‹ Histoire de la découverte de l'Amérique [microforme]Chapitre 4 sur 49 · NOTICE · texte numérisé non relu

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Wetzel ne le découragea pas; il savait que le sien n'avait d'autre rapport avec ce dernier que le fond seul du sujet, mais que la forme du dialogue qu'il avait adoptée et les explications instructives qu'elle amène faisaient du Robinson le jeune une production toute particulière. Elle a été traduite dans toutes les langues de l’Europe, et elle a mérité l'éloge des critiques les plus difficiles. C'est un des ouvrages élémentaires les plus propres à être mis entre les mains des enfants; il plaît encore à des lecteurs d’un autre âge, parce qu’il réunit la variété des événements aux lecons d’une morale vraie et au charme de tableaux d'autant plus intéressants que. la nature en est toujours le modèle.

Robinson, dans la pensée de son auteur, n'était que le prélude d’une suite d'ouvrages de même nature et conçus dans le but d'une instruction progressive. C'est dans cette vue qu’il composa également la Petite bibhothèque des enfants, que l’on connaît en France par l'imitation que Berquin en a publiée. A cette série appartiennent encore les histoires de Colomb, de Cortès et de Pizarre, réunies sous le titre de la Découverte de l Amérique. Laissons Campe nous exposer lui-même le plan qu’il a suivi et le résultat qu’il s’est proposé dans ce dernier travail : c'est la plus courte et la meilleure introduction dont nous puissions le faire précéder.

« C'est pour les enfants qui ont lu mes deux derniers ouvrages que j'ai rédigé celui-ci; je n'y suppose

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nulle part une masse d'idées plus considérable que celle qu'ils ont dû acquérir par cette lecture. Ce que Robinson aura laissé d’imparfait dans le développement de ces idées seta facilement achevé par Colomb, dont le style par cetie raison est un peu pius élevé.

« Les histoires de Colomb, de Cortès et de Pizarre doivent à leur tour préparer à la lecture d'un recueil de voyages fait exprès pour les jeunes gens, dans lequel on ne supposera aucune notion géographique, cosmographique, historique et autre, qui n'ait pu s’acquérir par les premières compositions.

« Tel est le plan que je me suis fait et dont la Découverte de ? Amérique peut être regardée comme la préparation nécessaire. J'ai continué de donner à cette histoire la forme du dialogue; mais on s'aperçoit déjà que mes jeunes élèves interrompent moins souvent et sont déjà riches d’un grand nombre de notions indispensables à l'intelligence de cette histoire.

« Les sources où j'ai puisé sont dans les mains de tout le monde : j'ai cru qu’il était inutile de les indiquer; mais les gens de goût reconnaîtront aisément que, bien loin de les suivre au hasard, j'ai fait mon choix avec la plus scrupuleuse attention. Dans les circonstances douteuses j'ai laissé résoudre la question par le savant Robertson, tout en relevant quelques erreurs que j'ai cru découvrir dans son grand et beau

travail.

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« J'ai avancé plus d’une fois dans mes écrits que les instituteurs, loin de découvrir à leurs élèves le côté vicieux de l'humanité, doivent au contraire le leur cacher avec soin. On pourrait’ aujourd'hui me faire le reproche de m'éloigner moi-même de ce principe en publiant une histoire remplie de traits d'injustice, de brigandages et d'inhumanité.

« Pour répondre à cette objection, je dois faire observer que cet ouvrage m'est pas destiné à l'enfance, mais à l'adolescence, et que j'ai toujours soutenu qu'à l'époque voisine de l'entrée des jeunes gens dans le monde, il dévient nécessaire de leur découvrir peu à peu les travers et les injustices des hommes, afin qu'ils ne jugent pas leurs semblables d'une manière absolue, et qu'ils reconnaissent, par les récits du passé, que la société se partage entre les bons et les méchanis. Dans cette histoire, comme dans tous mes autres écrits, j'ai toujours eu pour but de meubler l'esprit de mes jeunes lecteurs de connaissances utiles et agréables, de leur inspirer ces sentiments religieux sans lesquels il n'est point de véritable félicité, de les armer de bonne heure d'un courage à toute épreuve contre la douleur et l’adversité, et de leur inspirer un vif désir de se signaler par des actes d'humanité et d'utilité publique. »

On ne connaîtrait Campe qu'imparfaitement si on se bornait à le considérer sous ie seul point de vue de moraliste et d'instituteur de l'enfance. Les savants de

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sa nation le réclament comme un des hommes qui ont le plus contribué au perfectionnement de l’idiome national et comme un des lexicographes les plus profonds.

