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dans son esprit fertile en expédients le moyen de remédier à ce malheur et de sortis d’embarras. Il avait prévu qu'il devait y avoir incessamment une éclipse de lune, et il résolut de profiter de cet accident pour ramener les insuhiires aux sentiments de respect et de bienveillance qu'ils lui avaient témoignés pendant si longtemps. Il fit avertir, par un sauvage qu'il avait amené de l’île Espagnole, tous les chefs de ces insulaires qu'il avait à leur iaire part d’une affaire trèsimportante. Quand tous ces chefs se trouvèrent au rendezvous qu’il leur avait assigné, il leur dit, par l'organe de son interprète, que lui et ses compagnons connaissaient le Dieu créateur du ciel et de la terre ; que ce Dieu, protecteur des bons, ennemi des méchants, dispensait dans sa justice les récoinpenses et les châtiments, et qu’il punirait aussi ceux qui refuseraient aux Espagnols les choses indispensables à leur existence: « Votre punition, ajouta-t-il, ne se fera « pas attendre ; elle menace déjà vos tètes. et pour vous l’an- « noncer, la lune, messagère de la colère céleste, se lèvera « ce soir avec un visage ensanglanté. Hâtez-vous donc de « nous fournir les provisions nécessaires, comme vous avez « fait jusqu'ici, ou tremblez; préparez-vous aux plus épou- « vantables désastres, qui, en vous accablant, vous feront « Justement expier le crime de votre refus, et la dureté de « vos cœurs insensibles à la pitié. »
Les insulaires, d’abord tout à fait incrédules, accueillirent la prédiction par des risées ; mais quand, aux approches de la nuit, un obscurcissement progressif voila les rayons de la lune, alors les sauvages tremblèrent; ils ne raillaient plus l'amiral, et ils vinrent, en poussant d’affreux gémissements, en faisant retentir les airs de leurs lamentations, invoquer
l’intercession de Colomb auprès de son Dieu en leur faveur. Or, il n’y avait pour eux qu’un moyen de conjurer la vengeance céleste, c'était de s’engager à fournir des vivres aux Espagnols, et ils promirent de ne plus les en laisser manquer. Alors Colomb leur rromit, de son côté, d’intercéder pour eux; il s’enferraa dans sa chambre tout le temps que dura l'éclipse, et ne reparut devant les chefs des insulaires qu'au moment où la lune devait commencer à se dégager de l'ombre : « Soyez maintenant sans crainte, leur dit-il, Dieu a vu avec plaisir que vous êtes revenus à de meilleurs sentiments. Votre repentir vous a valu le pardon du passé, et ce pardon vous sera annoncé aussi par la lune, qui va reparaître à vos yeux dans son éclat accoutumé. » L’accomplissement de cette nouvelle prédiction fit une impression profonde sur l'esprit de ces insulaires, qui, pénétrés d’admiration pour le Dieu des Chrétiens, fournirent dès lors en abondance des vivres aux Espagnols.
Il y avait huit mois que Mendes et Fieschi étaient partis pour l’île Espagne :, et ni l’un ni l’autre n’avaient donné de leurs nouvelles à leurs compagnons rsstés à la Jamaïque ; ce silence n’autorisait que trop les plus tristes appréhensions sur le sort de ces deux hommes : persuadés qu'ils avaient péri, et désespérant d’êire secourus, les Espagnols qui n’avaient pas abandonné Colomb résolurent de se réunir aux révoltés, qui, errants dans l’île, y vivaient de rapines et de brigandage. Ils étaient à la veille d'exécuter leur projet, lorsqu'un petit navire européen vint mouiller à peu de distance de la côte. La surprise que causa aux derniers compagnons de Colomb l'apparition de ce bâtiment suspendit les préparatifs de leur désertion. Bientôt l'officier qui le
commandait descendit à terre, et, se rendant auprès de l’amival, lui remit de la part du gouverneur de l’île Espagnole une lettre, un baril de vin et quelques provisions qui consistaient principalement en lard; ensuite il rentra dans la chaloupe, regagna son vaisseau et reprit le chemin de Saint- Domingue. Colomb ne irouva dans la lettre d'Ovando que les compliments d’une politesse froide et banale.
