. 191. Apre* la «tort de Majorien , Eudorâ et u fine obtinrent la liber lé. Peut-être aceorda-t-on les honneurs du consolai a Olj brios, comme
d'un candidat dont le nom illustre et l'alltance auguste pussent pallier la perfidie de sa révolte. Le mari de Placidie , élevé à la dignité consulaire comme la plupart de ses ancêtres , aurait pu jouir paisiblement de son opulence à Constantinople; et îl ne semble pas qn'il fût donéd'nn de ces génies trop vastes ou trop actifs, pour ne pouvoir s'occuper d'autre chose que de l'administration d'un empire. Cependant Olybrius céda aux sollicitations de ses amis, peut-être aux importuuités de sa femme, se précipita inconsidérément dans les dangers d'une guerre civile, et accepta, avec l'approbation secrète de l'empereur Léon, un diadème qu'un barbare donnait et reprenait au gré de son caprice. Genseric , maître de la mer, fit débarquer sans obstacle le mari de Placidie à Ravenne ou au port d'Oslie , et l'empereur futur se rendit au camp de Ricimer, où il fut reçu comme le monarque de l'Occident '.
Le patrice, qui avait étendu ses postes depuis l'Anio jusqu'au pont de Milvius , était déjà le maître de deux quartiers de Rome, le Janicule et le Vatican, que le Tibre séparait du reste de In ville *; et on peut conjecturer qu'une assemblée d'un petit nombre de sénateurs proclamèrent Olybrius, en imitant les formes ordinaires de la république. Mais le peuple et le corps du sénat restèrent fidèles à Antfiemius; et le secours d'une armée de Visigoths prolongea durant trois mois son règne et les calamités publiques, qui furent accompagnées de la peste et de la
> La durée du règne d'Olybrius fixe la date de sou arrivée, quoi qu'en puisse dire l'agi; Théophane et la Chronique l'asc.h. conviennent du consentement de l'empereur Léon. Nous ignorons quels étaient ses motifs, et notre ignorance s'étend à presque tous tes laits publics et inléressaos de ces temps obscurs.
î Des quatorze quartiers dont Rome était composée du temps d'Auguste, d'après la division que ce prince en mil faite, il n'y en avait qu'un sur le esté toscan du Tibre, et c'était le Janicule; mais dans le cinquième siècle le faubourg du Vatican formait une partie considérable de la *ille; et dans la distribution ecclésiastique nouvellement fuite par Simpticius, pape régnant, deux des sept paroisses de Home dépendirent de l'église de Sa i ni- Pierre. (Vovei Nardini, Borna Anttea, p. 67.) Je serais forcé d« (aire une dissertation aussi fastidieuse que longue , si je roulais indiquer exactement toutes tes circonstances où Je travaille a m point m écarter de la topographie de et savant Romain,
Jamine- Enfin Iticimer fit attaquer vigoureusement le pont d'Adrien ou de Saint-Ange, et les Gotlis le défendirent avec intrépidité jusqu'à la mort de leur cbef Gilimer. Après avoir abattu cet obstacle, les troupes victorieuses pénétrèrent jusque dans le cœur de la ville, et Rome, dit un pape contemporain, fut saccagée par les fureurs civiles de IUcimeret d'Antbemius '■ Ou arracha l'infortuné Anlbentius de sa retraite ; et il fut inhumainement massacré par l'ordre de son beau-fils, qui ajouta ainsi par sa mort un troisième ou peut-être un quatrième empereur au nombre de ses victimes. Les soldats, qui réunissaient les fureurs de citoyens factieux à la férocité des nations barbares, se rassasièrent impunément de meurtres et de pillage. La foule des esclaves et des plébéiens, qui ne prenaient point d'intérêt à l'événement, ne pouvait que gagnerait désordre; et le tumulte de Rome présentait l'étrange contraste d'une cruauté réfléchie et d'une licence effrénée *. Quarante jours après cet événement funeste, une maladie douloureuse délivra l'Italie du tyran Ricimer, qui légua le commandement de «on armée a son neveu Gundobald, un des princes bourguignons. Dans la même année, tous les principaux acteurs de cette révolution disparurent de la scène, et le règne d'Olybrîus, dont la mort parait avoir été naturelle, se trouve renfermé dans* le cours de sept mois. Il laissa une fille de son mariage avec Placîdie, et la famille du grand Théodose, transplantée d'Espagne à Constantinople, se propagea du coté maternel jusqu'à la huitième génération *.
