SUR LA CHUTE DE L'EMPIRE ROMAIN DANS L'OCCIDENT
Lés Grecs ,• lorsque leur patrie eut été réduite au raug de province romaine, attribuèrent les triomphes de la république à sa fortune plus qu'à sa force. La déesse inconstante qui distribue et reprend si aveuglément ses faveurs a enfin consenti, disait l'Envie , à descendre du ciel , à quitter ses ailes , e* a établir pour toujours son trône sur les bords du Tibre '. Un Grée plus judicieux., qui a composé philosophiquement l'histoire mémorable de son siècle , détruisit cette vaine illusion de ses compatriotes , en leur démontrant les fondemeos profonds et solides de la grandeur des Romains*. Les préceptes de l'éducation et les préjugés de la religion confirmaient la fidélité réciproque des citoyens et leur dévouement à la patrie. La république avait également pour principe le sentiment de l'honneur et celui de la vertu, f.osptayens brûlaient du désir de mériter les honneurs' d'un triomphe, et l'ardeur de la jeunesse' romaine se convertissait en «ne no- , Me émulation à' la vue des portraits de ses ancêtres », Les déliais des patriciens et des plébéiens établirent enfin dans la constitution une balance égale, qui réunissait la liberté des assemblées du peuple , l'autorité d'un sénat , et la puissance exécutrice d'un magistrat suprême. Lorsque le consul dé-
■ Telles sont les expression! figurées de Plutarque (Opéra, t. «, p. 318, Mil. WechelO, ■ qui, «or l'autorité de son fils Lampsias (Fabricius, B'Mioth. Gnee ,L m, p. 341), j'attribuerai hardiment 11 déclamation maligne, "'•fa t»{ p»/i*iuT tuyjt. Les mêmes opinions ont prévalu cbex les Grecs deux cent cinquante ans avant Plutarque; et Polybe (Hisl., 1. 1 ) annonce publiquement l'intention de les réfuter.
i Voyez les restes inestimables du sixième livre de Polybe, «différons autres passages de md histoire générale , particulièrement une digression de son dix-septième livre, dans laquelle 11 compare la phalange et la légion.
i Salluste prétend avoir entendu les généreuies exda-
ployait l'étendard de la république , tout citoyen contractait par serinent l'obligation de combattre pour son pays, jusqu'à ce qu'il eût accompli les dix années que durait le service militaire. Cette sage constitution rassemblait sous les drapeaux les générations naissantes de citoyens et de soldats ; et leur nombre s'augmenta insensiblement des puissans états de l'Italie , qui , après une résistance courageuse, cédèrent à' la valeur des Romains , ou embrassèrent leur alliance, L'historien dont le génie encouragea la vertu du dernier desScipions, et qui contempla les ruines de Carthage ', a décrit .soigneusement leur système militaire, leurs levées, leurs armes, les exercices, la subordination, les marches, les campemens, et la forme de l'invincible légion si supérieure en force et en activité à ta phalange macédonienne de Philippe et d'Alexandre. C'est à ces sages institutions de paix et de guerre que Polybe attribuait le caractère et les succès d'un peuple incapable de crainte et ennemi du repos. Le vaste projet de conquête que les nations auraient pu déconcerter en se réunissant à temps contre les Romains fut entrepris et terminé avec succès ; et les vertus politiques de la valeur et de la prudence leur permirent de continuer à violer impunément la justice et l'humanité. Les armées de la répu-
matioas de P. Scipion et de Q . Maxim us , de Bell. Jugurth., c 4. Cependant ces deui illustres frères étaient morts bien des années avant la naissance de Salluste ; mais l'historien latin avait lu et a probablement copié Polybe, leur eNiteaporain et leur ami.
i Tandis que les flamme* rédainienl Carunge en ctadres, Scipion répéta deux vers de l Iliade qui expriment la destruction de Troie, et avoua à Polybe son ami et ion précepteur <Polyb., in Exempt, de Flrtut. et Fit., I. », p. 1455-1466) qu'en réfléchissant sur les vieitsUndes humaines , il pressentait les calamités futures de Rome.
bliqtte, vaincues dans quelques bataille», mais toujours victorieuses à la fia de la guerre, s'avancèrent avec rapidité vers l'Euphrate , le Danube, le Rhin, et l'Océan; et les images d'or, d'argent ou de cuivre , qui servaient à représenter les rois et leurs nations, furent brisées successivement par le fer de la monarchie romaine '.
