LIVRE TROISIÈME
même violence qu’à Zempoalla, si le père Barthélemy d'Olmedo, aumônier de l’armée, n'avait arrêté l'impétuosité de son zèle. Ce religieux lui représenta l’imprudence d'une telle démarche dans une grande ville, remplie d’un peuple, également superstitieux et guerrier, avec lequel les Espagnols venaient de s’allier. Il déclara que ce qui s'était fait à Zempoalla lui avait toujours paru injuste ; que la religion ne devait pas être prêchée le fer à la main, ni les infidèles convertis par violence ; qu'il fallait employer d’autres armes pour cette conquête : l'instruction, qui éclaire les esprits, et les bons exemples, qui captivent les cœurs; que ce n’était que par ces moyens qu’on pouvait engager les hommes à renoncer à leurs erreurs et à embrasser la vérité. Les remontrances de cet ecclésiastique, aussi vertueux que sage, firent impression sur l'esprit de Cortés. Il laissa les Tlascalans continuer l'exercice libre de leur religion, en exigeant seulement qu'ils renoncassent à sacrifier des victimes humaines. Dès que les troupes furent en état de reprendre le service, Cortès se détermina à marcher à Mexico malgré les représentations les plus pressantes des Tlascalans , qui l’assuraient que sa perte était inévitable, s’il se mettait au pouvoir d’un prince aussi cruel que Montézuma et aussi infidèle à sa parole. Comme il était accompagné de six mille Tlascalans, il se trouvait à la tête d’une espèce d'armée régulière. Il s’avanca d’abord vers Cholula. Montézuma avait à la fin consenti à admettre les Espagnols en sa présence, et avait fait dire à Cortès qu'il serait reçu avec amitié par les Cholulans. Cholula était une ville considérable, qui, quoique distante de cinq lieues seulement de Tlascala, avait été la capitale d'un État indépendant et n’était soumise à l'empire du Mexique que
depuis peu de temps. Elle était regardée, par tous les habitants de ce qu'on appelle aujourd’hui le Mexique, comme unc ville sainte, sanctuaire et résidence chérie de leurs dieux. On y venait en pèlerinage de toutes les provinces, et on immolait plus de victimes humaines dans son temple que dans celui de Mexico. On peut croire que Montézuma avait invité les Espagnols à s'y rendre, soit dans l'espérance superstitieuse que ses dieux ne souffriraient pas que leurs demeures sacrées fussent profanées, sans faire éclater leur colère sur ces impies qui venaient les braver jusque dans leur sanctuaire le plus respecté, soit dans la persuasion qu'il pourrait lui-même réussir plus facilement à les exterminer en les attaquant sous les yeux et sous la protection immédiate de ses divinités.
Cortès, avant de se mettre en marche, avait été averti par les Tlascalans de se défier des Cholulans. Lui-même, quoique reçu dans la ville avec beaucoup de témoignages de respect et de cordialité, avait observé diverses circonstances qui excitaient ses soupçons. Les Tlascalans étaient campés à quelque distance de la ville, parce que les Cholulans avaient refusé d'admettre dans leurs murs leurs anciens ennemis. Deux Tlascalans trouvèrent le moyen d'y entrer déguisés, et instruisirent Cortés qu'ils avaient remarqué qu'on faisait sortir toutes les nuits beau coup de femmes et d'enfants des principaux citoyens, et qu’on avait sacrifié six enfants dans le principal temple, pratique ordinaire à ces peuples lorsqu'ils se préparaient à quelque expédition militaire. En même temps l’interpréte Marina apprit d'une femme indienne de distinction dont elle avait gagné la confiance, qu’on concertait la perte des Espagnols; qu’un corps de troupes mexicaines était caché à peu de distance de la ville; qu'on barrica-
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