LIVRE PREMIER
leurs découvertes semble avoir été renfermée dans l’enceinte de leur territoire. La navigation autour de l’Afrique, en particulier, est citée par les auteurs grecs et romains, plutôt comme unc histoire amusante et extraordinaire, difficile à comprendre ou à croire, que comme un fait réel, propre à leur donner des idées et des lumières nouvelles. Comme les Phéniciens et les Carthaginois n’ont fait connaître au reste du monde ni le progrès de leurs découvertes, ni l'étendue de leur navigation, toutes les traces de leurs talents et de leurs connaissances dans cet art semblent avoir péri en grande partie, lorsque la puissance maritime des premiers fut anéantie à la conquête de Tyr par Alexandre, et que l'empire des derniers fut détruit par les armes romaines.
Il faut donc abandonner à la curiosité et aux conjectures des savants les récits obscurs et pompeux des expéditions phéniciennes et carthaginoises : l'historien doit se contenter de rechercher les progrés de la navigation et des découvertes chez les Grecs et les Romains; la tradition en a moins d'éclat, mais plus de certitude et de lumière. Il est évident que les Phéniciens, qui ont été les maitres des Grecs dans les arts et les sciences utiles, ne leur ont pas communiqué toutes les connaissances qu'ils avaient acquises dans l’art de la navigation, et les Romains d’un autre côté n'avaient pas adopté cet esprit de commerce et cette ardeur pour les découvertes qui distinguaient les Carthaginois. Quoique la Grèce fit presque entièrement environnée de la mer qui formait sur leurs côtes un grand nombre de baies spacieuses et de havres commodes ; quoiqu'elle fût entourée de tous côtés Miles fertiles, et qu'une situation si favorable dût inviter ses industrieux habitants à s’adonner à la navigation, cependant il s’écoula
un long espace de temps avant que cet art y fit porté à un certain degré de perfection. Les premiers voyages des Grecs, dont l’objet était la piraterie plutôt que le commerce, furent si peu considérables , que l'expédition des Argonautes, des côtes de Thessalie au Pont-Euxin, fut regardée comme un prodige d’habileté et de courage, qui en fit mettre les chefs au nombre des demi-dieux, et donna à leur vaisseau un rang parmi les constellations du ciel. En descendant à une époque moins reculée , lorsque les Grecs entreprirent le fameux siége de Troie, il ne paraît pas qu'ils eussent fait encore de grands progrès dans la navigation. Selon le récit d'Homère, le seul poète dont l’histoire ose invoquer l'autorité, et qui par son exactitude scrupuleuse à décrire les mœurs et les arts des premiers temps, a mérité cette singulière distinction, la science de la navigation était encore dans son enfance. Les vaisseaux, petits et la plupart sans ponts, n'avaient qu’un seul mat, qu’on élevait ou qu'on abaissait à volonté : on ne se servait point d’ancre, et les manœuvres des vies étaient simples et grossières. On n'avait pour régier la route que l’observation des étoiles, et la manière de les observer était fautive et trompeuse. Ce n’est donc pas dans les temps héroiques de la Gréce que nous devons nous attendre & voir la science de la navigation et l'esprit de découverte faire des progrès sensibles; dans ce période, mille causes concouraient à resserrer dans des bornes étroites la curiosité et l’activité de l'homme.
Mais les Grecs passèrent rapidement à un état de civilisation et de lumières. Les formes les plus parfaites d’un gouvernement libre s'établirent dans les villes de la Grèce ; de bonnes lois et une police régulière s’y introduisirent par degrés ; les sciences et les arts qui servent à l’utilité
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