LIVRE TROISIÈME
d'élever à la place un crucifix et une image de la Vierge Marie. Cette violence inspira aux Indiens autant d’étonnement que d'horreur. Les prêtres leur firent prendre les armes; mais l'autorité de Cortés était si grande et l’ascendant des Espagnols sur ces- peuples déjà si puissant, que ce mouvement fut apaisé sans effusion de sang, et que la concorde fut bientôt rétablie.
Cortès commença sa marche et parfit de Zempoalla le 16 d’août, avec cinq cents hommes, quinze chevaux et six pièces de canon de campagne. Le reste de ses troupes, composé principalement de ceux que l'âge ou la maladie rendait moins propres à un service fatigant, fut laissé en garnison à Villa-Rica, sous les ordres d’Escalante, officier de mérite et très-attaché à Cortès. Le cacique de Zempoalla fournit à l'armée des provisions et deux cents Indiens appelés tamenés, chargés de porter les fardeaux et destinés à tous les travaux serviles. Ils furent d’un grand secours aux Espagnols, qui, dans un pays dépourvu d'animaux domestiques, avaient été jusqu’alcrs obligés de porter leur bagage et même de tirer à bras leur artillerie. Le cacique offrit aussi à Cortès un corps considérable de ses Indiens; mais le général se contenta d'en prendre quatre cents des plus distingués parmi eux, afin qu'ils pussent lui servir d’otages qui lui répondraient de la fidélité de leur maître. Il ne lui arriva rien de remarquable dans sa route jusqu'à ce qu'il eut atteint les frontières du pays de Tlascala. Les habitants de cette province, peuples belliqueux, étaient ennemis implacables des Mexicains, et avaient été anciennement alliés des Zempoallans. Quoique moins civilisés que les Mexicains, ils étaient bien plus avancés dans les arts que les autres nations grossières de Amérique dont nous avons parlé
DORE RTI A AAA
jusqu'à présent. Ils avaient fait de grands progrès dans l’agriculture ; ils habitaient de grandes villes et avaient une sorte de commerce; et si nous en croyons les relations imparfaites des premiers historiens espagnols, on découvrait dans leurs institutions et leurs lois quelques traces d’une justice distributive et d’une jurisprudence criminelle. Cependant comme, avec cette civilisation incomplète, l'agriculture seule ne suflisait pas à leur subsistance, et qu'ils étaient obligés d'y joindre la chasse, ils conservaient encore en partie les mœurs et le caractère des peuples chasseurs. Ils étaient féroces et passionnés pour la vengeance, courageux, altiers et indépendants, en guerre continuelle et presque sans communication avec les États voisins. Ils abhorraient tellement la servitude que non-seulement ils avaient constamment repoussé toute domination étrangère et maintenu leur liberté contre toute la puissance de l'empire du Mexique, mais qu’ils s'étaient encore défendus contre toute tyrannie domestique ; ne reconnaissant aucun maitre, ils vivaient sous l'autorité douce et limitée d'un conseil choisi par leurs différentes tribus.
Cortès, quoique instruit du caractère guerrier de cette nation, se flatta que son intention connue de délivrer les Indiens de la tyrannie de Montézuma, la haine que les Tlascalans eux-mêmes portaient aux Mexicains et l'exemple de leurs anciens alliés les Zempoallans, pourraient les engager à le bien recevoir. Pour les y disposer, quatre Zempoallans des plus distingués de ceux qui l’'accompagnaient furent envoyés aux Tlascalans pour demander, au nom de Cortés et de leur cacique, le passage sur les terres des Tlascalans. Mais au lieu de répondre favorablement a cette requéte, les Tlascalans
eae Ww "se ewe