‹ Histoire de la découverte de l'Amérique [microforme]Chapitre 24 sur 49 · RARE EU · texte numérisé non relu

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DE CHRISTOPHE COLOWB. 6% l'Europe à la faveur de la navigation. Dès lors les trésors inépuisables de l'Inde abondèrent dans le petit royaume de Portugal ; et les Espagnols ne virent pas sans jalousie leurs voisins attirer à eux de si grandes richesses, tandis que de toutes les découvertes qu'ils avaient faites jusqu'alors ils n'avaient pas même encore retiré les frais de leurs armements.

L’envie de faire des découvertes gagna insensiblement tous les esprits : rois et républiques. gentilshommes et bourgeois, tous voulurent tenter la fortune et courir les aventures, Un certain Ojéda, entre autres, qui avait accompagné Colomb à son second voyage, engagea quelques négociants de Séville à armer quatre vaisseaux et à les envoyer faire des découvertes sous ses ordres. On en demanda la permission, qui fut accordée sans consulter Colomb; ce qui était contre le traité que la cour d'Espagne avait fait avec lui. L’évèque de Badajoz, ministre du roi, ayant le département des Indes occidentales, et ennemi juré de Colomb, ne se contenta pas de mortifier ainsi l’homme qu’il haïssait; il eut encore l’indignité de communiquer à Ojéda, pour son instruction, le journal et les cartes marines que Colomb avait envoyés à la cour.

Ojéda fut accompagné d'un gentilhomme italien, nommé Améric Vespuce. Celui-ci acquit bientôt tant de considération parmi ses compagnons, que tout se faisait d'après ses avis plutôt que d’après ceux d'Ojéda. Cependant en suivant exactement la route qu'avait prise Colomb, il aborda également à la côte de Paria: il y descendit plusieurs fois, et fit quelque commerce avec les habitants; après quoi il rangea la côte plus loin pour s'assurer que cette terre n'était pas une île, mais une partie du continent; et quand il se fut assez avancé pour ne pouvoir plus en douter, il retourna triomphant en Espagne, où il fit si bien valoir ses exploits que l’on oublia que sa découverte au fond n’en était pas une, mais seulement une confirmation de ce qui longtemps auparavant avait été découvert par Colomb. Et par une de ces iaconséquences humaines, par une de ces injus-

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ü6 VOYAGES ET CONQUÊTES tices qui semblent faites pour décourager le génie, l'ingrate Espagne dota du nom d'Amérique la terre qui aurait dû porter celui de l’illustre Génois,

Depuis cette époque, il se fit voyages sur voyages pour découvrir de nouvelles terres; mais n’en attendez pas le récit pour le moment : il nous éloignerait trop de Colomb. Encore une seule petite digression, et je le rejoindrai. 1

Pour tirer parti de la découverte du chemin de l'Inde orientale faite par Gama, le roi de Portugal équipa une | flotte entière et la chargea de marchandises de toute espèce. à : Celui qui fut nommé commandant de cette flotte s'appelait Cabral. Instruit du peu de sûreté qu’il y avait à naviguer le long de la côte d'Afrique, il gouverna vers l’ouest à travers le vaste Océan, après avoir passé la ligne, et suivant toujours cette direction, il se trouva, à son grand étonnement, sur la côte d’une terre fort étendue.

C'était le beau, le riche Brésil, que Cabral découvrit si accidentellement. Il en prit aussitôt possession au nom de son roi, et envoya un de ses vaisseaux porter cette agréable nouvelle à Lisbonne.

QUATORZIÈME ENTRETIEN

Un orage terrible éclate contre Colomb. — Traitement indigne que lui fait subir un nommé Bovadilla. — L'innocence de Colomb est enfin reconnue, et Bovadilla destitué.

M. Hunrer. Revenons maintenant à Colomb; nous l’avons laissé dans une situation peu favorable : il était bien parvenu à étouffer la rébellion dans l’île espagnole, mais il n'avait pu y établir une tranquillité complète et durable. Le mécontentement et la discorde couveient encore sous la cendre; et quoique Roldan fût soumis en apparence, il ne négligea aucune occasion de noircir à la cour l'amiral et sa conduite. De plus l'autorité de Colomb dans l’île avait beau-

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DE CHRISTOPHE COLOMB, 67 coup souffert par son indulgence, que l’on prenait pour de la faiblesse ; il en résulta de nouveaux soulèvements, qui donnèrent tant d’occupations à l’illustre amiral, qu'il ne put songer ni à se justifier ni à poursuivre son vaste plan de découvertes. Il se trouvait dans cette déplorable situation lorsque l'orage le plus terrible éclata contre lui en Espagne.

