LIVRE TROISIÈME
dait les rues ; qu'on creusait des fos. et des trous légèrement recouverts pour y faire tomber les chevaux ; qu'on faisait au haut des temples des amas de pierres et de traits, que l'heure fatale aux Espagnols s’approchait. et que leur destruction était inévitable. Cortès, alarmé par le concours de ces témoignages, fit arrêter secrètement trois des principaux prêtres et tira d'eux une confession qui confirma les informations qu'il avait reçues. Il n’y avait pas un moment à perdre. Il résolut de prévenir ses ennemis et d'exercer une vengeance si terrible qu'elle effrayàt à jamais Montézuma et ses sujets. Pour exécuter son projet, il assembla les Espagnols et les Zempoallans dans une cour ou place, vers le milieu de la ville, où ses quartiers étaient établis. Les Tlascalans eurent ordre de s'avancer. Il envoya chercher sous divers prétextes les magistrats et plusieurs des principaux citoyens. A un signal donné les troupes se mirent en mouvement et tombèrent sur la multitude, qui, demeurée sans chefs et surprise d’une attaque si imprévue, laissa tomber les armes de ses mains et resta sans défense et sans mouvement. Tandis que les Espagnols les pressaient de front, les Tlascalans les attaquaient par derrière. Les rues furent remplies de sang et de morts; on mit le feu aux temples où s'étaient retirés les prêtres et quelques-uns des chefs, qui périrent sous les ruines et dans les flammes. Cette scène de carnage dura deux jours, pendant lesquels les malheureux habitants de Cholula souffrirent tous les maux que purent inventer la rage des Espagnols et la vengeance implacable des Indiens alliés de ces étrangers. A la fin le carnage cessa, après le massacre de six mille Cholulans sans la perte d'un seul Espagnol. Cortés alors relacha les magistrats, leur reprochant amèrement la
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trahison qu'ils avaient préparée, et leur déclara que, comme sa justice était satisfaite, il pardonnait l'offense , à condition qu'ils rappelleraient les citoyens qui s'étaient enfuis, et rétabliraient l'ordre dans la ville. Tel était l’ascendant des Espagnols sur les Indiens, et la persuasion que ces étrangers étaient plus puissants et plus éclairés qu'eux, que, pour obéir aux ordres de Cortés, la ville se remplit en peu de jours d'habitants (108) qui, parmi les ruines de leurs temples, rendirent les services les plus vils à ces hommes dont les mains étaient encore teintes du sang de leurs frères et de leurs concitoyens.
De Cholula Cortés s'avança directement vers Mexico. qui n'en est éloigné que de vingt lieues. Partout où les Espagnols passaient, ils étaient reçus comme des libérateurs puissants qui venaient soulager les peuples de l'oppression, et comme des êtres d’une nature au-dessus de l'humanité. Les caciques mêmes et les chefs des Indiens firent connaître à Cor‘és tous les sujets qu'ils avaient de détester la tyrannie de Montézuma. Lorsque Cortès
s’apercut pour la première fois qu’il y avait du mécon- |
tentement dans les provinces éloignées. il conçut quelque espérance; mais, lorsqu'il vit que le souverain était hai de ses sujets jusque dans le cœur de ses États, il se regarda comme sûr de renverser un empire dont la constitution, attaquée dans ses principes mêmes, était d’ailleurs affaiblie par la division de ses forces. Tandis que ces réflexions soutenaient le courage du général dans une entreprise si hasardeuse , les soldats n'avaient besoin pour être animés que des objets qui frappaient leurs sens. A mesure qu'ils descendaient des montagnes de Chalco , la vaste plaine de Mexico se découvrait par degrés à leurs yeux. A l'aspect de cette campagne, une des plus belles
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