I Nuper Ànthemii et Ricimera oiviii ftirore tubvenaest. (Gelai-, in Ep'al. ad Jndromack., apuii Baron., A. D. 496, a. 42.) Si&onius (L i , 1. 14, de occidentaii Jmperio, p. 542, 543) et Muralorl (Aimait d'Itatia, t. iv, p. 30S, 309) ont éclairé celle scène sanglante et obscure avec le secours d'un manuscrit mains imparfait Aei'UUtor.MUceU.
z Telle avait été la taxa ac déforma urbe tctd faciès, lorsque Rome rut assaillie et emportée par les soldats de Vespasien. (Voy. Tarit, llist., m, 82, 83, et tontes les espèces de désordre avaient acquis depuis beaucoup d'acthité. Tous les siècles présentent à peu près Les mimes calamités, mats ils ne produisent pas tous des Tacites pour les décrire.
a Voyez Ducaage, Familia Byzantin., p, 74 . 75. Arcobinde, qui puait avoir épousé la nièce de l'empereur
EMPIRE ROMAIN , (475 dep. J.-C.)
Tandis que l'Italie , sans maître , était abandonnée aux fureurs des barbares ', le conseil de Léon s'occupait sérieusement de l'élection d'un nouveau collègue. L'impératrice Vérinc, jalouse d'élever sa propre famille, avait marié une de ses nièces à Julius Nepos, qui régnait snr la Dalmatie depuis la mort de son oncle Marcellintis ; et cette possession paisible valait infiniment mieux que le titre d'empereur d'Occident qu'on le força d'accepter. Mais la cour de Byzance agissait avec tant de lenteur et d'irrésolution, que plusieurs mois s'écoulèrent après la mort d'Antbemius et même d'Olybrius, sans que celui qui devait leur succéder put se montrer à ses sujets d'Italie avec des forces imposantes. Dans cet intervalle, Gundobald revêtit de la pourpre un de ses soldats, nommé Glycerius ; mais le prince bourguignon manqua de moyens ou de volonté pour allumer une guerre civile en faveur de son protégé. Son ambition personnelle le rappela au-delà des Alpes \ et son client troqua le diadème d'empereur de l'Occident pour la mitre d'evêque de Salone. Après s'être défait de son compétiteur, Nepos fut reconnu par les Italiens, par le sénat, et par les provinces de la Gaule. On célébra ses vertus morales et ses talens militaires; et ceux qui tiraient quelque avantage de son gouvernement annoncèrent hardiment le retour de la prospérité publique *. En moins d'une année leurs espérances, en supposant qu'ils en eussent, furent complètement dé-
Jusliaien, était le huitième descendant du premier Theo-
dDM.
i Tbéopbaiie (p. 102) amie tue idée impartait* des dernières révolutions de l'empire d'Occident, ainsi que Jornandes (c. 45, p. 678 }, la chronique de Maneuinus et les rragmens d'un auteur anonyme , publiés par Valois 1 la Ba d'Ammien (p. 716, 717.) Si Pholius n'eût pas été si concis, nous aurions pu tirer de grands secours des histoires contemporaines de Matai)» et de Oaadâdns.
a Votez Greg. de Tours, 1. u,c. 28, du tourna, p. 175; Dubos, liist. eriliq. t. i, p. 613. Par b mort ou par le meurtre de ses deui frères, Gundebald acquit la possession enlièredu royaume de Bourgogne, dont la discorda hâta la destruction.
a Juiias Ntpet omit pariter fanants auguttus ae moribttt. Sidonius (I. v, épi!. 16,p. 146.). NefMs donna a Ecdkius le titre de palrnequ'Anlhemius lui avait promis. DecesHoris Jntàemiifidtm aisohit. {Voy. I. nu , Ep. 7, p. 234.)
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(472dep.J.-C.) truilcs, et son règne court et honteux n'offre pour tout événement qu'un traité de paix qui cédait l'A uvergne aux Visigoths. L'*mpercur d'Italie sacrifia les plus fidèles sujets de la Gaule à sa sûreté personnelle *; mais son repos n'en fut pas moins troublé par la révolte des barbares confédérés, qui partirent de Rome sous la conduite d'Oreste, leur commandant, pour l'assiéger dans Ra vernie. Au lieu de mettre sa confiance dans la force de la place, Nepos s'enfuit précipitamment sur ses vaisseaux , et se retira dans la principauté deDalmatie, sur la côte opposée de la mer Adriatique. Au moyen de cette honteuse abdication, il traîna sa vie, ou plutôt son exil, durant cinq années, jusqu'au moment ou le perfide Glycerius, évéquede Salone, l'assassina, et fut élevé, peut-être pour prix de son crime, au siège archiépiscopal de Milan*.