Depuis l’époque de la publication du grand dictionnaire d'Adelung, l'étude de la langue allemande occupait les méditations des érudits de cette nation. Campe ne resta pas étranger à ce mouvement des esprits. Le sien, vif et pénétrant, lui montra, dans cette partie, des réformes à opérer et des améliorations à introduire. Ses Échantillons de quelques essais pour enrichir la langue allemande parurent en 1791, 1792 et 1794. Campe jeta dans un de ces mémoires, couronné par l'académie de Berlin, les idées fondamentales du nouveau dictionnaire qu'il se proposait d'entreprendre et des principes de grammaire qu'il croyait devoir adopter. Il examine si la pureté absolue d’une langue, et surtout de celle de sa nation, est possible; si e!le est nécessaire; jusqu'à quel point il est permis d'épurer cette langue; quelles sont les parties qui réclament cette épuration, et quelle est 1: méthode à employer pour y parvenir. [Il donrc ensuite un vocabulaire des mots étrangers qu'il faut proscrire et des expressions allemandes qui doivent les remplacer. Dans cette dernière partie, tout en proposant des réformes utiles, il faut convenir que la haine des expressions étrangères l'emporta beaucoup trop loin, et qu'il repoussa des

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mots auxquels il était impossible de trouver des équivalents ou du moins des équivalents intelligibles.

On trouve l'ensemble de son vaste système d'épuration dans son Supplément au Dictionnaire d Adelung, qui comprend encore les termes latins et grecs conservés dans le langage scientifique et les mots nouveaux employés par l'école philosophique de Kant; on le trouve également dans un Recueil de Mémoires, de Traités et de Dissertations, pour servir au perfectionnement ultérieur de la langue allemande, recueil dans lequel il eut pour collaborateurs Rüdiger, Eschenburg, Heynas, Mackenson, Mertian et le célèbre Voss.

Les productions des premiers poëtes et des premiers prosateurs de l'Allemagne y furent jugées sous le rapport grammatical, et Campe y déposa ses criliques de la méthode d’Adelung, et les bases fondamentales du nouveau système qu'il proposait pour la remplacer.

Mais ce n’était pas assez de tracer la route à suivre, et de signaler les erreurs ou la fausse direction de ceux qui l'avaient précédé; il voulut joindre l'exemple au précepte et justifier ses théories par leur application. Tels furent les motifs qui le déterminèrent à entreprendre son grand Dictionnaire allemand, publié de 1807 à 1811, en cinq volumes in-4°. Adelung s'était attaché à faire ressortir la richesse des mots d'une seule partie de l'Allemagne : le saxon était le type de ce qu’il avait appelé le haut allemand, le seul

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qu'il reconnût; Campe, moins exclusif, ne fit aucune différence entre tous les idiomes des divers États germaniques. À l'exemple des langues de l'Europe occidentale, Adelung avait voulu régulariser et asservir à des règles invariables la langue nationale, et l'indépendance littéraire de ses compatriotes s'était trouvée blessée des entraves qu'il imposait au néologisme, que les Allemands regardent comme une des libertés légitimes de l'écrivain. Campe, dont la conscience grammaticale était plus relâchée, ouvrit son dictionnaire à toutes Les expressions de création nouvelle, mais le ferma à toutes celles d’origine étrangère : son vocabulaire renferme plus de cent quarante mille mots, tandis que celui d'Adelung n’en contient que trente mille. Mais il est vrai de dire aussi que s’il règne un esprit plus philosophique dans le travail de Campe, ses recherches sous le rapport étymologique sont loin d'approcher du mérite de celles d'Adelung. Ces deux grands lexicograrhes ont cemposé dans des circonstances bien différentes et sous l'influence d'idées totalement opposées. A l'époque d'Adelung, l’Allemagne était asservie sous la domination des littératures voisines, et ne comptait pas encore cette multitude d’écrivains distingués qui ont contribué à enrichir sa

langue.

Lorsque Campe entreprit son dictionnaire, le goût de l'imitation des formes étrangères était passé pour la

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Germanie, et l'originalité de la pensée et de l'expression y était en honneur. Le premier se laissa dominer par la mesure et la régularité classiques ; le second, plus romantique , repoussa toute contrainte dans la construction de la phrase et se reposa sur la flexibilité de l'allemand. En un mot, le système grammatical d’Adelung tient plus à celui de l’Europe latine; celui de Campe est tout germanique.

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