‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 11 sur 191 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ou à l’agrément de la vie y furent portés à une grande

perfection , et plusieurs des républiques grecques s'adon-

nèrent au commerce avec tant d'ardeur et de succès

qu'elles furent regardées par les anciens comme des puis-

sances maritimes de premier ordre; cependant les vic-

toires navales des Grecs doivent être attribuées plutôt

à l’activité naturelle de ce peuple et au courage qu’inspire

la liberté, qu'à son habileté dans l’art de la navigation.

Les grandes actions de la guerre de Perse, que l’éloquence de leurs historiens a rendues immortelles, furent exécutées par des flottes composées principalement de vaisseaux ouverts et sans ponts, d'où les équipages s'élançaient avec une valeur impétueuse et sans règle pour aborder les ennemis. Dans la guerre du Péloponèse leurs vaisseaux n'étaient encore considérables ni par la grandeur, ni par la force, et l'étendue de leur commerce était proportionnée à leur marine. Les états maritimes de la Grèce n’envoyaient guère de vaisseaux au delà de la Méditerranée : leur principale correspondance était avec les colonies que leurs compatriotes avaient formées dans l’Asie-Mineure, dans l'Italie et dans la Sicile. Ils abordaient quelquefois aux ports de l'Égypte, de la Gaule et de la Thrace; ou, traversant l’Hellespont, ils trafiquaient avec les peuples établis autour du Pont-Euxin. On trouve des exemples étonnants de leur ignorance sur les pays même situés entre les limites où se renfermait leur navigation. Lorsque les Grecs eurent rassemblé à Égine la flotte combinée contre Xerxés, ils jugèrent impraticable de la conduire jusqu’à Samos, parce qu’ils crurent que la distance de cette île à Égine était aussi considérable que celle d'Égine aux colonnes d'Hercule. Ils ne connaissaient au-

cune partie du globe au delà de la Méditerranée ; du moins

la connaissance qu'ils en avaient était uniquement fondée sur les conjectures ou sur les relations de quelques voyageurs qui, guidés par la curiosité et l'amour des sciences, avaient pénétré par terre dans l’Asie supérieure, ou étaient allés par mer en Égypte, contrées qui ont été le berceau de la philosophie et des arts. Malgré les instructions que les Grecs purent tirer de ces sources, ils paraissent avoir ignoré les faits les plus importants sur lesquels doit être fondée une connaissance exacte et méthodique du globe.

L'expédition d'Alexandre dans l'Orient étendit sensiblement ehez les Grecs la sphère de la navigation et de la science géographique. Cet homme extraordinaire, malgré les passions violentes qui le portèrent quelquefois à commettre des actions cruelles et à former des entreprises extravagantes, était fait par ses talents non-seulement pour conquérir, mais encore pour gouverner le monde : il était capable de concevoir ces plans hardis de politique qui donnent une nouvelle forme aux choses humaines. La révolution qu'il produisit dans le commerce par la force de son génie n’était peut-être pas inférieure à celle qu'il opéra dans la politique par le succès de ses armes. La résistance et les efforts de la république de Tyr, qui suspendirent si longtemps le cours de ses victoires, lui fournirent probablement une occasion d'observer les grandes ressources d’une puissance maritime , et lui donnèrent quelque idée des immenses richesses que les Tyriens tiraient de leur commerce, surtout de celui qu'ils faisaient aux Indes orientales. Dès qu'il eut détruit cette république et soumis l'Égypte à sa domination, il forma le plan dun nouvel empire , qui devait être le centre du commerce, ainsi que le siége de la puissance : c’est dans cette

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