L'élévation d'une ville qui devint un empire mérite , par sa singularité presque miracnlfluse, d'exercer les réflexions d'un esprit philosophique ; mais la décadence de Rome fut l'effet naturel et inévitable de l'excès de sa grandeur. Sa prospérité alimenta le principe de sa décadence , les causes de destruction se multiplièrent avec l'étendue de ses conquêtes, et, des que le temps ou les événeinens eurent détruit ses supports artificiels, cet énorme édifice succomba sous son propre poids. L'histoire de sa raine est simple, et facile à concevoir; ce n'est point la destruction de Rome, mais la durée de son empire , qui a droit de nous étonner. Les légions victorieuses, qui contractèrent dans des guerres éloignées les vices des étrangers et des mercenaires, opprimèrent d'abord la liberté de la république , et violèrent ensuite la majesté de la pourpre. Les empereurs, occupes de Leur sûreté personnelle et de la tranquillité publique , forent forcés d'avoir recours au funeste expédient de corrompre la discipline ; ce qui rendit les années aussi redoutables a leur souverain qu'aux ennemis. Le gouvernement militaire perdit de sa vigueur; les institutions partiales de Constantin l'anéantirent , m le monde romain devint la proie d'une multitude de barbares.
On a souvent avaicéque l'éloignemest du siège de l'empire e» avait relâché les ressorts et causé la ruine; mais j'ai déjà démontré dans cette histoire que la puissance du gouvernement fut divisée et non transférée.
1 Voyez Dfluîel , n , 31-40. « El le quatrième iwarnms
■ mm la force et la durettrfu fier, dicter Tient à boutas
■ tout briser et de tout dompter. « Le rwteda Uprophi- 4fa,> le- aaeuxage de fer et d'argile, lut acooanpli, selon NUat Jiirome, dans te temps où il rivait, • Sieut enim in
• urincioio uihil romano imperio forliiis et durius, ita in
• fine rerunt aiMl imberiilins : ssnn et in bellts eWHibas
• etaa>«ni»<lM«Mn»nonea, aUaxuntgennaiabarba- > rarmi anxilio indigesnu.» (Optra, t 1, f. 573.)
OBSERVATIONS GÉNÉRALES
Tandis que les empereurs de Constantmoplc régnaient en Orient , l'Occident eut une suite de souverains qui Taisaient leur résidence en Italie, et partageaient également les provinces et les légions. Cette innovation diminua les forces et augmenta les vices d'un double règne. Les instrumensd'un système arbitraire et tyrannique se multiplièrent, et l'émulation funeste du luxe et non pas du mérite fut introduite et encouragée par les méprisables successeurs du grand Théodose. L'extrême danger qui réunît un peuple vertueux et libre envenime les factions d'une monarchie qui penché vers sa ruine. Les perfides favoris d'Honorius et d'Arcadius livrèrent la république à ses ennemis ; et la cour de Constantîuople vit avec indifférence l'humiliation de Rome , les malheurs de l'Italie , et la perte de l'Occident. Sous les règnes suivàns , les deux empires renouvelèrent leur alliance ; mais les secours des Romains orientaux furent tardifs, suspects et' inutiles; et la différence de langage, de mœurs, d'intérêts, et même' de religion, confirma le schisme national des Grecs et des Latins. L'événement démontra cependant en quelque' façon la sage prévoyance de Constantin. Durant une longue période de faiblesse, l'imprenable Byzance repoussa les armées victorieuses des barbares, protégea les riches' contrées de L'Asie, et défendit. avec succès le détroit qni joint la mer Noire à la. Méditerranée. Constantin ouïe contribua beaucoup plus à la conservation de l'Orient qu'à la ruine de l'Occident.