Les nations qui avaient maintenu leur in* dépendance depuis la mort d'Attila étaient établies, par droit de conquête ou de possession, dans les vastes pays situés au nord du Danube ou dans les provinces romaines entre ce fleuve et les Alpes. Mais leur plus bravejeuuesse suivait les drapeaux dos confédérés qui défendaient et opprimaient l'Italie * ; et leurs bandes étaient composées en majeure partie d'Hérules, de. Scyrres , d'Alains, de Turcilinges, et de Hugiens, Oreste *, fils de Tatullusot père du dernier empereur de l'Occident, suivit l'exemple de ses compatriotes. Oreste,
* Nepos envoya Épipfaane eomnnne ambassadeur chei les VisigoUis , pour Axer fines ânptruitalki. (Ennodîus.in Sirnwnd. , 1. 1, p. 1665-1669.) Son discours pathétique déguisa le seeret honteux qui radia depuis les reproches amers et Justat de l'éreque de Clenuont.
zMaknwap. Jfeo&.p. tr2 ; Entiodius, lîpigr. tuui, in Sirmond. Optra, t. i, p. ISJtt. Ou pourrait cependant élever quelques doutes sur 1 identité de l'empereur et de l'ardiertqpe.
î Retatimneat an mercenaire* qui renversèrent l'empire cTOetloent, nous suivons Proeope, de BeU.Gothice, I. i,c. i,p. 30B. L'opinion f-inérale et quelques écriraiBS tres-modeTMS représentent mal à propos Udoaere comme un monarque étranger qui ernuhit l'Italie avec une armée de ses sujets naturels.
1 Orestës , qui eo temport, qiutndo Attila mi Italiam venit,.ieillijunxit,e( ejus nctarlut foetus /\tcrai.(\acnym.Vales., p. 7(6.) Il se trompe sur la date ; mais son opinion parait .rondée, lorsqu'il assure que leseerélaire d'Attila fut le pèred'Augustule.
PAHED.GlBBON.cn XXXVI.
SGÏ
dont nous avons déjà eu occasion de parler dans cette histoire , n'avait jamais trahi son pays. La naissance et la fortone le plaçaient au nombre des pins illustres sujets de la Pannonie. Lorsque les Romains cédèrent cette province aux Huns, il entra au service d'Attila, son souverain légitime, devint son secrétaire, et fut envoyé plusieurs fois en ambassade à Constantin ople , où il représenta la personne et déclara les ordres de son impérieux monarque. La mort du conquérant lui rendit la liberté; et Oreste put honorablement refuser de suivre les fils d'Attila dans les déserts de la Scythie, et d'obéir aux Ostrogotbs, qui avaient envahi la Pannonie. Il aima mieux servir les, successeurs de Valentinien.Sestatens, sa «Heur et son expérience lui frayèrent un chemin rapide dans la profession militaire, et il dut à la faveur de Nepos les dignités de patrlce et de matue-général des armées. Elles étaient accoutumées depuis long-temps a respecter la personne et l'autorité d'Oresle, qui affectait leurs manières, parlait leur langue, et vivait en intimité avec tous leurs chefs. Ils prirent les armes, et se révoltèrent, àsa sollicitation, contre Nepos, Grec obscur qui réclamait leur obéissance, et lorsque le secrétaire d'Attila refusa, par quelque motif secret, de prendre lui-même la pourpre, les barbares consentirent avec la même docilité à reconnaître son fils Augustule pour empereur de l'Occident. L'abdication de Nepos remplissait complètement les vues ambitieuses d'Oreste ; mais il aperçut , avant la fin de l'année, qu'un rebelle est toujours tôt ou tard la victime des leçons d'ingratitude et de perfidie qu'il a données, et que le souverain précaire de l'Italie n'avait qu'à choisir entre les rôles d'esclave ou de victime de ses tyrans mercenaires. La dangereuse alliance des barbares avait annéanti les faibles restes de la grandeur et de la liberté des Romains. A chaque révolution ils obtenaient une augmentation de paie et de nouveaux privilèges; mais leur insolence parvint à un degré plus extravagant encore. Jaloux des succès do leurs compatriotes , dont les armes victorieuses avaient acquis des établissemens héréditaires en Espagne, en Afrique et dans la Goule, ils exigèrent qu'on partageât sans
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délai entre eux le tiers des terres de l'Italie. Oreste , dont le courage mérite notre estime, malgré son infidélité, préféra braver une multitude armée, plutôt que de souscrire à la ruine d'un peuple innocent. It rejeta la demande, et son refus favorisa l'ambition d'Odoacre. Cet audacieux barbare assura les méconlens que, s'ils voulaient le suivre, il leur ferait bientôt rendre la juslice qu'on leur avait refusée. Les confédérés sortirent en foule' de tous les camps et de toutes tes garnisons de l'Italie, pour se ranger sous ses drapeaux, et le patrice abandonné se retira dans la forteresse de Pavie, siège épiscopal de saint Epîphaniu , où il fut immédiatement assiégé, par les confédérés. Ils emportèrent d'assaut les fortifications, pillèrent la ville, et, malgré les efforts que le saint prélat fit pour sauver les richesses de son église et la chasteté des captives, le tumulte ne cessa qu'après l'exécution sanglante de l'infortuné Oreste *. Son frère Paul perdit la vie dans un combat près de Ravennc; et Augustule implora la clémence dn meurtrier de son père.
