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ture des cannes à sucre, dont il fit venir le plant des Canaries. Mais ce même homme, qui administrait la colonie avec habileté, révoltait humanité par sa conduite à l'égard des pauvres Indiens.
I ne lui suflit pas d’avoir asservi la population indigène de l'île, de l'avoir condamnée aux travaux les plus durs, et de l’écraser d'impôts exorbitants, il la considéra bientôt comme un troupeau de bestiaux dont il lui était permis de disposer suivant son caprice. Pour satisfaire l’avidité de ses compagnons, il donna à l’un vingt de ces Indiens, cinquante à un autre, cent à un troisième, à peu près comme en Europe un propriétaire opulent distribue des moutons ou des pores à ses fermiers; en outre, il autorisa les donataires à employer, à traiter, comme bon leur semblerait, ces malheureuses créatures.
De ce moment, ce peuple faible et bon eut à subir des traitements si barbares de la part de ses maîtres impitoyables, que la plupart des indigènes succombèrent à l'excès de leur misère et de leurs fatigues. Le désespoir en fit périr beaucoup d'autres qui, prenant leur existence en horreur, y mirent un terme par le suicide. Lorsque Colomb découvrit ce pays, il estima le nombre des habitants à un million ; moins de quinze ans, on n'y comptait plus que soixante miile indigènes. Ainsi, dans ce court espace de temps, la cruauté des Espagnols fit périr neuf cent quarante mille personnes.
Cependant, il y avait encore dans l'île une province étendue et fertile qui n'était pas soumise entierement à la domination des Espagnols, quoiqu'elle fût lenr tributaire: elle était gouvernée par une reine nommée Anacoana, amie
des hommes blancs, et qui montrait beaucoup d'empressew: à payer le tribut auquel la province avait été taxée par Ovando.
Malheureusement pour cette province e! pour sa reine, quelques-uns des anciens complices de Xoldan s’y étaient établis. Anacoana et ses sujets avaient toujours témoigné beaucoup de bienveillance pour ces misérables qui, de temps en temps, répondaient à ces bons traitements par des actes de violence et des rapines. Enfin ils mirent le comble à leur insolence et forcèrent la reine à user contre eux des moyens d'une juste rigueur pour réprimer leurs excès. Comme ils avaient compté sur l'impunité, la fermeté de la reine les irrita, et ils conçurent le projet d'une horrible vengeance; iis jurèerent la perte de ce peuple qui leur avait prodigué tous les soins, tous les égards d’une généreuse hospitalité.
Ils dénoncèrent à Ovando la reine Anacoana et ses sujets comme prèts à se révolter pour se soustraire à la dominalion espagnole, et engagèrent le gouverneur à prévenir l'exécution de ce complot en s’assurant de la personne de la reine, eten s'emparant de ses biens ainsi que de son royaume,
Ovando était trop adroit pour re point pénétrer les intentions des dénonciateurs; il ne pouvait ètre trompé par une accusation dont il appreciait l'injustice, et admettre mème la possibilité d'ur pareil complot; mais il fit semblant de prendre au sérieux la dénonciation et de croire à un péril imminent, On lui offrait une occasion et un prétexte pour mettre ls main sur les biens de la reine, biens qu'il convoitait depuis longtemps, et il résolut d'agir comme si on lui avait dit la vérité.
Toutefois, la reine disposait de forces considérables qu'il n’eût pas été prudent de mépriser. Sa domination s'étendait sur un pays vaste et très-peuplé. Les historiens contemporains assurent qu'Anacoana avait {rois cents caciques pour vassaux, et qu'ils étaient obligés de lui fournir chacun leur contingent de troupes auxiliaires, toutes les fois qu'elle réclamerait leur appui. Ovando ne l’ignorait pas; aussi, n'osant déclarer la guerre à la reine Anacoana ni affronter les périls d’hostilités ouvertes contre un ennemi aussi puissant, il prit le parti le plus sûr, mais le plus ‘honteux : il eut recours à la trahison, et pour assurer le succès du guetapens infâme qu'il méditait, il fit prévenir la reine qu'il allait se rendre auprès d'elle, afin de resserrer les liens de l'amitié qui unissait les deux peuples, et qu'il serait accompagné d’un cortége nombreux pour rendre un plus digne hommage à la puissance de la souveraine. Aussitôt il se mit en route, suivi de trois cents fantassins et de soixante-dix cavaliers. Anacoana était sans défiance; elle regarda comme une fête la visite que lui faisaient ces étrangers pour lesquels elle avait une affection sincère, et, voulant donner à la réception qu’elle voulait leur fair? le caractère d’un solennité royale , elle convoqua tous ses vassaux. Ils s'empressèrent de répondre à son appel, et ce fut avec cette suite brillante avelie marcha au-devant du gouverneur.
