‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique [microforme]Chapitre 9 sur 76 · AVAN · texte numérisé non relu

AVAN

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CHRISTOPHE COLOMB. (ri

tions des Portugais, ils devaient trouver la chapelle de la Vierge.

On croyait qu'ils seraient bientôt de retour, mais les heures s’écoulaient et ils ne paraissaient pas. La nuit approchait, L'amiral soupçonna avec raison quelque pertidie de la part des Portugais, et il attendit le jour pour connaître la cause de l'absence prolongée de ses gens. Quels furent à la fois son étonnement et son indignation, quand, le lendemain, il apprit que la garnison portugaise avait fait prisonniers ces hommes nus et sans armes, surpris dans un piége infûme !

L'amiral, transporté d’un juste courroux contre les auteurs d’une pareille perfidie, adressa au gouverneur des représentations qui ne produisirent aucun effet. Alors il jura qu'il saurait se faire justice par lui-même et qu'il ne quitterait la rade qu'après avoir ravagé l’île et s'être emparé de cent Portugais. Intimidé par la menace de ces terribles représailles, le gouverneur lui envoya une députation chargée de lui demander si lui et ses bâtiments étaient réellement au service de l'Espagne. Sur la réponse aflirmative de Colomb, qui confirma sa déclaration en montrant les provisions qui lui avaient été octroyées par Ferdinand et par Isabelle, les prisonniers espagnols furent mis en liberté. Sans doute le gouverneur avait formé le projet de se saisir de Colomb lui-même, de le séquestrer avec tous ses compagnons, pour que le roi de Portugal pût s emparer des pays qui venaient d'être découverts : mais la prudence de Colomb ayant fait avorter ce complot, et amiral étant re: :& à bord, le gouverneur jugea que le parti le plus sage qu'il

eût à prendre, c'était de rendre la liberté aux Espagnols et

d'alléguer pour excuse son ignorance relativeme’it à leur nationalité.

Pressé de quitter cette terre inhospitalière, Colemb remit à la voile ; il croyait toucher au terme de ses tr?.vaux et de ses malheurs, lorsqu'une nouvelle et rude épreuve vint encore mettre en question son retour en Espagne.

Une tempête presque aussi terrible que celle qui avait assailli lorsqu'il S'approchait des Açores, éloigna son navire des côtes de l'Espagne, mitles voiles en pièces, el peu s'en fallut qu'il ne fût englouti, La tourmente sévissait depuis quarante-huit heures: la situation des bâtiments était des plus critiques. lorsque, vers minuit, le pilote du vaisseau de Colomb signala le voisinage de rochers contre lesquels il était entrainé par les vagues, et se serait brisé S'il eût suivi pendant quelques instants encore cette dangereuse direction.

Mais Colomb, dont la présence d'esprit ne se démentait pas. fit avec promptitude virer de bord, et, par cette manœuvre, préserva d'une catastrophe son navire et tous ceux qui le montaient. Bientôt Faniral reconnut qu'il était pres de la côte de Portugal, à une faible distance de Fembouchure du Tage, etv jeta Fancre.

Son preuier soin, des que le jour parut, fut d'expédier deux courriers. Fun pour Madrid. afin d'annoncer son heureux retour au roi d'Espagne, Fautre pour Lisbonne, 6ù il devait solliciter aupres du roi de Portugal la permission de remonter jusqu'à li capitale et d'y faire réparer son navire. Le monarque portugais S'empressa d'accéder à la demande de Colomb, qui fit voile immédiatement pour Lisbonne.

A peine l'arrivée d'un vaisseau que tant de titres recoin-

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bonne, que la population tout entière accourut sur le port; une foule immense couvrait le rivage ; un grand nombre de barques étaient chargées de curieux qui brülaient du désir de contempler les traits de l'homme extraordinaire qui avait exécuté avec succès une entreprise si difficile. Les uns adressaient des actions de grâces au ciel, qui avait béni cette expédition ; les autres déploraient le malheur de leur patrie, qui avait méconnu le génie d'un grand homme, et refusé la gloire qu'il lui avait offerte.

