‹ Histoire de la découverte de l'Amérique [microforme]Chapitre 27 sur 49 · PRE CEE ERE ETC · texte numérisé non relu

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DE CHRISTOPHE COLOM®.

QUINZIÈME ENTRETIEN

Ovando, nommé gouverneur des Indes occidentales, fait voile avec des forces considérables. — Colomb entreprend un quatrième voyage avec de frêles embarcations. — Ovando refuse l'entrée de Saint-Domingue à Colomb. — Violent orage, prédit par Colomb, qui engloutit les riches embarcations de Saint-Domingue pour l'Espagne.— On obtient quelques renseignements sur le Mexique.

M. Hunter. Malgré les plaintes de Coiomb, la nomination d'Ovando fut maintenue, et le nouveau gouverneur fit ses préparatifs de départ.

On n'avait pas encore envoyé dans les Indes occidentales une aussi grande flotte. Elle était de trente-deux voiles et avait à bord deux mille cinq cents hommes, la plupart destinés à s’établir à Saint-Domingue.

Ovando mit à la voile avec ces forces considérables, et Colomb, arrêté dans sa glorieuse carrière, eut la douleur de voir qu’un autre allait recueillir le fruit de ses travaux.

Ovando arriva fort à propos. S'il avait tardé un peu plus, l'administration folle et injuste de Bovadilla aurait exposé la colonie à une ruine totale. Ce misérable espérait affermir son autorité, acquise par l'injustice, en se rendant agréable au peuple. Dans cette vue, il révoqua toutes les sages ordonnances de Colomb, et il permit à chacun de vivre comme il lui plairait. Son prédécesseur s’était fait un devoir de protéger en père les pauvres Indiens contre les oppressions des Espagnols; Bovadilla, au contraire, abandonna cette nation infortunée à toutes leurs violences. Après avoir fait un dénombrement de tous les habitants, il les distribua comme des esclaves à ses avides partisans, qui employèrent ces pauvres créatures aux travaux des mines avec une sévérité barbare. La dureté de ces travaux, et le traitement inhumain qu'on leur faisait éprouver, détruisirent un nombre prodigieux de ces hommes naturellement

72 VOYAGES ET CONQUÊTES faibles ; et peu s’en fallut que la mort ne moissonnât cette malheureuse nation tout entière.

Le premier acte d'autorité d'Ovando fut de destituer Bovadilla et de l'envoyer, ainsi que Roldan, en Espagne, pour y rendre compte de leur conduite. Ensuite, conformément aux ordres du roi, il abolit l'esclavage, déclara tous les Indiens libres et défendit de leur faire violence. Par de nouvelles lois, il mit des Bornes à la licence des Espagnols, à qui il permit à la vérité de continuer leurs recherches de l'or, mais sous la condition expresse que la moitié de leur profit appartiendrait au roi comme souverain de l'ile.

Quant à Colomb, voyez-le , affaissé sous le poids de ses chagrins cuisants, venir dans cette cour ingrate, qui continue de fermer l'oreille à ses justes plaintes. Écoutez-le demandant, non pas grâce, mais justice, et insistant, en tenant son contrat signé du roi, pour qu'on remplisse la promesse écrite qu'il serait, à l'exclusion de tout autre, vice-roi dans le pays qu'il découvrirait. Voyez ses indignes adversaires méprisant ses inutiles renrésentations, et jugez de ce que devait éprouver un homme digne des plus grandes récompenses |

Hewgr. de sais bien ce que j'aurais fait!

M.“Hunter. Eh quoi donc, mon ami ?

HENt. Je n'aurais pas perdu plus longtemps mes paroles. J'aurais choisi quelque lieu pour y passer le reste de mes jours dans la retraite, ou j'aurais été offrir mes services à quelque autre prince.

M. Hunter. Quant à ce dernier parti, l'expérience avait déjà appris à Colomb que les autres cours ne valaient guère mieux que celle d'Espagne. Mais passer sa vie à ne rien faire et renoncer à son vaste plan, c’est à quoi il lui était absolument impossible de se déterminer.

Il était convaincu qu’à son dernier voyage il avait découvert la côte d’un continent. La fausse persuasion où il avait été que ce pays était une partie de l'Inde, qui s’étendait jusque-là, venait d’être sinon entièrement dissipée, du moins extrèmement ébranlée par les observations qu’il avait

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faites. Actuellement il soupçonnait qu'entre ce continent et l'Inde il pourrait bien y avoir une grande mer qui les séparait; il crut aussi qu'aux environs de l’isthme de Darien on devait trouver un détroit qui conduirait de l'Atlantique dans l'Océan inconnu, et par celui-ci dans l'Inde.

