‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique [microforme]Chapitre 53 sur 76 · EL UE · texte numérisé non relu

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chaise et descendant de son bran- à card, s’avança lentement vers Cor- #}; tez, en marchant sur des tapis que

sa suite étendait sur son chemin,

afin que son pied ne touchàt pas la terre.

Cortez salua le monarque suivant la forme européenne, et Montézume répondit à ce salut, en baisant sa propre main, qui avait d'abord touché

la terre; c'est le signe, ainsi qu'on

l'a vu plus haut, du respect chez

ces peuples; aussi [les Mexicains 7." parurent-ils fort surpris de voir un ::

monarque aussi fier,quinesaluait les *

idoles que d’un mouvement de tête, honorer par ‘1n tel hommage des étrangers, et ils ne doutèrent plus qu'ils ne fussent des dieux ; le mot teules, qui dans la langue mexi- “aine signifie dieux, était souvent répété par les spectateurs nombreux de cette scène.

Quand le général espagnol et le monarque eurent échangé entre eux des compliments, le premier détacha une chaîne de pierres fausses qu’il portait sur son armure, et la passa au cou de Montézume, qui parut très-satisfait de ce présent. Aussitôt, l'empereur se fit apporter la pièce la plus précieuse de son trésor : c'était un collier fait de coquillages très-rares ; à chaque bout de ce collier, étaient suspendues quatre écrevisses. Il mit aussi cet ornement au cou de Cortez, ce qui redoubla la surprise des Mexicains.

L'empereur était d’une taille médiocre , et plutôt maigre que gras; il y avait de la majesté dans son air, et de la vivacité dans son regard; sa peau était moins basanée que celle des autres Mexicains. Il paraissait âgé de quarante ans environ. Il portait un long manteau de fine étofle de coton, couvert de bijoux d’or, de perles , et d’autres pierres précieuses. La couronne d'or qui ornait sa tête avait presque la forme d’une mitre d’évèque; sa chaussure était formée de plaques d’or massif, qu'attachaient des boucles de mème métal.

Cortez et Montézume entrerent ensemble dans la ville, qui ne s'appelait pas encore Mexico, mais Tenuchtitlan. Les historiens espagnols assurent qu'on y comptait plus de vingt mille maisons plates ; ils parlent aussi du nombre extraordinaire et de la magnificence des temples qui décoraient

cedte cité: mais il faut se défier de Fexagération de leurs tal

récits. Ce qui paraît positif, c'est que la capitale de lempire mexicain était grande et très-peuplée.

Un palais, que ses hautes murailles et ses portes faisaient prendre de loin pour une forteresse, fut assigné pour demeure à l’armée espagnole, que l'empereur lui-même y accompagna. Suivant la coutume, Cortez garnit toutes les avenues de canons et de sentinelles ; il recommanda à ses officiers et à ses soldats d'observer la plus exacte discipline, et de se tenir sur leurs gardes pour éviter toute surprise ; car il se défiait, non sans raison. de l’hospitalité mexi-

caine.

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Visite de Montézume à Cortez, — Sacrilices humains. — Mort d'Escalante, gouverneur de la Vera-Crux.—. Montézume est conduit prisonnier dans le quartier des Espagnols. — Supplice de Qualpopoca et de ses fils, — Tentative de Cortez contre les idoles. — Projets de révolte contre les Espagnols. —Situation critique de Cortez. — Narvaez s'avance pour le combattre. — Cortez quitte Mexico et

marche à la rencontre de l'ennemi,

Le soir même, Cortez reçut la visite de l'empereur, qui avait un magnifique cortége. Après quelques préliminaires de politesse, le monarque et Cortez s’assirent familièrement l’un à côté de l'autre dans la chambre que ce dernier occupait ; la suite de Montézume et les Espagnols se tenaient debout contre le mur. Alors, l’empereur adressa à Cortez ce discours, qui fut traduit immédiatement par l'interprète Marine : « Les uns vont dit que je suis issu du sang des dieux; d’autres, que je suis un tyran orgueilleux et sanguinaire; c'est un double mensonge. » Ensuite, il distribua quelques présents magnifiques aux Espagnols qui étaient dans la chambre, et reprit le chemin de son palais. Ainsi se Lermina cette visite.

