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DE CHRISTOPHE COLOMB, “it noblesse pour lui et toute sa famille, et le roi ne sortit plus à cheval sans avoir l’amiral à ses côtés, honneur réservé jusqu'alors aux seuls princes du sang. Mais ce qui lui fit plus de plaisir que tout le reste, ce fut l’ordre que donna le roi d’équiper sur-le-champ une flotte entière pour un second voyage.
L'équipement de la flotte fut poussé avec tant d'ardeur et de célérité, qu’en peu de temps dix-sept vaisseaux furent prêts à mettre à la voile dans le port de Cadix. La soif de l'or et l'ambition de la gloire portaient des hommes de toutes les conditions à faire partie de c:t42 expédition, et même à s'établir pour toujours dans le nouveau monde. Colomb, ne pouvant les emmener tous, en choisit quinze cents, et eut soin que les vaisseaux fussent pourvus de toutes les choses nécessaires tant au voyage qu'à la fondation de plusieurs colonies, Il embarqua une grande quantité d'outils et d’instruments de toute espèce, plusieurs sortes de grains d’Europe, des an2drupèdes inconnus au nouveau monde, tels que chevaux, ânes, taureaux, vaches, etc. , etc, ,et des graines de végétaux qu'il crut propres aux nouvelles contrées qu'il se proposait de visiter.
Du reste, comme il était toujours dans l'opinion que les pays nouvellement découverts étaient des parties de l'Inde, qu’il supposait s'étendre jusque-là, on leur donna, pour les distinguer de l'Inde déjà connue, le nom d'Inde occidentale, parce que, pour y arriver d'Europe, il faut faire voile à l'occident. L'Inde anciennement connue fut appelée dès lors Inde orientale.
Les préparatifs du départ étant achevés, la flotte appareilla du port de Gadix le 25 septembre. Comme la première fois, Colomb dirigea d’abord sa course aux Ganaries, où il mouilla le 5 octobre. Il y fit provision d’eau, de bois, embarqua quelques animaux, particulièrement des cochons, et le troisième jour il se remit en route.
Le vent lui étant favorable, il fit en vingt jours huit cents lieues marines ; et le vingt-sixième après son départ d’Espagne, il jeta l’ancre devant une île qu’il appela Domi-
nique, parce que le jour de sa découverte était un dimanche, |
qui, Comme vous savez, se dit en latin dies dominica. N'y 4 . M
trouvant pas de rade assez commode, Colomb remit à la k
voile et découvrit en peu de temps plusieurs autres îles,
dont les plus considérables étaient Marie-Galante, la Gua- À deloupe, Porto-Rico, enfin l’île Saint-Martin. !
Sur la côte de la Guadeloupe, on aperçut une superbe ' cascade formée par de l’eau qui sortait en abondance d’un ï
rocher pointu et fort élevé ; le bruit s’en faisait entendre à trois lieues de distance, D'abord on n’y vit pas un seul habitant, parce qu’ils avaient tous abandonné leurs cabanes. Les Espagnols envoyés à leur recherche amenèrent deux jeunes garçons, qui firent entendre qu'ils n'étaient pas de cette île, mais d’une autre, où les habitants de celle-ci étaient venus les enlever. On trouva encore six femmes qui implorèrent le secours des Espagnols, leur faisant connaître qu’elles étaient captives et condamnées à un esclavage perpétuel. On apprit d’elles que la coutume des habitants de ces îles était de rôtir et de manger tous les hommes qu'ils | 11 faisaient prisonniers de guerre, et de garder les femmes LH comme esclaves. Ceiles-ci firent tant d’instances qu'on ne
| put se refuser à les emmener, ainsi que les deux garçons. | Ce que Colomb venait d'apprendre de la barbarie de ces
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peuples lui fut confirmé dans les aires îles. Presque partout où il voulut aborder, il fut reçu en ennemi, et il trouva
| || des traces de leurs repas inhumains. On voyait avec horreur | ! des os et des crânes d'hommes répandus autour de leurs | demeures. Toutes les tentatives qu’il faisait pour lier com- | merce avec les habitants étaient inutiles, et, pressé de | rejoindre les Espagnols qu'il avait laissés dans l’île d'Hispa- | niola, il poursuivit sa route vers cette dernière, et mouilla | le 21 du même mois dans une rade qui n’était qu'à une || journée environ du fort Navidad.