L'apparition de ce navire, ainsi que son brusque départ, était une énigme pour les compagnons de l'amiral; en voici le mot. Le gouverneur de l'île Espagnole, Ovando, qui s'était déjà déshonoré par son infâme conduite à l'égard de Colomb, était resté fidèle à sx haine ialouse contre celui qu’il regardait comme un rival redoutable ; il tremblait à la seule idée de son retour en Espagne, parce qu'il savait que l'amiral réclamerait de nouveau la restitution de son titre et de ses fonctions de vice-roi des Indes occidentales, etqu’en obtenant justice, il ferait perdre au nouveau gouverneur cette viceroyauté, qui devenait de plus en plus importante.
IL tenait done beaucoup à avoir des renseignements positifs sur la situation réelle de Colomb, sur sa détresse, et l'envoi si tardif du navire sembla trahir les plus odieux calculs etles honteuses espérances qu'attachait Ovando, suivant l'opinion de plusieurs historiens, au message qu'il adressait à Colomb: s$ilfauten croire les suppositions d’autres écrivains, le gouverneur des Indes occidentales voulait seulement, et en dehors de toute spéculation personnelle, s'assurer de l’état véritable des choses, qu'il soupçonnait d’'exagération intéressée. |
Nous n'avons pas à discuter ici le mérite de ces opinions contradictoires: quelles que fussent les intentions d'Ovando.
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sa lettre n’en augmenta pas moins la perplexité de Colomb et ses inquiétudes sur le sort de ses compagnons. Toutefois il ne se laissa point abattre par ce nouveau coup; son premier soin fut de cacher à ceux qui l’entouraient la situation de plus en plus désespérée à laquelle il se croyait réduit ; il aflecta mème des espérances qui étaient bien loin de son cœur et il dit à ses compagnons, pour leur expliquer le départ du vaisseau , qu’il était trop petit pour les ramener tous à l’île Espagnole; que Mendes et Fieschi y étaient arrivés heureusement; qu'ils avaient ordre d'acheter à ses frais un plus grand navire qui allait bientôt arriver, et sur lequel ils pourraient enfin tous s’embarauer.
On à vu plus haut qu’en effet Mendes et Fieschi avaient abordé à l’île :’spagnole ; il nous reste à faire connaitre ce qui avait empêché ce dernier de revenir à la Jamaïque, ainsi qu'il l'avait promis.
Ni la fatigue d’une aussi pénible traversée, ni la fièvre qui le consumait depuis son séjour dans l’îlot rocheux où nous avons vu cet homme intrépide près de mourir de faim, n’au- ‘aient pu l'empêcher de dégager sa parole envers Colomb, et de venir lui apporter la nouvelle de son heureuse arrivée à l’île Espagnole ; mais ce fut en vain qu’il employa tour à tour les prières et les menaces pour déterminer ses compagnons à le suivre; aucun d’eux ne voulut s’exposer de nouveau aux périls d'un second voyage. Forcé de se rendre avec eux à Saint-Domingue, il joignit ses eflorts à ceux de Mendes afin de déterminer le gouverneur à leur vendre un
vaisseau pour aller chercher et ramener l'amiral avec ses compagnons d'infortune : Ovando éludait leur demande ou, S'il leur promettait d'y satisfaire , il trouvait toujours des
prétextes frivoles pour retarder l’accomplissement d'une promesse illusoire.
