‹ Histoire de la découverte de l'Amérique [microforme] (volume 3)Chapitre 25 sur 29 · BRÈVE VOLS VE LABS DD LUS DEV LUE LUE VUE LAVE VE URSS VE LRO GAS · texte numérisé non relu

BRÈVE VOLS VE LABS DD LUS DEV LUE LUE VUE LAVE VE URSS VE LRO GAS

ENTRETIEN XXlI°.

Déjà les conjurés étaient arrivés, sans avoir été aperçus, jusqu’à l’escalier aboutissant à l’appartement du gouverneur , lorsqu'un des pages qui les vit venir, se précipita avec bruit dans la chambre, Pizarre, habitué à braver les plus grands périls, loin de manifester la moindre émotion, se leva tranquillement et ordonna à l’un de ses officiers de verrouiller la porte, pour avoir seulement le temps de prendre ses armes ; mais cet officier, hors de lui, n’exécuta malheureusement pas l’ordre qu’il venait de recevoir , sortit de la chambre pour demander à ceux qui montaient l'escalier d'où venait ce bruit, et quelles étaient leurs intentions ? Un coup de sabre qui le terrassa fut Ja seule réponse qu'il en reçut, et les conjurés passant sur

son corps, pénétrèrent dans la chambre de Pizarre.

Alors celui-ci était allé s’armer dans une pièce voisine, où se trouvait également son beau-frère Alcantara, deux de ses amis et deux de ses pages; tout Je reste, à la vue des conspirateurs, s'était honteusement enfui par la fenêtre. Pizarre n’avait pas encore eu le temps de boucler si cuirasse; mais saisissant son sabre et son bouclier, et faisant face aux conjurés, il fondit sur eux comme un lion, en criant à ses amis : « Courage, camarades! nous sommcs encore assez pour châtier ces traîtres de leur témérité ! » Au même instant s'engagea de part et d'autre une lutte terrible. Non seulement les conjurés étaient supérieurs en nombre, mais, comme nous l’avons dit, ils étaient armés de pied en cap, tellement qu’on avait peine à les atteindre, tandis que chaque coup qu'ils portaient frappait à découvert Pizarre et ses amis, qui aimèrent mieux périr à ses côtés que de l’abandonner. Aussi l'issue du combat ne fut pas long-temps incertaine. Alcantara, le premier atteint d’un coup mortel, tomba aux pieds de son frère ; les autres éprouvèrent bientôt ls même sort, et le gouverneur, fatigué de parer les coups redoublés qui l’accablaient de toutes parts, et pouvant à peine tenir son épée, reçut une profonde blessure à Ja gorge, et rendit sur-le-champ le dernier soupir.

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À la vue de la victime baignée dans son sang, les conjurés sr. répandirent aussitôt dans la ville, leurs épées nues,et.ensanglantées à la main, pour annoncer partout la mort du tyran. Ils, furent joints par plus de deux cents complices qui conduisirent le jeune Almagro sur un cheval par toutes les rues et comme en triomphe , en faisant publier que lui seul, à l’exclusion de tous autres, était le gouverneur légitime du Pérou, Le palais de Pizarre et les maisons de ses partisans furent livrés au pillage.

Ainsi mourut un homme digne d’être admiré par son courage dans l’action, patient dans l’adversité, mais chez lequel les âmes honnêtes fré missent de reconnaître un caractère faux et quelquefois féroce. Sa conduite envers Atahu alpa, Almagro et plusieurs autres,reçut ainsi la punition qu’elle avait tant de fois méritée. Ses domestiques portèrent son cadavre à l’église, mais personne n’osa le suivre ni le faire inhumer. Enfin , un nommé Barbaran , qui autrefois avait été à son service, prit sur lui de demander au rouveau gouverneur la permission de lui rendre les derniers devoirs. L’ayant obtenue, il s’empressa, à l’aide de ses femmes, de l’enterrer, sachant que l'intention des

‘ conjurés était d'exposer sa tête sur la roue.

Tuéonone, — Eh quoi! c’est donc déjà fini, mon papa ?

M. Huxrzn. — Pourquoi rester devant un théâtre quand les acteurs ne sont plus sur la scène? à moins, mes enfans, que vous ne désiriez apprendre quelques circonstances de la vie privée de Pizarre ?

Tous Les ENFANS. — Oh ! oui, oui!

M. Hunren. — Selon les historiens du temps , il était d’une constitution robuste. Les forces de son <orps étaient en rapport avec celles de son âme, ferme et courageuse. Personne mieux que lui n’af frontait le danger et ne supportait les coups de la fortune. Dès qu’il s'était armé, il se regardait <omme invincible. Alors il lui arrivait souvent de s’avancer tout seul contre l'ennemi avec un sangfroid admirable , et ses soldats avaient peine à le rejoindre : tant il avait confiance en son bras musculeux et en son intrépidité à toute épreuve !

