‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique [microforme]Chapitre 29 sur 76 · RS · texte numérisé non relu

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quérent; en les voyant prèts à s'éloigner, ceux qui jusqu'alors étaient restés fidèles à Colomb s'abandonnèrent à un

profond désespoir ; ils enviaient le sort de leurs frères, qui. à leurs yeux, étaient des prisonniers qui brisaient leurs fers ; aussi la plupart de ces hommes ne purent-ils résister à cette épreuve de leur fidélité; ils demandèrent à ètre reçus dans les canots , où l’on s'empressa de les accueillir.

Ainsi réduit au rôle de spectateurs de ces tristes scènes, Colomb et son frère Barthélemy ne conservèrent auprès d'eux que quelques domestiques et des malades qui n'avaient pas eu la force de suivre les révoltés ; l'amiral voulut remercier ces hommes qui ne l'avaient pas abandonné, et, les ayant réunis autour de son lit, il leur témoigna sa gratitude dans une allocution touchante; il les exhorta à persévérer dans les nobles sentiments dont ils seraient bientôt récompensés par la fin de leurs souffrances.

Pendant ce temps-là les révoltés se dirigeaient vers la pointe orientale de l’île pour se rendre à Saint-Domingue ; ils descendirent plusieurs fois à terre et commirent des excès de toute espèce, volant et maltraitant les habitants des lieux où ils débai quaient ; ils enlevèrent même quelques-uns de ces insulaires, qu’ils forcèrent à faire le service de rameurs sur les canots, À peine avaient-ils fait quatre lieues qu'il s'éleva un vent violent; leurs misérables embarcations se remplirent d'eau, et, craignant à chaque instant d'être submergés, ils résolurent, pour alléger les canots, de tuer les Indiens et de jeter leurs cadavres dans la mer.

Cet horrible projet fut mis à exécution par les Espagnols ; plusieurs Indiens étaient déjà tombés sous le fer de leurs assassins, quand les autres, pour échapper à la mort, se précipitèrent dans les flots. Ces malheureux nageaient près des canots en implorant la pitié des Espagnols ; mais quand,

près de succomber à la fatigue, ils cherchaient à se cramponner au bord des canots pour se reposer un moment, les bourreaux leur coupaient les mains et les faisaient tomber à la mer, où ils étaient aussitôt engloutis. Dix-sept Indiens périrent ainsi, et les autres auraient partagé leur sortaffreux, siles Espagnols, reconnaissant qu'il leur était impossible de poursuivre leur route, ne s'étaient déterminés à retourner à la Jamaïque.

Tandis que ces hommes féroces signalaient leur courte navigation par le vol et l'assassinat, Colomb, dont l’adversité ne put jamais ébranler le courage , oubliait ses propres souffrances pour donner ses soins à ceux de ses compagnons qui étaient malades; veillant sur eux avec une sollicitude toute paternelle , il eut le bonheur de voir leur guérison complète, qui fut, en grande partie, son ouvrage ; mais de nouvelles difficultés qu'il n'avait pu prévoir allaient encore augmenter les périls de sa position, déjà si critique.

Jusque-là, les Indiens s'étaient montrés fort empressés à fournir des provisions aux Espagnols ; mais la continuation d'un séjour qui paraissait devoir se prolonger indéfiniment à la Jamaïque, commençait à inspirer des inquiétudes sérieuses à ces insulaires, qui craignaient que ces étrangers, en consommant toutes les productions du pays, ne finissent par l'épuiser et réduire les habitants à une affreuse disette. Cette crainte, fortifiée par le souvenir des excès qu'ils avaient eus à subir de la part des révoltés, les détermina à suspendre tout à coup l’approvisionnement des vaisseaux ; ils cessèrent donc d'apporter des vivres aux Espagnols, qui se virent menacés de la famine.

Colomb trouva dans ses connaissances astronomiques el

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