Cependant Colomb avait été impuissant contre la révolte ; son autorité était méconnue et, loin de rentrer dans le devoir, les rebelles poussèrent l'audace jusqu'à exiger que l'amiral mit à leur disposition la moitié des hardes et des autres effets quise trouvaient à bord des navires échoués ; ils menaçaient, en cas de refus, de venir chercher, les armes à la main, ce qu'ils demandaient. Colomb rejeta leur demande, et les révoltés se préparèrent à mettre leurs menaces à exécution.
Retenu par sa raaladie, Colomb se fit suppléer par son frère Barthélemy, qu'ilenvoya accompagné de tous ceux qui étaient en état de porter les armes contre les révoltés qui s'avançaient ; toutefois il avait prescrit à son frère d'essayer encore de les ramener par la douceur et de ne recourir à la voie des armes que s’il était attaqué. Barthélemy, pour se conformer aux ordres de l'amiral, adressa aux révoltés, dès qu'il fut près d’eux , des paroles de paix et de conciliation ; mais ceux-ci crurent que Barthélemy avait peur, et attribuant son langage à la faiblesse et à la pusillanimité, ils engagerent le combat. Six d’entre eux avaient fait le serment de réunir leurs eflorts contre un seul ennemi, de le poursuivre, de l’attaquer exclusivement et de ne cesser leur poursuite acharnée que lorsqu'ils l'auraient vu tomber sans vie à leurs pieds ; c'était Barthélemy ; mais ce digne frère de l'amiral se défendit avec intrépidité contre ses six adversaires , puis entraînant sur ses pas sa petite troupe, l’animant de son exemple, il se précipita sur les rebelles avec tant d’impétuosité qu'il les mit en pleine déroute ; on en tua
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CHRISTOPNE COLOMB. 171
quelques-uns, d'autres furent pris et le reste ne dut son salut qu’à la fuite. Au nombre des prisonniers que l'on con-
duisit enchaînés à bord du vaisseau, se trouvait le chef des révoltés, Porras, que le frère de Colomb avait désarmé de sa propre main, Mais les fuyards demandèrent bientôt grâce à l'amiral, dont ils connaissaient la générosité ; ils n’invoquèrent point en vain sa clémence et il leur pardonna. Ainsi grâce à la fermeté de Colomb, l'ordre et la tranquillité furent rétablis ; cependant il crut devoir sévir contre les auteurs de la révolte; ils restèrent prisonniers, en attendant que la
justice prononçât sur leur sort et leur infliget le châtiment qu'ils avaient mérité.
Pendant ce temps-là Mences et Fieschi poursuivaient de leurs sollicitations le gouverneur de l'île Espagnole, pour obtenir de lui l'autorisation d'acheter un navire destiné au service de Famiral. Leurs instances triomphèrent enfin du mauvais vouloir d'Ovando, qui leur accorda la permission
-qu'ils demandaient; il craignait sans doute la juste sévérité
de la corr, en prolongeant par ses refus la détresse de Colomb. Celui-ci vit enfin arriver à la Jamaïque le vaisseau qui avait été acheté pour lui; ils'y embarqua avec tout son monde pour Saint-Domingue et s'éloigna de l’île où, pendant une année entière, il avait eu tant à souffrir.
Ovando, fidèle à son système de perfidie à l'égard de l’amiral, avait donné des ordres pour que celui-ci fût reçu à Saint-Domingue avec tous les honneurs dus à son rang, à ses titres, à ses services ; mais, alors qu'il prodiguait à Colomb d'hypocrites hommages, il brisai’ les fers des c'iefs de la révolte, de ces hommes qui avaient osé tirer l'épée contre leurs frères, et que l'amiral voulait conduire en Espagne pour les faire traduire devant un tribunal. Non content de donner gain de cause à des criminels, il voulait effraver, punir même la fidélité des Espagnols qui avaient fait leur devoir auprès de l'amiral ; il les menaçait de soumett.e leur conduite à un sévère examen, comme S'il eût voulu les faire repentir d'avoir été fidèles à Colomb.
