‹ Histoire de la découverte de la circulation du sangChapitre 10 sur 16 · DU CANAL ARTÉKIEL · texte numérisé non relu

DU CANAL ARTÉKIEL

Époque où le canal artériel esl complètement oblitéré.

Sur le chien, il est oblitéré à 36 jours. Sur le lapin, à 26 jours.

Sur Vhomme. Je n'ai examiné le canal que sur des enfants de 18 mois à '2 ans : il n'était pas encore fermé.

Le canal artériel paraît se fermer d'abord par sa partie moyenne : les deux extrémités restent encore ouvertes assez longtemps après que le canal est oblitéré à ta partie moyenne.

70 DES VAISSEAUX CHYLIFÈRES El LYMPHATIQUES.

D'Aselli. — De Peoquet. — De Rudbeck. — De Bartholin

IIU

Des Tai^seaux chylifères. — Du réservoir du chyle. — Des vaisseaux lymphatiques.

Je l'ai déjà dit : de la découverte de la circulation du sang date la physiologie moderne.

Harvey découvre la circulation du sang de 1619, époque où il l'expose dans ses leçons, à 1628, époque où il la publie dans son livre * ; et vers ce même temps, un souffle nouveau, le souffle divin des découvertes, anime tous les esprits : Asefli découvre les vaisseaux chylifères en 1 622 ; Pecquet, le réservoir du chyle en 1 648 ; Rudbeck et Thomas Bartholin, les vaisseaux lymphatiques de 1650 à 1652. Rien n'a été plus beau que ce premier élan du génie moderne. Les anciens n'ont connu ni les vaisseaux chy-

^ « Per uovein et, amplius annos mullis ocularibus de-

« monstrationibus in conspectu vestro confirmatam »

(Voyez son épUre dédicatoirc, p. 1.)

ASELLI, PECQUET, RUDBECK, i(AI{TII01.|> . 71

lifères, ni les vaisseaux lymphatiques, ni le l'éservoir du chyle.

Galien croyait que le chyle était pris par les veines des intestins, qu'il était porté par ces veines au foie, et que c'était dans le foie qu'il se changeait en sang. Galien croyait aussi que c'était dans le foie que le sang noir se changeait en sang rouge.

Le foie était donc, tout ensemble, l'organe de la conversion du chyle en sang, et l'organe de la conversion du sang noir en sang rouge : le foie était l'organe de la sanguificaiion.

La théorie de la sanguificaiion, de la formation du sang par le foie, est, de Galien, la grande théorie et la grande erreur : erreur savante (car il en est de telles, et ce sont les plus tenaces), qui commence avec Galien, qui se soumet Harvey, qui ne s'arrête que devant Pecquet ; et contre laquelle il a fallu toutes les découvertes que je viens dédire, celle des vaisseaux chyhfères, celle des vaisseaux lymphatiques, celle du réservoir du chyle, et d'autres encore, celle du vrai usage de la respiralion, celle de la vraie action de l'air sur le sang, colle du vrai usage du cœur, etc., etc.

7^ DES VAISSEALX CHYIJFÈRES ET LYMPHATIQUES.

C'est toute cette suite merveilleuse de découvertes qu'il nous reste à voir.

De Galien et de la théorie de la sanguification.

Quatre points constituent, comme je viens de le dire, la théorie de la sanguification :

Le premier, que le chyle est pris par les veines des intestins ;

Le second, que ces veines le portent au foie ;

Le troisième, que c'est dans le foie qu'il se change en sang ;

Le quatrième, que c'est dans le foie que le sang noir se change en sang rouge.

Mais à ces quatre points-là s'en joignaient deux autres, la formation des esprits j et l'entretien, le maintien durable de luchaleur innée.

l** et 2° Le chyle pris par les veines des intestins et porté au foie. A mesure, dit Galien, que le chyle se forme dans l'estomac et les intestins, les veines le prennent et le portent à un lieu commun et central, qui est le foie *.

Galien compare très-ingénieusement les veines des intestins aux racines des arbres : les plus petites se réunissant à de plus grosses, celles-ci

' « l'rius elaboraluin in ventricule aliiiionluni venœ ipsa;

ASELL», PECQLET, RDDBECK, B.VRTHOLIN. lA

Galien compare très-ingénieusement les veines des intestins aux racines des arbres : les plus petites se réunissant à de plus grosses, celles-ci à de plus grosses encore, et toujours ainsi jusqu'au foie, oii elles se réunissent toutes en une, qu'on nomme la veine porte parce qu'elle est la porte du foie, la porte par où passe tout ce qui arrive au foie ^.

3" Conversion du chyle en sang. Parvenu au foie, le chyle y fermente, s'y cuit, s'y dépouille des parties impures, s'y change en sang, de la

« deferunt ad aliqiiem concoctionis locum comniuncm u totius animalis, quem hepar nominamus. » {De usu partium, lib. IV, p. 135.)

* « Colligens vero natura, ut in aiboribus, exiguas illas « radiées iii crassiores, ità in aiiimalibiis vasa minora in « majora, et ea rui sus in alia majora, idque sempor agons « usqne ad hcpar, in unam omnia venam cocgit, qtiœ ad « portas sita est. » [Ibid., p.'lii.) Quœ ad portas sita est; liltfîralement : qui est située aux portes, à la porte du foie. Mais ce lieu n'e&t la porte du foie que parce qu'il reçoit la veine porte et tout ce qu'elle y conduit ou apporte. — « La (i veine porte, ainsi nommée par les anciens, à cause qu'ils « croyaient qu'elle apportait au foie le chyle, pour y être « converti en sang. » (Dionis : Anatomie de l'homme suivant la circulation, etc., 5« édit., p. 203.)

- « Ouemadmodum in urbes nihil nisi per portas invehi « potest : ità nihil polest in jecur deforri, nisi prius in hune « Ceratur locum. » [De constitut. art. med., p. 41.)

7 4 DFS VAISSEAUX CHYUFÈRES ET LYMPllATIQrES.

même manière que le moûl, mis en cuve, fermente, cuit, se dépouille de ses parties grossières, et se change en \in * : « tout ainsi, dit « Descartes, que le suc des raisins noirs, qui est « blanc, se convertit en vin clairet, lorsqu'on le M laisse cuver sur la râpe »

Et remarquez bien que le foie a tout ce qu'il faut pour ce dépouillement des parties impures, car il a la vésicule du fiel, la rate et les i^eins ^ : la vésicule, qui reçoit, qui attire les parties les plus légères ; la rate, les plus épaisses ; et les reins, les parties aqueuses *.

' « PoiTO, juxtà exempli siinilitudinem, intellige mihi « distribulum à ventriculo ad hepar ch'ylum, à viscevis « caliditate, velul vimini ipsiunin dolio musleum, fei vere, a concoqui, el alteiari in sanguinis boni generationcm. » [De mu partium, lib. IV, p. 13G.)