Gomme le principal objet de la religion est le bonheur d'une vie future , on peut remarquer sans scandale et sans surprise que l'introduction , ou au moins l'abus du christianisme, em quelque influence sur In décadence et sur la chute de l'empire romain. Le clergé prêchait avec succès la doctrine de la patience et de la pusillanimité. Les vertus actives qui donnent la vie a une société furent découragées , et les derniers débris de l'esprit militaire s'ensevelirent dans les cloîtres. Une grande partie des richesses du public et des particuliers furent consacrées aux spécieuses demandes de la charité et de la dévotion , et on prodigua ta paie des soldats à
OBSERVATIONS GENERALES
une multitude oisive des deux sexes , qui n'avaient d'autres vertus que celles de l'abstinence et de la chasteté. La foi, le zèle . la curiosité et les passions plus mondaines de l'ambition et de l'envie, enflammèrent les discordes théologiques. L'église et l'état furent déchirés par les factions religieuses, dont les querelles étaient quelquefois sanglâmes et toujours implacables. L'attention des empereurs abandonna les camps pour s'occuper des synodes ; une nouvelle espèce de tyrannie opprima le inonde romain , et les sectes persécutées devinrent les ennemis secrets de leur patrie. Cependant l'esprit de parti , quoique absurde et pernicieux, tend à réunir les hommes aussi bien qu'à les diviser. Les évêques faisaient retentir, du haut de dixhuit cepts chaires , les préceptes d'une soumission passive à l'autorité d'un souverain orthodoxe et légitime ; leurs assemblées fréquentes et leur correspondance continuelle maintenaient l'union des églises éloignées ; et l'alliance spirituelle des catholiques soutenait l'influence bienfaisante de l'Évangile. Un siècle sc.rvile et efféminé adopta facilement l'oisiveté monastique; mais, si la superstition ne leur .eût pas ouvert cet asile, les Romains auraient déserté l'étendard de la république par des motifs plus condamnables. Les prosélytes de toute religion obéissent sans peine a, des préceptes religieux qui encouragent et sanctifient leurs inclinations ; mais on peut suivre et admirer la véritable influence du christianisme dans les effets salutaires, quoique imparfaits, qu'il produisît sur lesbarbarcs du nord. Si la conversion de Constantin précipita la chute de l'empire , elle en diminua du inoins la violence en adoucissant la férocité des conquéraus.
Cette. eJTravitnle révolution peut s'appliquer utilement à l'instruction de notre siècle; un patriote doit sans doute préférer et chercher exclusivement llmérét et la gloire de son pa,ys natal ; mais il est permis à un philosophe d'étendre ses vues, et de considérer l'Europe entière comme une république dont tous les habttans ont atteint à peu près au même degré de culture et de perfection. La prépondérance continuera de passer suc ceasivement d'une puissance à l'autre, et la
prospérité de notre patrie on des royaumes voisins peut alternativement s'accroître on diminuer. Hais ces faibles révolutions n'influeront pas profondément sur lé bonheur général ; elles ne détruiront point le système des arts, des lois et des mœnrs. qui distinguent si avantageusement les Européens et leurs colonies. Les peuples sauvages sont les ennemis communs de toutes les sociétés civilisées ; nous allons examiner si l'Europe peut craindre encore une répétition des calamités qui renversèrent l'empire de Rome et anéantirent ses institutions. La même réflexion servira peut-être a expliquer les causes qui contribuèrent à la ruine de ce puissant empire , et celles qui motivent aujourd'hui notre sécurité.
