XXXV. fcfc
retardant sans cesse la marche d'Attila, et il ne se montra jamais plus grand qu'au moment où un peuple ignorant et ingrat blâmait hautement sa conduite '. Si l'ame de Valentiniea eut été susceptible de quelques sentimens généreux, il aurait pris ce brave générai pour, exemple et pour guide. Hais le timide petit-fils de Théodose, au lieu départager le danger, fuyait le bruit des armes; et sa retraite précipitée de Ravenne à Rome , d'une forteresse imprenable dans une ville ouverte et sans défense, annonçait clairement l'intention d'abandonner l'Italie dès que l'ennemi s'approcherait assez pour menacer sa sûreté personnelle. Cependant l'esprit de doute et de délai qui régne toujours dans les conseils des lâches et en neutralise parfois la première tendance, suspendit cette honteuse abdication. L'empereur de l'Occident, le sénat et le peuple de Rome ■embrassèrent la résolution salutaire d'apaiser la colère d'Attila par une ambassade.
On chargea de cette commission importante Avienus, qui , par sa naissance et ses richesses , sa ' dignité consulaire , le nombre de ses cliens et ses talens personnels, tenait le premier rang dans le sénat de Borne. Le caractère artificieux d' Avienus * convenait parfaitement à une négociation d'intérêt public ou particulier. Son collègue Trigelius avait occupé b place de préfet du prétoire en Italie, et Léon, évëque de Borne , consentit a hasarder sa vie pour sauver son troupeau. Léon a exercé et déployé son génie * dans les -
' Sirmond {flot, ad Sidtm. jpollinar., p. 19) » publié un passage curieux tiré de la Chronique de Prosper. « Attila, redinlegratis viribus, quas in Gallia amiserat, > llaliamingrediperPaBnoniasintendit'.nitiilduoenostro ■ Aetmseeaffldnm prions beBi opéra prospideore , etc. > II reproche a Aetius d'avoir négligé la garde des Alpes, et d'avoir eu le dessein d'abandonner l'Italie. Mais cette accusation est au moins contrebalancée par les témoignages favorables d'Isidore et d'Idadus.
* Voyez te» portraits originaux d'Arienus et de son rival Basile, dans les epit. 1 , 8, p. 22, deSidonius. Il avait étudié le caractère des deux chefs du sénat, et il s'attacha à Basile comme l'ami le plus sincère et le plus désintéressé.
s On peut découvrir le caractère et les principes de Léon dans cent quarante-une de ses épttres originales, qui expliquent toute l'histoire ecclésiastique de son long ponlincal, depuis A. D. 410 jusqu'en 461. (Voyez Dupiu, Bibliolh. Ecclés., I. tu, part. 2, p. 120-105.)
calamités publiques, et il a mérité le nom de Grand par le zèle heureux avec lequel il parvint à établir ses opinions sous les noms révérés de foi orthodoxe et de discipline ecclésiastique. Attila était campé avec sa cavalerie à l'endroit où le Hincius au cours lent et tortueux vient se perdre dans les ondes fumantes du lac Benucus *, et foulait aux pieds de ses chevaux les fermes de Catulle et de Virgile *. Il reçut les ambassadeurs romains dans sa lente, et les écouta avec attention et même avec faveur. La délivrance de l'Italie fut achetée au prix de l'immense rançon ou douaire de la princesse Honoria. L'état où était son armée contribua sans doute à faciliter le traité, et à hâter sa retraite. Les jouissances du luxe et la chaleur du climat avaient énervé leur valeur. Les patres du nord, dont la nourriture ordinaire consistait en lait et en viandes crues, s'étaient livrés avec excès au luxe du pain , du vin , et de la viande préparée et assaisonnée à la manière des Romains, et les progrès de celle maladie commencèrent la vengeance de l'Italie *. Lorsque Attila déclara sa résolution de conduire son armée victorieuse aux portes de Rome , ses amis et ses ennemis concoururent à l'en détourner , en lui rappelant qu'A- Liric n'avait pas survécu long-temps à la conquête de la ville Étemelle. Son ame intrépide,
1 Le marquis MafTei {Ftro»a Hhtstrata, part. 1, p. 95-129-221; part, n, p. 11, 6) a expliqué arec beaucoup de goût et d'érudition son intéressante topographie. 11 place l'entrevue d'Attila et de saint Léon prés d'Ariolica ou ftrdetiea, aujourd'hui Pescltiera, au confins du lac et de la rivière Minciu*. 11 marque l'endroit qu'occupait la Raison de Catulle, dans la péninsule de Sirmloue, et découvre les Andes de Virgile, dans le village de Bandes, précisément où se subdueere cottes ineipiuat, où les hauteurs du Véronèsc s'abaissent dans la plaine de Manloue.