* « Même il est ici à remaniner que les pores du foie sont « tellement disposés, lorsque cette liqueur entre dedans, « qu'elle s'y subtilise, s'y élabore, y pi end sa couleur rouge « et acquiert la forme du sang, tout ainsi que le suc des « raisins noirs, qui est blanc, se convertit en vin clairet, « lorsqu'on le laisse cuvei' sur la râpe. » (T. IV, p. 338.)

^ « Excremenlorum cxpurgatoria instrumenta : re-

« nos, lienem, bilisque receptricem vesicam. » (De Hipp. el Plat, décret., lib. VI.)

* « Vesicam, quœ levé et llavum superfluum receptura « erat, natura imposuit hepati; splencm verô qui crassum i( et limosum... , renés tenue hoc et aquosum excremen- II tum. » [De usu parlïum, lib. lll, p. 136.)

ASELl.I, PECyUET, HLDBECK, IIARTHOLIN. 7o

4° Conversion dti sang noir en sang ronge. Le chyle, que reçoit le foie, n'est pas le sang ; ce n'en est qu'une forme obscure ' ; c'est dans le foie seul que le chyle reçoit sa forme suprême et dernière de sang parfait, et que ce sang parfait, ce sang pur prend la couleur rouge

Le mérite constant de Galien est d'avoir des idées suivies, et son tort constant est de ne pas vérifier ses idées par l'expérience. Ici, par exemple, la plus simple expérience lui eût montré combien il se trompait. 11 n'avait qu'à mettre à nu le foie, sur un animal vivant ; il aurait vu le sang y arriver noir, et en sortir noir. Cette seule expérience lui eut rendu suspecte toute sa théorie.

b° Formation des esprits. Galien comptait trois esprits : le naturel, le vital et Y animal.

Il n'était pas aussi sûr du naturel (|iie des

' « Ipsum autem hepar, poslquam id nutrimcntum ac- « ceperit,... obscuramque spccietn sanguinis rcleiens, iii- « ducit ei posfremiim ornamcntiiin ad sanguinis exacti « generatiorieni. » {De usu partiim, lib. III, p. 135.)

* « Et ab iniialâ calidilale concielionem exactani est

« adeptus, ruber jarn et purus sursuni ad gibbas partes hc- « patis ascendit [ibid., p. t36j... — Sanguinis rubri prima « in jecore gencratio est. » [De Hipp. et Plat, décret., lib. VI , p. 266.)

7 G DES VAISSEAUX CHYLIFÉRES ET LYMPIlATlQtES.

deux autres ; mais enfin, et au cas qu'il fui, il le plaçait dans le foie * ; il plaçait le vital dans le cœur^ ; Y animal dans le cerveau ^ ; et pour ces deux-ci, les deux dont il était sûr, voici comment il les faisait naître Tun de Vautre, V animal du vital, et tous les deux du sang *.

U esprit vital est V exhalaison dn sang ^. Or V esprit vital naît ainsi de la vapeur du sang dans e cœur ^, surtout dans le ventricule gauche ' ; et de V esprit vital porté dans les artères ^ et

^ « Quod si naturalis quoque aliquis spiritus est, utique « is quoque in jecoie et venis continebitiir. » [De methodo medendi,ï\h. XII, p. 77.)

^ « Vilalis spirilus et in arleriis et in cor de gignilur. » (De Hipp. et Plat, décret., lib. VII, p. 269.)

3 « Animalis spiritus cerebrum, veluti fontcm esse... de- « nionstravimus. » [Demethodo medendi. Vih. XII, p. 77.)

* « Sicnt autem vitalis spiritus secunduni arterias et « cor geueratur, ... ità animalis ex vitali amplius elabo- « rato habet generationem. » (De virtut. corp. disp., p. 61.)

* « Spiritus cxlialalio qufedam sanguinis l)enigni. » [De usu partium,\ih. \\, p. IS.^.)

* Vo^ez, ci-dessus, la note 4.

« Copiosior, in sinistre, spiritus substantia. » {De usu partium, lib. "VI, p. 154.)

^ « Ab arteriis quibus in ipsum cerebrum acclivis est « positio, effluit seinper spirilus, belle in retiformi plexu « confeclns,... proindc in his moratus diutissime, confici-

ASELLl, PECQUET, RIJDBECK, BAUTIIOLIN. 77

les ventricules du cerveau et là plus complètement élaboré , perfectionné , mûri , nait Vesprit animal.

« Pareillement, dit Canappe en son vieux « langage, nature, faisant de l'esprit vital l'es- « prit animal, ha fabriqué et fait près du « cerveau le rete mirabile, semblable à un « labyrinthe, auquel l'esprit est élabouré. Et « après il est envoyé et transmis aux ventricules « antérieurs, èsquels il est encore mieux préparé « et élabouré. Et après il est envoyé par le con- « duit commun au ventricule postérieur, auquel « il acquiert parfaite élaboration^. »

\J esprit animal, V esprit cérébral, Vesprit né du cerveau, est, du corps de l'homme, la partie la plus noble et la plus exquise ; c'est la propre substance de Tâme ; c'en est du moins le premier instrument ^ : la raison, qui est l'homme, siège

« tnr; conlectus autem statim cercbri ventriculis incidit. » [De usu partium, lib. IX, p. 172.)

' « Conseiitaneuni igitur rationi est spiritum hune in oc- « rebri ventriculis oiiri.» (De Hipp. et Plat, décret., lib. VU, p. 269.)

' L'anatomie du corps humain, etc., p. 83.

^ « Oportet... hune ipsum spiritum, aut ipsani aniiu;c « substanliam cssc, aut primum ipsius inslruinenluni » [De ulililate respiralionis. p. 22.H, 220.)

dans le cerveau ^; et de là, dit Galien, la fiction ingénieuse qui fait naître Minerve du cerveau de Jupiter, c'est-à-dire qui fait naître du cerveau toutes les productions de l'esprit humain, tous nos arts, toutes nos sciences ^.

6° Chaleur innée. Selon Galien, la chaleur animale est une force primitive, naturelle, innée '\ Le cœur est la source de la chaleur *. Du cœur vient la chaleur du sang, et du sang la chaleur du corps entier ^. De toutes les parties du corps, la plus chaude est le cœur ^ ; de toutes les parties du cœur, la plus chaude est le ventricule

' « At ratio, quoe rêvera homo est, scdem in cerebro « habens... » {Deusu partium, lib. IV, p. 139.)

* « Fabula quae ex Jovis capite Minervam, hoc est pru- « denliam, nalani esse ait... w (De Hipp. et Plat, décret., lib. m, p. 247.)

3 « Calorem autem non acquisitum... verum ipsum pri- « mum, primogenitum et insitum. » (De trem., palp., convuls, etc., p. 54.)

* « Cor caloris nativi, quo animal regitur, quasi fons « quidem, ac focus est. » {De usu partium, 1. VI, p. 150.)

^ « Sanguis vero ipse à corde suum accipil calorem. » (De tempérament is, lib. 1, p. 15. — a Et ità calor continue « effluit à corde ad arterias, et per arterias ad totum cor- « pus. )) (De utilit. respirât., p 63, t. Vil.)

