ET DE DUVERNEY
l'aorte, et de l'aorte dans toutes les parties, en échappant au passage par le poumon. Galien suppose que le sang \a, par le canal artériel, de l'aorte dans l'artère pulmonaire, et de l'artère pulmonaire dans le poumon : non, il va, par le canal artériel, de l'artère pulmonaire dans l'aorte, et de l'aorte dans toutes les parties, en échappant encore au passage par le poumon. En un mot, le trou ovale et le canal artériel ne sont pas faits pour que le sang aille au poumon, dans le fœtus, par une autre route que dans l'adulte, comme le croyait Galien ; ils sont faits pour qu'il n'y aille pas du tout
Dans l'adulte, il y a deux circulations : la pulmonaire et la générale; dans le foetus, il n'y en a qu'une, la générale. Tout, dans l'adulte, est disposé pour qu'il y ait deux circulations, car ni les deux cœurs, ni les deux grandes artères ne communiquent ensemble ; et tout, dans le fœtus, est disposé pour qu'il n'y en ait qu'une, car les deux cœurs (c'est-à-dire les deux oreillettes) communiquent ensemble par le trou
' Ou, du moins, qu'il n'y aille qu'en la moind ro quanlilé possible : il ne peut y aller, en effet, que ce qui échappe au trou ovale et au canal artériel .
ovale, et les deux grandes artères par le canal artériel.
Dans l'adulte, les deux cœurs étant complètement séparés, le sang ne peut aller d'un cœur à l'autre qu'en passant par le poumon; et c'est ce qui fait que l'adulte a une circulation pulmonaire : dans le fœtus, où les deux cœurs sont unis, le sang va de l'un à l'autre directement par le trou ovale ' ; et c'est ce qui fait que le fœtus n'a pas de circulation pulmonaire.
Le grand point, dans l'adulte, est que le sang aille au poumon, parce que c'est par le poumon que l'adulte respire; le grand point, dans le fœtus, est qu'il n'y aille pas, parce que ce n'est pas par le poumon que le fœtus respire.
Le fœtus respire par un autre organe ^.
Le poumon du fœtus ne respire pas, ne se dilate pas ; il ne peut donc recevoir le sang de la circulation générale ; et, comme l'a si bien vu Harvey, l'homme du monde le plus ingénieux à tirer parti des structures pour arriver à la dé-
* Et directement aussi de V artère pulmonaire à Vaorte par le canal artériel.
' Par les vaisseaux du placenta dans les vivipares ; par les vaisseaux de Vallanldide dans les ovipares.
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couverte des usages, grâce au canal artéiiel et au trou ovale, il ne le reçoit pas \
De Duverney et de Méry.
Le livre d'Harvey avait paru en 1628. En 1699, plus d'un demi-siècle plus tard, et lorsque toutes les idées de ce grand homme, tant sur la circulation de l'adulte que sur la circulation du foîtus, étaient adoptées, et depuis un certain temps adoptées, il s'éleva tout à coup dans notre Académie une discussion fort vive touchant la
' « Ex qiiibus intelligilur in embryone humano,... id u ipsum accidere, ut cor suo motu, per patentissimas vias « sanguinein de venâcavcâ in arteriam nriagnam aperlissime « Iraducat , per utiiusque ventticuli ductum. Dexter si « quidem sanguinem ab auriculà recipiens, inde per vc- « nam arleriosam, et propagincm suam (canalem arleriou sum diclam) in magnam arteriam propellit. Sinister si- « militer eodeni tempore, mediante auriculœmotii, recipit « sanguinem (inillam sinistram auriculam dediictum sci- « licet perforamen nvaleè venà cavâ), et tensione suà, et « consti ictionc per radicem aortœ in magnam itidom arte- « riam simul impeliit... Ita in embryonibus, dum pulmo- « nés otiantur, et nullam actionem aul motum habent, « quasi nulli forent, natura duobus ventriculis cordis quasi
a uno utitur, ad sanguinein transmiftendum » (Giil.
Harvei Exercit. anat. de mofu cordis, etc., cap. vi.)