1. Les Romains- ignoraient l'étendue de leur danger et le nombre de leurs ennemis. Au-delà du Dsnttbe et du Rhin, les pays septentrionaux 4e l'Europe étaient remplis, d'innombrables: tribus de patres «t de chasseurs, pauvres, voracea et tunbulens, intrépides dans les combats, et avides de s'emparer des fruits de l'industrie. La rapide impulsion de la guerre agita le inonde barbare, et les révolutions de b Chiwe entraînèrent celles de la Gaule et de l'Italie. Les Huns, qui fuyaient devant ma ennemi victorieux, dirigèrent leur marche vers l'Occident) et le torrent s'augmenta par L'accession des captifs et des alliés. Les tribus fugitives «fui cédaient aux Hnns entreprirent à leur tour des conquêtes. Le poids accumulé d'une multitude de barbares qui se précipitaient les lins sur les autres fondit aveo impétuosité svrl'ejnpire romain; à peine les premiers étaienbils détruits, que tfaotnefl 0Ci*pAie« leur place et présentaient de nouyeauxasedillaus-Ôn ne voit plus sortir du nord ces émigrations formidables.; et le long repos qui a été attribué au âécroissement de la population est la suite heureuse des progrès des arts etée l'agriculture. Au lieu de quelques villages placés de loin en loin , au milieu des bois et des marais, l'Allemagne compte aujourd'hui deux mille trois cents villes environnées de mars. Les royaumes chrétiens du Danemarck, de la Suède et de la Pologne se sont élevés successivement ; les négocians anséatiqûes et les
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chevalier* t eu toniques ont étendu leurs colonies le long des côtes de la mer Baltique jusqu'au golfe de Finlande. Depuis le golfe de Finlande jusqu'à l'Océan oriental , la Russie prend aujourd'hui la forme d'un empire puissant et civilisé. On voit sur les bords du Volga, de l'Obi et du Lena , le laboureur conduire sa charrue , le tisserand travailler a son métier , et le forgeron battre le fer sur son enclume ; les plus féroces des Tartares ont appris a craindre et à obéir. Les barbares indépendans n'occupent plus qu'un bien petit espace ; et les restes des Calmouks et des Usbeks ne peuvent pas inquiéter sérieusement la grande république d'Europe '. Cependant cette sécurité apparente ne doit pas nous faire oublier qu'un peuple obscur, à peine visible sur la carte du monde , peut nous présenter de nouveaux ennemis et des dangers imprévus. Les Arabes ou Sarrasins, qui étendirent leurs conquêtes depuis l'Inde jusqu'en Espagne, languissaient dans l'indigence et dans l'obscurité, lorsque Mahomet anima leurs corps sauvages du souffle de l'enthousiasme.
II. L'empire de Rome était solidement établi sur la parfaite union de tontes ses parties. Les peuples, devenus ses sujets , renoncèrent à l'espoir et même au désir de l'indépendance, et se trouvèrent honorés du titre de citoyens romains. Forcées de céder aux barbares , les provinces de l'Occident se virent avec douleur séparées de leur mère-patrie * ; mais elles avaient acheté celte union par la perte de ht liberté nationale et de l'esprit militaire. Renonçant a tout sentiment de vigueur et d'activité, les provinces asservies attendaient leur salut de troupes mercenaires et de gouverneurs dirigés par les ordres d'une cour
< Les éditeurs français et anglais de l'Histoire généalogique des Tartan» j ont joint une description curieuse, «Mis importait», de l'état de cm peuples. New pourrions
OBSERVATIONS GÉNÉRALES
EJlULs, puisqu'il* ont été vaincus récemment par les Chinois, qui soumirent, en 1759, la PeUte-Buen&rie, et avancèrent dans le pays de Badaluhan, près dos sources de J'Omis. (Mém. sur les Chinois, 1. 1, p. 325-400.) Mais oes conquêtes sont précaires, d je ne m'aventurerais point à cautionner la sÛretC de l'empire de ta Chine.