Il lui paraissait de la dernière importance de vérifier si ce détroit existait ou non; car s’il existait, combien de détours et de longueurs n'éviterait-on pas, en passant de l'Espagne dans l'Inde par le milieu de l Amérique, au lieu d’y aller par le cap de Bonne-Espérance, découvert par les Portugais ! Quelle que fût donc l’offense qu’il avait reçue de son roi, le désir d’être utile au monde l’emporta sur son ressentiment; et il résolut de s’exposer encore une fois dans sa vieillesse à tous les dangers et à toutes les incommodités d’un nouveau voyage.

1 fit part de son projet au roi et à la reine, qui s’empressèrent de l'adopter. Sa présence était pour eux un continuel reproche. Ils comptaient d'ailleurs sur ses talents et sur son bonheur; l’ordre fut donc donné sur-le-champ d’ squper une escadre.

Mais quelle escadre! Quatre misérables navties plus grand n’était pas de la moitié du port d'um marchand ordinaire, composaient toutes les forces confia pour une expédition aussi importante. Et c’ ces bâtiments qu'il devait se hasarder encore sur un Océan lointain et inconnu, et découvrir un chemin par lequel on se promettait d'enlever les trésors immenses de l'Inde ! Quels petits moyens pour accomplir un si grand objet!

Tout autre se serait effrayé de la difficulté d'exécuter une telle entreprise avec de si frèles embarcations; mais Colomb, se souvenant de son premier voyage, ne balança pas à confier encore sa vie à des bâtiments aussi faibles que ceux avec lesquels il avait traversé la première fois le grand Océan. Il s'embarqua donc accompagné de son frère Barthélemy et de son fils aîné, âgé de treize ans, qui, dans la suite, devint l’historien de sa vie.

Ce fut le 29 juin de l’an 1502, et par conséquent dix ans

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Réjean Olivier

Ex-Libris

après son premier voyage, qu’il mit à la voile de Cadix, gouvernant, comme à l'ordinaire, vers les Canaries. Cette fois le voyage fut des plus heureux. si ce n’est qu’un de ses vaisseaux, et même le plus grand, se trouva si mauvais voilier qu’on eut de la peine à lui faire suivre les autres, Il fit d'abord route à Saint-Domingue, afin d'y changer ce vaisseau contre un meilleur.

Arrivé à la hauteur de cette île, il envoya informer le gouverneur Ovando du sujet de son arrivée et lui demander la permission d'entrer dans le port; mais le gouverneur (le croiriez-vous, mes enfants?) eut l’impudrence @e lui refuser cette permission. Colomb l’avertit que certaines circonstances, auxquelles l'expérience l'avait rendu attentif, lui faisaient prévoir avec beaucoup de probabilité qu’on allait essuyer un ouragan furieux, demandant en conséquence qu’il lui fût permis de passer dans le port le temps seulement que durerait la tempête; et comme le gouverneur était sur le point d’expédierune flutte considérable pour l'Espagne, Colomb lui fit conseiller en même temps d'en différer de

& jours le départ : mais tout fut inutile; on rejeta , on dédaigna son avis, et l’on en rit comme du pronostiqueur abusé. L'entrée du port lui fut

fune seconde fois, et la flotte destinée pour l’Esmit à la voile.

L'ouragan prévu survint. Colomb s’y était préparé, et ses sages dispositions préservèrent ses vaisseaux de leur perte. Toute la riche flotte, au contraire, qui était partie pour l’Espagne, et qui “tait composée de dix-huit voiles, devint, à trois bâtiments près, la proie des flots. Roldan et Bovadilla, qui s’y étaient embarqués, trouvèrent dans cette tempête la juste punition de leur abominable conduite envers Colomb ; la mer les engloutit tous deux, ains: que les richesses immenses qu’ils avaient amassées dans l’île Hispaniola. Ce qu’il y eut de bien remarquable dans cet événement, c’est que le seul vaisseau de la flotte qui ne reçut aucun dommage, et qui put continuer sa route pour l'Espagne, fut précisément celui à bord duquel on avait mis les débris de la

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