3 ■ St slatim infesto agmine urbem petiisseni, grande ■ discrimen esset : sed In Veaetia quo ferc iraclu Ilalia
• mollissima est , ipsa solïs cacique clemcnlia rabur elan-
• guit. Ad hoepanis usu carnisque coct&, et dulcedine » vini miUgalos , etc. ■ Ce passage de Florus est plus applicable aux Huns qu'aux Ombres, et il peut servir de commentaire a la peste envoyée du ciel , dont Idacius et Isidore prétendent que les soldais d'Attila forent attaqué».
(453dep.J..C, que les dangers réels n'avaient pu émouvoir, ne fut pas à l'abri d'une terreur imaginaire; et il u'écbappa point à l'influence de la superstition dont il s'était habilement servi pour le succès de ses desseins '. L'éloquence pressante de Léon, son aspect majestueux, et ses habits pontificaux -, inspirèrent au prince barbare un sentiment de vénération pour le père spirituel des chrétiens. L'apparition des deux apôtres saint Pierre et saint Paul, qui menacèrent le conquérant doue mort subite s'il rejetait la prière de leur successeur, est une des plus belles légendes de la tradition ecclésiastique. Le destin de Rome pouvait mériter l'interposition du ciel, « on doit quelque indulgence à une fable qui a été représentée par le pinceau de Raphaël et par le ciseau d'Algardi *.
Avant de quitter l'Italie, le roi des Huns menaça d'y revenir plus terrible encore , si on ne remettait pas la princesse Honoria antre les mains de ses ambassadeurs avant le terme convenu par le traité. Il consola toutefois ses tendres anxiétés, en ajoutant à la liste sans fin de ses épouses une jeune beauté, nommée Ildico *. Après avoir célébré sou mariage dans le palais du village royal audelà du Danube, par toutes les fêtes et les pompes usitées chez ces peuples barbares,Attila, accablé de vin et de sommeil, quitte fort tard les plaisirs de la table pou
< L'historien Prisais a positivement affirmé rdfct <b cette représentation lit sur l'esprit d'Attila. (Jornaota, en, p. «73.)
> La tableau de ItapnaeJ est dans le Vatkaa, elle b*relief d'Algardi sur un des autels de Stinl-Pierre. (¥*jw Dubos, Kofleiions sur la poésie et sur la peinture, Li. p. 519, 520.) Baronius (Annal. Eeelés., A. D. 451,0° Ui 58) soutient hardiment la vérité de l'apparition, qui rsT rejetéc toutefois par les plus savans et les plus pi«ii catholiques.
a ■ Attila, ut Prîscus historiens refert, extiadionis sue
■ tempore, pu cl la m Ildico nomine, decoram value. , site
■ matrimonium post innunierabiles mores,... soriaus- ■ (Joruandés, c. 49, p. 683, 084.) Il ajoute ensuite (e. M. p. 686^ : FiBi MUlœ, quorum per liccntiam libûtinii pane populos fuU. Dans tous les siècles la polrgauu' fut admise cb a les Tar tares. Le rang des épouses parmi le peuple dépend de leur beauté; et la matrone suranné arrange sans murmurer le lit destiné à sa jeune ri»»le. Mais parmi les princes, les fils nés de la fj|)e du kbaii ont le premier droit a la succession de leur père. (Vov. l'histoire généalogique, f. 406, 407, 408.)