" «Id viscus (cor) tum omnium animalis partium maxime « sanguineum, tum vero calidissimum est. » (De tempérament is, p. 15.)

ASELLI, PECgUET, RI DHECK, liARTHOLlN. 7!)

gauche ' ; et c'est pour cela que ce ventricule est le ventricule où ï esprit se forme, le ventricule où le sang veineux se chan^je en sang spiritueux.

Mais à cette chaleur naturelle, innée, il fallait, pour qu'elle fût durable, un aliment, el, pour qu'elle ne fût pas excessive, un modérateur. ]j aliment est le sang : le sang, dit Galien, est le bois du feu qui brûle dans le canir ^ ; et le modérateur est le poumon ^ , lequel attire sans cesse, parla respiration, un air nouveau, et, par cet air nouveau, rafraîchit sans cesse le cœur et le tempère ^.

On a maintenant sous les yeux la théorie de la sanguificaiion.

^ « Hune maxime siiiuiii ad siuninuin pervenire calo- « ris... » (De inœquali intempérie, p. 44.)

^ Non sohim nuliimcntum animantis parlil)us ex san- « guine est, sed calor quoque naturalis pei sevei antiam ex « sanguine obtinet. » [De curandi ratione per xang. mission., p. 10.)

3 « Quemadmoduin ox lignis conibiiri idoncis cpii in foco « est igiiis... » [Ibid.)

* « Respirationeni ingeniti caloi is modeiationcm ser « vare... » {De morb. vuhj., corn. V, p. 190.)

« Réfrigérât ipsiim (cor) inspiralio quidcni, IVigidiuii « qualilateni ei allïindens. » (De iisn partium, lib. VI, p. 148.)

80 DES VAISSEAUX CllYLlFKRES ET LYMPHATIQUES.

Rien de plus complet ; car elle commence a\ec la formation du chyle et ne finit qu'avec la formalion de Y esprit animal, de l'inslruraent de l'àme.

Et rien de mieux lié ; car tous les phénomènes y naissent les uns des autres : le chyle y naît de la conversion des aliments en chyle, qui se fait dans l'estomac et les intestins : le sang y naît de la conversion du chyle en sang, qui se fait dans le foie ; Vesprit vital y naît de l'exhalaison du sang, qui se fait dans le cœur; V esprit animal y naît de l'élaboration de l'esprit vital, qui se fait dans le cerveau. Enfin, le sang tire du cœur sa chaleur acquise; et le cœur tire du sang l'aliment de sa chaleur innée.

Mais rien de plus faux.

De ces idées, de ces vues si bien assorties, de cette théorie si bien construite, de tout ce Iravail si merveilleux d'esprit, rien n'était vrai, et rien n'est resté. Galien n'a rencontré juste sur rien. Il dit que le chyle est pris par les veines, et cela n'est pas; qu'il va au foie, et cela n'est pas ; que c'est dans le foie que le sang noir se change en sang rouge, et cela n'est pas ; ses csprilsue sont f|u'un mot; sa chaleur innée n'est (ju'une rêverie.

ASELLI, PECQUET, RUDBECK, BARTIIOLIN. 81

Voltaire dit qu'un Français qui, de son temps, passait de Paris à Londres, trouvait les choses bien changées : il avait laissé le monde plem, il le trouvait vide ; il avait laissé une philosophie qui expliquait tout par V impulsion, il en trouvait une qui expliquait tout i^SirVatlraction % etc.

Il faut convenir que, si Galien pouvait revoir la physiologie, il trouverait aussiles choses bien changées. Il croyait que c'étaient les veines qui prenaient le chyle, et on lui dirait que ce sont des vaisseaux particuliers , très-distincts des veines ; il croyait que le chyle allait au foie, et on lui dirait qu'il va au cœur ; il croyait que c'était dans le foie que lé sang noir se changeait en sang rouge, et on lui dirait que c'est dans le poumon : il se croyait très-sûr au moins de deux esprits, le vital et Yanimal, et on lui dirait que ses esprits ne sont que des chimères; enfm, il croyait que la chaleur était une force propre, primitive, innée, siégeant dans le cœur et continuellement tempérée, rafraîchie par le poumon, et on lui dirait que le cœur n'a pas cette force, que c'est un simple muscle, et que le poumon, au lieu d'être l'organe qui rafraîchit, qui tem-

' Lettres philosophiques, leltro XIV

père la chaleur du cœur, est la source même de cette chaleur, laquelle n'a rien d'inné.

D'Aselli et des vaisseaux lactés ou chylifères.

L'antiquité n'a connu que trois ordres de vaisseaux : les veines, les artères et les nerfs (les nerfs, qu'elle prenait pour des vaisseaux Les veines conduisaient le sang proprernenl dit ; les artères, le sang spiritueux ; les nerfs, V esprit animal^.

Les choses en étaient là : Harvey n'avait pas encore publié son livre, on était en 1622, lorsque tout à coup le bruit se répand qu'un anatomiste de Crémone, professeur à Pavie, vient de découvrir un quatrième ordre de vaisseaux^,

* Malgré Galien. Galien savait très-bien que les nerfs ne sont pas creux : « Nervi qui à cerebro ac spinali meclullà « oriuntur nullam habent perspicuam cavilatem. » [De usu partium. lib. XV, p. 210.) line se trompait que sur les nerfs optiques : « Solis his nervis, aotequam in ociilos in- « serantur, aperlè inlùs sensibilis quidem mealus adest. » (De nervorum dissectione, p. 53.)

^ « Sic venœ sanguinem distribuunt, arteriœ sanguineni « cum spiritu vitali permixtum, nervi animalem spiri- « tum.» ( Aselli : De lactibus, sive lacteis venis, quarto vasorum mesaraicorum génère dissertation 1627, p. 51.)

^ « Prœler tria illa vasorum gênera mesentcrium pera-

ASELLI, PECQUET, RUDBEOK, «ARTIIOLIN. 83

des vaisseaux blancs, des vaisseaux distincts des veines, des artères et des nerfs, des vaisseaux (jui sont les vrais conducteurs du chyle.

Qu'on juge (si pourtant cela est possible aujourd'hui) de l'effet que dut produire alors une telle nouvelle. Le monde savant, tout entier, en fut ému. Les anciens n'avaient donc pas tout vu, n'avaient pas tout dit; on pouvait aller plus loin que Galien et qu'Aristote; le savoir antique n'était pas le dernier terme du savoir humain; et l'esprit moderne commençait sa course.

Aselli nous raconte lui-môme, et de la manière Ja plus naïve, comment cette grande découverte, la première, à rigoureusement parler, des découvertes modernes (car, je le répète, le livre d'Harvey n'avait pas encore paru), s'offrit à lui, par un pur hasard ' .