Le lendemain , il invita Cortez à se rendre auprès de lui,

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et celui-ci fut conduit à la résidence impériale avec ses principaux officiers; cette fois,

l'entretien , beaucoup plus

es long, roul:. sur les usages des 1 JEuropéens, sur leurs mœurs, \ AM

N/A y et Cortez satisfit la curiosité SSI

de l'empereur, qui lui adr essa une ne Que 1 ques- |

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: gion, et ne parlait qu'avec horreur des sacrifices humains, ainsi que de l'usage sb au Pre de moe

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la promesse dexclure de sa table la chair humaine.

Ainsi que nous l'avons déjà dit, la nation mexicaine considérait les sacrifices humains comme l'hommage le plus agréable à ses idoles. C'était le plus souvent pour avoir des prisonniers à immoler sur les autels de ses dieux, t les manger ensuite, qu’elle faisait la guerre aux peuples voisins. Souvent on égorgeait ainsi mille victimes le même jour ; quelques historiens en ont élevé le nombre jusqu'à vingt-cinq mille. Si, par suite de la prolongation de la paix, les prisonniers à égorger venaient à manquer, les prètres représentaient à l’empereur que leurs dieux avaient faim ; alors l’empereur faisait publier dans toutes les provinces que les dieux voulaient faire un bon repas, et une guerre générale était déclarée à tous les peuples voisins. Dès qu'un nombre suffisant de prisonniers était au pouvoir des Mexiéains, on conduisait les victimes dans le parvis du temple.

Bientôt après s'avançait un sacrificateur, revètu d’une robe blanche ; il tenait une petite figure d’idole, faite de farine de froment et de miel, dont les yeux étaient verts et les dents jaunes. Montant aussitôt sur une pierre qui lui permettait de s'élever par-dessus le mur, il présentait cette horrible figure à chacun des prisonniers, et lui criait : « Voilà ton dieu! » Alors il descendait, et marchait à la tète des prisonniers vers l'endroit où ils étaient attendus par les autres sacrificateurs. L'ordonnateur de ces exécrables cérémonies portait le titre de Topilzin; sa robe, très-longue, était bordée de morceaux d’étofle rouge ; il portait sur la tête une couronne de plumes vertes et jaunes; des anneaux d'or, montés en pierres vertes, pendaient à ses oreilles et à sa lèvre inférieure, Son visage était noir comme du jais; sa

main était armée d’un couteau formé d'un caillou large et pointu. Il était assisté de cinq autres prêtres, qui avaient

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chacun leurs fonctions particulieres, On immolait les

scuniers sur une large pierre.

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Détou: ons nos regards de ces horribles tableaux d'une superstition barbare, et voyons comment Cortez va se tirer de la position périlleuse dans laquelle l’a engagé son audacicuse entreprise; car il ne tarda pas à s’apercevoir que lui et son armée étaient en quelque sorte à la merci d’une population innombrable, et d’un prince dont la bienveillance lui paraissait peu sincère.

Les avis que lui avaient donnés les Tlascalans, leurs exhortations incessantes pour qu’il se défiât de Montézume, avaient enfin éclairé le général espagnol sur les dangers de sa situation; il suffisait en effet de rompre les ponts établis sur les digues pour qu'il se trouvât entièrement séparé de la terre, et alors comment aurait-il pu résister aux attaques d'un peuple tout entier, qui aurait fini par écraser cette poignée d'étrangers, malgré leur courage? Un événement fâcheux, arrivé à la Vera-Cruz, augmenta encore l’inquiétude de Cortez. IL apprit qu'après son départ, un général américain, nommé Qualpopoca, avait attaqué les peuples qui avaient secoué le joug de Montézume , et s'étaient placés sous la protection des Espagnols; qu’Escalante, gouverneur de la Vera-Cruz, avait voulu secourir les alliés, et qu'il avait été mortellement blessé dans une bataille livrée à Qualpopoca; que sept Espagnols y avaient péri, et qu’un autre, fait prisonnier parles Mexicains, avait été mis à mort. Cortez apprit en outre que la tête de ce soldat avait été portée en triomphe dans différentes villes de l'empire, pour prouver que les Espagnols n'étaient pas immortels, et qu'ensuite ce sanglant trophée avait été envoyé dans la capitale du Mexique.