1 Le lecteur jugera combien celte proposition générale perd de s» probabilité par ta reroue des lunrkm, Dade-
éloignée. Le bonheur de cent million* d'individus dépendait du mérite personnel d'un ou de deux hommes , peut-être de deux enfans, dont l'éducation , le luxe et le despotisme avaient corrompu le caractère et les inclinations. Ce fut sous les minorités des fils et des petits-fils de Théodose que l'empire éprouva les plus funestes calamités; et, lorsque ces princes méprisables eurent atteint l'âge de la virilité, ils abandonnèrent l'église aux évèques, l'état aux eunuques, et les provinces aux barbares. Aujourd'hui l'Europe est divisée en douze royaumes puissans, quoique inégaux, trois républiques respectables, et un grand nombre d'autres souverainetés plus petites , mais indépendantes. Les, chances de talens dans les rois et les ministres sont au moins multipliées en raison du nombre des souverains; et un Julien et uneSémiramis peuvent régner dans le nord eu même temps qu'un Arcadtus et un Honorais sommeilleront sur les trônes du sud. liinfiuence de lu crainte et la honte arrêtent l'abus de la tyrannie. Les républiques ont acquis de l'ordre et de la stabilité ; les monarchies ont adopté des maximes de liberté , ou au moins de modération ; et les mœurs générales du siècle onlintroduît quelques sentimens d'honneur et de justice dans les constitutions les plus défectueuses. En temps de pais, l'émulation active de taut de rivaux accélère les progrès des sciences et de l'industrie ; en temps de guerre, des contestations passagères et peu décisives exercent les forces militaires de l'Europe. Si un conquérant sauvage sortait des déserts de la Tartarie, il faudrait qu'il vainquit successivement les paysans robustes de la Russie, les nombreuses armées de l'Allemagne , la vaillante noblesse de France , et les intrépides citoyens de la Bretagne, que la défense commune pourrait peut-être réunir. En supposant que les barbares victorieux portassent l'esclavage et la désolation jusqu'à l'Océan atlantique, dix mille vaisseaux mettraient les restes de la société civilisée à l'abri de leurs poursuites, et l'Europe renaîtrait et fleurirait en Ajnéri-
pendanee de ta Bretagne et de t'Àrmorique , les tribus mauresque*, on les Bagaodes de la Gaule et de l'Espagne .
3yGooçle
OBSERVATIONS GÉNÉRALES
que , où elle a déjà fait passer ses institutions avec ses nombreuses colonies'.
III.' Le froid, la pauvreté, l'habitude des dangers et de la fatigue entretiennent les, forces et le courage des peuples barbares. Dans tous les siècles, ils ont fait la loi aux nations paisibles et policées de la Chinoy de l'Inde, ef, de la .Perse,, qui négligeaient e\ négligent encore de suppléer à ces avantages naturels par les ressources de l'art .militaire, Les nations guerrières de l'antiquité, de la Grèce, de la Macédoine .et de Rome, élevaient une race de soldats, exerçaient leurs corps , disciplinaient leur courage, multipliaient leurs forces par des évolutions rén gelières, et convertissaient le . fer au armes, utiles pour l'attaque et pour la défense. Mais la corruption de leurs mœurs et de leurs lois fit disparaître insensiblement .cette supériorité: La politique, faible de Constantin et de' ses successeurs arma et instruisit la valeur indisciplinée des mercenaires barbares qui renversèrent l'cmpira. L'invention de la poudre a produit uuegranderévolulton dans l'art militaire, en soumettant an pouvoir de l'homme l'air et le feu, les deux plus redoutables agens de la nature.. Les maibémaliqucsv la chimie, la mécanique, et farchitectare , ont appliqué leurs découvertes au service de la guerre ; et les combattans empkueot aujourd'hui les méthodes les plus savantes et les plus compliquée* pour l'attaque et pour la défense. Les historiens peuvent observer avec indignation qu'avec l'argent dépensé pour les. préparatifs d'un siège on établirait et entretiendrait une colonie florissante *; mais on n'en regardera pas
' L'Amérique contient aujourd'hui environ six millions d'Européens de naissance ou d'origine, «t leur nombre, au Boînt dans le Nord, augmente sensiblement.. Quelle» que «lient les révolutions de leur système politique, Us conserveront les mœurs de l'Europe, et la langue anglaise un probablement répandue sur un continent immeuseetponaatnx.
