‹ Histoire de la découverte de l'Amérique [microforme]Chapitre 15 sur 49 · AB TER 7 TE RO NÉE · texte numérisé non relu

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On s'attendait à revoir les gens de l'équipage au bout de quelques heures; cependant la nuit s'avançait, et personne ne paraissait encore. L’amiral conçut des soupçons, et ces soupçons se confirmèrent lorsqu'on apprit le lendemain que la garnison portugaise s'était emparée de ces hommes nus et les retenait prisonniers.

À la nouvelle de cette perfidie, l’indignation de Colomb fut à son comble; il protesta avec serment qu'il ne partirait pas sans avoir pris cent Portugais et ravagé toute l’île. Cette menace fit impression. On lui envoya des députés, chargés de s'informer, de la part du gouverneur, si lui et ses navires étaient en effet au service de l'Espagne ; et quand il l’eut prouvé par ses provisions, les prisonniers furent relâchés. Le gouverneur aurait voulu, sans doute, s'assurer de Colomb lui-même, pour le tenir enfermé, lui et ses gens, toute leur vie, et faciliter au roi son maître les moyens de prendre sans bruit possession des pays nouvellement découverts; mais ayant manqué son coup, parce que Golomb était resté à bord, il jugea prudent de lui rendre son monde et de s’excuser en disant qu’on n'avait pas cru qu’ils fussent Espagnols.

Colomb remit à la voile, avec l'espérance de se voir bientôt à 14 fin de toutes ses peines; mais une nouvelle tempête mit encore une fois sa constance à l'épreuve. Cette tourmente fut horrible; elle durait depuis quarante-huit heures, lorsqu'on aperçut vers minuit des rochers contre lesquels le frêle bâtiment fut poussé en droite ligne. S'il eût suivi cette direction une minute de plus, il était en pièces: mais la présence d'esprit de Golomb ne l’abandonna pas dans ce moment décisif : virant promptement de bord, il sauva le vaisseau et ceux qui y étaient. Il reconnut bientôt qu’il était sur la côte de Portugal, près de l'embouchure du Tage, et il réussit à y jeter l'ancre.

Dès la pointe du jour il dépècha deux courriers, l’un à Madrid, pour annoncer au roi d'Espagne son heureuse arrivée, et un autre à Lisbonne, pour demander à Sa Majesté portugaise la permission de remonter jusqu’à la ville et de

38 VOYAGES ET CONQUÊTES s’y réparer. Gette demande lui ayant été accordée, il fit voile sur-le-champ vers Lisbonne.

Le bruit de l’arrivée d’un vaisseau si remarquable se fut à peine répandu dans Lisbonne, que l'on courut en foule au port. Le rivage était couvert d'habitants, et la rivière de barques; chacun brûlait de voir l’homme merveilleux qui avait si heureusement terminé une entreprise si périlleuse, en regrettant toutefois que leur patrie eût méconnu et rebuté cet homme extraordinaire.

Le roi de Portugal lui-même, qui se repentait également d'avoir rejeté les offres de Colomb, et ne voyait pas sans peine l’accroissement prodigieux de la puissance espagnole, donna ordre qu’on lui rendit tous les honneurs imaginables ; il lui fournit des vivres et lui écrivit de sa propre main pour le prier de le venir voir. Golomb s’empressa de se rendre à son invitation; et à son arrivée, toute la cour, par ordre du roi, marcha au-devant de lui. Ce monarque, dans l’entretien qu’ils eurent ensemble, voulut qu'il lui parlât couvert et assis; et au récit des découvertes qui venaient d’être faites, il fit alternativement paraître les plus vifs regrets et la plus grande admiration. De son côté, Colomb joufssait avec modestie de la satisfaction de voir les indignes courtisans qui jadis le bafouaient comme un vil faiseur de projets, maintenant éblouis par l'éclat de ses exploits, confondus et couverts de honte.

Le roi lui fit, mais en vain, les offres les plus flatteuses pour l’engager à entrer à son service; rien ne put ébranler la fidélité de ce grand homme. À peine son bâtiment fut-il réparé qu'il alla prendre congé du roi, mit à la voile, et se dirigea sur le même port d'Espagne d’où il était parti, et où

il jeta l'ancre, après un voyage de sept mois et onze jours.

