‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 119 sur 191 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

aux Espagnols une autorité plus étendue dans l’empire du Mexique qu’il ne leur eût été possible de l’acquérir avec beaucoup de temps à force ouverte; et ils exercèrent, sous le nom de l’empereur, un pouvoir bien plus absolu que celui dont ils auraient pu faire usage en leur propre nom.

Cortès mit à profit tous les avantages que lui donnait le pouvoir qu’il avait obtenu par les moyens qu’on vient d'exposer. Il choisit quelques Espagnols propres à cette commission , et les chargea de visiter différentes parties de l'empire, accompagnés de Mexicains qu'avait nommés l'empereur pour leur servir en même temps de guides et de défenseurs. Ils parcoururent un grand nombre de provinces, en examinèrent le sol et les productions, observèrent avec plus de soin les districts qui pouvaient fournir de l'or et de l’argent, reconnurent différents endroits propres à recevoir des colonies de leur nation, et s’efforcèrent de préparer les esprits au joug de l’Espagne, tandis que Cortés, au. nom et par l'autorité de Montézuma, ôtait les emplois aux principaux officiers de l'empire dont les talents ou l'esprit d'indépendance lui faisaient craindre quelque résistance à ses volontés, et mettait à leur place des hommes plus ineptes ou plus disposés à la soumission.

Une autre précautiun lui était encore nécessaire pour son entière sûreté. Il fallait qu’il fût maître des lacs pour assurer sa retraite, dans le cas où les Mexicains, soit par impatience du joug, soit simplement par légèreté, prendraient les armes contre lui et rompraient les ponts ou les chaussées. Son adresse ou la facilité de Montézuma le mirent en état d'exécuter ce dessein. En entretenant souvent son prisonnier de la marine européenne et de

l’art merveilleux de la navigation, il excita sa curiosité et lui fit désirer de voir ces palais mouvants, qui, sans le secours des rames, marchent et se dirigent sur les eaux. Pour cet effet, Cortés lui persuada d'envoyer chercher une partie des agrés de sa flotte déposés à la Vera-Cruz, et de faire couper et préparer des bois. Les charpentiers espagnols eurent bientôt construit deux brigantins, qui furent pour Montézuma un frivole amusement et pour Cortés une ressource assurée s’il était obligé de se retirer.

Enhardi par tant de preuves de la soumission servile du monarque à toutes ses volontés, Cortés osa le mettre à une épreuve encore plus forte. Il pressa Montézuma de se reconnaître vassal du roi de Castille, tenant sa couronne de lui, et de lui payer un tribut annuel. Montézuma se soumit encore à ce sacrifice, le plus humiliant qu’on pit exiger d'un souverain absolu. Les grands de l'empire furent appelés. Montézuma, dans une harangue, leur rappela les traditions et les prophéties qui annoncaient depuis longtemps l’arrivée d’un peuple de la même race qu'eux, et qui devait prendre possession du pouvoir suprême; il leur déclara qu’il croyait que les Espagnols étaient ce peuple; qu’il reconnaissait les droits de leur souverain sur l'empire du Mexique, et qu'il voulait mettre sa couronne à ses pieds et être désormais son tributaire. En prononçant son discours, le malheureux prince laissa voir combien il était douloureusement affecté du sacrifice qu’on le forçait à faire. Les soupirs et les larmes lui coupèrent souvent la parole. Malgré l’abattement de son esprit et de son courage, il conservait encore assez du sentiment de sa dignité pour éprouver les angoisses qui déchirent le coeur d’un souverain forcé de se dépouiller du pouvoir suprême. Aux premiers mots qui firent

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