Je crois déjà vous avoir dit que son éducation avait été très négligée , ou plutôt il n’en avait reçu aucune. Aussi manquait-il de toutes les connaissances qu’un homme bien élevé doit acquérir; mais il compensait cette absence d'instruction par l’attention sérieuse , par l’activité , la patience et les réflexions que lui suggéraient toutes les circonstances qui se présentaient. Quand un acte exigeait sa signature, il faisait deux traits de plume entre lesquels son secrétaire écrivait François Pizarre.

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que sans Connaissances acquises On peut, comme Pizärre, espérer de faire fortune. Îls- sont passés cestemps où la force du corps, unie à la bravoure, suffisait pour parvenir aux dignités militaires; aujourd'hui, danstous les états, dans toutes les professions, même dans celle desarmes, on demande bien plus de capacité qu’autrefois à un jeune homme qui veut obtenir un emploi ou des protections. Les temps sont changés au point, que tel homme qui commanda jadis des légions entières, serait à peine de nos jours apte à remplir le poste de chef d’escouade,

La nature avait doué Pizarre d’une âme élevée et subtile, à laquelle il ne manquait que la culture de l'éducation. Il formait les projets les plus vastes; et plus les obstacles s ’accumulaient , plus il redoublait pour les vaincre.

Il était naturellement grand et généreux; mais aveuglé par l’ambition et les prestiges de la puissance , il cultivait les beaux sentimens qui germaient dans son âme. Je vais vous citer, entre autres, deux anecdotes qui vous mettront à même d'apprécier les heureuses qualités dont notre héros était doué.

Un officier, peu favorisé de la doi: avait perdu son cheval; Pizarre en ayant été instruit, résolut de lui procurer les moyens d’en acheter un autre; il cacha à cet effet sous son habit un

lingot d'or pesant dix livres, et pour le rencontrer, se dirigea vers une maison où était établi un jeu de paume; mais l'officier qu’il cherchait n’y était pas encore arrivé. Quelques uns dé ses amis lui ayant proposé de jouer avec eux, il se mit de leur partie, mais sans ôter son habit, et se résignant à cndurer la gêne que son lingot lui causait, pour que ses partners ne connussent pas la cause de sa visite. La partie durait depuis trois heures entières lorsque l'officier arriva, Pizarre alla au devant de lui, l’emmena à l'écart , et lui remettant son présent : « Ce lingot, lui dit-il, » m'a si fort incommodé, que si vous étiez venu » plus vite pour m'en débarrasser , je vous en au- » rais donné trois fois autant. »

Une autre fois (c'était pendant une de ses marches) on traversait une rivière; un de ses domestiques indiens qui lui avait souvent donné des preuves d'affection et de dévouement, fut entraîné par le courant. Pizarre eut à peine aperçu le danger où se trouvait ce malheureux, qu'il se jette à la nage pour aller le secourir ; il le saisit par les cheveux, et après des peines infinies, | parvient à le ramener sur le rivage. Le danger qu'il venait d'affronter lui-même était si grand, que le plus intrépide de ses soldats n’eût jamais osé s’y exposer. Aussi ses intimes amis lui reprochèrent sa témérité et le peu de soin qu’il prenait de la

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leur, il s’habillaît sans luxë et d’une manière uni-

forie, Il portait un habit noir qui lui deséendait sur lés taloñs, un'chapeau gris et des souliers blancs. Par déférénéé pour'sès amis, il mettait quelquéfbis, le dimanche, un vétement de parade garni dé pellétéries , dont son ami Gortès lui avait fait présent ! mis dés qu’il était revenu de l'église,

il se‘déshäbillait et restait ét veste ou'en chemise,

avec! un moüchoir autour du cou pour essiyer la sueur de’ son visage; car, pendant la paix, il consacrait presque tout son temps à jouer à la paume et aux quilles ; c'était pour lui une passion. Il faisait sa partie avec le premier venu, sans s’enquérir de son état et de sa condition.

Il ne souffrait jamais qu'on se donnût la peine de lui relever la boule ni qu’on voulût lui éviter le moindre dérangement. Il était affable, complaisant envers tout le monde, et sa familiarité était poussée au point que, dans les momens de plaisir, il fallait, pour lui être agréable, oublier son rang de gouverneur.

Son attachement et son affection pour l’empeeur étaient sans bornes. Lorsqu'il s'agissait de prélever le cinquième qui revenait à la couronne lans le partage des trésors , il poussait le scrupule

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