Lès que le traître à paru, la reine donne le signal des chants et des danses, et conduit le gouverneur à la résisidence royale. Là, sa bonté naturelle devient ingénieuse pour rendre ce séjour agréable au chef espagnol; elle mul-
tiplie les jeux et les divertissements en usage chez ce peuple, el l'ailégresse des Indiens seconde les intentions de leur
souveraine. Ovando se montre très-satisfait de cet accueil, il ne sait comment témoigner sa reconnaissance à la princesse, et lui demande l4 permission de lui offrir, ainsi qu’à toute sa cour , le spectacle , tout nouveau pour elles, d’un divertissement européen. Ovando savait bien qu’il n’essuierait pas un refus. Le lendemain la cour s'assemble, et la curiosité fait accourir au spectacle promis une foule d'Indiens. Alors le gouverneur prétexte la nécessité de donner des ordres pour l'exécution du divertissement et quitte la salle où se pressaient de nombreux spectateurs.
Bientôt on le voit reparaître à la tête de sa cavalerie, précédée de fantassins qui se placent successivement à toutes les avenues de la place où le divertissement doit s’exécuter'; il se dirige lui-même avec ses cavaliers vers une salle spacieuse dont le toit est soutenu par un grand nombre de colonnes; là est réunie toute la cour, sous les yeux d'Anacoana. Pleins de sécurité, les Indiens s'extasient devant la beauté de ce spectacle militaire. Tout à coup, Ovando porte la main à Sa croix; à ce signal convenu, les soldats tirent leurs épées et se précipitent sur les Indiens épouvantés qu'ils massacrent, sans distinction d'âge et de sexe. Des flots de sang inondent la salle; les cris des mourants se méèlent aux clameurs des assassins qui s'encouragent pour accomplir leur œuvre épouvantable; la reine est arrêtée , chargée de fers; on attache les caciques aux colonnes. Ovando ordonne qu'on mette le feu à l'édifice, qui écrase sous ses débris toutes les victimes déjà à demi consumées par les flammes.
L'infortunée Anacoana survivait à tant de malheureux qu'elle avait vus périr, et dont elle avait entendu les der-
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CHRISTOPHE COLOMB. 185 niers cris; mais elle était encore plus à plaindre qu'eux; trop heureuse si elle avait pu partager leur sort, du moins elle n'aurait pas vu se prolonger son supplice par la dérision d’une justice sanguinaire. Ses bourreaux la traînent à Saint-Domingue ; là on instruit son procès, et l'on cherche en vain la preuve du prétendu crime dont on l’accuse; on ne peut la convaincre que d’attachement , de dévouement sincère aux Espagnols, à ceux-là mêmes qui avaient reconnu ses bontés par leur perfidie, et dont ia déposition seule suffit pour arracher à des juges infâmes l'arrêt prononcé contre celte malheureuse reine ; elle est condamnée à être pendue, et cette exécra’ le sentence est exécutée devant les Espagnols, qui n'avaient pas attendu sa mort pour s'emparer de ses États.
