LIVRE TROISIÈME
amassés par tant de travaux. Ces richesses mêmes, le but presque unique de leur expédition, avaient été la principale cause de leur malheur ; car plusieurs soldats s'étaient tellement chargés d'or, qu'il leur avait été impossible de combattre , et que, retardés dans leur fuite, ils avaient péri victimes d’une avidité aussi inconsidérée que honteuse. Parmi ces désastres, ce fut pour les Espagnols une consolation qu’Aguilar et Marina, qui leur étaient si nécessaires comme interprétes, eussent échappé à tant de dangers.
Le premier soin de Cortés fut de chercher un asile pour ses troupes excédées de fatigues, car il ne pouvait plus tenir où il était; les Mexicains le pressaient de tous les côtés, et les habitants de la province de Tacuba commençaient à prendre les armes. Il dirigea sa marche vers un terrain élevé, et y ayant aperçu heureusement un temple, il s'en mit en possession. Il y trouva non-seulement l'abri qu'il cherchait, mais quelques provisions de bouche qui ne lui étaient pas moins nécessaires ; l’ennemi continua de l’attaquer pendant toute la journée, mais il ne reçut aucun échec. Cependant il conaultait avec ses ofliciers sur le choix de la route qu'il devait prendre. Les Espagnols se trouvaient alors à l’ouest du lac. Tlascala, le seul endroit où ils pussent espérer d’être bien reçus, était à soixante-quatre milles à l’est de Mexico, de sorte qu’il leur fallait tourner tout autour de l'extrémité nord du lac pour joindre la route qui conduit à cette ville. Un soldat tlascalan entreprit d’être leur guide, et les conduisit par un pays tantôt marécageux, tantôt montagneux, mal peuplé et mal cultivé. Ils marchèrent six jours presque sans s'arrêter et dans de continuelles alarmes. Des corps nombreux de Mexicains les
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harcelaient sans cesse, tantôt de loin avec leurs traits et quelquefois se formant en corps et les attaquant de front, en flanc et à leur arrière-garde avec une grande audace, parce qu’ils venaient de voir que ces étrangers n'étaient pas invincibles. Tant de fatigues et de dangers n'étaient | pas méme les plus grands des maux qu’eussent & souffrir | : les Espagnols. Le pays qu’ils traversaient ne leur fournissait aucune ressource; ils étaient réduits à vivre de baies sauvages, de racines et de tiges du maïs encore vert. La faim abattait leur âme et diminuait leurs forces tandis que leur situation demandait les plus grands efforts de courage et d'activité. Au milieu de toutes leurs détresses, ils étaient soutenus et animés par l’inaltérable fermeté de leur chef. Sa présence d'esprit ne l’abandonna jamais; il prévoyait tout avec une étonnante sagacité, et sa vigilance faisait face à tout ; il était le premier à s’exposer au danger et supportait les fatigues avec | sérénité; les difficultés semblaient développer en lui de nouveaux talents, et ses soldats, qui, sans lui, eussent désespéré de leur salut, continuaient de le suivre avec une confiance qui ne faisait qu’augmenter.
Le sixième jour de leur marche, ils arrivèrent à Otumba, non loin de la route qui conduit de Mexico à Tlascala. Dès la pointe du jour ils se mirent en marche, les ennemis inquiétant toujours leur arrière-garde. Parmi les insultes dont ceux-ci accompagnaient leurs hostilités, Marina remarqua qu’ils répétaient souvent : Allez, brigands, allez au lieu où vous trouverez bientôt la punition due à vos crimes. Las Espagnols ne comprirent le sens de cette menace qu’en arrivant sur une hauteur qui était sur le chemin. De 1a ils découvrirent une vaste plaine couverte d’une armée immense, qui s’étendait autant que
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