‹ Histoire de la découverte de la circulation du sangChapitre 8 sur 16 · ET DE DI VERNEY · texte numérisé non relu

ET DE DI VERNEY

Mais Duveriiey ne s'en tient pas là. De cette étude si bien conduite, de cette conception si nette de la circulation du fœtus, il s'élève aux considérations les plus importantes et les plus neuves, et sur l'action de l'air dans la respiration , et sur le rôle de la respiration dans les diverses classes.

Harvcy avait déjà senti le rapport profond qui lie la circulation à la respiration.

La question serait maintenant, dit-il, de savoir pourquoi il faut que le sang passe par le poumon dans l'adulte, et pourquoi il ne le faut pas dans le fœtus; pourquoi il le faut dans l'homme et dans les animaux à sang chaud comme lui, et pourquoi il ne le faut pas (du moins aussi complètement) dans ceux qui ont le sang froid, comme la tortue, comme la grenouille.... Serait-ce que, dans l'homme, et les autres animaux à sang chaud, le sang est en effet si chaud qu'il s enflammerait, qu'il s'embraserait peut-être , igniatur , s'il n'allait au poumon pour s'y mêler à l'air et s'y refroidir'?...

' « Restât ut illud perquiramus... Aut ciir melius sit in « adolescenlibus, sanguinis transitai naturam omnino oc-

Harvey ne soupçonne encore, comme on voit, à la respiration d'autre usage que de rafraîchir, de refroidir le sang ; et sans doute, pour passer, d'une manière sûre, de cette idée à l'idée contraire, à l'idée que la respiration est la source de la chaleur du sang, il fallait le secours de la nouvelle chimie. Cependant une certaine vue attentive des faits de l'anatomie comparée pouvait aussi conduire à cette idée contraire et si grande ; et elle y avait conduit Duverney.

« Quand on considère, dit Duverney, que le « sang de la veine du poumon est toujours d'un « rouge plus vermeil que celui de l'artère, on « juge aisément qu'il s'y est chargé de quelques « particules d'air ^ »

« clusisse vias patentes illas, quibus aiitè in euibr^one et

« l'œlu usa fueial Cur in niajoiibus et perfectioribus

« animalibus, iisque adultis, nalura sanguinem tianscolai i « per pulmonum parenchynia polius velit quam ut in ca?- « tcris animalibus... Sive huc sil quod majora ot porlec- « tiora animalia sinl calidiora, et cum sintadulla, eoruni « calor magis(ut ila dicam) igniaturet ulsunocelursit pi u- « clivis, et ideo tranare et trajici per pulnioncs, ut inspiralo « aerecontempeictur, et ab ebullitiono et sulVooatione vin- « dicelin... » (G. llarvcy, Opéra, p. 47.) ' dp VAsad. des se, ainiéc 1701, |>. 2M.

lîT DE Dl'VEK.>EY. C\[i

« C'est dans le poumon, ajoule-l-il, que i'air « communic[uc au sang des parties si actives et « si pénétrantes que sa chaleur en dépend ; c'est « par ce mélange qu'il est rendu propre à la

« nourriture Il ne faut donc pas s'étonner si

« l'homme, qui doit fournir à tant de sensa- « tions si différentes et à tous les mouvements « de la veille, qui sont si violents et d'une si « longue durée, a aussi besoin que tout le sang « circule par le poumon ; mais il suffit à la tor- « tue (et autres animaux pareils, la grenouille, « la salamandre, etc.), qui passe tout l'hiver « dans le repos et dans une espèce d'engour- « dissement, qui n'a que des mouvements fort « lents, .... que le tiers du sang soit porté dans le « poumon.... ^ »

Enfin, il écrit cette phrase : « La principale « fonction du poumon est d'imprégner le sang « d'air, et de le rendre par là capable de porter « partout l'aliment, la vie et la chaleur^. »

Il n'était guère possible de toucher de plus près à la vérité.

Je viens d'étudier, dans ces deux chapitres,

' Ibld., année 1699, p. 248.

' Ibid., année 1701, p. 240.

l'histoire de la découverte de la circulation du sang proprement dite ; il me reste à parler de la découverte des vaisseaux lactés ou chylifères, et de celle du réservoir du chyle : ce sera le sujet du chapitre que Ton va lire.

Page 1