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PIZARRE. 305 narque, el quelques instants après il était étranglé. La sentence portait qu'il serait brûlé vif, mais on adoucit son supplice parce qu'il consentit à recevoir le baptème.
Certes, la conduite de Pizarre fut infâme ; mais, dans le sort éprouvé par Atahualpa, ne peut-on pas voir une sorte d'expiation par laquelle la justice de la Providence le punissait de sa cruauté envers son frère Huascar, qu'il avait fait assassiner peu de temps avant le retour d'Almagro, et toute la famille des Incas qu'il avait immolés à son ambition sanguinaire ?
I laissait plusieurs enfants et deux frères : Pizarre voulut lui donner pour successeur sur le trône des Incas un de ses fils ; il espérait faire servir ce fantôme de roi à l'exécution de ses projets de conquète. Les frères et sœurs de cet enfant étaient alors à Quito. Atahualpa les avait confiés à la garde d’un général péruvien nommé Ruminagui, et, avant de mourir, l'Inca lui avait envoyé un officier pour les recommander de nouveau à sa vigilance et à son dévouement. Les officiers d'Atahualpa lui apportèrent aussi son cadavre, afin qu'il lui fit faire des funérailles dignes du rang qu’il avail occupé.
Mais le général péruvien, ingret et féroce tout à la fois, fit étrangler les enfants du malheureux prince, et massacrer tous les officiers qui s'étaient rendus à Quito pour assister à ses funérailles.
Pendant que Ruminagui se baignait, à Quito, dans le sang des enfants d'Atahualpa et de ses plus fidèles serviteurs, un autre général, non moins ambitieux que lui, faisait proclamer Inca, à Cusco, mais seulement pour la forme, un des frères de Huascar, nommé Pauli. Ce général s’appe-
lait Quisquiz. Dans les autres parties de l'empire, d’autres chefs cherchaient à profiter des troubles pour s'emparer du pouvoir, Partout régnaient le désordre et l'anarchie.
Un tel état de choses n'était que trop favorable aux desseins de Pizarre : il résolut de marcher immédiatement sur Cusco, et il se mit en route, emmenant avec lui le jeune Inca, qui mourut dans la marche. Cette circonstance ne l'arrèta pas. D'ailleurs il avait reçu de puissants renforts de Panama et des autres colonies espagnoles, et il ne pouvait redouter une sérieuse résistance de la part des Péruviens divisés. Quisquiz, il est vrai, avait réuni des troupes nombreuses, et voulut s'opposer à la marche des Espagnols ; mais, toujours battu, il ne put défendre les approches de la capitale. Pizarre y entra après divers engagements où il eut à peine cinq ou six hommes légéerement blessés.
Le trésor qu'Atahualpa avait livré pour sa rançon était peu de chose en comparaison du butin immense que firent les Espagnols à Cusco, quoique les habitants de cette capitale se fussent enfuis avec leurs eflets les plus précieux. Mais, de ce moment, l'or, que les Espagnols trouvaient en si grande abondance, commença à ne plus avoir autant de prix à leurs yeux. Les simples soldats en devenaient si prodigues, qu'ils jouaient entre eux des sommes que les souveains eux-mèmes n'eussent osé risquer. Une paire de culottes d'étoffe se payait, ainsi qu'une paire de bottes, jusqu'à trente piastres; un cheval coûtait cinq ou six cents ducats. Longtemps encore après l'époque dont il est question, ces prix étaient aussi élevés, et la dépréciation de l'or subsistait encore.
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