‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 104 sur 191 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Cortès, ayant heureusement accompli ses desseins et

" secoué la dépendance mortifiante dans laquelle il semblait

être à l'égard du gouverneur de Cuba, accepta, avec beaucoup de marques de respect pour le conseil et de re- | connaissance pour l’armée, la commission qu'on lui donnait, et se trouva revêlu de l’autorité suprême tant au civil qu'au militaire sur la colonie. Il prit avec sa nouvelle autorité un air de dignité plus imposant, et commença à exercer les pouvoirs presque illimités qu'il venait de recevoir. Il ne s'était regardé jusqu’à ce moment que comme le député d'un simple sujet du roi d'Espagne; il commença à agir comme le représentant de son souverain. Les partisans de Velasquez, prévoyant toutes les suites de ce changement, ne purent demeurer plus longtemps spectateurs oisifs de tout ce qui se passait. Ils se récrièrent ouvertement contre le procédé du conseil, qu'ils regardaient comme illégal, et contre la conduite de l’armée, qu'ils traitaient de désobéissance. Cortés, sentant la nécessité de prévenir de bonne heure, par un acte de vigueur, les effets de ces discours séditieux, fit arrêter Ordaz, Escudero et Velasquez de Léon, chefs de cette faction, et les envoya sur la flotte les fers aux pieds. Leurs partisans effrayés ct confondus restèrent tranquilles, et Cortés, qui avait plus d’envie de rappeler à lui que de punir ces officiers dont il connaissait le mérite, sollicita leur amitié avec tant d’assiduité et d'adresse qu'il s’opéra entre eux une sincère réconciliation , tellement que, dans les occasions les plus délicates, ni leur liaison avec le gouverneur de Cuba, ni le souvenir du traitement qu'ils avaient essuyé, ne purent les détacher de ses intérêts. Dans cette occasion, ainsi que dans d'autres également critiques pour sa fortune et sa renommée, Cortès dut en grande partie ses succès

à l'or du Mexique, qu'il distribuait avec profusion à ses amis et à scs ennemis.

Cortés, ayant fortifié ainsi l'attachement de son armée pour lui, pensa qu’il pouvait quitter désormais son camp et s’avancer dans le pays. Il fut encouragé dans ce projet par un événement aussi heurenx en lui-même que par la circonstance dans laquelle il arrivait. Quelques Indiens s’'approchèrent de son camp et furent secrètement admis en sa présence. Ils étaient envoyés avec des propositions d'alliance et d'amitié par le cacique de Zempoalla, ville considérable et peu éloignée. Par leurs réponses à un grand nombre de questions qu'il leur fit, selon son usage ordinaire dans ses entrevues avec les Indiens, il apprit que leur maitre , quoique sujet de l’empire du Mexique, souffrait impatiemment le joug, et craignait et haissait si fortement Montézuma que rien ne pouvait lui étre plus agréable que l’espérance de se délivrer de l'oppression sous laquelle il gémissait. Cet avis fit luire à l'esprit de Cortés un rayon de lumière et d’espérance. Il vit que le grand empire qu’il se proposait d'attaquer était désuni, et que le souverain n’y était pas aimé. Il conjectura que les causes du mécontentement ne pouvaient pas étre bornées à une seule province, et qu'il se trouverait, en d’autres parties de empire, des mécontents las de la soumission ou désirant un changement, et prêts à suivre les drapeaux du premier libérateur qui se montrerait. Plein de ces idées, et commençant dès lors à se tracer un plan que le temps et une connaissance plus exacte de l’état du pays devaient le mettre bientôt en état de suivre et d'exécuter, il reçut très-bien les Zempoallans et leur promit d'aller incessamment visiter leur cacique.

Pour remplir sa promesse , il n’était pas nécessaire

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