D PR SE ENT US
És
RE à
& Ce
DIXIÈME ENTRETIEN
Mécontentement des Espagnols. — Découverte de la Jamaïque. — Dispositions des Indiens envers les Espagnols. — Réunion des deux frères, Colomb et Barthélemy. — État des choses à Isabelle à l’arrivée de Colomb. — Amitié constante de Guakanahari, cacique d’un district
d'Haïti.
Taéopore. Les nouveaux débarqués doivent se trouver bien heureux ?
M. Huwrer. Point du tout, mon fils. Naturellement indolents, et devenus, sous un climat plus chaud, encore plus incapables de ces travaux qui demandaient des efforts sou tenus , les Espagnols murmuraient d’être soumis à une vie si pénible, dont ils n'avaient pas prévu la nécessité. Ils étaient arrivés dans le nouveau monde la tête remplie des espérances les plus extravagantes : ils se promettaient de trouver des trésors immenses, et de passer leurs jours dans l’aisance et dans la mollesse; et les voila condamnés à travailler tous les jours comme des manœuvres, exposés à l’ardeur du soleil.
Ajoutez à cela la mauvaise qualité de l’air, qui occasionnait des maladies ; enfin le besoin de tant de commodités de la vie, qui commençait à se faire sentir, et dont ces Européens délicats n'avaient pas appris à se passer. Il ne leur était pas même permis d'aller à la recherche de ces trésors qui seuls tentaient leur cupidité, parce que l'amiral voulait que la ville fût achevée avant de leur laisser visiter l'intérieur du pays.
Telles étaient les raisons du mécontentement, qui augmentait de jour en jour et qui dégénéra en une conjuration contre les jours de Colomb; elle fut heureusement découverte. On s'’empara des auteurs du complot; quelques-uns furent punis, d’autres embarqués pour l'Espagne, afin d'y être jugés. En même temps Colomb suppliait le roi de lui envoyer promptement de nouveaux renforts et de nouvelles provisions.
Cependant, afin d'occuper ces esprits mécontents et mutins, Colomb en choisit un certain nombre, avec lesquels il se mit en marche pour pénétrer dans l’intérieur du pays. Il avait encore un autre but en agissant ainsi : c'était de faire voir aux Indiens la supériorité d’une armée européenne. Il fit donc avancer sa troupe les rangs serrés, les étendards flottants, et au son d’une musique guerrière; il lui fit faire en même temps, surtout à sa cavalerie, des évo- Intions qui remplirent les Indiens d’étonnement. Ils n’avaient jamais vu de chevaux, et ils croyaient que le cheval et son cavalier ne faisaient qu'un individu. Vous pouvez penser, d’après cela, jusqu’à quel point ce monstre, moitié homme, moitié quadrupède, dut paraître terrible à leurs yeux ! la plupart se sauvèrent dans leürs cabanes à la vue des Espagnols, et eurent la simplicité de s’y croire en sûreté, après en avoir barricadé l'entrée avec des cannes.
On avait amené pour guides quelques Indiens de l’État de Guakanahari. Toutes les fois qu’on arrivait à quelque cabane, les Indicns y entraient sans façon et prenaient ce dont ils avaient besoin, comme ils auraient fait chez eux, sans que les propriétaires s’y opposassent. On aurait dit que ces bonnes gens, qui peur-être ne s'étaient jamais vus, possédaient tous leurs biens en commun,
La marche fut dirigée vers le riche pays de Cibao, et l’on trouva la confirmation de ce que les habitants de l’île avaient annoncé. Il n’y avait pas de mines ouvertes, car les Indiens ne s'étaient jamais donné cette peine pour rechercher un métal dont ils ne savaient presque pas faire usage; mais chaque ruisseau offrait des paillettes et des grains d’or, que l’eau entraînait après les avoir détachés des montagnes : preuve certaine que ces montagnes en contenaient abondamment.
