LIVRE PREMIER
en même temps qu’elle jouissait des fruits de leurs efforts réunis.
Cette influence se fit sentir à la navigation et servit à la perfectionner. Dès que les Romains eurent pris du goût pour les superfluités de l'Orient, le commerce qui se faisait dans l'Inde par l'Égypte fut poussé avec plus d'activité, et s’étendit au delà de ses anciennes limites; en fréquentant le continent indien, les navigateurs apprirent à connaître le cours périodique des vents, lesquels, dans la mer qui sépare l'Afrique de l'Inde, soufflent avec trèspeu de variation de l’est pendant une moitié de l’année, et de l’ouest pendant l’autre moitié. Encouragés par cette observation , ils abandonnèrent l’ancienne manière , aussi lente que dangereuse , de naviguer le long des côtes, et aussitôt que la mousson de l’ouest commençait, ils partaient d’Ocelis à l'embouchure du golfe Arabique, et cinglaient hardiment à travers l'Océan. La direction uniforme du vent, suppléant au défaut de boussole et rendant l’observation des étoiles moins nécessaire , les conduisait au port de Musiris sur la côte occidentale du continent indien. Là ils prenaient à bord leurs cargaisons, et, revenant avec la mousson de l’est, achevaient leur voyage au golfe Arabique dans l’espace d’une année. La portion de l'Inde, connue aujourd'hui sous le nom de côte de Malabar, parait avoir été la dernière limite de la navigation des anciens dans cette partie du globe : quant aux pays immenses qui s'étendent au delà, du côté de l’est, ils n'en avaient qu'une connaissance très-imparfaite, fondée sur les relations de quelques voyageurs qui y avaient pénétré par terre. Leurs excursions n'étaient pas fort étendues ; et probablement, tant que la communication des Romains avec l’Inde subsista, aucun voyageur ne s'avança plus loin
que les bords du Gange. Les flottes d'Égypte qui trafiquaient à Musiris, étaient, il est vrai, chargées d’épiceries et d’autres marchandises du continent et des îles des parties ultérieures de l'Inde ; mais c’étaient les Indiens eux-mêmes qui venaient, dans des canots creusés dans un tronc d'arbre, apporter ces marchandises au port de Musiris, devenu l’entrepôt de ce commerce. Les négociants égyptiens et romains, contents de se les procurer de cette manière, ne jugeaient pas à propos d'affronter des mers inconnues et de s’exposer à une navigation périlleuse, pour chercher les pays qui produisaient ces denrées précieuses. Quelque bornées que fussent les découvertes des Romains dans l'Inde, ils y faisaient cependant un commerce qui peut paraître considérable, même aujourd'hui où ce commerce a été porté fort au delà de ce qu’on a pu faire ou même concevoir à aucune époque antérieure. Nous apprenons d’un auteur célèbre que le commerce de l'Inde faisait sortir chaque année de l'empire romain plus de huit millions de notre monnaie, et nous trouvons dans un autre qu'il partait annuellement cent vingt vaisseaux du golfe Arabique pour l'Inde.
La découverte de cette nouvelle manière de naviguer aux Indes est le pas le plus considérable qu’on ait fait dans la navigation pendant toute la durée de la puissance romaine ; mais dans les temps anciens la connaissance des pays étrangers était bien plus le fruit des voyages de terre que des expéditions de mer ; et quoique celles-ci offrissent une maniére plus prompte et plus facile de faire des découvertes, on peut dire qu’elles ont été absolument négligées des Romains, par leur éloignement particulier pour les occupations maritimes; mais la marche de leurs armées victorieuses contribua beaucoup à étendre les décou-
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