L'amiral méprisa ces nouvelles insultes ; toujours supérieur à ses ennemis par son dédain pour leurs outrages, il ue laissa pas voir au gouverneur de l'île Espagnole l'indignation que lui faisait éprouver une pareille conduite :
14 mais il se hâta de quitter un pays dont le ciel semblait avoir voulu lui faire expier la découverte par des malheurs et des le disgrâces de tout genre, et dès que les deux navires qu'il 1 avait frétés furent prêts, il fit voile pour l'Espagne le 12 ul | septembre 1504.
lu ni Le sort, qui l'avait presque continuellement poursuivi deni k puis le moment où il avait commencé l'exécution de ses lé grandes entreprises, ne lui laissa pas achever tranquilleis ment scn dernier voyage. À peine s’était-il éloigné de l'île u Espagnole que le vaisseau qu'il montait fut assailli par de n violentes tempêtes et tellement endommagé, que l'amiral fut - lorcé de le renvoyer à l’île Espagnole; l’autre ne fut guère | moins maltraité : ovtre des avaries considérables qui le - Ù mettaient hors d'état de résister aux fatigues d’une longue u G navigation, il avait perdu son grand mât et son mât de y, | misaine. Colomb n’en poursuivit pas moins sa route, et avec à ce navire à demi brisé, il franchit un espace de six à S sept cents lieues marines. Enfin échappé aux plus grands e périls, il jeta l'ancre dans le port de San-Lucar, en Andan lousie.
n Mais ce n'est pas encore là le terme de ses adversités ; it à peine at-il débarqué qu'il apprend la mort d'Isabelle , it reine de Castille, arrivée à Médina del Campo le 9 de no-
vembre : cette princesse était son unique protectrice, et en la perdant, il doit renoncer à l'espoir d'obtenir la répara-
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lion de toutes les injustices dont le gouvernement espagnol s'est rendu coupable envers lui. Que peut-il attendre d'un monarque ombrageux, étranger aux grandes pensées, in-
- sensible aux grandes choses, et dont la mauvaise volonté avait loujours contrarié les projets de Colomb?
Toutefois, il se rendit à la cour dès que sa santé le lui permit, après quelques mois de repos à Séville ; il voulait faire au roi Ferdinand un rapport sur son dernier voyage. Accompagné de son frère Barthélemy, il arriva à Ségovie, où la cour était alors, Dans une audience particulière du roi, qui les reçut tout deux avec froideur, quoiqu'il promit de leur rendre justice, Colomb lui rappela dans un touchant récit ses glorieux services; mais les promesses de Ferdinand étaient loin d'être sincéres et Colomb en réclama, en attendit en vain l'exécution. Enfin, fatigué des plaintes et des réclamations de l'amiral, le roi fit proposer à Colomb de renoncer à tous ses priviléges, en lui offrant en compensation des terres dans la Castille; il détacha effectivement du domaine de la couronne une petite ville appelée Canoni de los Condes ; il y ajouta quelques pensions. Tel fut le prix des travaux accomplis par Colomb pour la gloire de l'Espagne et du nouveau monde qu'il lui avait donné.
Il ne survécut pas longtemps à sa protectrice, là reine Isabelle ; l'ingratitude de Ferdinand hâta la fin de son existence ; Il mourut à soixante-dix ans, le 20 mai 1506, jour de l’Ascension ; il se trouvait alors à Valladolid, d'où son corps fut porté au monastère des chartreux de Séville, et dans la suite à l’île Espagnole, pour ètre inhumé dans la grande chapelle de l'église cathédrale de Saint-Domingue ; là ses dépouilles mortelles ont reposé pendant plus de trois siècles. Après la cession de la partie espagnole de Saint- Domingue, elles ont été transférées dans l'île de Cuba et attendent encore à la Havane un monument digne du grand nom de Christophe Colomb.
I'avait eu d'un premier mariage don Diègue, quihérita de
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