D'autres renseignements ne lui permirent plus de douter

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des intentions hostiles des Mexicains; quelques fidèles Tlascalans l'informèrent que depuis quelque temps les principaux ofliciers de l'empereur avaient des conférences mys-

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d ENS térieuses où l'en tramait des complots contre les Espagnols. Cortez prit aussitôt une résolution hardie, décisive , qu'il communiqua à ses officiers, en insistant sur la nécessité d'une prompte exécution : il ne s'agissait de rien moins que de S'assurer de la personne de Montézume; en un mot, de le faire prisonnier. C'était un otage qui devait garantir le salut de l'armée espagnole et de son chef.

Cortez eut recours tantôt aux flatteries, tantôt aux me-

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, qu'il ‘essité IS que ”t, de

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CORTEZ, 2N7 naces pour déterminer l'empereur à se rendre dans le quartier des Espagnols ; mais l'empereur fut inflexible. Enfin, un jeune oflicier espagnol, Velasquez de Léon, s'écrie, en accompagnant ses paroles de gestes menaçants : « Pourquoi donc fait-on tant de façons? Emparons-nous de cet homme par force, ou, s’il veut encore résister, tuons-le! » Montézumese fit traduire par Marine ces paroles prononcées avec l'accent de la colère; l'interprète eut soin d'ajouter que c'en était fait de lui, s'il ne se soumettait pas immédiatement à la volonté de Cortez.

Alors ce prince, qui avait d'abord montré quelque énergie, tomba dans un abattement profond. Tremblant pour sa vie, il se résigna à suivre Cortez, et lui annonça qu'il était prèt à se rendre au quartier des Espagnols.

Cependant Cortez s'efforça d’adoucir la captivité du monarque, et permit à ses principaux ofliciers de venir le visiter; toutefois, sous prétexte d'éviter la confusion, il ne voulut pas qu'un trop grand nombre de visiteurs entràt à la fois dans la chambre de Montézume. Quant à celui-ci, il continua à paraître gai, afin de tromper ses sujets, et ne pas leur laisser soupconner l'opprobre de sa situation. Fidèle à ce système de dissimulation, il affectait de traiter les Espagnols, ses geôliers, avec beaucoup de bienveillance,

Sur ces entrefaites, Qualpopoca, son fils, et cinq de ses capitaines, furent amenés à Mexico, conformément à l'ordre donné par Montézume, Celui-ci, qui persistait à soutenir qu'ils avaient agi contre ses instructions, les livra à a

justice des Espagnols. Un conseil de guerre fut aussitôt

assemblé, et ces malheureux, qui firent les aveux les plus

explicites, furent condamnés à être brûlés vifs, Jusque-là, ils avaient assumé la responsabilité exclusive de leur conduite, et s'étaient eflorcés de disculper leur souverain; mais leur fidélité courageuse se démentit aux approches du supplice ; ils déclarèrent avant de mourir qu'ils avaient obéi aux o:'dres de Montézume, Quand ils eurent fait cette déclaration, Cortez ordonna qu'ils fussent conduits au lieu où l'arrèt devait recevoir son exécution,

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Puis, accompagné de quelques ofliciers et d'un soldat

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portant des fers, il se rendit à la chambre de Montézume : « Les coupables, lw dit-il, ont avoué enfin que tu as provoqué, ordonné le crime qu'ils ont commis; la justice veut que tu sois puni comme eux. » À peine eut-il prononcé ces mots qu'il tourna le dos à l'empereur et fit signe au soldat de lui mettre les fers aux mains. Montézume n’opposa aucune résistance au traitement honteux qu’on allait lui faire subir, d'ailleurs elle eût été inutile. Mais, s’imaginant qu'on allait le conduire lui-même au supplice, ils’abandonna à un vivlent désespoir.