Bien que le roi de Portugal se repentit d’avoir cédé à l'influence de conseillers inhabiles ou perfides, en repoussant les propositions de Colomb, et malgré le dépit que lui causait l'accroissement prodigieux de lx puissance et des richesses de l'Espagne, il accueillit Famiral avec les témoignages d’une haute estime, et le félicita du succès de son héroïque expédition. Par son ordre, les plus grands honneurs furent rendus à Colomb ; 11 lui fournit tous les rafraichissements dont il pouvait avoir besoin, et Finvita à se rendre dans son palais. L'invitation était écrite de la main du monarque.

Lorsque lannral se présenta au palais, il vit toute la cour venir à sa rencontre, suivant l'ordre formel du roi. Dans Pentretien qu'il eut avec le monarque, celui-ci exigea que Colomb restàt assis et couvert en lui parlant. Apres que l'amiral lui eut fait le récit de ses découvertes, le roi exprima tour à tour tres-vivement son admiration et ses re grets. Colomb, de son côté, tout en conservant une attitude modeste, éprouvait un secret plaisir à la vue de ces vils

courtisans qui le poursuivaient naguere de leurs injures

comme un misérable faiseur de projets. et qui. en ce mo-

ment, éblouis par l'éclat de ses succès, par la gloire qu'il avait attachée à son nom, cherchaient vainement à cacher leur honte et à obtenir le pardon de leurs outrages et de leurs

mépris, par les hommages qu'ils prodiguaient à l'amiral. Le roi voulut faire rentrer Colomb au service du Portugal ; il lui fit les offres les plus séduisantes ; il n'aurait mème pas ‘cru payer trop cher la conquête d'un tel homme, en Pachelant au prix de la moitié de son royaume ; mais l'amiral resta fidèle au gouvernement espagnol, et prit congé du monarque dans une dernière entrevue où celui-ci tenta

encore, mais vainement, d'ébranler sa fidélité,

se rembarqua sur le vaisseau qu'il avait fait réparer pendant son séjour à Lisbonne, et cingla vers le même port espagnol d'où il était parti pour aller à la recherche du nouveau monde. Ientra dans le port de Palos le 15 mars 1493, après un voyage qui avait duré sept mois et onze

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Retour de Colomb à Palos. — Son entrée triomphale à Barcelone. — Honneurs extraordinaires qu'il reçoit à la cour d'Espagne. — Lettres de noblesse, — Am bassade espagnole à Rome, — Bulle d'Alexandre VE, — Nouvelle expédition, — Départ de Cadix, — Découverte de la Déminique et de la Guadeloupe, — Anthropophages.— Retour de Colomb à Haïti.— Désastre du premier établissement espagnol, — Fondation de la ville d'Isabelle, — Complot contre Colomb, — Découverle de la Jamaïque, — Pêche singulière. — Visite et discours d'un cacique. — Maladie de Colomb. — [ retrouve son frère, — Préparatifs de guerre contre les Espagnols.

La nouvelle seule de l'approche du vaisseau de Colomb avait suffi pour faire voler tous les habitants de Palos au port ; ils ne pouvaient ajouter foi à ce bruit, et voulaient s'assurer par eux-mêmes de la réalité d'un événement qui devait exciter parmi eux des transports d'enthousiasme et de joie. Lorsque le bâtiment fut assez rapproché du rivage pour qu'ils pussent reconnaître leurs parents et leurs amis. dont le retour était en quelque sorte inespéré, car l'opinion générale avait accompagné leur départ des plus funestes présages, des plus tristes pressentiments, alors l'air retentit des cris de l'allégresse. On voyait la foule tendre ses bras vers ces frères, ces compatriotes rendus à l'affection de leur pays. à la tendresse de leurs familles: des larmes d'attendrissement coulaient de tous les veux.

L'amiral débarqua an bruit de l'artillerie. des cloches

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