, * On avait Ut tenir pour le siège «V» Tarin cent quarante pièces de canon, et il est à remarquer aua chaque gras canon moulé revient eavi ton * deu i aille, oaù; .il y avait «al dir mille bauMs, eenl six nrtlto cartouches .d'une espèce, et trois cent nulle d'au Maint vingt et un aille bombes, vingt-sept cùne sent cents grenades, quiase mille taest terre, trente-mille instnunens pour le ajssjaan, «t doue cent mille livres de poudre : ajoufa à ces munitions, le
«BBOK, i
moins comme une chose heureuse que la destruction d'une ville soit une entreprise difficile et dispendieuse, on qu'un peuple industrieux fasse servir à sa défense les arts qui survivent et suppléent à la valeur militaire. Le canon et les fortifications forment une barrière impénétrable à la cavalerie des Tartares, et l'Europe n'a plus a redouter UOé irruption de. barbares , puisqu'il serait indispensable qu'ils se civilisassent avant de pouvoir. Conquérir. Leurs découvertes dans 1? science de la. guerre seraient nécessairement accompagnées, comme l'exemple, de la Russie le. démontre, de progrès proportionnés, dang {es arts paisibles et dans la poque civile; ils mériteraient alors d'étraitti comptés au nombre des nations civilisées qu'ils auraient soumises.
. Si ce* réflexions paraissaient insuffisantes, il nous resterait encore une source plus humble d'espoir ou de sécurité. Les découvertes des navigateurs, anciens et modernes, et l'histoire domestique ou la tradition des nations les plus éclairées, représentent l'homme sauvage comme également dépouillé de vêtement et d'imagination, privé de lois, d'arts, d'idées, et presque de langage qui puisse les exprimer '. De cette situation abjecte, peutêtre l'état primitif et universel de l'homme, il est parvenu à dompter les animaux, à fertiliser la terre, à traverser l'Océan, et à mesurer les cieux. Ces progrès dans le développevent et dans, l'usage des facultés physiques et intellectuelles, ont fifé très-lents dansle principe, et se sont multipliés dans la suite avec
|*Hnb,lefecH.f«^*i»n6, les enrdsgei.et tout.ee .*rut sert aux mineur», le soufre, le Minette, Ips outils de Imite espèce. Il est certain que les frais de loûs ces préparants de destruction «uniraient pour fonder et taire fleurir la plus uonibiYuse colonie. (YoiUire, Siècle de Louis ut, c. 20, t. u de ses Œuvres, p. 381.)
" Il serait aussi «M tau feudienr de citer les autorités des poètes, des ptùlotophei et des historiens; et je me contenterai d'en appeler an témoignage aulhennqoc et décisif de Diodore de SfcUe[t.-i,l. i, p. 11,12; 1. m, p. 184, etc., édik Westeling.) Les lentyophages, qui erraient de son ternps sur les ootes de la mer Rouge, ne peuvent se comparer qu'au* sauvages de la Nouvelle-Hollande. CVoyage de Danwier, vol. i, p. 464-469. L'imagination, ou peut-être la raison , peut supposer un état d'ignorance fort au-dessous de celui de ces sauvages qui avaient acquis quelques arts « quelques outils.