Quand les condamnés eurent rendu le dernier soupir, Cortez revint auprès de Montézume : « Maintenant, lui dit-il,

la justice est satisfaite et la mort de tes complices à expié

ton crime, » Puis il ordonna qu'on le débarrassät de ses fers, Alors Montézume passa du désespoir à la joie la plus vive ; il remerciait, il embrassait le général, comme son libérateur.

La puissance des Espagnols, semblait assez solidement établie à Mexico; mais le prudent Cortez s’y voyait toujours enfermé comme dans une île, el songeait sans cesse au moyen de s'ouvrir une route pour sortir de la capitale, mème dans le cas où les Mexicains viendraient à rompre les digues. Aussi, dans ses entretiens avec Montézume , lui parlait-il souvent de la construction extraordinaire des vaisseaux européens ; il tâchait d'intéresser sa curiosité, et de lui faire témoigner l'envie de voir ces merveilleux navires. Montézume ayant enfin manifesté ce désir, Cortez lui promit celte satisfaction, et, par ordre de l'empereur, an nombre suflisant de porte faix fut envoyé à la Vera-Cruz pour transporter de ce lieu les débris des vaisseaux espa-

gnols, qui v étaient conservés, jusqu'à Mexico, D'autres ou-

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nécessaires, et en peu de temps se trouvèrent construits

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deux brigantins, sur lesquels on promenat quelquefois Le monarque charmé, Le général espagnol mettait à profit ces courses, ain d'étudier la situation du lac et de tous les lieux environnants.

Ainsi que nous Pavons vu, Montézume S'était montré

tes-docile à toutes les exigences de Cortez.

1:11 Il (te DRE 6e | ln CORTEZ. 2 | 4 bois Mais un jour, il manda Cortez auprès de lui. Celui-c1, qui {ruits n'ignorait pas les entrevues secrètes de son prisonnier avec MA les prôtres et les principaux de la nation, prit les précautions el qu'autorisaitsa juste défiance. ILse présenta chez Montézume avec douze de ses plus braves compagnons; l'airsombre qu'il È |: remarqua sur la figure de l'empereur le confirma dans ses nn soupeons. Mais son étonnement redoubla, lorsque Monté- : zume, Le prenant par le main, lui dit d'une voix presque | menacante, € qu'il espérait bien qi se hâtcrait de partir, :\t All \l: à be ji }.

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chargé. » Jamais l'empereur n'avait parlé avec tant d’assurance et de résolution.

Cortez se tourna aussitôt vers un des ofliciers qui l'accompagnaient, et lui donna secrètement l'ordre de faire

mettre immédiatement les troupes sous les armes; puis, sans laisser paraitre le moindre trouble, ilrépondit à Montézume qu'il désirait vivement retourner dans sa patrie, mais qu'il était obligé de faire construire des vaisseaux pour rempla-

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cer ceux qui avaient été détruits ; en conséquence, il priait

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le monorque de donner des ordres pour que les Espagnols fussent aidés dans ce travail long et difficile.

Montézume, à ces paroles, laissa éclater sa joie en démonstrations qui ne laisséerent à Cortez aucun doute sur les

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dispositions du monarque et du per; 'e à son égard ; l'empereur sauta au cou du général, l'embrassa à diverses reprises et lui assura que les Mexicains et leurs dieux seraient également satisfaits de cette déclaration, parce qu'ils demandaient avec une égale impatience le départ des étrangers. Cortez sentit combien il lui fallait d'adresse pour sortir d'embarras et détourner les périls dont il était menacé ; il

continus À Géguiser ses véritables intentions, et après avoir doraé à haute voix et publiquement l'ordre de construire des vaisseaux, il recommanda aux charpentiers espagnols de travailler avec une excessive lenteur, afin de donner aux renforts qu'il attendait d'Espagne le temps d'arriver. Mais un événement qui mit Cortez à deux doigts de sa

perte, parut être la punition de sa perfidie, Un jour, Mon-

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tézume lui fit dire qu'il avait une nouvelle tres-intéressante