Il venait d'étudier, sur un chien vivant, et cela moins pour lui que par complaisance pour quelques amis, les nerfs récurrents. De l'étude des nerfs récurrents, on désire passer à celle

« grantium (les veines, les artères, et les nerfs), reliqunni « aliud est genus, quarlum, novurn, ac ignotum hacte-

« nîis » {IbicL, p. 18.)

' « A me pi imo, qnod relegatà onini ainbilinnc dixeiim,

84 DES VAISSEAUX CHYLIFÉRES ET LYMPIIATIQUES.

des mouvements du diaphragme : Aselli ouvre le ventre, et aussitôt paraît le plus beau réseau de vaisseaux blancs

Qu'était-ce que ces vaisseaux?... Serait-ce les vaisseaux du chyle? Ce fut là l'instant du génie. Aselli pique un de ces vaisseaux ; il en voit sortir une liqueur blanche, et, dans un transport de joie que l'on conçoit bien, il s'écrie, comme Archimède : Je Vai trouvé^ !

« abhinc fere tiiennium, hoc esl anno adeô 1622, casu « inagis, ut verum futear, quam consilio, aul data in id pc- « culiari operâ, observatum. » [De lactibus, etc., p. 18.)

^ « Canem,ad diem julii 23 ejusdem anni, bcnè habilum, « benèque pastum, incidendum vivum sumpseram, ami- « coriiin qiiorumdarn rogatu, quibus récurrentes uervos « videre forte, placiierat. Eà nervorum demonstralione « perfuiiclus quum essem,visum esteodeni in cane, eàdem « operâ, diaphraginatis quoque motum ol)servare. Hoc dum « conor. et cam in lem abdomen aperio, intestinaque cum (t ventriculo collecta in unum deorsum manu impello, « plurimos repente, eosque tetuiissimos, caudidissimosqne, « ceu fnniculos, per omnc mcsenterium et par intestina, « infuîitis propemodum propaginibus disperses, conspicio.» Ibid., p. 19.)

- « Rci novitate perculsus, hœsi aliquandiii tacitus, cum « menti varia; occurrerent quœ inter aiiatomicos versanu lur, de venis mesaraïcis, et eorum officio controver- « siae;... ut me coUegi experiendi causa, adacto acutissimo t( scalpello, imum ex illis et majorem funiculum pertundo. « Vix bcnè ferieram, et confestim liquoreni album, laclis

ASELLl, PECyilET, RUDBECK, BARTFIOI.IN. 85

Mais le chien meurt, et tout disparaît. Aselli ouvre un autre chien : point de vaisseaux nlancs. Se serait-il trompé? Heureusement il se rappelle que le premier chien avait beaucoup mangé avant l'expérience, tandis que le second était à jeun. 11 prend un autre chien ; il le fait manger : quelques heures après, il l'ouvre, et, cette fois-ci, les vaisseaux blancs se montrent comme la première ' .

L'existence des vaisseaux blancs, des vaisseaux du chyle n'était plus douteuse.

Aselli nomme ces vaisseaux ; lactés, à cause

(t aut cremoris instar, prosilire video, Quo viso, ciim lenere « Itietiliam non possem , convcrsus ad eos qui aderant :

« Etîpwa, inquam, cum Arcliiniede » [Jbid-, p. 19.)

' « Verum eo diu frui non licuit. Exspiiavit mox inler « hacc canis, el unà (dictu mirum) omnis illa tôt vasorum « séries congeriesque defecta candore suo, defecta succo, « inter manus ipsas nostras ac pcnè inter ocuios ità eva-

« nuit, vix ut vestigia sui relinqueret Conquisitus ergo

« canis alius in dicnri posterum, et nullâ interposità niorà « die eodem apertus. Ponè nninimè, ut spes, ità successus «fuit. Niillurn prorsus , vel minimum album vasculum « in conspecturn sese dabat. Et jam abjici animo cœpe- « ram.... Verum in memoriam revocans, siccum et im- « paslum fuisse canem, quem socandum arripueram , « suspicatusque, quod ros erat, ne intestinorum inanilas « causa fuisset vasorum oblilerationis, etiam tertio rem pe- « riclilai i volui, alio rursus in id comparato cane. Js scctus

de la liqueur blanche, el semblable au lail, qu'ils contiennent ^ Cette liqueur est le chijle; et, seuls, les vaisseaux lactés conduisent le chyle ^; \e?> veines ne le conduisent pas.

De Pecquel et du réservoir du chyle.

Les vaisseaux lactés conduisent donc le chyle; mais où le conduisent-ils? Aselli crut que c'était au foie. « L'usage de nos veines, «dit-il, est, sans aucun doute, de conduire le « chyle; et, sans aucun doute aussi, de le con- « duire au foie\ »

Le chyle allait donc toujours au foie ; et la

« ad diem 26, horà circiter sextâ postquam cibus illi adhi- « bitus afTatim fuerat,... nihil fefellil cxpectatio. Omnia « quic primus luculenter et adamiissim exhibuit.... Con- « firmalus gemino hoc experimenlo, et nihil ampUus de « re ipsà ambigens, tolum me dedi ad perquirendam « eam... » (De lactibus, p. 19.)

1 « Ego vasa bsec, aut lacteas, sive albas venas, aut lactés « etiam appellare soleo.... » (P. 23 ) Non lac Ipsum magis « similc lacti est qiiam liqiior qui in illis cernitur.» (P. 25.)

* « .... Chylus pcr eas labitur; verissimc idem ex intes-

« tinis ab iis lacitur, hoc est sorbelur oxhauriturque »

3 a Aclio pi opria venarum iiostraruiti, absque omni duce bitalione, chyli distribulio ad jecur. » (P. 51.)

ASELLI, PECQl'ET, RUDBECK, BARTHOLIN. 87

principale erreur de Galien (la principale, car foutes les autres portaient sur celle-là : le foie n'était supposé l'organe de la sanguificalion que parce qu'il était supposé l'organe où allait le chyle) subsistait encore.

Elle ne devait pas subsister longtemps.

En 1G48 \ un jeune homme de Dieppe, qui étudiait la médecine à Montpellier, Jean Pecquet, lassé de la science froide et muette -, qu'on (ire des organes morts, du cadavre, veut une science plus vraie ^ , et la demande aux organes en vie.

Il entreprend une suite de recherches sur les animaux vivants.

Il ouvre la poitrine d'un chien; il en détache le cœur; et, au milieu du sang qui s'écoule, il aperçoit un liquide blanc, qu'il prend d'abord pour du pus*.

* « Assidiium ferme trium annorum laborem coar-

« ctavi....» [Expérimenta nova anatomica, quitus ignotnm hactenùs chyli receptaculum, et ab co per thoracem in ramos usque subclavios vasa lactea deteguntur, 1G51, p. 17.)

^ « Post acquisitam ante annos aliquot, ex cadavenmi « sectione,mulam alioqui frigidamque sapientiam...»(P.4.)

* « Placuit ex vigenti vivorum animantium harmonià « veram scientiam exprimerc. » (P. 4.)