Le barbare vainqueur était fils d'EdécoD , qui avait été le collègue d'Oreste et l'ambassadeur d'Attila dans des circonstances dont nous avons traité dans le chapitre précédent. L'honneur d'un ambassadeur devrait être a l'abri du reproche, et Edécon s'était rends suspect dans une conspiration tramée contre la vie de son souverain. Mais son mérite ou son repentir effacèrent le soupçon du crime ; il conserva la faveur de son maître, et les troupes qu'il commandait étaient composées de Scyrres, ses sujets héréditaires , qui gardaient ? leur tour le village royal qu'habitait Attila.
Lorsque les nations se révoltèrent après la mort d'Attila , les Scyrres suivirent le sort des Huns, et le nom d'Edécon tient une place honorable dans L'histoire de la guerre contre les Ostrogoths , qui fut terminée par deux batailles sanglantes , et la défaite totale et la
' Voyei Ennodius in Fit. Epiph.; Siroiond. , 1. 1, p. 166W, 1670. Il confirme le récit de Procope ; cependant on peut douter que le diable ail suscite le siège de Pavie pour mer l'evêque et son troupeau.
EMPIRE ROMAIN, (475 dep. J.-C.J
dispersion des Scyrres'. Leur chef ne survécut pas aux malheurs de sa nation : il laissa deux fils, Onulf et Odoacre, qui n'eurent pour héritage que leur valeur, elle pillage ou le service étranger, pour faire subsister les compagnons de leur exil. Onulf se dirigea vers Constantinople, où il déshonora la gloire de ses armes par le meurtre de son bienfaiteur. Son frère Odoacre mena quelque temps une vie errante parmi les barbares de la Norique; l'intrépidité de son caractère et sa situation le disposaient a tenter les entreprises les plus hardies. Lorsqu'il eut fait un choix, il visita pieusement la grotte de saint Severin, saint du canton , pour solliciter sa bénédiction. La porte était basse, et Odoacre fut forcé de se courber; mais a travers l'humilité apparente de celte altitude le saint aperçut les signes de sa grandeur future. • Poursuis ton dessein,
> lui dit-il ; va en Italie; tu y troqueras bien- • tôt ces fourrures grossières pour des véte-
> mens plus magnifiques, et ta fortune sera » digne de la grandeur de ton ame *. t Le barbare, dont l'audace accepta et réalisa cetie prédiction, fut admis au service de l'empire d'Occident , et obtint bientôt un poste distingué dans les gardes. Ses mœurs s'adoucirent, ses talens militaires se perfectionnèrent, et les confédérés de l'Italie n'auraient pas choisi Odoacre pour général, si ses exploits n'eussent pas établi sa réputation de valeur et de capacité a. Ses compagnons lui donnèrent d'une voix unanime le titre de roi; mais il s'abstint, durant tout son règne, de l'usage
i Jornudès , c. 53, 54, p. £92-695. H. de Bual (HUt. des peuples de l'Europe,!, rai, p. 221-228) a eipliqnr clairement l'origine et les aventures d'Odoacre. Je suit porté 4 croire que ce fui lui qui pffla Angers, etqoiconmandatt la flotte des pintes shmb air l'Océan. (Grog de Tours, 1.», 1. 18, du L h, p. HO.)
2 fade ad Jtaliam , vade viiissiirus nune peltibus eoopertus: sed multis cita plurima largilurus. (Ancoym. Vales.,p. 717.J1I cite la tiède saint Sererfn.qai nous a et* eonsfTTée, et contint des parUeukrilés Iréseoriewes-dc l'hi*oire. Elle fuleompow» par son disciple EugippeiA. 0.611), trente ans après sa mort. (Voy. TUleinonl, Mem. Ecries., t. in, p. 168-181.)'
î Théophaue , qui lui donne le nom de Coin, assure qu'il fut éieti , ttllttité, tfàtmt, en |i*)ic, p. Î02 -, ci comme cette expression ne peut soutenir une toterpréUtien littérale, on doit présumer qu'elle signifie un très-tons service dans Tes gardes impériales.
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(17fi dcp. J.-C.) de [a pourpre et du diadème ' , pour ne point éveiller la jalousie des princes, dont les sujets avaient formé par leur réunion une armée que le temps et un gouvernement sage pouvaient convertir en une grande nation.
