‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 131 sur 191 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

saire de déloger , à quelque prix que ce fat, les Indiens de ce poste, et Jean d’Escobar, avec un nombreux détachement de soldats choisis , fut chargé de cette attaque ; mais Escobar, quoique brave lui-même et à la tête d’hommes accoutumés à vaincre et combattant sous les yeux de leurs compatriotes, fut trois fois repoussé. Cortès, qui vit bien que le salut de son armée dépendait du succès de cet assaut, se fit attacher au bras son bouclier que sa blessure l’empéchait de tenir de la main, et se jeta au plus fort de la mêlée, Encouragés par la présence de leur général, les Espagnols retournèrent à la charge avec une telle vigueur qu'ils parvinrent par degrés jusqu'au haut de la tour et repoussèrent les Mexicains jusque sur la plate-forme qui en couronnait le faîte. Là commença un terrible carnage. Deux jeunes Mexicains, reconnaissant Cortès qui animait ses soldats de sa voix et de son exemple, résolurent de sacrifier leur vie pour faire périr l'auteur des calamités de leur patrie. Ils s’'approchèrent de lui dans une posture suppliante , comme s'ils avaient voulu mettre bas les armes, et le saisissant au corps, ils le tirèrent vers les créneaux par lesquels ils se précipitèrent, espérant l’entrainer avec eux. Mais la force et l’agilité de Cortés le délivrèrent de leurs mains, et ces braves Mexicains périrent dans cette tentative généreuse et inutile pour le salut de leur pays. Dés que les Espagnols furent maitres de la tour, ils y mirent le feu et continuérent les préparatifs pour leur retraite.

Elle devenait d’autant plus nécessaire que les Mexicains , étonnés de ce dernier effort de valeur des Espagnols, commengaient 4 changer de plan, et au lieu de continuer leurs altaques, barricadaient les rues et rompaient les chaussées pour couper la communication avec

le continent et affamer un ennemi qu’ils ne pouvaient forcer. Les Espagnols eurent d'abord à délibérer s'ils se mettraient en marche en plein jour, afin de pouvoir reconnaître tous les dangers, régler leurs mouvements et opposer une résistance mieux concertée aux attaques de l'ennemi, ou s'ils tenteraient de s'échapper pendant la nuit. On préféra le dernier parti, tant par l'espérance que la superstition ordinaire des Mexicains les empécherait d'agir pendant la nuit, que par un effet de la confiance des troupes dans les prédictions d’un soldat qui, ayant pris un grand crédit sur ses compagnons par quelques connaissances superficielles et par son prétendu sivoir en astrologie, leur promettait un succès assuré s'ils choisissaient ce temps pour leur retraite. On se mit done en marche vers minuit en trois divisions. Sandoval commandait l’avant-garde, Alvarado et Velasquez de Léon l’arrière-garde et Cortés le centre, où étaient placés les prisonniers, parmi lesquels étaient un fils et deux filles de Montézuma et quelques Mexicains de distinetion. On y avait placé aussi l'artillerie et le bagage, et on avait un pont volant de bois pour traverser les parties de chaussées rompues. On suivit dans un profond silence la chaus-

| sée qui conduisait à Tacuba, parce qu'il y avait par là

moins de distance de la ville au continent, et qu'étant plus éloignée de la route de Tlascala et de la mer, les Mexicains l'avaient moins endommagée que les autres. Les Espagnols la suivirent sans être inquiétés jusqu'au premier endroit où elle était rompue, se flattant que l’ennemi ne s'était pas aperçu de leur retraite.

Mais les Mexicains, sans se montrer, avaient non-seulement suivi tous les mouvements des Espagnols, mais préparé une attaque terrible. Tandis que ceux-ci s’occu-

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