* « Cor, rescissis quihus reliquo adhaeret corpori vascu-

88 DES VAISSEAUX CllYLIFÈHES ET LYMPHATIQUES.

Une première étude lui montre bientôt que ce liquide blanc, laiteux, est le même que celui des vaisseaux lactés, est le chyle ^'^ une seconde, que ce chyle est contenu dans un canal, qui le porte aux veines sous-clavières , et par ces veines au cœur"-; une troisième, que ce canal commence par une sorte de réservoir, de poche^; une quatrième, que tous les vaisseaux lactés se rendent à ce réservoir, qui en est ainsi le réservoir commun'^ ; et une cinquième,

« lorum retinaciilis, avello; liim exhaustà quœ stalim « restagnaverat copiâ cmoiis, albicantem subinde lactei « liqiioris nec cerle pariim fluidi scaUirigiiiem...., iniror c< efniierc,...(p. 4) sic ut delilescenlis intrà Ihoracem Ibrtè « saniem abcessus, ex cnicnli puris imagine, su?picaver. » [Expérimenta nova anatomica, etc., p. 5.)

' « .... Candidus apprimè liquor, et effiiso per mesen- « teriiim chylo simillimus, sic ut inler utrumqiie coUatos « invicem et nitor et odor et sapor cl consisteiilia luillum « i liesse discrinien ostenderint. » (P. 5.)

« Unicus, crassiorque canalis, à receptaculo ch^him

« ad quartam dorsi vertebram devolvit, indequc bifidiis « per siibclaviorum (ut in cane notavimus) ostiola forami- « niim eumdem in cavam exonérât. » (P. 17.)

^ « Laceratà forte sinistrorsum ad duodeciniam cir-

« citer dorsi vertebram ampullâ, cnjus est apprimè tennis « membranula, restagnantem demiratus lactis effusi co- « piani, suspicor non exiguum illic ejusdem liquoris oc- (( clndi rcceptaculum. » (P. 1 i .)

* « Sic tandem patnit rccondili chyli penus, et tantis

ASELLl, PECyUET, RUDUECK, UARTIIOLIN. 89

qu'aucun, absolument aucun, ne se rend au foie ^

Le chyle ne va donc pas au foie, et, puisqu'il n'y va pas, il ne s'y change pas en sang ; le foie n'est donc pas l'organe de la sanguification -; et la théorie de Galien, cette théorie qui avait traversé quinze siècles, est enfin détruite.

De Ruilbeck et des vaisseaux lymphatiques, parliculiéiemenl de

ceux du foie.

Mais ce n'est pas tout. Une découverte en appelle une autre. La découverte des vaisseaux lactés appelle celle du réservoir du chijle; celle du réservoir du chyle appelle celle des vaisseaux lymphatiques.

En 1650, et, cette fois-ci encore un jeune

(( laborihus qu.icsitum receptaculum laboribus qua^si-

M tuin receptaculum » (P. 14.) « Lanciiiala illico rece-

« ptaculi tuiiica chyliim eirudit ; et seculus pcr cjiisdom

(( vulneris rimam dubiiim omne revulsit scatiirienti cvi-

u dentia. » (P. 15.)

• « NiiUus ad jecur poi-rigi inventus est. » (P. 13.)

- « Hactcnùs è niesenterio chyliim in hepatis parcni< chyma opinio pruti iisit, non vcrilas, et sangninci ar-

« tificii Iribuit immeiilani visceri pmciogativatn. »

homme, OJaùs Rudbeck, qui fut plus tard un des hommes les plus savants de Suède, Olaûs Rudbeck , cherche le tronc commun des vaisseaux lactés, et le trouve ^ Il ne savait pas que Pecquet venait de le découvrir. En cherchant le tronc commun des lactés, Rudbeck remarque, sur le foie, des vaisseaux transparents, aqueux, qu'il reconnaît bien vite pour des vaisseaux nouveaux, pour des vaisseaux propres, pour des vaisseaux distincts des vaisseaux lactés'^. Ces vaisseaux étaient les vaisseaux lymphatiques.

Rudbeck les nomme vaisseaux hépaticoaqueux : hépatiques , parce qu'ils viennent du foie, et aqueux, à cause de Yhumeur aqueuse dont ils sont pleins ^.

* Nova exercitatio anatomica, exhibons ductus hepaticos aquosos et vasa glandularum serosa (in Mangeti Bibliothecâ anatomicâ. Genevœ, 1699, t. II, p. 729.)

^ « Dum aniio 1650 et 1651, in venarum lactcarum ori- « ginem et insertionem inquirendam versabar, injectâque a stiprà vcnani porlœ cum ckictibus cliolidocis ligatura, « non semel apparuere ductus maiiifosto ab hepate ad « ligaluram intumescentes » (P. 730.)

' « Hœc vasa ductuum hepalicorum aquosorum nomine « indigilanda dnxi : et quidem ducluiim hepalicorum, quuni « et humorcm feiant ac dticant, et quod illuni ab liepate

ET d'aSELLI, PECQUET, RUDBECK, DARTIIOLIN. 9 1

11 en voit l'origine \ les valvules^, l'insertion dans la vésicule ou réservoir du chyle et, sur tous ces points, il est le premier qui voit, qui découvre ; mais, relativement à la découverte des vaisseaux lymphatiques répandus partout, il n'est que le second.

De Thomas Barlholin et des vaisseaux Jymphatiques du corps entier.

Rudbeck avait découvert les vaisseaux lymphatiques de 1650 à 1651; Thomas Bartholin les découvre de 1651 à 1652*; il les nomme

« accipiant, indeqiie suam oi iginem depromant; deinde « aquosorum , quod tali hiiniore ipsoruin cavitas infarla « sit. )) (P. 730.)

* Du foie, comme il vient d'être dit : u Originem ducunl « ab hepate. » (P. 730.)

* a Figuram mirabiliter nodosam, ob contentas val-

« villas » (P. 731.) Asclli avait vu les valvules des vaisseaux lactés, « in his illiid admiratione dignum , quod « pluribus valvulis, siveostiolis, iiitorstincti sunt. » De lactibus, etc., p. 38); et Pecquet, celles du canal du chyle: « Non désuni suoe lacteis per thoracem valvulœ. » {Experim. nov., etc., p. 12).

'«In vesiculam chyli sese insinuant. » (Mangeti,

Bibl. anat., t. II, p. 730.)

* « Observavimus quidem ssnpè in canibus dissectis, im- « primis 45 decemb. 1631, et 9 janu. 1032, ex hepate « aquosos duotus prodeuntes.... » [Vasorum lymphaticorum Historia nova, in Opmcula nova, olc, p. 84).

vaisseaux lymphatiques il les étudie avec une attention, avec une persévérance admirables; il les cherche partout ; il les trouve partout, dans les viscères, dans les membres, etc. et, quel que soit le lieu d'où ils naissent, il les voit toujours, comme Rudbeck, venir et se rendre dans un tronc commun y dans le réservoir du chyle ^.