OBSERVATIONS GÉNÉRALES
rapidité1; nuis une chute subite a souvent détrait en un instant les travaux pénibles de plusieurs siècles, er tous les climats de la terre ont éprouvé successivement les vicissitudes de la lumière et de l'obscurité. Cependant l'expérience de quatre mille ans doit diminuer nos craintes et encourager nos espérances. Nous ne pouvons pas fixer le degré de perfection auquel le genre humain peut parvenir ; maïs on peut présumer raisonnablement, qu'à moins d'une révolution générale qui bouleverse la face du globe, aucun des peuples qui l'habitent ne retombera dans sa barbarie originelle. Nous envisagerons les progrès de la société sous trois aspects : 1° Le poète et le philosophe éclairent leur pays et leur siècle par les efforts d'un seul génie. Hais ces prodiges de raison ou d'imagination sont des productions rares et spontanées. Le génie d'Homère, de Gîcéron, ou de Newton exciterait moins d'admiration, s'il pouvait être créé par les ordres d'un prince ou par les leçons d'un précepteur ; 2° les avantages des lois, de la politique, du commerce, des manufactures, des sciences et des arts, sont plus solides et plus durables; l'éducation et l'instruction peuvent rendre un grand nombre d'hommes des différentes classes utiles à l'intérêt général ; mais cette discipline est l'effet du travail et de l'intelligence ; le temps peut dégrader cette machine compliquée, et la violence peut la détruire ; mais les arts les plus utiles, ou du moins les plus nécessaires , peuvent , heureusement pour le genre humain, s'exercer sans talens supérieurs et sans subordination nationale, sans le génie d'un seut, ou l'union d'un grand nombre. Un village, une famille, ou même un individu, aura toujours l'intelligence et la volonté de perpétuer l'usage du feu * et des
■ Voyez l'ouvrage savaut et Judicieui du président Goguet, de l'Origine des lois, des arts a des sciences. Il die quelques bits, et propose des conjectures (t. i, p. 147-331, edif. in-ll) sur les premiers pas do l'invention humaine, qui Turent sans doute les plus difficiles.
111 est certain, quoique ce fait soit for! extraordinaire, que plusieurs peuples ont ignoré l'usage du feu. Les ingénieux habitons d'Otahiti, qui manquent de métaux, n'ont inventé aucun ustensile de (erre susceptible de supporter
métaux, la propagation et le service des animaux domestiques , lâchasse, la pèche, les premiers principes de la navigation, la culture imparfaite du blé on de quelque graine nourrissante, et la pratique simple des arts mécaniques et grossiers. L'industrie pubb'que et le génie des particuliers pourront disparaître ; maïs ces plantes solides et hardies survivront à la tempête, et pousseront des racines profondes dans le sol le plus ingrat. Un nuage épais d'ignorance éclipsa les jours brillans d'Auguste et de Trajan; les barbares anéantirent les lois et les palais de Rome ; mais la faux, invention ou emblème de Saturne ', continua à abattre les moissons de l'Italie, et ce repas odieux où les Lesirigons * se nourrissaient de chair humaine ne s'est jamais renouvelé sur les cotesdelaCampanie. Depuis la première découverte des arts, la guerre, je commerce, et le zèle religieux, ont répandu ces dons inestimables parmi les habitans sauvages de l'ancien et du nouveau monde ; ils se sont propagés, et ne seront jamais totalement perdus. Nous pouvons donc conclure avec confiance, que, depuis le commencement dn monde, chaque siècle a augmenté les richesses réelles, le bonheur, l'intelligence, et peut-être les vertus de la race humaine *.
l'action du feu , et de communiquer la chaleur aux liquides qu'ils contiennent
■ PluUrque, Quant. Boni., t. n, p. 275-, Macrob., Sahtmal., 1. 1, c. 8, p. 152, édit. Londres. L'arrivée de Saturne' dans un vaisseau peut Indiquer que ht côte sauvage du Laiium fut originairement découverte et civilisée par les Phéniciens.
i Dans les neuvième et dixième livres de YOttytsét, Homère a embelli les coules des matelots timides et crédules qui transformèrent en géans les Cannibales de Sicile et d'Italie.
■ L'avarice , le fanatisme et la cruauté ont trop souvent efface le mérite des découvertes, et la communication entre les nations a répandu des maladies et des préjugés. Noos devons taire une exception Juste en faveur de notre siècle et de notre patrie. Les cinq grands voyages, entrepris sncccssivemenl par les ordres du roi actuel de I" Angleterre, n'avaient d'autre but que le goût de Sa Majesté pour les sciences et son amour de l'humanité. Ce ntae prince, adaptant ses bienfaits aux différentes classée de la société, a fondé une école de peinture dans sa capitale , et a introduit dans les lies de la mer du Sud ks végétaux et les animaux les plus utiles au genre bwoain.
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