‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 103 sur 191 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

prises au Nouveau-Monde, l’avidité et l'enthousiasme religieux, semblent avoir suggéré à Cortès le nom qu'il donna à son établissement. Il l’appela la riche ville de la vraie croix : Villa-Rica de la Vera-Cruz.

La première assemblée du nouveau conseil fut remarquable par un acte trés-important. Dès qu’elle fut formée, Cortes fit demander la permission de s’y présenter, et s'approchant avec une contenance respectueuse, propre à relever la dignité du tribunal et à donner un exemple de soumission à son autorité, il commença un long discours, dans lequel il employa beaucoup d'art et dit les choses les plus flatteuses aux magistrats quientraient dansleurs nouvelles fonctions. Il fit d’abord observer qu’étant revêtus de l'autorité suprême sur la colonie, il les considérait comme exerçant toute celle du souverain et comme représentant sa personne; qu'il se croirait désormais obligé de leur communiquer tout ce qu’il regarderait comme intéressant le bien public, avec la même fidélité et le même zèle que s’il s’adressait à son maître même; que la sûreté d’une colonie qui s’établissait dans un grand empire, dont le monarque montraitdéja des dispositions ennemies, dépendaitdes armes et par conséquent de la subordination et de la bonne discipline parmi les troupes; qu’il avait tenu d'abord son droit au commandement du gouverneur de Cuba, mais que, comme Velasquez avait depuis longtemps révoqué sa commission, on pouvait contester la légitimité de son pouvoir, et qu'il craignait lui-même d’exercer une autorité qui ne serait fondée que sur un titre vicieux ou du moins équivoque ; que la colonie ne pouvait confier sa défense à des troupes autorisées à mettre en question le pouvoir du général dans un moment critique où l’obéis-

. sance complète à ses ordres était absolument nécessaire ;

que toutes ces considérations le déterminaient à se démettre entre leurs mains de toute l’autorité qu’il pouvait avoir, afin qu'ayant le droit de la conférer tout entière à celui qu'ils choisiraient, ils donnassent à l’armée, au nom du roi, un général qui pit désormais la commander : que, quant à lui, son dévouement à sa patrie était tel qu'il se réduirait, sil était nécessaire, à n'être qu’un simple officier ; qu'il servirait avec le même zèle en cette qualité qu'en celle de général, et prouverait à ses compagnons de guerre que , quoique acccutumé à commander, il savait aussi obéir. Son discour: fini, il déposa sur la table du conseil la commission de Velasquez, et après avoir baisé son bâton de commandement, le remit entre les mains du président et se retira.

La délibération ne fut pas longue. Cortès avait concerté toutes ses mesures avec ses partisans les plus fidèles, et préparé avec beaucoup d'adresse les autres membres du conseil à prendre la résolution qu’il désirait. On accepta sa démission, et comme la prospérité continue qui avait jusque - à couronné son expédition était une preuve incontestable de son talent pour le commandement, ils le nommèrent, d’une voix unanime, premier magistrat de la colonie et général de l’armée, en ordonnant que sa commission lui serait expédiée au nom du roi, avec les pouvoirs les plus étendus, et qu'il les exercerait jusqu'à ce que les volontés du roi fussent connues. Afin que ces dispositions ne pussent pas être regardées comme une intrigue du conseil , on communiqua aux troupes la résolution qu’on venait de prendre. Les soldats ratifièrent le choix du général avec de grands applaudissements. On proclama le nom de Cortés, et tous lui jurérent de verser leur sang pour la défense de son autorité.

es.

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