Les vaisseaux lymphatiques et les vaisseaux lactés ont donc un tronc, un réservoir commun, le réservoir y le canal du chyle; et, par ce canal, ils arrivent, ils aboutissent tous aux veines sous-clavières ; et, par ces veines, au cœur.

Le cœur est donc le rendez- vous commun, le centre du système circulatoire.

Et ce système ne se compose pas seulement , comme l'avait cru Galien, comme le croyait llarvey, des veines et des artères ; il se compose dos artères, des veines, des vaisseaux lactés et

' « A coiitenti liquoris condiUone, seu limpidà aquà et « lymphâ, dicenda vasa lymphatica » (P. 96.)

^ « Exortus lymphaticorum vasoruin est ab extremis « parlibus, seu ai lubiis et visccribus » (P. 07.)

' «Vasa aquosa..... insenininr in reccplaculiim chyli. .« (P. 97.)

ASELLI, PECyUET, RUDBECK, HARTHOLIN, 93

des vaisseaux lymphatiques. L'unité complète de ce grand système est enfin trouvée.

De Thomas Barlholin ot des obsèques du foie.

Thomas Barlholin termine son Histoire des vaisseaux lymphaliques par un chapitre intitulé : Post inventa vasa lymphatica hepatis exsequiœ '.

Pecquet ayant montré qu'aucun vaisseau lacté ne se rend au foie, que le chyle ne va pas au foie, le foie n'était donc plus l'organe de la sanguification ; et c'est alors, pour parler le langage de Barlholin, que les obsèques du foie auraient dû être faites.

Pourquoi donc Barlholin ne les place-t-il qu'après la découverte des vaisseaux lymphatiquesl C'est que la première fois qu'il vit les vaisseaux lymphatiques du foie, il les prit pour des vaisseaux lactés (jui allaient au foie ^. Le foie, se dit-il, reçoit donc une partie des vais-

' Vasorum lymphaticorum, etc. , p. 107.

^ « Undo quiim peilucido liquore splenderent, noc aliiid

« vas cognitum adhuc esset tamdiù pro lactcis voiidi-

« tavi Exinde diibitarc cdipi, visis aqiiosis ductihus, in

Cl arlubiis, illis similibus.... » (P. 88.)

seaux lactés, une partie du chyle ; il a donc encore son rôle, un certain rôle du moins, dans la sanguificalion : la sangiiification se partage entre le cœur et lui i.

Mais bientôt Bartholin reconnaît la véritable nature des vaisseaux qui le trompent : ce ne sont pas des vaisseaux lactés, ce sont des vaisseaux lymphatiques ^; au lieu d'aller au foie, ils en viennent; ils vont au cœur; et, par conséquent, la cause du foie est tout à fait perdue ^.

Bartholin traite le foie, qu'il compare aux plus grands héros, maximis lierotbus^, comme on traite tous les héros dont la cause est perdue ; il l'abandonne ; et, dans un petit accès de gaieté savante, après avoir écrit le chapitre de ses obsèques, il lui compose une épitaphe, dont le sens est : que le foie, si longtemps fameux,

' « Pai titus sum munia cordis et hepalis in opeie con- « flciendi sanguinis, quia ad cor lacteas thoracicas ferri « observavi, et ad heparnon nuUas » (P. 108.)

' « Vidimus quippe vasa illa propè hepav, sui esse ge-

« ncris, à contento liquore lymphatica nobis dicta »

• « Noluimus antiquatœ opinioni obstinatiùs inhaerere, « aut labantes hcpatis derelicti partes diutiùs sequi. r>

ASELLI, PECyUET, IJUDBECK, HARTHOUN. 95

grâce à un titre usurpé, n'est plus, ou n'est plus que le pauvre foie réduit à faire la bile K

De Riolan et d'Harvey.

Harvey n'eut pas plutôt publié son livre sur la circulation du sang que vingt anatomistes prirent la plume contre ce livre. Harvey ne répondit pas. Le seul homme à qui Harvey ait jamais ' fait l'honneur de répondre est Riolan. C'est que Riolan était le plus savant anatomiste qu'il y eût alors. Thomas Rartholin, qui lui dédie son Histoire des vaisseaux lymphatiques, l'appelle le plus grand ana(omiste de laFranceet du monde : Maximo orbis et urbis Paiisiensis anatomico.

Riolan passa toute sa vie à chercher, à retrouver, à découvrir ce qu'avaient fait les anciens, et à repousser ce que faisaient les modernes. Il repousse la circulation du sang, les vaisseaux lactés, le réservoir du chyle, les vaisseaux lymphatiques. « Un chacun invente à « présent, » s'écrie-t-il ^ ; et c'est là ce qui le désole. « Pecquet, continue-t-il, a fait bien davan-

' Vasorum lymphaticorum, etc. , p. iii.

' Manuel nnatnmique, Paris, leCl, p. 688.

il 6 DES VAISSEAUX CIIYIJFÈRES ET LYMPHATIQUES.

« lagc : il a commencé à bouleverser la structure (( et la composition du corps humain par sa doc- « trine nouvelle et inouïe, qui renverse entière- M ment la médecine ancienne et moderne ou la « nôtre ^ » Et moderne ou la nôtre est un mot naïf et curieux ; mais, hélas ! le moderne n'appartient à personne ; à peine est-il qu'il est le passé et qu'il arrive un autre moderne.

Cependant Riolan ne nie pas l'existence des vaisseaux lactés. Seulement, il veut qu'ils aillent au foie ^. Harvey nie jusqu'à l'existence des vaisseaux lactés, et, ce qu'il y a de plaisant, c'est que Riolan lui en fait reproche. « Harveus, « dit-il, très-expert anatomiste, auteur et inven- « teur de la circulation du sang par le cœur et « par les poumons, fait peu de cas de ces veines « lactées, croyant et soutenant que le chyle passe « par les veines mésaraïques, et que le foie le

' Ibid., p, 689. a Car, si le foie, suivant son opinion, « n'est plus au rang des parties principales, n'est plus le « siège de la faculté naturelle, n'est plus celui qui produit « le sang dans nos coips, ains seulement dédié à un em- « ploi beaucoup plus vil et plus abject, à savoir à purger et « séparer l'excrément de la bile »

* « Pour moi, je crois que ces veines lactées ne sont pas « inutiles, mais qu^elles servent à porter le chyle dos boyaux « au foie. » (P. 690.)

ASELLI, PECyUET, RlOBRCk, HAKTIIOLIN. 97

« suce et le tire d'icelles, de (luoi je m'étonne « fort, puisque en effet elles sont existantes, et « que nous les soyons manifestement »

Voilà donc Harvey, l'auteur de la plus belle découverte moderne, gourmandé par Riolan, et gourmàndé parce qu'il va trop loin dans son opposition contre les modernes.