Les barbares aimaient la royauté par habitude, et les peuples de l'Italie étaient disposés à reconnaître l'autorité qu'il consentirait à exercer comme vice-gérant ou vice-roi de l'empereur d'Occident; mais Odoacre avait résolu d'abolir ce titre inutile ; et telle est la force des anciens préjugés, qu'il lui fallut de l'audace et de la pénétration pour concevoir la facilité de cette entreprise. On fit servir le faible Àugustule d'instrument à sa propre disgrâce; il signifia sa résignation au sénat, et cette assemblée affecta encore , dans sou dernier acte d'obéissance à un prince romain, le courage , la liberté et les formes de l'ancienne constitution. Par un décret unanime, les sénateurs adressèrent une lettre a l'empereur Zenon, gendre et successeur de Léon, qui, a la suite d'une révolte passagère, venait d'être rétabli sur le trône de Constantinople. Les pères conscrits y désavouent la nécessité et même le désir de prolonger plus long-temps la succession impériale en Italie , et déclarent qu'un seul monarque sullit pour gouverner et défendre l'Orient et l'Occident. Ils consentent, au nom du peuple et du sénat, a transférer le siège universel de l'empire à Gonstantinople, et renoncent hautement au droit de se choisir un maître , seul vestige de l'autorité qui avait imposé des lois à l'univers. Prononçant encore sans rougir le nom antique et respectable de la république , ils assurent que les vertus civiles et militaires d'Odoacre méritent toute leur confiance, et supplient l'empereur de lui accorder le titre de patrice, et le gouvernement du diocèse d'Italie. On reçut les députés du sénat à Çonstantiaople avec quelques marques de déplaisir et d'indignation , et, lorsqu'ils furent admis à son audience, Zenon leur reprocha le sort des deux empereurs, Anthemius et
1 Nomenregit Odoacer aswmpsit, cum ttmennequt purpura nec regaiibiu uleretur intignibus, { Castipdore, in Chrotu, A. D. 476.) Il paraît qu'il prit le titre
vague de roi , sans y attacher le nom d'aucune, nation ni
PAR El). GIBBON. CH. XXXVI.
PCO
Ncpos, que le monarque d'Orient avait successivement envoyés en Italie d'après leurs sollicitations. < Vous avec assassiné te pre-
• mier, leur dit-il d'un ton sévère, et vous
• avez chassé l'autre; mais il existe encore, > et jusqu'à sa mort il sera votre souverain lé-
• gilime. > La prudence de Zenon ne lui permit toutefois pas de soutenir long-temps la cause de son collègue; sa vanité fut flattée du litre d'empereur unique et des statues élevées, à Rome en son honneur; il entretint. une correspondance amicale, mais douteuse, avec le patrice Odoacre, et accepta les enseignes impériales, les ornemens du trône et du palais, dont le prince barbare n'était pas Taché de dérober la vue au peuple, dans l'espérance de lui en faire perdre le souvenir *.
Depuis la mort de Valentînien , neuf empereurs avaient successivement passé dn trône à la mort; et le 61s d'Orest&j dont la jeunesse et la beauté constituaient tout le mérite, aurait eu peu de droits au souvenir de la postérité, si son règne, qui consomma l'extinction de l'empire d'Occident, n'était point lié a une époque mémorable *. Le patrice Oreste avait épousé la fille du comte Romulns, de Pétovio en Norique, Malgré la méfience des empereurs , on faisait à Aquilée un usage familier du surnom d'Auguste, et le dernier successeur des césars réunissait, par un hasard extraordinaire , les deux noms du fondateur de la ville et de celui de la royauté** Le fils d'Oreste porta et déshonora les noms de Romulns Augustus; mais les Grecs chan-
' Hakhu, que mus perdons avec regret, •.conservé, (ûi Excerp., p. 93} cette ambassade extraordinaire du sénat a Zenon ; ks Fragmens d'Un Anonyme, ?. 717, cl l'extrait de Candldu* (apud. Ptiet. p. 176), uni aussi de quelque- utilité.
' On ne peut pu fixer vos- exactitude l'année qui vit consommer la destruction, de l'empire d'Occident. Les chroniques authentiques semblent avoir adopté l'an de Jésus-Christ 476. Mail les deux dites de Joroandes (o. 46, p. 680) étotgnenteiireet événement jusqu'en «fl, et, quoique M. de BwUaéprtMMa autorité, H rapporte;!, no, p. 271-303) différentes preuves? l'appui de cette opinion.