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(463 dep. J.-C.)
te livrer à ceux de l'amour. Dans h crainte de troubler ses plaisirs ou son repos, ses domestiques n'osaient entrer le lendemain dans son appartement; mais, la plus grande partie du jour s'étant passée sans que ceux qui attendaient à sa porte entendissent le moindre brnit, l'inquiétude remporta sur le respect ; leurs cris répétés n'ayant pas réussi à éveiller le .monarque, ils se précipitèrent dans la chambre nuptiale, et trouvèrent sa nouvelle épouse assise a côté du lit, le visage couvert de son voile, déplorant le danger de sa propre situation et la perte d'Attila. Une de ses artères s'était rompue pendant la nuit , et, comme il était couché, le sang qui ne pouvait trouver 'une issue par les narines avait engorgé tes poumons et l'estomac, et l'avait étouffé '. On exposa son corps au milieu de la plaine, sous un pavillon de soie, et des escadrons de Huns en firent plusieurs fois le tour en cérémonie et en chantant des hymnes funéraires en l'honneur d'nn héros invincible jusqu'à sa mort, père de son peuple, fléau de ses ennemis, el terreur de l'univers. Suivant leur coutume nationale, les barbares coopèrent une partie de leurs cheveux, se déchirèrent le visage par de hidenses blessures, et honorèrent leur vaillant chef d'une manière appropriée à ses habitudes, non pas par les larmes , mais par le sang des guerriers. Le corps d'Attila, renfermé dans trois cercueils, le premier d'or, le second d'argent, et le dernier de fer, fut mis en terre sans pompe pendant la nuit. On ensevelit dans la même tombe les dépouilles des nations qu'il avait vaincues. Les captifs qui ouvrirent la fosse furent impitoyablement massacrés ; et les Huns terminèrent cette scène de douleur en se livrant autour du sépulcre à tous les excès de la joie et de la débauche. On prétendit à GonsLantînople que ,
dans la nuit de sa mort, Marcien avait vu en songe l'arc d'Attila se briser. Cette tradition pourrait servir a prouver que le roi des Huns occupait souvent l'imagination des empereurs romains '.
La révolution qui détruisit l'empire des Huns assura la gloire dn monarque qui seul avait pu soutenir un édifice si vaste et si peu solidement assemblé. Après sa mon , les chefs les plus intrépides aspirèrent au rang de rots; les rois les plus puissans rerusèrent de plier sous un maître, et les fils, qu'il avait eus d<-. tant de mères différentes, se divisèrent, et disputèrent, comme la succession d'un particulier , le commandement des nations de la Scythie et de la Germanie. L'audacieux Ardaric comprit et fit comprendre la honte de ce partage. Les Gépides, ses sujets, et les Ostrogoths, sous la conduite de trois vaiitans frères, encouragèrent leurs alliés à revendiquer les droits de l'indépendance de la royauté. Dans une bataille sanglante et décisive, sur lesbords de la rivière de Netad en.Pannonie, on vit la lance des Gépides , l'épée des Goths, la flèche des Huns , l'infanterie des Suèves , les armes légères des Hérules et les glaives pcsans des Alains se confondre et s'entrechoquer pour s'attaquer et se détruire les uns les autres. La victoire cTArdaric conta trente mille hommes à ses adversaires. Ellac, l'alné des fils d'Attila, perdit la couronne et la vie dans la mémorable bataille de Netad. Sa valeur et la victoire l'avaient placé fort jeune sur le trône des Acatzires , peuple de Scythie, qu'il avait subjugué; et Attila, qui aimait la gloire, aurait rendu hommage au mérite ou envié la mort de son fils Ellac *. Son frère Deugisich , suivi d'une armée de Huns, encore formidable après sa défaite, se
1 La nouvelle de son crime passa bientôt jusqu'à Conftantinople, où on lui donna un nom fort différent , et Marcelin) observe que l'usurpateur de l'Europe Tut assassiné dans la nuit par ta main et par le couteau d'une femme. Corneille, qui a suivi dans sa tragédie la vérité de l'histoire , décrit l'hémorragie de son sang, et fait dire à Attila arec une fureur ridicule:
■ Jornandès (c. 49, p. 684, 685) raconte les circonstance! intéressantes de la mort etdesrunèraillesd'AUila, et il y a lieu de croire que Priscus les a copiées.
1 Vov. Jornand-, de Reb. Getie., t.. 50, p. 685, 686, 687, 688. Sa distinction des armes nationales est tres-curïeuse. • Naro ibi admirandum reor fuisse speetaculum , » ubi cernere «rat cunclis pugnaotem Gotimm ense fu- ■'
• renient, Gepidam in vulnere suorum cuncta teta fran-
• genlem, Suerum pede, Ilunnum sagtlta prxsumere, > Alauum gravi, Herulum tevi armalura, aciem ins- ■ iruerc. ■ Je ne sais point avec précision où la rivière de Netad est située.
