LIVRE TROISIÈME
grand empire, avaient formé le dessein de s'emparer d'un brigantin et de gagner Cuba pour donner avis au gouverneur de ce qui se passait, et le mettre en état d’intercepter les trésors et les dépêches que Cortés envoyait en Espagne. La conspiration, quoique formée par de simples matelots, fut conduite avec un profond secret ; mais, au moment où tout était prêt pour l’exécution, ils furent trahis par un de leurs camarades.
Quoique Cortés pit compter peut-être sur sa bonne fortune, qui )’avait servi si à propos dans cette occasion, la découverte de ce complot remplit son esprit de vives inquiétudes, et le porta à exécuter un projet qu’il méditait depuis longtemps. Il voyait encore dans son armée quelques restes cachés d’un mécontentement qui, jusqu’alors étouffé par ses succès ou contenu par son autorité, pouvait se réveiller tout à coup. Il remarquait que plusieurs de ses soldats, las du service, désiraient revoir leurs établissements de Cuba, et qu'au premier danger ou au premier revers il serait impossible de les retenir. Il sentait que, si ses forces, déjà trop peu considérables, diminuaient encore par la désertion d’une partie de son armée, il serait forcé d'abandonner son entreprise. Après avoir pesé souvent avec la plus grande sollicitude toutes ces circonstances, il se persuada qu’il n’y avait point de
Succès à espérer pour lui, s’il n’ôtait à ses soldats jusqu’à
la possibilité de quitter le pays, et s'il ne les réduisait à la nécessité de prendre comme lui la résolution de vaincre ou de périr. Dans cette vue, il se détermina à détruire sa flotte; mais, comme il n’osait exécuter une résolution aussi hardie par sa seule autorité, il travailla à convaincre ses soldats de la nécessité de cette mesure. Il fallait toute son adresse pour venir à bout d’un projet
si difficile. Il persuada aux uns que les navires avaient tellement souffert par un long séjour à la mer, qu'ils étaient absolument incapables de servir davantage ; à d'autres, il fit valoir l'augmentation de forces qu’apporteraient à l’armée cent hommes de plus, employés inutilement sur les vaisseaux, et à tous il représenta la nécessité de fixer leurs regards et toutes leurs espérances sur le pays qui s’ouvrait devant eux, et d'éloigner toute idée d’une retraite. Ses exhortations produisirent tout l'effet qu'il en attendait : d’un consentement général, les vaisseaux furent tirés à terre et mis en pièces, après qu'on en eut ôté les voiles, les cordages, les fers et tout ce qui pouvait être de quelque utilité. C’est ainsi que, par un effert de courage, auquel l'histoire n'offre rien qu’on puisse comparer, cinq cents hommes consentirent de plein gré à s'enfermer dans un pays ennemi, peuplé de nations puissantes et inconnues, en s’ôtant tous les rayens d'échapper au danger par la fuite, et ne se réservant d’autre ressource que leur constance et leur valeur.
Rien alors ne retarda plus Cortés. L’ardeur de ses troupes et les dispositions de ses alliés étaient deux circonstances également favorables. Mais tous les avantages de cette derniére, quoique ménagés avec beaucoup d’adresse et de soins, furent sur le point de lui échapper par une saillie de ce zéle religieux qui, en plusieurs occasions, poussa Cortés à des actions inconsidérées, bien contraires & la prudence qui distinguait son caractére. Quoique jusque-la il n’eût eu ni le temps ni la facilité de prouver aux Indiens l’absurdité de leurs superstitions, et de leur faire connaître les principes de la foi chrétienne, il ordonna à ses sodats de renverser les autels, de détruire les idoles du principal temple de Zempoalla, et
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