* Voyci&es médailles dm Ducange {Fàmil. Byzantin. t.èt),VrUeiK(Sxeapt.£egal.,fum), Maflei (OsjervawowW(erari,I.u,p.3HJ. Les sujets le* plus obscurs de l'empire romain prenaient souvent le nom île Patrice , qui s'est communiqué a toute une nation par la conversion de l'Irlande.
gèrent le premier , par corruption , en Momyllus, et les Latins firent du second le diminutif d'Augustule. Odoacre eut pitié de sa jeunesse et de son innocence. En le bannissant avec toute sa famille du palais impérial , ît leur assigna pour retraite la maison de Lucullus, située dans la Campante, et leur assura un revenu' de six mille pièces d'or'. Dès que les Romains eurent terminé la guerre punique, les plaisirs et les beautés de la Cainpanie avaient attiré leur attention ; et la maison de campagne que l'ancien Scipion fit construire à Literniim offrit long-temps un modèle de leur simplicité rustique1. Les côtes délicieuses de la baie de Naples se couvrirent de maisons de campagne; Scylla loua sou rival d'avoir habilement placé sa résidence sur le promontoire de Mîsène , qui commande de toutes parts la terre et la mer jusqu'aux bornes de l'horizon \ Lucullus avait acheté, peu d'années après, la maison de campagne de Marins, et le prix était monté de deux mille livres sterling à quatre-vingt mille4. Le nouveau propriétaire l'orna des arts de la Grèce et des trésors de l'Asie; les maisons et les jardins de Lucullus tenaient un rang distingué dans la liste des palais impériaux*.
' • Ingredlens aulem Kavennam , deposull Augustnlum
• de regno , cujiu infanliam miserlus coneessil ei sangui- > lien) ; et quia puldier erat , taruen donavit à reditum
• sex millu solidos , et rai-.il eum înlra Canipaniam cum
• parenlibus suis libéré mère. • (Anonym. Vales.,p. 716.) Jornandesdit(e. 40, p. 080) : in Lucullanu Campanile castello exitU pana damnant.
* Voyez la déclamation éloquente de Sàièque, Epit. lihii. Le philosophe aurai! dû se souvenir que te luxe est relatif, et due l'ancien Scipion, dont l'élude et la conversation avaient adouci les mœurs , tul accusé de ce vice par ses contemporains peu civilisés. ( Tile-Uve , xixt ,
s Scyila loua en soldai ce qu'il appelait peritia castrametaruii. (Plin., Hat. Natw., Ivm, 7). Phèdre, qui fait de ses ombrages {lœta viridia) le lieu de la scène d'une Cable insipide (Fable n, 5), en décrit ainsi la situation:
' De sept myriades et demie 1 cent cinquante myriades de drachmes. Cependant, lorsqu'elle appartenait a Marins, on la regardait comme une habitation de luxe. Les Romains se moquaient de son indolence , et ils pleurèrent bientôt de son activité. ( Voyei Plutarçne , in Mario , l.u,p.5M.)
s Lucullus avait d'autres maisons de campagne aussi
EMPIRE ROMAIN , (476 dep. J.-C.)
Lorsque les Vandales répandirent la- terrant sur les côtes de la mer, la maison de Lucullus, située sur le promontoire de Misène, prit insensiblement la forme et le nom d'une forteresse qui servit de retraite ou de prison au dernier empereur de l'Occident. Environ vingt ans après, on en fit une église et un monastère, pour y déposer les restes de saint Severin, et, parmi les trophées brisés des victoires sur les Cimbres et sur les Arméniens, ils y reposèrent en sûreté jusqu'au commencement du dixième siècle. Les nabitans de Naples détruisirent alors celle forteresse, de peur qu'elle ne servit de repaire aux Sarrasins \
Odoacre fut le premier prince barbare qui régna en Italie sur un peuple dont presque tout l'univers avait subi la loi. La chute îles Romains excite encore tfn sentiment de respect, et nous partageons l'indignation imaginaire de leur méprisable postérité. Mais les calamités de l'Italie éteignirent pen à pe» tout sentiment de gloire et de liberté. Aussi long-temps, que la vertu romaine subsista, toutes les provinces étaient soumises aux armes, tous les citoyens aux lois de la république. Une fois que ces lois eurent été anéanties par les discordes civiles de Rome, les provinces devinrent rhumble'propriétédufl usurpateur. Le temps et la violence anéantirent les formes de la constitution, qui adoucissaient ou déguisaient la honte de l'esclavage ; les Italiens se plaignaient alternativement de l'absence et de la présence de leurs souverains , objet de leur crainte ou de leurs mépris; et cinq siècles snccesstK amenèrent insensiblement les maux funestes de la licence militaire,' du despotisme, et de
magnifiques a Baies, à Naples,* Tuscutum, etc. il m vielait de changer de climat avec tes grues et lescigŒK* (Plularqne, in Lucull. , t. m, p. 193.)