à lui annoncer, et quand le général fat auprès de lui, le mo-

narque déroula une toile de coton sur laquelle étaient re-

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CORTEZ. 205 présentés, suivant la manière mexicaine, dix-huit vaisseaux européens. Le courrier qui avait apporté à l'empereur ce tableau déclarait que ces dix-huit navires étaient mouillés sur les côtes.

Cette nouvelle combla de joie Cortez, car il croyait que ces navires lui amenaient les renforts attendus d'Espagne, et lui apportaient en mème temps sa nomination en bonne forme de gouverneur des contrées qu'il avait découvertes. Mais une lettre de Sandoval, gouverneur de Vera-Cruz, dissipa ses illusions ; elle lui apprit que cette escadre avait été équipée par Velasquez, qui avait ordonné à Narvaez, chef de expédition, de faire prisonniers Cortez et tous ses partisans, et de les conduire à Cuba, où il se proposait de les faire juger,

De jour en jour la position de Cortez se compliquait de nouvelles difficultés, s'aggravait de nouveaux périls. S'il se décidait à marcher à la rencontre d'une armée européenne deux fois plus forte que la sienne, il lui fallait abandonner Mexico, et, en l'abandonnant, il perdait tous les fruits de tant de travaux, de tant d'efforts. D'ailleurs quelles pouvaient être ses chances de victoire en combattant un ennemi qui l'égalait en bravoure et en expérience militaire, et dont les soldats n'avaient pas été fatigués par de longues marches et par de fréquents combats comme ceux de Cor- Lez? Mais s'il osait attendre Narvaez à Mexico, ne s'exposaitil pas à avoir deux ennemis à combattre, car les Mexicains

ne laisseraient pas sans doute échapper une occasion aussi

favorable à leurs désirs et à leurs projets de vengeance. Devait-il chercher à désarmer la colère de Velasquez par une soumission volontaire, livrer sa tête aux j1ges de Cuba.

à ces juges tout disposés à sacrifier un rival à la jalousie et à la rancune de Velasquez ?

Mais les avis les plus alarmants se succédaient, se "nultipliaient, en lui annonçant à chaque instant des revers. Il apprit qu'un certain nombre de ses soldats s'étaient rangés sous le drapeau de Narvaez; en même temps ce dernier faisait publier que Cortez et ses partisans, traîtres à leur souverain, avaient, sans son ordre, fait la guerre aux Mexicains pour les soumettre, et que lui, Narvaez, était chargé de faire expier à ces bandits les crim?s dont ils s'étaient souillés; qu'en conséquence il invitait Montézume à concourir avec lui à la juste punition de la troupe de brigands qui avaient envahi ses États.

Cortez, jugeant qu'il ne lui restait plus qu'à tenter le sort des armes, se prépara à une lutte désespérée. Il nomma Alvarado, un de ses plus intrépides lieutenants, commandant à Mexico avec cent cinquante hommes sous ses ordres. I leur recommanda de se conduire avec la plus grande prudence, pendant son absence, à l'égard du peupie mexicain, et de témoigner le plus profond respect à Montézume, qui avait promis de rester dans le quartier des Espagnols. jusqu'au retour de ieur général,

Après avoir pris ces mesures, Cortez sort de Mexico avec

sa petite troupe et marche à la rencontre de lorgueilleux

Narvaez.