Le supplice d'Anacoana effraya le reste de la population indienne ; dès lors ils n’osèrent plus faire de tentatives pour se soustraire à l'oppression. La reine Isabelle avait toujours recommandé qu’on traitàt son nouveau peuple avec humanité, avec douceur; tant qu'elle vécut, les tyrans gardèrent quelque mesure; mais sa mort fut, en quelque sorte, le signal de tous les excès, de toutes les violences; il n’y eut plus de pouvoir protecteur qui s’interposât entre l'oppresseur et l'opprimé, entre le tyran et la victime livrée à la merci de sa cupidité sanguinaire. À la vérité, un digne prêtre catholique, un honime dont on ne doit prononcer le nom qu'avec respect, Barthélemy de Las Casas, osa prendre la défense de ces peuples infortunés; consacrant sa vie à cette
sainte mission, à ce sublime ministère d'humanité, il implora sans cesse, tantôt en Espagne, tantôt dans les Indes occidentales , la pitié en faveur des malheureux Indiens.
Jusqu'à son dernier soupir , il plaida courageusement cette noble cause; mais hélas! la voix d’un seul homme était impuissante contre les eflorts conjurés, contre la ligue des oppresseurs qui opposaient pour uniques arguments aux meilleures raisons de Las Casas les lingots d'or qu'ils envoyaient à la cour d'Espagne.
La population indienne diminua dans une proportion si eflrayante à l'île Espagnole , qu'il ne se trouva plus assez d'indigènes pour l'exploitation des mines. Alors Ovando proposa au roi de repeupler l'île, en y transportant les habitants desiles Lucayes que Colomb découvrit à son dernier voyage. Son but, disait-il dans le mémoire qu'il adressa au monarque, était de les instruire plus facilement dans la religion chrétienne. Ce pieux prétexte fit agréer sa proposition ; mais l'exécution du projet formé par Ovando présentait plus d'une difficulté et il avait à redouter la résistance des Indiens attachés au sol de la patrie ; il eut recours à une ruse pour faire tomber sisément dans le piége un peuple faible et crédule.
Il fit équiper avec la plus grande célérité quelques navires qui firent voile pour les Lucayes. Lorsque les députés d'Ovando, auxquels la langue des îles était déjà familière, eurent débarqué, ils adressèrent aux habitants ce grossier mensonge, sous la forme d'une allocution : « Bonnes gens, leur dirent-ils, nous venons vous annoncer une heureuse nouvelle ; nous arrivons du pays des bienheureux, habité par vos ancêtres, et où leur vie s'écoule au milieu d’ineffables délices, au sein d’une félicité qu'on ne saurait dépeindre. Ils vous prient d'y venir le plus tôt possible ; ils vous y attendent pour partager avec vous leur bonheur :
convaincus que vous vous rendrez avec empressement à leur invitation, nous vous offrons de vous y conduire sur nos vaisseaux, »
À peine ces imposteurs effrontés eurent-ils cessé de parler, que les habitants, trop simples pour soupçonner la trahison dont ils allaient ètre victimes, coururent au rivage et demandérent à être embarqués sur les navires, pour aller se réunir aux objets de leur ffection et de leur respect : plus de quarante mille de ces malheureux furent reçus à bord des navires, et l'on reprit le chemin de l’île Espagnole.
Dès qu'ils furent arrivés dans cette île, ils reconnurent qu'ils avaient été indignement trompés; la plupart moururent de chagrin; d’autres s’exposèrent aux plus grands dangers pour retourner dans leur patrie, pour échapper à la servitude. Quelques-uns furent rencontrés par un navire en pleine mer, à plus de cinquante lieues de l’Espagnole ; ces malheureux étaient assis sur un tronc d'arbre qui les soutenait au-dessus des flots, et s’efforçaient de regagner leur pays à force de rames. Ils avaient pour unique provision des calebasses remplies d’eau douce, attachées au tronc qui leur servait de nacelle, Ils furent ramenés à l'Espagnole et forcés de reprendre leurs fers. Enfin la ruse, qui ne pouvait plus réussir, fit place à la violence : on enleva de force les habitants de ces îles très-peuplées, et quelques années suffirent aux Espagnols pour y faire succéder au mouvement d’une population nombreuse le silence du désert, le calme du tombeau!