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défendit durant quinze années sar les bords du Danube. Le palais d'Attila et l'ancienne Dacîe, depuis les montagnes Carpathiennes jusqu'à la mer Noire, devint le siège d'une nouvelle puissance, fondée par Ardaric, roi des Gépides. Les Ostrogoths occupèrent les conquêtes faites en Pannonte, depuis Vienne jusqu'à Sirarium; et les divers établissemens de tribus, qui venaient de reconquérir aussi vaillamment leur liberté, furent irrégulièrement distribuées , chacune en proportion de sa force. Environné et opprimé par les esclaves de son père , Dengisich ne possédait d'autre empire que l'enceinte de ses chariots ; son courage déterminé le porta à envahir l'empire d'Orient-; il perdit la vie dans une bataille , et sa tète, exposée dans l'hippodrome, amusa la curiosité du peuple de Constantinople. Attila s'était superstitieusement persuadé qu'Irnac, le plus jeune de ses fils, était destiné à soutenir la gloire de sa race. Le caractère de ce prince , qui tâcha vainement de modérer l'impétuosité de son frère Dengisich, ■ convenait mieux à la chancelante fortune des Huns. Irnac, suivi des hordes qui lui obéissaient, se retira dans le coeur de la petite Scythïe. Ils en furent bientôt chassés par une multitude de barbares qui suivirent le même chemin que leurs ancêtres avaient découvert. Les Geougen, ou Avares, que les écrivains grecs placent sur les côtes de l'Océan , poussèrent les tribus voisines jusqu'à ce qu'enfin les lgours du Nord , sortant des régions glacées de la Sibérie, se répandirent dans le désert jusqu'au Borysthène et à la mer Caspienne , et détruisirent totalement l'empire des Huns *. *
Cette révolution aurait pu contribuer à la sûreté de l'empire d'Occident, silemonarque eût su se concilier l'amitié des barbares sans se rendre indigne de leur estime. Mais le faible Vaicnlinien , parvenu à sa trente-cinquième année, sans acquérir ni jugement ni courage, iihusa de sa sécurité apparente pour saper les fondemens de sa propre puissance , en
■ Deux historiens modernes ont jeté une grande lumière sur la ruine et la division de l'empire d'Attila. M. deBuat (t. vin, p. 3-3I-6H-tM), par ses recherches exactes, et M. de Guignes, par sa connaissance de la langi
{451 dep. U.) assassinant de sa propre main le pairie* Actius. Il haïssait , par un instinct de baue jalousie , le héros qu'on célébrait universellement comme la terreur des barbares et le soutien de l'empire; et l'eunuque Hérsclm, son nouveau favori, lira l'empereur d'nut léthargie qui , durant ia vie de l'impératrice, pouvait se déguiser sous le nom de respect filial '. La réputation brillante d'Aebus.seï richesses , ses dignités , la troupe nombreuse et guerrière de barbares dont il était toujours Suivi, ses créatures, qui rem plissaient (oui les emplois civils , et les espérances qui s'attachaient à l'avenir de son fils Gaudenuus, déjà fiancé à Eadoxie, fille de l'empereur, rélevaient au-dessus du rang d'un sujet Let desseins ambitieux dont on l' accusa secrètement excitèrent la crainte et le n de Valentinien. Aetïus lui-même , ei par le sentiment de son mérite , de ses se rvices , et peut-être de son innocence, semble s'être conduit avec tuie imprudente hauteur. Le patrice offensa son souverain par me déclaration hostile ; et il aggrava l'offensera le forçant à ratifier par un serment toieud un traité d'alliaoceet île réconciliatiôû. Àetms proclama ses soupçons, et négligea sa propre sûreté. Persuadé que son ennemi éuil incapable même d'un crime qui demanda delà hardiesse, il se rendit iaiprudemtiw*! au palais de Rome. Taudis qu'il pressait l'enpereur, peut-être avec trop de véhémence, de conclure le mariage de son fils, Valwiiniea, tirant pour la première fois son épw. la plongea dans le sein d'un général qui avait sauvé l'empire. Ses eunuques et ses courtisai s'empressèrentd'imiterleurmaitre,etAeùit>.
