DE CAMPE
L faut le dire à la louange de l'Allemagne, sù les études sérieuses, les travaux utiles ont conservé leur valeur et trouvent leur récompense dans l'estime publique, elle sait honorer l'écrivain qui consacre ses veilles à l'éducation de la jeunesse, l'auteur dont l'ambition modeste s'est renfermée dans un genre de compositions destinées à rendre l’enseignement plus facile, à dégager la science des formes qui souvent effraient ou rebutent le jeune âge. En Allemagne, la reconnaissance, qui est aussi quelquefois la justice, n'a jamais fait défaut aux auteurs laborieux qui se sont voués avec succès à cette lâche pénible; là, cette reconnaissance même à un caractère et une expression qui ont quelque chose de noble et de touchant à la fois : le nom de l'écrivain dont l'ouvrage à mérité de devenir classique n'est prononcé qu'avec respect au sein des familles, comme celui d'un ami, d’un bienfaiteur ; ce souvenir affectueux s’y transmet comme une tradition, et des générations de lecteurs reconnaissants se succèdent dans une espèce de culte pour l'auteur et pour son livre, surtout si sa vie n'a point démenti son œuvre et réfuté ses enseignements, si la mémoire de l'homme de bien les fortifie par l'autorité de la vertu,
C'est ce qra explique la faveur dont jouissent depuis près d'un demi-siècle les écrits de Campe : le temps et les rivalités qui ont essayé de la lui disputer n'ont pu laffaiblir; il règne encore dans la bibliothèque du jeune âge; l'âge mür même l'admet dans la sienne; les éditions de ses ouvrages se multiplient, comme à l'époque de leur nouveauté ; des traductions dans toutes les langues de l'Europe continuent à témoigner de cette estime générale qui reste fidèle aux productions de Campe ; certes, il faut reconnaitre dans cette perpétuité de suffrages unanimes un hommage au mérite de l'écrivain, à sa supériorité dans un genre qui a aussi ses difficultés et qui peut donner la gloire.
Campe (Joachim-Henri) naquit à Deusen, dans la principauté de Brunswick