■ Saint Severîn mourut dans la Noriqne , A.D. *0- Six ans après, wn corps tut transporté eu Italie f^ disciples, et opéra dans la route une suite eontiMieUe '■ miracles. Une dame napolitaine remplaça dévotement AugustQlepar saint Severin; le premier n'eiislailprabakkmeui plus. | Voy. Baronius , Annal. Ecctès., A. V. ** ■ n.30,&l,elTillenont,Mém. Ecriés-, Lxvi, p. ÎJS-W. d'après la Vie originale , pari^Bniéw). Leréeitdel» translation du saint a Naples est aussi une pieté *uU»i-
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(476tlop.J.-C.) la tyrannie. Dorant cet» période, tes barbares sortirent de leur obscurité; les guerriers scythes et germains furent reçus dans les provinces, d'abord comme les serviteurs, ensuite comme les alliés, et enfin comme les maîtres des Romains, qu'ils défendaient et insultaient tour a tour. La timidité des peuples imposait silence à leur aversion; ils respectaient la valeur des chefs revêtus des dignités delà république, et le sort de Rome dépendit long-temps de ces formidables étrangers. L'orgueilleux Ricimer, qui donnait et reprenait à son gré le diadème impérial, avait exercé l'autorité d'un roi sans en prendre le titre: et les Romains s'accoutumèrent insensiblement à reconnaître pour souverains Odoacre et ses successeurs.
Le premier roi de l'Italie n'était point indigne du haut rang où le placèrent sa valeur et la fortune. Il avait dépouillé dans la société ta rudesse de ses mœurs, et, bien que conquérant et barbare, il respecta les institutions et les préjugés de ses sujets. Après un intervalle de sept ans, Odoacre rétablit le consulat de l'Occident, et refusa, par orgueil ou par modestie , d'accepter un titre que les empereurs de l'Orient ne dédaignaient point encore de porter; mais la chaire curule fut successivement occupée par onze des plus illustres sénateurs '. parmi lesquels on trouve le nom du respectable Basilius, dont les vertus obtinrent l'amitié et les louanges de son client Sidonius*. On fit exécuter sévèrement les lois des empereurs, et l'administration civile de l'Italie continua d'être exercée par un préfet du prétoire et par ses officiers. Odoacre imposa aux magistrats romains, la tache odieuse de lever les impôts publics, et se réserva exclusivement le droit de faire grâce ou d'accorder des fa-
1 On peut trouver les Fastes consulaires dans Pagi ou dans Maralori. Il pantt que les consuls nommes par Odoacre.oupeut-elrepar leséii»t,éuùeot reconnus dans l'empire d'Orient.
1 Sidooius Apollinar (t. 1. Épit. 0, p. 22, édit. Siruoad } a compare les deux chefs des sénateurs de son temps (A. D. 408), Geooadiiie Xiimm , et Cxtina Basilius. 11 peint le premier comme doué de qualités brillantes,
veurs '.Elevé, comme la plupart des barbares , dans les principes de l'arianisme , il respecta toujours le caractère épiscopal ou monastique; et le silence des catholiques suffit pour attester la liberté dont Odoacre les laissa jouir. La tranquillité delà ville exigea l'interposition de son préfet Basilius dans le choix d'un pontife romain. La défense faitcau clergé d'aliéner ses terres fut unacte de bienfaisance pour le peuple, dont la dévotion se croyait tenuede réparer les pertes de l'église '. Le conquérant de l'Italie en devint le défenseur, et il fit respecter ses frontières parles barbares delà Gaule et delà Germanie, qui insultaient depuis si long-temps les faibles descendans du grand Théodose. Odoacre passa la mer Adriatique pour châtier les assassins de Nepos , et envahir en même temps la province maritime de Dalmatie. Il traversa les Alpes, attaqua Fava ou Feletheus, rot des Rugiens, qui s'était emparé des restes de la Norique. Feletheus perdit la bataille , et fut fait prisonnier. Odoacre ramena en Italie une colonie nombreuse de sujets et de captifs; et Rome, après une longue suite de défaites,, dut à son rot barbare le spectacle d'un. triomphe ".
Malgré la prudence et les succès d'Odoacre, son royaume offrait de toutes parts la misèreet la désolation. Dès le siècle de Tibère , on s'était plaint en Italie de la décadence de l'agriculture ; et les Romains , forcés de tirer leur subsistance des provinces éloignées, la voyaient avec inquiétude dépendre des accidens de la mer et des vents *. Mais lorsque
< Epipbane intercéda pour le peuple de Parie ; le roi accorda d'abord une exemption de cinq Us, et les délivra . ensuite de la tyrannie du prélet Pelage. ( Ennodios , in vit. S. Bpiphan., Opéra Sirmond., 1. 1, p. 1670-1672.)