Colomb s’assura la possession d’une si riche contrée par un fort qu’il y fit construire, et après y avoir laissé une petite garnison, il retourna sur ses pas, empressé de porter une si bonne nouvelle à la colonie. À son arrivée, il la trouva dans un état. pitoyable. Il ne restait plus de vivres;
D none.
nts et mulesquels il du pays.
c'était de ée euroserrés, les errière ; il , des évo- . Ils n’ale cheval S pouvez re, moitié le à leurs à la vue re en sûnnes.
de l’État , quelque naient ce chez eux, it dit que vus, pos-
o, et l’on le avaient s Indiens rcher un ge; mais d'or, que 1tagnes :
nt abon-
itrée par une pee porter se, il la vivres :
HÉRERRRE TSN
SR ue Se
OU DS g
LE 1 Dee
DE CHRISTOPHE COLOMB, 17 on n’avait pas encore eu le temps de pourvoir à la culture des champs, et les maladies communes aux pays chauds et incultes avaient fait des progrès rapides. Tous s’attendaient à périr incessamment ou par la faim ou par la contagion : tous déploraient la folie qu'ils avaient eue de sacrifier leur fortune, leur patrie et leur santé, pour aller mourir de faim et de misère sous un ciel étranger; tous maudissaient les auteurs de leur détresse, les séducteurs qui, en leur exagérant la bonté de ce nouveau pays, les avaient engagés dans cette entreprise malheureuse.
Son expérience et les dangers sans nombre auxquels il s'était déjà trouvé exposé avaient armé Golomb d’une prudence et d’une fermeté à toute épreuve. Il réussit donc encore à étouffer la révolte et à rétablir la tranquillité.
Aussitôt qu’il en fut venu à bout, il résolut de courir à de nouvelles découvertes; et il nomma don Diégo, son second frère, pour commander en son absence. Il se remit en mer avec un gros vaisseau et deux barques, gouvernant à l’ouest, La plus remarquable des découvertes qu’il fit à ce nouveau voyage fut celle de la Jamaïque. Ayant jeté l'ancre à la hauteur de cette île, il envoya des chaloupes garnies d'hommes armés pour sonder le port.
Ces chaloupes se virent bientôt entourées d'une grande quantité d’Indiens armés, qui voulaient les empêcher de prendre terre. Après avoir tenté inutilement la voie de la douceur pour les détourner de leur dessein, on leur envoya une volée de flèches, qui leur fit aussitôt prendre la fuite,
Le port ayant été trouvé praticable, Colomb y entra et fit réparer ses bâtiments , employant le reste de son temps à reconnaître le pays, qui, par la nature de son terroir, lui parut supérieur à l’île espagnole. Il ne manqua pas d'en prendre aussi possession au nom de Sa Majesté catholique.
De là il fit voile pour l’île de Cuba, précédemment découverte, dans l'intention d'examiner si c'était en effet une île ou bien une partie du continent. Dès lors il se vit exposé
à une suite de peines et de dangers avec lesquels tout ce qu'il avait souffert jusqu’à présent mérite à peine d'entrer
48 VOYAGES ET CONQUÈTES en comparaison. Tantôt il avait à lutter, dans les endroits les plus périlleux d’une mer inconnue, contre des tempêtes affreuses ; tantôt il se voyait enfermé entre des écueils et des bancs de sable qui, à chaque instant, pouvaient submerger ses vaisseaux; tantôt il s’embarrassait dans des basses, et en même temps les bâtiments tiraient tant d'eau, que les forces des équipages, occupés sans cesse à pomper, suffisaient à peine pour les tenir à flot' ; tantôt il souffrait, avec ses compagnons, la faim et la soif, et quand un heureux hasard leur procurait quelques provisions, il était toujours le dernier à en profiter, toujours plus empressé à prendre soin des autres que de lui-même; tantôt il avait à combattre le mécontentement et le désespoir de ses compagnons, qui se vengeaient sur lui par les reproches les plus amers de ce qu'ils avaient à souffrir sous sa conduite, quoiqu'il partageât si généreusement avec eux toutes les privations et toutes les peines dont ils se plaignaient. Figurez-vous, mes enfants, ce grand homme, toujours calme et inébranlable au milieu du danger, cherchant par son exemple et ses discours à rendre l'espoir et le courage à ses compagnons abattus, et jugez s’il n’est pas vrai, comme l’a dit un auteur ancien, qu'il n’est point de spectacle plus sublime que de voir un homme courageux aux prises avec l'adversité.
Dans ses diverses descertes à terre, Colomb apprit des habitants que Cuba était une île ; elle fourmillait dans certaines parties d'oiseaux et de papillons fort incommodes. Du côté du nord, il trouva la mer semée d’ilots, auxquels il donna le nom général de Jardin de la reine.
Lorsqu'après une navigation longue et périlleuse entre des rochers et des bancs de sable, on eut de nouveau jeté l'ancre sur la côte de Cuba, et que l’on fut descendu à terre, il arriva un vieux cacique au moment où l’on célébrait l'office divin sur un autel dressé sur le rivage. 11 observa cette cérémonie dans un silence respectueux, et quand on