Le vertueux Las Casas s'était épuisé en eflorts inutiles pour sauver les malheureux dont il avait embrassé la dé-
lense, Mais, égaré par son zèle pour l'affranchissement de 2i
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ses protégés, de ses amis d'Amérique, il eut recours à un moyen qui devait causer la destruction d'une autre espèce d'hommes. Il donna le conseil d'acheter, sur la côte d’Afrique, des nègres qui, plus robustes que les Américains, supporteraient mieux les pénibles travaux des mines. Le gouvernement espagnol suivit ce conseil : telle fut l'origine de ce commerce barbare d'esclaves, de ce trafic infâme qui, pendant plusieurs siècles, a coûté, chaque année, la liberté et mème la vie à plus de quarante mille noirs, et que, de nos jours, nous voyons encore résister aux efforts de plusieurs grandes nations de l’Europe, liguées pour le détruire. Quant aux pauvres Américains, leur sort ne fut pas adouci ; ils continuérent à souflrir, car ils restérent esclaves !
Cependant le moment approchait où le rappel d'Ovando allait mettre un terme à l'administration de cet homme qui avait fait tant de mal aux Colomb. Don Diègue, l'aîné des fils de l'amiral, demanda avec de vives instances, après la mort de ce grand homme , l'exécution du contrat qui avait été passé entre le roi et lui ; il réclama le titre et les fonctions de vice-roi des Indes occidentales, au nom de l'acte solennel qui en assurait à perpétuité la possession dans la famille de Christophe Colomb. Mais Ferdinand, fidèle à ce système de défiance et de déloyauté dont l'amiral se plaignait avec tant d'amertume et qui précipita la fin de son existence, ne fut pas plus juste envers le fils qu'il ne lavait été envers le père. I n'eut posat égard aux réclamations de don Diègue, aux représentations qu'on lui fit dans l'intérêt de ce dernier ; il persista dans un refus qui devait être une tache à sa mémoire.
Indigné de ce déni de justice et confiant dans son droit.
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don Diègue ne craignit pas de faire assigner le roi devant le tribunal établi pour connaître de toutes les affaires de l'Amérique; les juges s’honorèrent par leur impartialité courageuse, en condamnant le monarque et en déclarant qu’il devait remplir à l'égard de don Diègue les promesses qui avaient été faites à son père. Cependant Ferdinand aurait sans doute bravé cette décision, et don Diègue eût encore vu ses réclamations repoussées par le roi, s’il n’avait trouvé une protection puissante à la cour, en obtenant la main de la fille d’un des premiers seigneurs du royauine ; elle était nièce du duc d'Albe, qui souscrivit sans difficulté à son union avec un personnage que l'arrêt du tribunal avait investi de la plus haute dignité de la monarchie espagnole. Le crédit de cette famille illustre et ses pressantes sollicitations triomphèrent enfin du mauvais vouloir de Ferdinand, quise décida à faire droit à la demande de don Diègue : il rappela Ovando, et toute la famille de Colomb s’embarqua pour l’île Espagnole. Don Diègue était accompagné de son frère, de ses oncles, de son épouse et de beaucoup d’Espagnols de distinction. Il avait un train dont la magnificence répondait à l'importance des fonctions qu’il allait exercer en Amérique ; ilse montra , à l’île Espagnole, digne du nom de son père, digne de la nation qu’il y représentai. Grâce à son administration, la colonie devint, en fort peu de temps, très-florissante; parmi les familles illustres qui occupent encore aujourd’hui une position brillante dans l'Amérique espagnole, il en est plusieurs qui descendent des compagnons de don Diègue.
Nous devons à présent faire connaître l'accroissement
successif des possessions des Espagnols dans ces contrées.
Déjà, à l'époque où Ovando gouvernait l'île Espagnole , un certain Jean Ponce avait sollicité et obtenu de ce gouverneur la permission d'établir une colonie dans l'île de Porto-Rico, que Colomb avait découverte, On croyait généralement que cette île renfermait beaucoup d'or : aussi un grand nombre d'aventuriers, séduits par la perspective d'une brillante et prompte fortune, se joignirent-ils à Ponce, qui, en débarquant à Porto-Rico, n'eut qu'à se louer de l'accueil des habitants ; ceux-ci égalaient en douceur et en humanité les Indiens de l'île Espagnole, et, pénétrés d'un saint respect pour les étrangers blancs qui venaient les visiter, ils virent en eux des êtres célestes. Pour donner au chef espagnol un gage d'étroite alliance et d’éternelle amitié, un cacique, suivant l'usage des Indiens, prit le nom de Jean Ponce Aqueynoba.