percé de coups, expira en sa présence. Ai même instant, on assassinait Boëtliius, préléi du prétoire; et, avant que la nouvelle put n être répandue , les principaux amis du r» trice furent mandés au palais, et massacré*
i Placidie mourut a Rome le 27 novembre {A. D.fift on l'enterra à Ravenne, où son sépulcre et mime a» corps, assis sur une chaise de bois de cyprès, a éW n* servi durant plusieurs siècles. Le clergé urlbodow M» pUDieota souvent, l'impératrice et saint riens Chrys*' logue , et t'assura que son «èlc pour ta Sainlc-Trinilf ivait été récompense par une auguste triuite d'eut**;
auteurs chinois. ;Vi>v« Hist. des Huns, t. u, p. 315-319.) 1 (Voyei Tillenionl, Histoire des Empereurs, t.n,P-3*
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les uns après les autres. L'empereur, déguisant celle action atroce sous le nom de justice ou de nécessité , en fit part à ses soldats, à ses sujets et à ses alliés. Les nations étrangères au destin d'Aetius, on qui le redoutaient comme ennemi, déplorèrent généreusement son sort. Les barbare* qui avaient été personnellement attachés à son service dissimulèrent leur douleur et leur ressentiment} et le mépris publie, dont VaJentinien avait été si long-temps l'objet, se convertît en une horreur profonde et universelle. Ces sentimens osent rarement se montrer À découvert dans les palais ; cependant l'empereur Tut forcé d'entendre, avec confusion , la réponse ferme d'un Romain, dont il n'avait pas dédaigné de solliciter l'approbation. » J'ignore,
> lui dit-il, quels ont été vos griefs, mais je
* sais que vous avez agi comme un homme
> qui' se sert de sa main gauche pour couper
* sa main droite '. *
Les plaisirs de Rome semblent avoir attiré les visites longues et fréquentes de Yalentinien, qui, par cette raison , était plus méprisé à Rome qu'en aucun autre endroit de ses états. Les 'sénateurs , dont l'autorité et mcnie les secours devenaient nécessaires au soutien d'un gouvernement faible, avaient repris insensiblement l'esprit républicain ; les manières impérieuses . d'un monarque héréditaire offensaient leur vanité, et les plaisirs de Yalentinien troublaient la pais et blessaient l'honneur des familles les plus distinguées. La naissance de l'impératrice Eudoxie était égale . à celle de son mari ; sa tendresse et «es charmes méritaient de recevoir les preuves d'amour que l'inconstance de l'empereur offrait chaque jour à quelque nouvelle beauté. Petronîus Maximus , riche sénateur de la famille Anicienne, qui avait été deux fois consul , possédait nue femme jeune et belle. Sa résistance ne servît qu'à irriter les désirs de Valentînien, qui résolut de les satisfaire par force ou par stratagème. Le gros jeu était un des vices de la cour.
1 AtUum Vladâus mactavit sentivir amens, dit Sidonlus iPanegyr. Avit., 3âfj). Le poète n'était point disposé à flatter on ministre qui avait insulté ou disgracié Arilus et Majorien, dont Sidonûu a lait successivement le panégyrique.
L'empereur, par hasard ou par quelque artifice, gagna une somme considérable à Maximus, et, lui ayant demandé indélicatement sa bague engage, il l'envoya à sa femme par un messager sûr, et lui fit ordonner de la part de son mari de se rendre sur-le-champ auprès de l'impératrice. L'épouse de Maximus, n'ayant aucun soupçon de la supercherie, se fit conduire dans sa litière au palais impérial. Les émissaires de son amant l'introduisirent dans une chambre solitaire , où Yalentinien viola sans remords les lois de l'honneur et de l'hospitalité. A son retour, serlarmes , sa douleur, et ses reproches à son mari, qu'elle regardait comme complice de sa honte, enflammèrent Maximus dn désir d'une juste vengeance ; et ce désir de vengeance reçut de son ambition un nouvel aiguillon. Maximns pouvait raisonnablement espérer que les suffrages du peuple et du sénat le porteraient sur le trône d'un méprisable et odieux rival. Yalentinien, qui, jugeant d'après son cœur, ne croyait ni à l'amitié nï à la reconnaissance, avait imprudemment conservé parmi ses gardes des domestiques et des soldats d'Aetius. Deux de ces barbares se laissèrent aisément persuader qu'ils rempliraient un saint et honorable devoir en étant lu vie à l'assassin de leur ancien maitre, et leur courage intrépide n'atlcndit pas longtemps un moment favorable pouaW'exécudon. Tandis que Valentînien s'amusait dans le champ de Mars du spectacle de quelques jeux militaires, ils s'élancèrent sur lut, immolèrent le coupable Jléraclius , et plongèrent dans le sein de l'empereur leurs épées encore fumantes da sang de son favori, sans ' la moindre opposition de sa suite qui parut même se réjouir de la mort du tyran. Tel fut le sort de Yalentinien ', le dernier empereur
' Relativement à ta cause et aux circonstances de la mort d'Aetius el de Yalentinien, nous n'avons que des renseignera en s obscurs et imparfaits. Procope {de Bell. Fondai., 1. 1, c 4, p. 186. 187, 168) raconte fabuleusement tout ce qui est antérieur a son siècle; il est dons indispensable d'y suppléer, et de le corriger par le secours de cinq ou six chroniques dont aucune n'a été composée à H unie ni en Italie, et qui ne peuvent rendre compte que des bruits publics a mesure que les nouvelles vraies ou fausses arrivaient en Espagne, En Afrique, a Conslantinnple, ou à Alexandrie.