La plupart de ceux qui avaient quitté ce royaume pour le nouveau monde, au lieu des trésors qu’ils s'y promettaient, n’y avaient trouvé que la misère ; pleins de désespoir, ils, étaient retournés dans leur patrie, et regardant Colomb comme l'unique cause de leur disgrâce, ils se réprodaient contre lui en injures et en malédictions. Les haillons dont ils étaient couverts, la pâleur de leurs visages et leur air affamé inspiraient la pitié et donnaient à leurs inculpations une apparence de vérité. Toutes les fois que le roi et la reine paraissaient en public, ils étaient, à l'instigation des ennemis de l’amiral, entourés d’une foule de ces misérables, qui demandaient vengeance. Est-il surprenant que le roi, naturellement soupçonneux, ait ajouté foi à leurs imputations, et que la reine, qui jusque-là avait constamment protégé Golomb, se soit elle-même laissé prévenir contre lui ?

Il fut donc arrêté d'envoyer aux Indes occidentales un commissaire chargé d'examiner la conduite de l'amiral, avec pouvoir de le destituer, si cette conduite lui paraissait Ras et de prendre dans ce cas le gouvernement

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+ de l’île. Cette odieuse mission fut donnée à François de À Bovadilla, créature des ennemis de Colomb.

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nous l'a- | Dans le temps même où ils machinaient sa perte, ce était bien grand homme, par des soins infatigables, avait parfaitele, mais 1l À ment rétabli le bon ordre. Les mécontents étaient satisfaits ; t durable. « Espagnols et Indiens, tous étaient soumis aux lois. On avait Dre sous la ù ouvert plusieurs mines et commencé avec les plus heureux ence, il ne . succès la culture des terres : circonstances qui eussent dû

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üx VOYAGES ET CONQUÊTES

L'amiral se trouvait alors dans une contrée éloignée de l'île, pour y faire quelques dispositions nécessaires, L'équité et la justice voulaient que son juge attendît son retour avant de procéder contre lui. Mais qu’avaient de commun l'équité et la justice avec un homme tel que Bovadilla ?

Aussitôt qu'il eut mis pied à terre, il se fit conduire à la maison de l'amiral; il s'en empara, ainsi que de tout ce qui s’y trouvait; il fit annoncer publiquement que le roi l’avait envoyé pour destituer le gouverneur et donner satisfaction à quiconque avait à se plaindre de lui. Non content de cela, il rendit sur-le-champ la liberté à tous ceux que Colomb avait fait arrêter, les invitant à venir se plaindre des injustices qu'ils avaient éprouvées.

Ce n’était rien encore : l’infâme Bovadilla lui envoya par un huissier l'ordre de comparaître sans délai à son tribunal, pour rendre compte de sa conduite. En même temps, il Jui fit remettre une lettre du roi qui lui enjoignait de se conformer à ce que le plénipotentiaire lui ordonnerait.

Colomb avait des gens armés ; son frère Barthélemy était avec lui; il lui eût été facile de grossir sa troupe et de se mettre en état de répondre, l'épée à la main, à son inique juge ; mais sa grande âme dédaignait tout moyen de défense incompatible avec l’obéissance qu’il croyait devoir à ses maîtres, quelque injustes qu'ils fussent envers lui. Il prit donc sans balancer le chemin de Saint-Domingue, décidé à entendre respectueusement la sentence, quelle qu’elle fût.

Il arrive, et on l’annonce chez Bovadilla. « Qu'on lui mette les fers! crie Bovadilla sans vouloir l’admettre en sa présence, et qu’on le traîne en prison!» Get ordre inhumain s'exécute ; on l’enchaîne, et on le mène à bord d’un vaisseau.

Représentez-vous, mes enfants, cette indigne scène. Voilà le grand Colomb traité en criminel par le ravisseur insolent de ses biens et de son honneur, sur le sol même qu'il a découvert et dont il a acquis la possession à son roi par mille dangers et au péril de sa vie ; il est chargé de chaines dans sa propre maison, devant ses subalternes ! Le

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