Quelques Espagnols envoyés à terre revinrent avertir À qu'ils avaient trouvé près du rivage les cadavres de deux hommes, ayant une corde d’écorce d'arbre au cou et attachés sur une pièce de bois en forme de croix; ils ne pou-
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DE CHRISTOPHE COLOMB. 3 vaient dire si c'étaient des Européens ou des Indiens, parce que l’état de corruption où ils se trouvaient empêchait de les reconnaître.
Cette nouvelle alarma Colomb; et le lendemain, dès la pointe du jour, il voulut se convaincre par lui-même si ses craintes étaient fondées, Il fut à peine arrivé à la hauteur de Navidad qu'il descendit promptement dans une chaloupe et gagna le rivage. Mais quel fut son effroi, quand il ne trouva plus les Espagnols qu’il y avait laissés, ni le fort qui y avait été construit, mais seulement quelques ruines, des haillons, des armes et des outils mis en pièces! Ge spectacle seul lui apprenait tout; et pour confirmation du triste sort des colons, on trouva à quelque distance onze de leurs cadavres portant sur eux les marques d’une mort violente.
Tandis que l’on versait des larmes sur le sort de ces infortunés, et que la plupart songeaient déjà aux moyens de venger sur les naturels du pays le meurtre de leurs camarades, le frère de Guakanahari arriva, et fit un rapport détaillé sur le malheur qu'avait éprouvé la colonie.
En voici le précis :
« Colomb n'eut pas plutôt mis à la voile, que ceux qui étaient demeurés oublièrent les bons avis et les ordres qu'il leur avait donnés avant son départ. Au lieu d'entretenir les habitants, par leur conduite, dans la profonde vénération qu'ils avaient conçue pour eux, les colons se permirent tant d’'excès et d’injustices que les Indiens les virent avec horreur. L’oflicier qui les commandait voulut les contenir; mais, au mépris de ses exhortations et de ses menaces, ils se répandirent dans l’île et la désolèrent par leurs rapines et par leurs violences. Leurs incursions surtout étaient fréquentes dans le district du cacique Gibao, à cause de l'or qui s’y trouvait. Ce cacique, irrité de leur conduite, eut enfin recours aux armes : il les surprit dans un moment où ils s'étaient dispersés; et, après avoir investi le fort, il y fit mettre le feu. Plusieurs espagnols furent tués en se défendant; les autres voulurent s'évader dans un canot, mais ils périrent dans les flots, »
ï4 VOYAGES ET CONQUÊTES
Celui qui faisait ce récit ajouta que son frère, toujours ami des Espagnols, quoique sans cesse exposé à leurs insultes, avait pris les armes en leur faveur; mais que, dans un combat avec le cacique Gibao, il avait reçu une blessure, dont il était encore malade.
Les troupes de Colomb, portées à douter de la vérité de la dernière partie de cette narration, brûlaient d'exercer une vengeance sanglante sur tous les insulaires; mais luimême était trop sage et trop humain pour entrer dans leurs vues. Il chercha au contraire à les convaincre de la nécessité de rétablir, s’il était possible, leur réputation dans l’esprit des habitants et de regagner leur confiance. Il recommanda en conséquence à tous ses gens de se conduire à leur égard avec la plus grande honnèteté,
Il alla faire ensuite visite au cacique Guakanahari, qu'il trouva en effet malade d’une blessure qui ne paraissait pas venir d’une arme européenne, mais d’une épée de bois. La conduite constante et franche de ce cacique persuada Colomb de la vérité de son récit, qui s’accordait parfaitement avec celui de son frère. Pour lui donner une nouvelle preuve de ses sentiments, Guakanahari lui fit présent de huit cents petites coquilles, auxquelles les Indiens attachaient un grand prix, de cent plaques d’or et de trois calebasses remplies de grains d'or, faisant ensemble près de deux cents livres pesant. De son côté, Colomb lui donna plusieurs bagatelles européennes, qui ne furent pas trouvées moins précieuses.
L’amiral conduisit son monde dans un pays à la fois plus agréable et plus sain que le premier. C’est là qu’il résolut de bâtir, près de l'embouchure ‘une rivière, une ville régulière et fortifiée, où ceux qu'il laisserait auraient une demeure également sûre et commode. Il ne fut permis à personne de rester spectateur oisif de ce travail; et par les forces réunies de tant de bras, on parvint en peu de temps à achever la première ville que les Européens aïent fondée dans le nouveau monde : Colomb iui donna !e nom d’/sabelle, en l'honneur de la reine d'Espagne.