LIVRE TROISIEME
leur crime et plus encore la crainte de le voir découvert. Cortés retira de cet événement l'avantage de connaître ceux de ses compatriotes qui étaient ses ennemis, et de pouvoir observer leurs démarches avec plus d'attention ; tandis que sa modération leur laissait croire que la conspiration ne lui était pas connue, ils s’efforcèrent de détourner d'eux tous les soupçons en redoublant de zèle et d'activité pour son service.
Cortès ne laissa pas à ses troupes le temps de réfléchir beaucoup sur ce qui venait d'arriver; il les mit surle-champ en action pour empêcher plus efficacement le retour de l'esprit de mutinerie. Une circonstance heureuse lui en offrit le moyen sans qu'il eût paru le chercher. On lui donna avisque les matériaux de ses brigantins étaient enfin prêts, et qu'on n’attendait pour les conduire à Te- 2euco qu’un corps d’Espagnols qui les escortât. Le commandement de cette troupe, composée de deux cents fantassins et quinze cavaliers, ayant avec eux deux pièces de canon, fut confié à Sandoval, qui acquérait tous les jours de plus en plus l'estime et la confiance des soldats
par sa vigilance, son activité et son courage. L’expédi-
tion était aussi difficile qu’importante. Il fallait conduire les piéces de bois, les planches, les mats, les cordages, les voiles, les fers et tout ce qui était nécessaire & la construction de treize brigantins, par une route de soixante milles à travers un pays de montagnes, et avec
Taide des Indiens qui n’avaient aucun animal domestique
et ne connaissaient l’usage d’aucyne de ces machines qui facilitent les grands travaux. Les Tlascalans fournirent huit mille famènes, classe d'hommes destinés parmi eux aux travaux domestiques, et qui devaient être accompagnés et protégés par quinze mille guerriers de la même
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nation. Sandoval régla l'ordre de leur marche avec beaucoup d'intelligence. Les tamènes furent placés au centre, ayant un corps de Tlascalans à leur tête, un second à leur arrière-garde et des partis considérables sur les flancs. A chacun de ces corps il joignit un certain nombre d’Espagnols,non-seulement pour les aider à repousser l'ennemi, mais pour les accoutumer à l’ordre et à l'obéissance. Ce corps, si nombreux et si embarrassé dans sa marche, n’avançait qu'avec beaucoup de lenteur, mais en trésbon ordre. Dans les endroits resserrés par les bois ou les montagnes, la ligne s’étendait au delà de six milles. Des partis de Mexicains paraissaient souvent sur les hauteurs voisines, mais ne voyant aucune espérance de succès contre un ennemi sans cesse sur ses gardes et préparé à les recevoir, ils n’osèrent tenter aucune attaque, et Sandoval eut la gloire de conduire sans aucun échec, à Tezeuco, un convoi d’où dépendait désormais le sort de toutes les opérations des Espagnols.
Cet heureux succès fut suivi d'un événement non moins important pour Cortés. Quatre vaisseaux arrivèrent d'Hispaniola à la Vera-Cruz avec deux cents soldats, quatrevingts chevaux, deux pièces de canon de siége et une grande quantité d'armes et de munitions. Cortés, encouragé par la réussite de tous ses projets, et voulant ou affaiblir ses ennemis, ou se fortifier lui-même, impatient d’ailleurs de commencer le siége de Mexico, hâta la construction de ses brigantins et le moment de les lancer à l’eau. Pour faciliter cette dernière opération, il avait employé pendant deux mois un grand nombre d’Indiens à creuser le lit d'un petitæuisseau qui coule de Tezeuco dans le lac, et à en former un canal de près de deux milles de long. L’onvrage était enfin terminé, malgré tous
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