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ultis. Il ngés | LV r faisou- [exiarse Cortez el Sandoval font leur jonction, — Narvaez, surpris dans Cempoalla, est fait aient prisonnier, — Ses troupes se réunissent à celles de Cortez. — Retour de Cortez à con- Mexico. — Révolte des Mexicains. — Montézume se montre au peuple pour lapai- 0 ser, — Il recoit une blessure, — Sa mort. — Quetlavaca, son frère, lui surcède, ands — Dévouement héroïque de deux jeun :s Américains. — Construction d'un pont volant. — Le général espagnol s'apprête à quitter Mexico, — Commencement de sort la retraite, — Rupture d'une digue, —'Combat. — Intrépidité de Cortez, — Masd sacre d'une partie des troupes espagnoles. —- La nuit de la désolation, — Hora Al- vibles souflrances, — Bataille d'Orumba, — Gortez s'empare du drapeau impérial, dant — Arvriée de renforts, — Mort de Quetlavaca , successeur de Montézume. — Guatimozin, nouvel empereur, es. Il | pru- CAIN, , qui nols. Cortez avait ordonné à Sandoval, gouverneur de la Vera- Cruz, de venir le joindre avec le petit nombre de soldats avec espagnols qu'il commandait, Celui-ci confia la garde de la ileux colonie aux Indiens, ses alliés, et accourutau-devant de son

général; ils firent leur jonction à douze milles de Cempoalla, qu'oceupait Narvaez. Les troupes réunies de Sandoval et de Cortez neformaient qu'un bataillon de deux cent cinquante hommes, et cependant ce dernier n'en persista pas moins à vouloir attaquer un ennemi qui lui était si supérieur en nombre.

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Cependant il crut devoir essayer encore de fléchir l'humeur intraitable de Narvaez, car il frémissait à l'idée de la guerre civile, et en rejetait, par ses démarches, l'odieux sur le lieutenant de Velasquez. Celui-ci repoussa les deux messages de Cortez par des injures et des menaces,

Loin de s'effrayerde la jactance de son adversaire, Cortez s'avança vers Cempoalla, et lorsqu'il n'en était éloigné que

d'un mille, Narvaez sortit de la ville pour aller lui Bvrer bataiie: mais une grande pluie qui tomba ce jour-là, et la position avantageuse qu'avait prise Cortez au delà d'un ruisseau, empéchérent Narvaez de Fattaquer; les troupes de ce dernier se plaignaient déjà des fatigues qu'elles avaient éprouvées sous un général qu'ellesaimaient peu d'ailleurs,

et il fat oblige de rentrer le soir dans la ville.

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Alors Cortez conçut un projet hardi; c'était de profiter de l'obscurité d'une nuit pluvieuse, et de surprendre l’'enneni fatigué, qui ne devait pas être sur ses gardes, Tout à coup retentissent les terribles cris de guerre, poussés par Cortez et ses soldats intrépides. Alors, enfin, Narvaez reconnaît son erreur, mais 1l est trop tard ; au moment où il cherche à se frayer un passage l'épée à la main, il tombe, sans connaissance, frappé d'un coup de lance qui l'atteint au-dessus de Poreille,

Mais une circonstance singulière concourut à la soumission des troupes de Narvaez. Elles avaient été frappées, au milieu de la nuit, de l'éclat d'une quantité innombrable de lumicres, qu'elles prenaient pour des mèches allumées; elles crurent qu'un corps d'arquebusiers venait renforcer l'armée de Cortez; car, à cette époque, on ne se servail

pas pour les armes à feu de pierres à fusil, mais de mè-

ches, et les lumières aperçues par les soldats de Narvacz étaient produites par des vers luisants, qui, en Amérique, sont beaucoup plus gros que les insectes de cette espèce qui se trouvent en Europe.

Après la victoire, Cortez se montra humain e1 mème généreux; car non-seulement il traita les prisonniers avec beaucoup de bienveillance. mais 1 leur fit aussi des présents: il les laissa maîtres de se ranger sous son drapeau, eu de retourner à Cuba : Le plus grand nombre demanda à le suivre, Ainsi, lheureux général vit son armée renforcée de huit cents soldats, Quant à Narvaez, lorsqu'il fut revenu à lui, et qu'il se vit chargé de chaînes, prisonnier d'un ennemi qu'il avait traité avec un st insolent mépris, peu

Sen fallut qu'il mexpirt de douleur et de honte, Cortez

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