Qu'il s’y repose après tant de fatigues! Demain, mes enfants, vous aurez le plaisir de le voir descendre à terre.

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NEUVIÈME ENTRETIEN

Le vaisseau de Colomb entre dans le port de Palos. — Colomb continue sa route et arrive à Barcelone, où la cour lui prépare une entrée triomphante. — Il reçoit l’ordre du roi d'équiper une flotte pour une seconde expédition. — Grands préparatifs pour la seconde expédition de Colomb. — Départ de Cadix ; on jette l'ancre dans une île des Petites Antilles, à laquelle on donne le nom de Dominique. — On remet à la voile, et on aborde à la Guadeloupe, après quelques découvertes peu importantes. — Malheureux sort des Espagnols laissés par Colomb dans l'île d'Haïti. — Les Espagnols bâtissent une ville à laquelle Colomb donne le nom d'Isabelle,

Taéopore. Eh bien! mon père, Golomb ne va-t-il pas débarquer?

M. Hunter. Tout à l'heure, mon ami; mais il faut le voir entrer avant dans le port de Palos.

À la nouvelle de l’arrivée du vaisseau de Colomb, tous les habitants coururent au bord de la mer pour recevoir ce grand homme comme le héros de l'Espagne.

Colomb descendit à terre au milieu du bruit de l’artillerie, du carillon de toutes les cloches et des acclamations de la multitude. Il se mit bientôt en route pour se rendre à la cour, qui était à Barcelone, ville de Catalogne, province de l'Espagne.

Jon. N’apprit-on pas où était resté Alonzo Pinçon?

M. Hunter. Sans doute; mais les rapports qui le coucernent se contredisent. Quelques auteurs ont écrit qu’il était aussi entré dans le port de Palos peu après l’arrivée de Colomb; d’autres assurent qu'ayant débarqué quelques jours avant lui dans la Galice, il s'était aussitôt disposé à se rendre à la cour, pour être le premier à y apporter l’agréable nouvelle des découvertes que l’on avait faites, mais que le roi lui avait ordonné de ne se présenter à lui qu’en la compagnie de l'amiral. Cette injonction, disent-ils, causa tant de chagrin à cet homme vain et ambitieux, qu’il fut at-

taqué d’une maladie qui le conduisit au tombeau en peu de jours.

Colomb, dans tous les lieux où il passa, vit une innombrable multitude accourir des environs; il entendit son nom voler de bouche en bouche avec les plus grands éloges. Arrivé à Barcelone, où le roi et la reine l’attendaient avec impatience, toute la cour et ordre d'aller respectueusement au-devant de lui, et les rues étaient tellement remplies d'habitants, qu'à peine lui restait-il assez de place pour y passer.

A la tête de son cortége étaient les Indiens amenés des îles nouvellement découvertes, et parés à la manière de leur pays. Derrière eux, on portait tou’ ce que l’on avait embarqué d’or, soit en ornements, soit en feuilles ou en grains, Suivaient ceux qui étaïènt chargés des échantillons de toutes les productions naturelles et industrielles du nouveau monde : de balles de coton, de caisses de poivre, de perroquets perchés sur des cannes qui avaient vingt-cinq pieds de longueur , de quadrupèdes et d'oiseaux empaillés, et d’une quantité d'autres choses que l’on n'avait jamais vues en Europe. Enfin paraissait Colomb lui-même, fixant les regards des spectateurs émerveillés.

Pour l’honorer d'une manière convenable, Leurs Majestés avaient fait dresser un trône richement orné sur une place publique, où elles l’attendaient. Colomb s’avance : selon l'usage de ces temps, il veut se mettre à genoux aux pieds du monarque; mais le roi l'en empêche, lui donne sa main à baiser, et lui ordonne de s'asseoir à ses côtés. Il fit, avec autant de modestie que de dignité, un rapport détaillé de ses découvertes et montra les productions qu’il apportait. La cour et tous ceux qui l’entendirent furent saisis d’admiration et d’étonnement.

Son récit terminé, les deux souverains, et avec eux toute la multitude des spectateurs, se mirent à genoux pour remercier Dieu de ce merveilleux événement, qui paraissait promettre à l'Espagne de si grands avantages: après quoi Colomb fut comblé d’honneurs extraordinaires. On confirma publiquement toutes les récompenses qu’on lui avait promises avant son départ; on lui fit expédier des lettres de

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