LIVRE TROISIÈME
connaître sa résolution, l'assemblée fut frappée d’un muet étonnement, et bientôt après il s’éleva un murmure confus qui exprimait à la fois la douleur et l'indignation. Les Mexicains parurent vouloir se porter à quelque mouvement de violence. Cortès le prévint à propos en déclarant que les intentions de son maître n'étaient point de priver Montézuma de sa couronne, ni d'apporter aucune innovation dans la constitution et les lois de l'empire. Cette assurance, soutenue de la crainte qu’inspiraient les Espagnols et de l'exemple de soumission que donnait l'empereur lui-même, arracha à l'assemblée un consentement forcé. Cet acte de foi et hommage envers la couronne d’Espagne fut accompagné de toutes les solennités qu'il plut aux Espagnols de prescrire.
Montézuma, sur la demande de Cortés, y joignit un présent magnifique pour son nouveau suzerain, et ses sujets, à son exemple, fournirent adgsi très-libéralement à une contribution. Les Espagnols rassemblèrent tout ce que leur avait donné volontairement Montézuma et tout ce qu'ils avaient extorqué des Mexicains sous divers prétextes. On fondit l’er et l'argent, et ces métaux, sans parler’ des bijoux et ornemenss de diverses espèces qu’on "donserva comme ils étaient, ‘pour la beauté du travail,
s’élevérent énsemble à sixfcent milf2 pesos. Les soldats attendaient avec impatience qu’on en fit le partage. Cortés voulut les satisfaire. On mit à part un cinquième comme le droit du roi d’Espagne ; un autre cinquième fut réservé à Cortès comme commandant en chef. On reprit encore sur la masse les sommes avancées par Velasquez , Cortés et quelques autres ofliciers, pour les frais de l'armement. Le reste fut partagé entre les troupes, y compris la garnison de la Vera-Cruz, officiers et soldats, en proportion
de leur rang. Après tant de déductions, la part de chaque soldat ne passa pas cent pesos. Cette somme était si fort au-dessous de leurs espérances, que quelques soldats la refusèrent avec dédain ; d’autres murmurèrent si hautement, qu’il fallut pour les apaiser que Cortés joignit l'adresse à des libéralités considérables. Ces plaintes n'étaient pas tout à fait sans fondement : la couronne n’ayant point contribué aux frais de l'armement, les soldats voyaient avec peine qu’on lui abandonnait une partie si considérable des trésors qu'ils avaient achetés par leurs travaux et leur sang. La part du général, eu égard aux idées qu’on se faisait de la richesse dans le sixième siècle, était une somme énorme. Quelques-uns des favoris de Cortés s'étaient secrètement approprié différents bijoux d’or qui ne payérent pas le droit du roi et ne furent point mis dans la masse commune. Il faut croire pourtant que les objets qui avaiegt été détournés n'étaient pas d’une grande valeur; car, dans ces circonstances, l'intérêt de Cortés était que la portion du roi fit trés-considérable. La somme amassée par les Espagnols ne répond point aux idées qu'on se fait communément des richesses du Mexique, d’après les descriptions que les historiens nous font de son ancienne splendeur et d’après les produits actuels de ses"fmines. Mais il faut considérer que, parmi les anciens Mexicains, l'or et l'argent n'étaient pas la mesure de la valeur des autres marchandises, et que cette circonstance n’influant pas sur leur prix, ils n'étaient recherchés que comme ornements ou bijoux. Ils étaient consacrés aux dieux dans les temples ou employés comme des marques de distinction par les princes et les personnes du plus haut rang. La perte que souffraient l'or et l'argent par l’user étant peu considérable, la demande