‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique [microforme]Chapitre 69 sur 76 · ZE. L · texte numérisé non relu

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PIZARRE. 561 narque pouvait être rempli, et qu'il n'avait pas trop présumé du dévouement de ses sujets.

Sottose présenta, pour remplir cette missionhasardeuse, avec un seul Espagnol, nommé Varco. Atahualpa les invita à monter dans une de ses litières, afin que les Péruviens eussent plus de respect pour: eux.

Parvenus au lieu où les appelait leur mission, ils furent saisis d’étonnement à la vue de l'or et de l'argent dont étaient remplis les palais d’Atahualpa et les temples du soleil. Mais le spectacle de tant de richesses enflamma tellemer! leur cupidité, qu'ils exigèrent qu'on dépouillât aussi les édifices sacrés. Cette demande fit frémir les Péruviens ; mais ce fut en vam qu'ils représentèrent aux deux Espagnols qu’on pouvait se dispenser de commettre un sacrilége pour fournir la rançon du monarque; Sotto et Varco se mirent à arracher, de leurs propres mains, les lames d’or qui couvraient les parois des tew:les; et telle était la terreur qu'inspirait le nom espagnol, que les Péruviens restèrent immobiles devant la spoliation exécutée par ces deux effrontés pillards, seuls au milieu d'une population nombreuse dont ils bravaient avec tant d'audace la pieuse indignation.

Pendant que les deux envoyés de Pizarre remplissaient

ainsi leur mission, on reçut au quartier général la nouvelle du retour d’Almagro, qui «menait un puissant renfort et avait mouillé à Saint-Michel, Mais alors, dans la crainte que les nouveaux venus ne réclamassent une part du butin, il fut décidé qu'on en ferait le partage, quoique la totalité de l'or qui devait former la rançon d'Atahualpa ne fût pas encore arrivée,

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On réserva la valeur de cent mille piastres pour Almagro. Ensuite Pizarre, ses frères et les autres officiers reçurent la portion qui leur revenait, suivant leurs grades. Le partage du surplus donna huit mille piastres à chaque cavalier et quatre mille à chaque fantassin. La piastre ou pièce de huit valait alors vingt réaux d'argent, où un peu plus de cinq franes de France.

Toutelois, nous devons rappeler au lecteur qu'à cette époque dix éeus équivalaient à cent d'aujourd'hui. Ainsi il est facile de se faire une idée de l'enivrement qu'éprouvèrent ces hommes, recrutés pour la plupart parmi les vagabonds et les mendiants de FEspagne, lorsqu'ils se virent possesseurs de si grandes richesses.

Un certain nombre d'entre eux témoigna à Pizarre Île désir de retourner en Espagne, afin d'y jouir paisiblement de la fortune qu'ils avaient acquise au Pérou: Pizarre ne crut pas devoir les retenir, car 1 pensait avee raison qu'il ne pouvait plus compter sur le concours d'hommes dont la cupidité était satisfaite,

Almagro arriva à Caxamalca avec le renfort attendu. Mais à peine fut-il arrivé, qu'il s'éleva entre lui et Pizarre des discussions facheuses : Alimagro se plaignit de l'inégalité du partage du butin, et, quoiqu'on eût mis en réserve pour lui et ses compagnons une somme considérable, ilreprochait à Pizarre de s'être adjugé la portion la plus gros*e. Mais Pizarre parvint, par des présents et des promesses, à calmer le ressentiment de son associé. et la réconciliation de ces deux hommes parut sincère,

Cependant Atahualpa avait fourni la quantité d'or stipulée pour sa rancon, eCil était encore prisonnier, Bien loin

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de lui reuure la liberté, les Espagnols n'avaient pas même pour lui les égards que l’on doit au malheur : abreuvé d'hu-

miliations, on ne répondait à ses plaintes que par de nou-

veaux outrages.

Tous les Espagnols, ceux d'Almagro comme ceux du parti de Pizarre, désiraient être débarrassés de ce prisonnier : is craignaientque, tant qu'il vivrait, l'or que l’on continuait à recueillir sous le nom dérisoire de rançon ne devint la proie exclusive de Pizarre et des siens. De son côté, Pizarre avail à venger une oflense personnelle qu'il s’imaginait avoir recue de lnea,

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