Mais les Indiens ne tardèrent pas à être désabusés sur le compte de ceux qu'ils avaient pris d'abord pour des dieux; rar ceux-ci, jetant bientôt le masque hypocrite qu'ils avaient emprunté pour mieux tromper les crédules indigènes, agirent à leur égard avec tant de cruauté, qu'il eût été bien difficile de voir en eux mème des hommes. Néanmoins les chefs indiens voulurent s'assurer si les étrangers blancs étaient d'une nature mortelle, Déterminés à le vérifier par une expérience sur un d'eux, ils attendirent et trouvèrent enfin une occasion favorable à l'exécution de leur dessein.
Un jeune Espagnol qui s'était avancé avec sécurité dans l'intérieur de l'île pour la visiter, entra à l'approche de la nuit chez un cacique, et lui demanda l'hospitalité ; le cacique l'accueillit avec beaucoup de bienveillance et le fit
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sur le IEUX; qu'ils indil'eût éangers éri- It el n de
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CIRISTOPHE COLOMB. 181 asseoir à sa table. Le lendemain, il le fit accompagner de quelques hommes qui devaient porter ses hardes et lui servir de guides; mais le cacique leur avait donné des ordres secrets sur la conduite qu'ils avaient à tenir à l'égard de cet
étranger,
Ils arrivérent au bord d'une riviere; un des Indiens offrit à l'Espagnol de la lui faire traverser en le plaçant sur ses épaules; l'Espagnol accepta cette proposition ; mais quand l'indien fut parvenu au milieu de la rivière, il se laissa tomber de telle sorte que le jeune étranger fut sous lui, et, appelant à son aide les autres Indiens, il le maintint au fond
RTE
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ne etats 0e re dpt, PMR. 26 7
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de l'eau jusqu'à ce qu'il ne donnât plus aucun signe de vie; alors ils amenèrent le corps sur la rive.
Mais chez ces hommes simples, la puissance du préjugé qui les faisait croire à l'immortalité des Espagnols était telle qu'ils ne purent se persuader que le noyé fût mort; redoutant sa vengeance, ils lui demanderent pardon de l'accident qui lui avait fait boire tant d'eau, et protestèrent de leur innocence en lui assurant qu'il leur avait été impossible d'aller plus vite à son secours. Ils restèrent trois jours auprès du cadavre, le suppliant sans cesse de leur pardonner, tant ils craignaient qu'il ne ressuscitt. Enfin, convaincus par la mauvaise odeur que le corps eshalait qu'il était réellement privé de vie, ils accoururent vers le cacique pour lui annoncer qu'on pouvait faire mourir les hommes blancs.
Le cacique s'empressa de faire part de cette heureuse découverte aux autres caciques, et ils jurèrent d'exterminer tous les Espagnols; mais entre un peuple faible, nu, et armé de flèches impuissantes, et des soldats exercés ayant des épées, des armes à feu, des chevaux et de gros dogues, la lutte ne pouvait être longue, et les Indiens devaient promptement succomer. Îs surprirent, ilest vrai, les Espagnols par une attaque inopinée, et massacrèérent une centaine de ces étrangers dispersés dans l'île; mais les Espagnols prirent bientôt leur revanche, qui fut terrible, eCtirent payer cher aux Indiens leur audace. Ponce réunit tous ses compagnons, qui étaient pour la plupart des vétérans de Parmée espagnole; il poursuivit, il traqua les Indiens dans leurs retraites, et ceux qui échappèrent au fer de leur ennemi n'échappèrent pas à la captivité, Pendant qu'il faisait aux
habitants cette guerre d'extermination, it reçut de File Es-