L'illustre et savant historien delà médecine, Sprengel, dit à cette occasion : « Une tache en- « core plus grande au caractère littéraire d'Har- « vey, c'est le mépris qu'il affecta pour toutes les « découvertes ultérieures^... » Ces paroles sont injustes. Sprengel ne réfléchit pas assez combien la grande méditation épuise, et à tout ce que coûte de méditation une découverte d'un certain ordre. Harvey découvre la circulation du sang; il nous donne une foule de faits, de vues, une loi générale admirable sur la génération ^ Après cela, il faut l'admirer, le bénir, et ne plus rien lui demander.

' Manuel anaiotnique, p. 695.

* Histoire de la médecine, Paris, 1815, t. IV, p. 204. ^Que tout être vivant vient d'un œuf : omne vivum ex ovo.

D'Arislote et de la formation du sang par le cœur.

Galien pose trois principaux organes, le foie, le cœur et le cerveau : du foie naissent les veines ; du cœur , les artères ; du cerveau, les nerfs. Selon Aristote, tout cela naît du cœur : les veines, les artères et les nerfs*.

Aristote veut, de plus, que ce soit dans le cœur que le sang se forme ^ ; et cette opinion du sang formé par le cœur, bien que dominée longtemps par l'opinion contraire du sang formé par le foie, reste dans la science. Servet y fait allusion dans le passage immortel que j'ai déjà cité, quand il dit : « La couleur jaune est don- « née au sang par le poumon, et non par le « cœur ^ » Césalpin l'adopte complètement , quand il dit : « Le sang, conduit au cœur par « les veines, y reçoit sa dernière perfection ;

* « Le cœur est le principe de toutes les veines. » {Histoire des animaux, liv. 111, chap. IV.) — Notez qu'Aristote léunit, sous le nom commun de veines, les veines et les artères. — «Passons actuellement aux nerfs; ils partent « également du cœur. » {Ibid., chap. v.)

^ «Le liquide qui provient des aliments se rend continuellement au cœur;... c'est ce liquide qui forme le sang.» {De la respiration, chap. xx.)

' Voyez, ci-devant, p. 14.

ASELLI, PECQUET, RUDBECK, HARTHOLIN. 99

« el, cette perfection acquise, il est porté dans « tout le corps ^ »

Aussi, dès qu'il fut prouvé que le chyle allait au cœur et non pas au foie, tous les esprits revinrent-ils à l'opinion d'Aristote, à l'opinion du sang ïdtmé par le cœur. « Ceci prouve bien, dit « Pecquet , la parole du prince des Péripatéti- « ciens, qui affirme que le cœur est le principe « des veines et l'organe où le sang se forme ^. » « C'est dans le cœur, ditRudbeck, quele sang, re- « venu des parties, se mêle au chyle, et, réuni au « chyle, s'élabore, se perfectionne et se colore : « coloratiir •'. » Bartholin partage, comme nous avons vu, la grande fonction de \nsanguification, de la formation du sang, entre le cœur et le foie*.

On n'échappait à une erreur que pour retomber dans une autre.

' Voyez, ci-devant, p. 22.

^ « .... Sicut cvincatur nobili testimonio , quum appositè M Peripaleticonim princeps, et venarum asserat cor esse « pi incipinm, el sanguinis ofticinam. » {Expérimenta nova anatomica, etc., p. 3 )

' « Existimo itaque hoc opus naturfiR (sangiiincationis « nenipè), hune in modum fieri. Primo, sanguis à nu- « Iritioiieresiduus, et cordi adveclus, unà cum chylo, motu « ac calore cordis concoqiiitur, coloratur, attcnuatur, ac dis- « tribuilur. » (Mangeti, Bibliotheca anatomica, 1. 11, p. 733.)

* Voyez, ci-devant, la note i de la p. 94.

100 DES VAISSEAUX CllYLIFÈKES ET LYMPHATIQUES.

Deu\ ilomaies combattirent bientôt cette autre erreur.

Stenon fit voir que le cœur n'est qu'un simple organe de mouvement, un muscle; et LoNver, que c'est dans le poumon que s'opère la conversion du sang noir en sang rouge. *

■ De Stenon et du vrai usage du cœur.

Stenon était un homme de génie. Deluc l'appelle le premier vrai géologue ^ , car il est le premier qui ait bien vu la disposition, la structure i^SiY couches , la stratification véguWëvc de la surface du globe ; et je l'appelle, moi, le premier vrai anatomiste du cerveau, car il est le premier qui ait bien vu les fibres du cerveau, c'est-à-dire ce qu'il y a de plus important à voir dans la structure de cet organe.

« Il est certain, d'une certitude également dé- « montrée pour l'esprit et pour l'œil, dit Stenon, « que le cœur est un muscle, qu'il en a tout, et « qu'il n'a que ce qu'a tout muscle, en sorte qu'il « n'est ni l'organe de la chaleur innée, ni le siège « de l'âme, et qu'il ne produit ni l'esprit vital, ni « le sang, ni aucune autre humeur quelconque^.»

' Abrégé de géologie, p. 8.

* « Sicei tum est, qnod cerlum esse scnsuutn ope adjula

ASELLl, PECyUET, RUDBECK , UARTIIOLIN. 101

De Lower et de la coloration du sang par le poumon, on plutôt par l'air.

Le livre de Lo^ver sur le cœur est un livre court, plein, excellent Lower est un des esprits les mieux faits qu'ait eus la physiologie. Sa marche est sûre, ses vues sont nettes, ses expériences sont judicieuses.

Évidemment, le ventricule droit n'a rien de moins que le ventricule gauche. On peut donc conclure de l'un à l'autre. Eh bien, qu'on examine le sang de la veine cave, c'est-à-dire le sang qui n'a pas encore traversé le ventricule droit, et le sang de Y artère pulmonaire, c'est-à-dire le sang qui sort de ce ventricule; et l'on trouvera que ces deux sangs sont parfaitement sembla-

« cvincit ratio, in cofde nihil desidefari quod musculo « dalum, iicc quod musculo dcnegalum in corde inveniri, « Don crit cor amplius sui generis siihstaiitia, adooquo nec u cerlaî siibslantiae, ut ignis calidi iniiati, animaj sedes, M iicc certi humoris, ut sanguinis, generator, nec spiriluum « quorumdam vitaliutn productor. » {De rmsculis spécimen, p. 323, in Mangcti Bihlioth. anat.) Le livre deStenon est de 166 i.

* 11 parut en 166'.».

hles : ce sera toujours le même sang, le sang veineux, le sang noir ^

Qu'on lie la Irachée-artère sur un animal vivant, de manière que le poumon ne reçoive plus d'air, et le sang de V artère carotide sera noir comme celui de la veine jugulaire, c'est-àdire le sang qui sort du ventricule gauche comme celui qui n'y est point allé^.

Que, sur un chien qui vient d'expirer, on pousse le sang, encore fluide, de la veine cave dans le poumon, qu'on pousse en même temps de l'air dans le poumon, et sur-le-champ le sang de la veine pulmonaire deviendra rouge

' « Quum par sil utriusque ventriculi officium

« quidni color in dextvo pariter immutari debeat? At certô ^< constat sanguincm ex arteriâ pulmonali eductum venoso « per omuia similem esse, crassameiitum ejus nempe obs- '1 curi coloris est... » {Traclatus de corde, etc., édition de 1740, p. 184.)