60 DE LA CIKCL'LATION DU FtETUS
marclie que suil le sang dans le cœur du fœtus.
Dans cette discussion célèbre entre deux anatoraistes d'une habileté profonde, Méry et Duverney,Méry eut constamment tort etDuverney constamment raison. Méry avait pourtant beaucoup d'esprit, mais il n'avait pas l'esprit juste de Duverney. On connaît ce mot de Méry, que nous a conservé Fontenelle : a Nous autres, ana- « lomistes, nous sommes comme les crocheteurs « de Paris, qui en connaissent toutes les rues « jusqu'aux plus petites et aux plus écartées, « mais qui ne savent pas ce qui se passe dans « les maisons * . »
Méry convenait que le sang qui passe par le canal artériel va de l'artère pulmonaire à l'aorte, et par conséquent échappe au poumon, comme l'avait dit Harvey. La difficulté n'était que par rapport au trou ovale. Selon Harvey, le sang, qui passe par le trou ovale, va de l'oreillette droite à l'oreillette gauche : Méry voulut que ce fût le contraire, et qu'il allât de l'oreillette gauche à l'oreillette droite.
Duverney soutint l'opinion d'Harvey.
Le trou ovale est, d'abord, complètement
' FonlonoUe, Éloge de Méry.
KT DE DlIVEHNEY. Hi
ouvert. Ricnlot une petite nienil)rane naît de ses bords, qui peu à peu grandit, se développe, s'élève et finit par le fermer ^ Or, cette menbrane est toujours disposée de manière à céder au sang qui va de l'oreillette droite h l'oreillette gauche, et à résister, au contraire, au sang qui serait poussé de l'oreillette gauche dans l'oreillette droite.
C'est ce qu'avaient déjà vu Harvey ^ avant Duverney, et Galien avant Harvey
«11 est constant, dit Duverney, que la valvule « du trou ovale du fœtus est située de manière à « donner un libre passage au sang de la veine
' Voyez, à la suite de ce chapitre, une note sur le mécatjisme (Je l'occlusion du trou ovale.
' o Insupoi" in illo foramine ovali è regione, quae arte- « riam venosam l espicit, operciili instar mcmbrana tennis « et dura est, foramine major, quae postca in adultis, ope- « riens tioc foramen, et coalescens uiidiquc, istud oin- « nino obstruit, et prope oblitérât. Hœc, inquam, mem-
a brana sic conslilutaest, nt, dum laxe in se concidit,
« sanguin! à cavà affluenti cedat quidem, at ne rursus in « ca\ain refluât, impcdiat : nt liceal cxistimarein embryone « sanguinem continué debere per hoc foramcn Iransire de « venâ cavà in arleriam venosam, inde in auriculam si- « nistram cordis, et postquam ingressum fuerit, remeare « nunquam posse. » {Ibid., p. 44.)
^ Voyez la note l de la page 42.
62 DE LA ( lUClLATION DL l'flETrS
« cave dans l'oreillelte gauche du cœur, et à le « lui fermer au retour \ »
« La soupape du trou ovale du fœtus, dit-il «encore, permet bien au sang de passer facile- « ment de la veine cave dans la veine du poumon, « mais elle l'empêche absolument de revenir ^. »
Il dit plus loin : « Le canal artériel du fœtus « sert à décharger les poumons, en faisant passer « la meilleure partie du sang de l'artère du pou- « mon dans l'aorte^. »
Il dit enfin : « A l'égard du fœtus humain, qui « ne respire point tant qu'il est dans le sein de « la mère, si le sang fourni par les deux veines « caves allait circuler par le poumon, il l'expo- « serait à des accidents mortels ; il a donc fallu « que la nature pourvût à la décharge des pouce mons par des routes particulières, et c'est ce « qu'elle a fait au moyen du trou ovale et du « canal artériel »
On ne pouvait se faire des idées plus justes de toutes ces choses.
' Mém. de l'Acad. des se, année tfi99, p. 25o, * Ibid., p. 2o3.
^ Ibtd., p. 25 i.
Ibid.. p. i';')!.