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de la famille de Théodose. Il eut tonte la faiblesse de son cousin et de ses deux ondes, sans y joindre la douceur, la pureté et l'innocence qui foui tolérer en eux le manque de courage et d'intelligence. Vatentînien était moins excusable , puisqu'il avait des passions sans le contrepoids d'aucune vertu. Sa religion même était suspecte ; et, quoiqu'il n'ait jamais embrassé les erreurs de l'hérésie , les chrétiens furent scandalisés de son attachement pour-les pratiques profanes de Ut magie et de la divination.
Dès le temps de Cicéron et de Vairon, les augures romains prétendaient que les douze vautours aperçus par Romains représentaient les douze siècles fixés par le destin pour la durée de sa ville '. Cette prophétie, qui , dans les siècles de vigueur et de prospérité, paraissait peut-être méprisable, inspirait des alarmes sérieuses au moment où allait expirer le douzième siècle marqué par tant de calamités *; et la postérité n'a pas pu sans doute se défendre de quelque surprise , en voyant vérifier par la chute de l'empire d'Occident l'interprétation arbitraire d'une circonstance accidentelle on fabuleuse. Mais cette chute fut annoncée par des présages plus clairs et plus sûrs qne le vol des vautours. Le gouvernement romain devenait tous les jours plus odieux a ses sujets *, et moins flfciidable a ses ennemis. Les impôts se multipliaient avec les malheurs publics; plus l'économie devenait nécessaire, plus on
■ Celle interprétation de Venins, célèbre augure. Kit citée par Vairon dans le dix-huitième .livre 'de ses antiquités. (Censorinus, de Die natali, c 17, p. 91 , édtl. Ha ver camp.)
» Selon Varna ,-tt douiième siècle devait expirer, A. D. 447; nuis ï'iiicertUiiue de l'époque véritable delà fondation de Rome peut permettre an peu de délai ou d'anticipation. Les poètes du siècle attestent cette opinion populaire, et leur témoignage n'est pas récusable.
(Voys ddwh, l i, p. Mr-Mo.) > Le premier livre de Salrien est rempli de lamentations pathétiques et d'invectives véhémentes. Sa liberté hardie prouve également la faiblesse *t la corruption du gouvernement romain. Il publia son livre après la perte de l'Afrique (A. D. 138) et avant la guerre d'Attila (A. D. 451).
(454 dep. «.) la négligeait; les riches rejetaient leur fardeau sur le peuple , et le privaient de toutes les douceurs qui auraient pu alléger passagerement sa misère. L'inquisition sévère oui confisquait leurs biens, et exposait souvent leurs personnes aux tortures , décida les sujets -de Valentinien à préférer la tyrannie moins compliquée des barbares, a se réfugier dans les bois et dans les montagne* , on à embrasser l'état avilissant de la domesticité mercenaire. Ils rejetaient avec norreur k nom de citoyen romain , si respecté, si en™ de leurs ancêtres. Les provinces armoricaines de la Gaule et la pins grande parue de l'Espagne , entraînées par la confédération des Bagaudes , vivaient dans un état d'indépendance et d'anarchie ; et les ministres impériaux employaient inutilement des troupes» des lois de proscription à réduire des salions qu'ils avaient jetées dans la révolte et dans le désespoir '. La destruction totale des barbares n'aurait pas suffi pour rétablir l'empire d'Occident. Rome existait encore; mais elle survivait à sa liberté , a son honneur, et au Tertu.