' « Quinimô nec à sinistre cordis ventriculo novum Il hiinc ruborem sanguini imperliri certissimo hoc experi- « mente cotifici potest si nimirum aspera arteriain colle (( nndata discindatur, et immisso snbere arctè desuper li- (i getur, ne quid aeris in pulmones ingrodiatur, sanguis ex « arlerià cervicali simul discissà effluens,... totus venosus « pariter et atri coloris apparebit, non aliter (juam si venâ u jugnlavi pertusà profiisns fuisset .. » (l\ i84.)

^ « Postremù, ne qnis nltrà vcl dubitandi locus supersit,

ASELLi, PECQUET, RUDBECK, BARTHOLIN. 103

Entiii, et voici une expérience qui ne le cède en beauté qu'aux plus belles de Bichat ; qu'on ouvre la poitrine d'un chien vivant, le poumon s'affaisse et ne reçoit plus d'air, le sang de la veine pulmonaire est noir; qu'on souftle de l'air, et le sang devient rouge ; qu'on suspende l'insufflation, et il redevient noir ; qu'on la reprenne, et il redevient rouge *.

« experire animiim subiit in cane strangulato, postquam « sensus illura etvilaomnis deseruissent, an sanguis adhuc « fluidus, è venâ cavâ in dextrum cordis ventriculum et « pulmones impulsus, parilerfloridus per venam pneumo- « nicam tolus rediret; itaque propulse sanguine, atquein- « snf'flatis simul... pulmonibus, exspectationi eventus op- « timè respondehat, quippe aeque purpuieus in patinant « excipiebalur, ac si ex ai terià viventis effusus fuisset. » (P. 185.)

* « Expertussum sanguinem, qui totusvenosi instar sub- « nigricante colore pulmones inlrarat, arleriosum omnino « et floriduni ex illis redilsse, si enim abscissà anteriore « parte pectoris, et folie in asperam arteriam immisso, « pulmonibus continenter insufflatis,... vena pneumonica « prope auriculam sinistram perlundatur, sanguis tolus « purpureus et floridus in admotum vasculum exsiliet; « atque quamdiù pulmonibus recens usquc aer hoc modo a suggeritur sanguis ad pUires uncias, imô libras, per to- « tum coccineus erumpct, non aliter quam si ex arterià u vulnerafâ excipcrclur...» (P. 186.) — «Une des meilleures « méthodes, dit Bichat, pour bien juger de la couleur du « sang est, à co qu'il me semble, celle dont je me suis « servi. Elle consiste à adaptci' d'abord à la trachée-ai tère,

104 DES VAISSEAUX CHYLIFÈRES ET LYMl'llATiy LES.

C'est donc dans le poumon seul, et par l'air seul, ([ue le sang noir se change (!n sang rouge ; et, des quatre erreurs principales de Galien, il n'en subsiste plus une seule. Toutes les quatre sont détruites ; et à la destruction de chacune s'attaclie la gloire d'un homme : d'Aselli, qui nous apprend que le chyle est pris par des vaisseaux propres, et non par les veines ; de Pecquet, qui nous apprend qu'il va au cœur, et non pas au foie; de Stenon, qui nous apprend que le cœur est un simple muscle, et non l'organe de la chaleur \ de Low er, qui nous apprend

« mise à nu et coupée transversalement, un robinet que 0 l'on ouvre ou que Ton ferme à volonté... On ouvre, en « second lieu, une artère quelconque, la carotide, la cru- « raie, etc., afin d'observer les altérations diverses de la « couleur du sang... » [Recherches physiologiques sur la vie et la mort. — De la mort des organes par celle du poumon, art. vin, § i.) — « lo Adaptez un tube à robinet à la trachéo- « artère, mise à nu et coupée transversalement en haut ; « 2" ouvrez l'abdomen de manière à distinguer les intes- « tins, l'épiploon, etc.; 3» fermez ensuite le robinet. Au « bout de deux ou trois minutes, la teinte rougeàtre qui « anime le fond blanc du péritoine, et que cette membrane « emprunte des vaisseaux rompants au-dessous d''elle, se « changera en un brun obscur, que vous ferez disparaître et « l eparaître à volonté, en ouvrant le robinet, ou en le refer- « mant. » [Ibid. De la mort du cœur parcelle du poumon, art. VI, § 11.)

ASELLI, PECQUET, RUUBECK, HAUTHOLIN. 10;>

que c'est dans le poumon, et non dans le foie, que se fait l'élaboration définitive du sang, la conversion finale du sang noir en sang rouge.

Voilà pour les quatre erreurs principales de la théorie de Galien. 11 ne reste plus que les deux accessoires : celle des esprits et celle de la chaleur innée. Voyons, d'un coup d'œil rapide, comment elles sont tombées.

Des esprits.

On sait que, des trois esprits de Galien, les modernes n'en ont adopté qu'un seul, X esprit animal. « Les anciens admettaient, dit Bordeu, des « esprits de trois sortes ; et il n'est pas aisé de sa- « voir par quelle fatalité les naturels et les vitaux « n'ont pas pu se conserver et ont succombé, « tandis que les animaux ont subsisté » J'en demande pardon à Bordeu. Rien n'est plus aisé à savoir. C'est que Descartes fit entrer les esprits animaux dans sa philosophie, et n'y fit pas entrer les deux autres. Toute la fortune des esprits animaux, parmi nous, tient à la philosophie de

' Recherches anatomiques sur la position des glandes et sur leur action, § xxxiv.

106 DES VAISSEAUX CHYLIFÈKKS ET LYMPHATigUES,

Descartes. Tant que celte philosophie a subsisté, ils ont subsisté; et, quand elle est tombée, ils sont tombés. Je dis quand cette philosophie est tombée, je parle de l'extérieur de cette philosophie, de ses formes, de ses explications, de ses mots, des emprunts qu'elle faisait à une physiologie, à une physique imparfaites ; car, pour l'essentiel, pour le fond, je veux dire pour son esprit et pour sa méthode, elle n'a pu tomber. Bien loin de là, plus on étudiera l'homme, ce qui est réellement l'homme : la raison, l'àme, plus on sentira combien la philosophie de Descartes est vraie, et, ce qui est ici un élément de la vérité, combien elle est grande.

De la chaleur innée.

De toutes les erreurs de Galien, ou, à parler plus exactement , de la physiologie ancienne (car ceci n'est plus seulement l'erreur de Gahen, c'est l'erreur de Galien, d'Aristote, d'Hippocrate, de l'antiquité entière), de toutes les erreurs de la physiologie ancienne, celle qui a le plus duré, est celle de la chaleur innée. Elle n a cédé qu'à la chimie nouvelle ; et encore n'at-elle pas immédiatement cédé.

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