> Voyez Raronius, Annal. Ecclês. A.D. 483, d. 10, 15. Seize ansaprés, le pape Syinmaque condamna dans un synode romain la conduite irréguliere du préfet Basilius.
a On trouve un récit abrégé des guerres d'Odoacre, dans Paul Diacre {de Gcstts Langobant.,\. i,c. !9, p. 757, édit. G rot.; et dans tes deux chroniques de Cassiodore et de Cuspinicn. La vie de S. Scvedn par Eguipius, que le comte de Huât (Hisl. des Peuples, etc. t. vin, t. i, 4, S, S) a soigneusement étudiée, éclaircil les événemens relatifs à la perte de la Norique <l les antiquités de ia Bavière.
' Jidt.,Amud.,m, 53. Les recherches sur l'administration dés terres chéi lés Romains (p. 351-361 ) donnent un Ubleau suivi de celle révolution.
dans le déclin et la division de l'empiré, l'Afrique et l'Egypte lui furent enlevées, les babitaus de Rome diminuèrent avec les moyens de subsistance, et la population fnt engloutie par les fléaux de la guerre, de la peste et île la famine '. Saint Ambroise a déploré la ruine d'nn district florissant, qui comptait Bologne, Hodèue , Regjum et. Placentia, an nombre de ses villes '; le pape Gélasc, sujet d'Odoacre affirme que IVËrnilie, la Toscane et les provinces voisines étaient presque entièrement dépeuplées'. Les plébéiens de Rome, accoutumés à recevoir leur subsistance des empereurs, périrent ou disparurent dès que cette libéralité fut supprimée. Le déclin des arts réduisit les citoyens industrieux h l'oisiveté et à la misère; et les sénateurs, qui auraient peut-être contemplé la destruction de leur patrie avec indifférence , nes'accoutumèrent point à la perte de leurs richesses personnelles. De ces vastes domaines, considérés comme la cause originaire de la ruine de l'Italie *, un tiers passa entre les mains des conquérons. Aux injustices on ajoutait un mépris plus insupportable encore. La crainte de l'avenir aggravait les maux présens; et, comme on accordait des (erres à tous les nouveaux essaims de barbares, les sénateurs tremblaient d'y voir comprendre ou leurs fermes ou leurs maisons de campagne. Les moins malheureux étaientsans doute ceux qui savaient s'accommoder aux circonstances.
Puisque l'amour do la vie l'emportait chez eux siîr toute autre considération, ils devaient une certaine reconnaissance an conquérant qui leur permettait d'exister; et, puisqu'il était le maitre absolu de leur fortune, la portion
> l'n poète Cnifats a décrit ftxnwBuMea prose eten vers la lamina qui affligea nulle lorsqu'elle fut envahie par Odttatrc, roi des Hértues. (Les Mois, l, n, p. 1 74-2B6, édiL in- 12.) J'ignore où il a puisé ses autorités ; mais je suis convaincu qu'une partie des faits qu'il raconte sont incompatibles avec la vérité de l'histoire.
> Voyez la treute-neuvieme Epure de saint Ambroise, telle qu'elle Ml citée par Muralori (topra te aitUehUtl italia/te, 1. 1, dissertât, ni, p. 3*1).
s Mmilia, Tutcia, ccrtcraqae provineue in qiùkiu homitmm prope nullus existe, ( CeLuius , £pist. atl Jndromackiun, ap. liaroiiwm, Am\ai. Eccfa. A- D. 496, n. 36.)
* Varumqu* confUentibut, latifundia perdUlére Italiiim. (Pline, Mist. naiur., xwi,7.)
(47(i.dep.J.-C.} qu'il ne leur/ enlevait pas- devait être considérée comme un don de sa générosité ' . Odoacre s'était solennelle ment engagé, pour prix de son élévation , à satisfaire aux demandes de ses soldats ; mais sa prudenoe adoucît le sort de l'Italie. Les rois des barbares furent souvent peu obéis, et fréquemment même déposés ou assassinés par leurs sujets naturels; et les bandes d'Italiens mercenaires qui s'assemblaient sous un chef de leur chois réclamaient une plus large part de dépouilles et de licence. Une monarchie sans union nationale et sans droit héréditaire tendait ■ rapidement vers sa dissolution. Après on règne de quatorze ans , Odoacre fut forcé de céder à la supérioritédu génie de- Ttiéodoric, roi des Ostrogolhs. Ce héros possédait les tale.ns militaires* et les vertus d'un législateur; il n-, mena des jours de paix et de prospérité, et son nom excite et mérite également l'attention de la postérité.