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suite et tous les Mexicains qui se trouvaient dans le camp des Espagnols.
Le départ de Teutile et la fuite de tous les habitants, qui jusqu'alors avaient abondamment pourvu de vivres le camp des Espagnols, plongèrent Cortez et ses compagnons dans une consternation profonde ; ils comprenaient quelles graves conséquences devait avoir pour eux cet éloignement simultané, et ils se voyaient déjà en proie à la famine. Bientôt, le découragement devint général, et les mécontents le mirent à profit pour essayer de faire retourner Cortez à Cuba, en l'accusant, auprès des soldats, de les mencr à leur perte, et de vouloir les sacrifier à son ambition téméraire,
Le général, aussi prudent, aussi rusé que brave, voulut connaitre les dispositions du plus grand nombre de ses soldats; ses confidents, qu'il chargea du soin de les interrover, dissipèrent les craintes que lui avaient fait d'abord concevoir les intrigues et les suggestions perfides des partisans secrets de Velasquez, Comptant désormais sur le dévouement de presque tous ses compagnons , il réunit les promoteurs d'insurrection, et se présenta devant eux sans témoigner le moindre mécontentement à la vue de ses ennemis, que la sérénité de son visage rassura complétement. Alors, il les consulta sur le parti que les circonstances prescrivaient de prendre, et les invita à lui faire connaître leur opinion. Ceux-ci se crurent autorisés à dire à Cortez ce qu'ils pensaient, et tous furent d'avis qu'il fallait se rembarquer immédiatement.
Cortez les avait écoutés avec beaucoup de calme il leur
répondit ausst tranquillement qu'ilne partageait pas leur
CORTEZ. 957 opinion sur les périls dont ils s’effrayaient si fort, et que leur terreur exagérait beaucoup; que toutefois il ne prétendait nullement les contraindre à l'accompagner, ni s’opposer à leur désir.
Aussitôt, par son ordre, on annonce dans le camp le prochain rembarquement des troupes; on invite les soldats à s'y préparer. À celte nouvelle, les Espagnols, qui, depuis qu'ils avaient posé le pied sur cette terre, repaissaient leur avidite des plus brillantes espérances , furent saisis d’un douloureux étonnement; ils étaient donc obligés de renoncer à ces rèves de trésors, à cet avenir de conquêtes et de gloire que Cortez avait promis à leur ambition ! Ils allaient
donc retourner honteusement, sans avoir reçu le plus fai-
ulut ble dédommagement des fatigues qu'ils avaient déjà essol- suyées, des périls au milieu desquels ils avaient hasardé LrO- leur existence, à l'endroit d’où ils étaient partis, accompa- ‘on- gnés des plus heureux présages et des encouragements de ti la multitude ! Non, ils désobéiront à leur général; ils ne se dé- soumettront pas à un ordre qui le déshonore; et partout, les dans le camp, l’indignation des soldats s'exhaleen murmures sans violents, en menaces mème contre Cortez.
en C'était ce qu'il voulait; la colère de ses soldats servait ent. ses projets; il voulut les animer davantage, et ses aflidés pre allèrent, par son ordre, accuser avec force la conduite de leur leur général, en insinuant que la peur seule le déterminait à 2 ce renoncer à son entreprise. Cette manœuvre très-adroite bar- | provoqua un grand tumulte dans le camp, et les soldats
exigerentdune commune voix que Cortez ab:ndonnât lecomleur: mandement d'une troupe qu'iltrahissait, etqu'il partit pour leur Cuba, Cortez n'attendait que ce moment pour se montrer,
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LL parut, et témoigna aussitôt une vive surprise à la vue de ce désordre; mais alors les vociférations éclatèrent. Les soldats, furieux, se pressaient autour de leur général pour lui reprocher la pusillanimité de son doute sur le succes d'une entreprise dont l'Espagne attendait tant de gloire et des résultats si avantageux: ils lui déclarèrent que, quant à eux, ils sauraient bien se choisir un chef plus digne de les commander, et, qu'avec lui, ils atteindraient le noble but de leurs travaux et de leurs efforts.
Une telle conduite, un pareil langage, étaient de graves atteintes à la discipline militaire, Cependant , Cortez était au comble de ses vœux en s'entendant, en se voyant attaquer avec tant de violence; mais cette comédie n'était pas encore terminée, et il en avait préparé le dénoûment.
I répondit qu'il n'aurait jamais songé à renoncer à une entreprise glorieuse dont le succès ne lui avait jamais paru douteux; mais qu'on l'avait averti du découragement de l'armée, et qu'il avait dû céder à une nécessité impérieuse, en donnant le signal d’un départ qui était demandé par tous les soldats ; que c'était en gémissant qu'il avait pris cette résolution si contraire à ses vœux et à ses espérances. Î fut interrompu par ses soldats, qui s'écrièrent qu'il avait été indignement trompé; qu'un petit nombre de poltrons avaient calomnié l'armée, en parlant en son nom ; que, loin d'être complices de leur Rcheté, la plupart des soldats de Cortez étaient prèts à le suivre partout où il voudrait les conduire, et que , sous un tel chef, ils braveraient les plus grands périls et la mort.
Le général espagnol remereia ses soldats de Favoir dé-
trompé sur leur compte: illes félicita de leur constance, et
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leur annonça qu'il allait faire toutes les dispositions pour former un établissement dans l'endroit où ils se trouvaient, et pour pénétrer ensuite au centre de l'empire, dont le souverain prétendait insolemment les forcer à quitter ces rivages. Des cris de joie accueillirent ces paroles, qui avaient électrisé le soldat espagnol.
Cependant, Cortez voulut profiter d'une circonstance aussi favorable pour faire légitimer son commandement ; ‘ar son autorité pouvait être discutée et gravement compromise, depuis que Velasquez avait révoqué les pouvoirs qu'il lui avait confiés.
Comme il se proposait de fonder une colonie, il créa pour elle une cour de justice, qu’il eut soin de composer d’hommes dévoués à ses intérèts. Lorsiue cette cour fut établie, et que le général y eut installé les nouveaux magistrats, il se présenta devant eux, ayant à la main son bâton de commandant; et affectant un profond respesët pour la cour, il lui adressa le discours suivant :
« À compter de ce jour, messieurs, je vous regarde comme les représentants et les délégués de notre auguste souverain; vos jugements auront donc toujours à mes yeux l'autorité des plus saintes lois. Sans doute, vous êtes pénétrés de la nécessité, pour notre armée, d'avoir à sa tête un général dont le pouvoir ne soit pas surbordonné au caprice du soldat; or, mon autorité est, en quelque sorte, à la merci de son inconstance. Depuis que le gouverneur de Cuba nr'a retiré les fonctions dont il n'avait chargé, on peut contester mes droits au commandement ; voilà ce qui m'engage à le déposer entre vos mains. Maintenant, messieurs, choi-
sissez, nommez commandant, au nom du roi, l'officier qui
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