‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique [microforme]Chapitre 32 sur 76 · LAPS · texte numérisé non relu

LAPS

visage long, le nez aquilin, les yeux bleus et vifs et le teint blanc. Dans sa jeunesse ses cheveux étaient presque blonds, mais les fatigues et les chagrins les avaient fait blanchir avant le temps. Il avait d'ailleurs le corps bien constitué et joignait l'agilité à la vigueur. Il était d’un abord facile et prévenant, de mœurs douces et aisées, Affable avec les étrangers, humain énvers ses domestiques, il charmait ses amis par son enjouement et par l’inaltérable égalité de sun humeur.

Les événements dont nous avons offert le récit témoignent de la grandeur et de la force de son âme, de la merveilleuse facilité avec laquelle il savait trouver des ressources, et de sa fermeté inébranlable devant les périls, 11 avait passé les deux tiers de sa vie dans une position qui ne l'élevait pas au-dessus de la médiocrité ; cependant à peine eut-il changé de condition, qu’il prit sans effort et comme averti par un instinct naturel, des manières pleines de noblesse et de diynité; en un mot, il sembla né pour commander. Possédant à un degré supérieur le ton et l’éloquence, qui fortifient l'autorité et imposent l’obéissance, il parlait peu mais avec une grâce qui n’excluait pas l'énergie. Modeste dans son habillement, sobre, animé d’un zèle ardent mais éclairé pour le bien public et pour la religion, il avait une piété sincère, une probité à laquelle ses ennemis eux-mêmes rendaient hommage, un esprit orné par l’étude des sciences auxquelles il s'était appliqué avec succès à l'université de Padoue ; il faisait même des vers.

Si Colomb eut des qualités éminentes, il eut aussi quelques défauts : élevé tout d'un coup de l’état de simple pilote à de si hautes fonctions, il y porta une défiance qui le ren-

dit trop susceptible dans l'exercice de son autorité; une jalousie excessive lui fit faire des fautes et lui suscita bien des ennemis; il était naturellement porté à la colère, mais du moins il savait la maîtriser ; il oublia trop souvent que le hasard l'avait jeté au milieu d’une nation dont la fierté avait besoin d’être ménagée, respectée mème dans ses écarts; peut-être n’avait-il pas assez étudié le caractère espagnol, et avec un peu plus d'adresse il serait parvenu à se faire pardonner sa gloire et son titre d’étranger. Cependant les historiens de l'Espagne ont été unanimes dans leur jugemeu sur Colomb; pas un d'eux n’a contesté la supériorité de son génie, ni ses vertus ni ses droits à l’éternelle reconnaissance de la nation espagnole. Oviédo, s'adressant à Charles-Quint, lui dit que Colomb avait mérité qu'on lui élevât une statue d’or. Herrera le compare à ces héros dont les hauts faits ont si dignement inspiré les plus grands poëtes , et que l'antiquité profane plaça dans l'Olympe, à côté de ses dieux.

Nous avons dit que Colomb faisait des vers; la richesse des descriptions qu’il a tracées dans ses relations prouve qu’il avait un talent réel pour la poésie; dominé , égaré par son imagination enthousiaste, il crut avoir retrouvé sur la côte de Paria le paradis terrestre, dans les mines de Saint- Domingue celles d’Ophir, et la Chersonèse d’or sur la côte de Vérsgua. Chose étrange! jusqu’au dernier moment de son existence, il ignora l'importance incalculable de ses découvertes. croyait avoir seulement ouvert une voie nouvelle au commerce et découvert quelques-unes des contrées sauvages de l'Orient. C’est cette idée qui lui suggéra les plus étranges suppositions.

Maintenant il faut que nous reportions nos regards sur l'ile Espagnole, et que nous jugions l'administration d'Ovando.

Les Espagnols qui s'étaient établis dans l'île n'avaient qu'à se louer de la manière dont le gouverneur remplissait ses importantes fonctions. La colonie lui dut des règlements fort sages et le rétablissemeut complet de la concorde et de la tranquillité. Dirigeant avec habileté l'exploitation des mines, il en tira des trésors qu’il envoya à son souverain ; mais tout en s’enrichissant lui-même, il n'oublia pas ses compagnons. Îl rendit un service signalé à la colonie et à

l'Europe. en introduisant dans les Indes aceidentales la cul-

Page 1