‹ Histoire de la découverte de l'Amérique [microforme]Chapitre 26 sur 49 · ARS AGIT DE · texte numérisé non relu

ARS AGIT DE

voilà recevant ce dernier coup avec une dignité et une résignation qui, plus que l'apologie la plus éloquente, proclament son innocence. Enfin on l’entraîne: mais ses maux ne sont pas encore à leur terme : la populace de la colonie, qui presque toute n'était, comme nous Savons, qu'un ramas de scélérats, l'accompagne de ses outrages et insulte à ses disgrâces.

Bovadilla n’était pas encore satisfait : il fit mettre aussi aux fers les frères de Colomb, et ordonna de les garder chacun dans un vaisseau particulier : ensuite il procéda aux informations contre les trois frères et les condamna sans autre formalité à la mort, Heureusement il n'eut pas l'audace de faire exécuter lui-même cette sentence sanguinaire, parce qu’il en craignait les suites; mais dans l'espérance que son parent, l'évèque de Badajoz, ennemi irréconciliable de Co lomb, la ferait mettre à exécution, il envoya les prisonniers en Espagne avec l'instruction de leur procès.

Le capitaine qui devait conduire Golomb et ses frères en Espagne n'eut pas plutôt mis à la voile, qu'il s’approcha avec autant de compassion que de respect de son illustre prisonnier pour lui ôter ses fers. « Laissez-moi tel que je suis, lui dit Colomb ; je porte ces chaînes par ordre de mes maîtres; eux seuls peuvent me les ôter. »

Bovadilla avait ordonné que les prisonniers, arrivés en Espagne, fussent aussitôt remis entre les mains de l’évèque de Badajoz, afin de leur ôter les movens d’implorer la pitié de la reine Isabelle, leur protectrice. Mais un pilote nommé Martin, touché du sort injuste de l'amiral, quitta secrètement le vaisseau et se hâta de porter à la reine une lettre par laquelle Colomb l'informait de tout ce qui s'était passé,

La cour était loin de croire que Bovadilla abuserait de ses pouvoirs. On reconuut l'indignité d'un pareil traitement, et l'on prévit l'horreur qu’il inspirerait à toute l'Europe, Un courrier fut expédié avec ordre de faire mettre sur-le-champ en liberté Colomb et ses frères.

En même temps l'amiral fut invité à venir à la cour ; on

EDR MEET

Ÿ, LT %, y |

Vy

Zoo 2 = «= zu > O0 — Lu ©œ u Ÿ [= un Zr

70 VOYAGES ET CONQUÈTES lui fit toucher l’argent nécessaire pour y paraître d’une manière convenable à son état.

En entrant dans l'appartement où le roi et la reine l’attendaient, il se jeta aux pieds de Leurs Majestés sans pouvoir parler, le sentiment profond de l'injustice qui lui avait été faite le privant de l’usage de la parole. Enfin, fortifié par le sentiment de son innocence, il entreprit de se justifier des calomnies de ses ennemis. Il prononça avec une noble assurance un long discours, où il prouva son innocence d’une manière si évidente que Ferdinand et Isabelle en furent pleinement convaincus. Ils lui témoignèrent tous leurs regrets de ce qui s'était passé ; ils destituèrent aussitôt Bovadilla de tous ses emplois, et cherchèrent de plus à encourager Colomb par leurs éloges, en lui promettant leur protection pour l'avenir. Mais, par une politique défiante, ils crurent qu’il y aurait du danger à laisser un homme auquel ils avaient tant d'obligation, et qui cependant avait été si mal récompensé de ses services, dans un poste où il lui serait facile de se venger : en conséquence, ils le retinrent à la cour sous des prétextes flatteurs, et nommèrent gouverneur des Indes occidentales Nicolas Ovando.

Colomb ressentit la plus vive indignation de cette injustice, et il ne la cachait pas. Partout où il allait, il avait avec lui les fers qu’on lui avait fait porter, comme une preuve de la noire ingratitude dont on avait payé ses grands services. Ils étaient toujours suspendus devant ses yeux, et il ordonna qu'après sa mort on les enterrât avec lui.

nee D Se Le se 4 ARE A Re M 2 HR ÈCE À : ë

Page 1