‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 145 sur 191 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

pétuosité à laquelle ceux-ci ne pouvaient résister, renversèrent un grand nombre de canots et dissipèrent tout le reste. La perte des Mexicains fut considérable; ils crurent que les progrès des Européens dans les connaissances et les arts leur donnaient à la mer une supériorité sur les Indiens plus grande encore que celle qu’ils avaient montrée jusqu'alors sur terre.

Dès ce moment Cortès demeura maître du lac, et nonseulement les brigantins conservèrent les communications entre les différents postes occupés par les Espagnols, quoique très-éloignés les uns des autres, mais ils furent occupés à défendre les chaussées que les Indiens auraient voulu rompre, et à en éloigner les canots lorsqu'ils tentaient d’en approcher pour inquiéter les troupes à mesure qu'elles s’avançaient vers la ville. On fit trois divisions des brigantins, et chacune fut employée à une des trois attaques, avec ordre de seconder les opérations de l'officier qui la commandait. Les attaques furent alors poussées des trois côtés avec une égale vigueur. Les Mexicains montrèrent à se défendre presque autant de valeur que les Espagnols à les attaquer. Par terre et par eau, la nuit et le jour, un combat furieux succédait à un autre. Beaucoup d’Espagnols furent tués, un plus grand nombre blessés, et tous près de succomber sous les travaux d’un service qui ne leur laissait aucun repos, et qui devint encore plus

difficile à l’arrivée de la saison des pluies qui commencaient

à tomber avec leur violence ordinaire.

Cortés, étonné et déconcerté de la longueur et des dificultés du siége, se détermina à faire un grand effort pour se rendre maitre de la ville avant d'abandonner le plan qu'il avait suivi jusque-là et d’embrasser un nouveau sys-: tème d'attaque. Il envoya ordre à Alvarado et à Sandoval

de s’avancer avec leurs divisions pour un assaut général et se mit à la tête du corps posté sur la chaussée de Cuyocan. Animés par sa présence et par l'espoir de quelque événement décisif, les Espagnols attaquèrent avec une impétuosité à laquelle rien ne résista ; ils renversérent toutes les barricades les unes après les autres, franchirent les fossés et les canaux et arrivèrent à la ville, où ils gagnèrent du terrain par degrés malgré tous les efforts des Mexicains. Cortès, au milieu de la satisfaction que lui donnait la rapidité de ses progrès, n'avait pas oublié de prendre des précautions pour la sûreté de sa retraite au cas qu'il y fût forcé, et avait chargé Julien de Alderete, oflicier estimé qui lui était venu avec le renfort d'Hispaniola , de combler les canaux et de défendre les passages aux endroits rompus de la chaussée à mesure que les corps s’avanceraient. Cet officier jugea cet emploi trop indigne de lui, et, tandis que ses compagnons étaient au plus fort du combat et dans le chemin de la victoire, il abandonna le soin important dont il était chargé et vint se mêler parmi les combattants. Les Mexicains, qui faisaient insensiblement des progrès dans l'art de la guerre, ayant observé cette négligence , en instruisirent Guatimosin.

Ce prince vit sur-le-champ les conséquences de la faute que commettaient les Espagnols, et avec une grande présence d’esprit se disposa à en profiter. Il donna ordre aux troupes qui combattaient les Espagnols de front de céder peu à peu du terrain pour les attirer plus avant dans la ville, et envoya en même temps un corps nombreux de guerriers par différentes rues, les uns par terre, les autres par eau, vers la grande brèche faite à la chaussée. A un signal qu'il donna, les prêtres du prin-

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Les approches de la nuit en éloignant les Mexicains

amenèrent pour les Espagnols une situation presque aussi cruelle que celle dont ils sortaient. Ils entendaient les cris de triomphe et le tumulte de l’horrible fête par laquelle les Mexicains célébraient leur victoire. Toute la ville était illuminée et le grand temple était si brillant de clarté, qu’on pouvait distinguer de loin les environs remplis du peuple en mouvement et les prêtres empressés à faire les préparatifs pour la mort des prisonniers. Au milieu de l'obscurité de la nuit , les Espagnols s’imaginaient reconnaître leurs compagnons à la blancheur de leur peau, et les voir dépouillés et contraints de danser devant la statue du dieu à qui ils allaient être immolés. Ils entendaient leurs cris et croyaient distinguer chaque victime par le son de sa voix. L’imagination augmentait l'horreur de ces tableaux; les plus insensibles fondaient en larmes, et les plus courageux frémissaient à la vue de ce terrible spectacle.

Cortès, en partageant avec ses soldats les sentiments que ce cruel événement leur inspirait, avait à supporter encore les accablantes réflexions naturelles à un général après un malheur si inattendu , et ne pouvait se soulager comme eux en le montrant dans toute son étendue. Pour soutenir ou ranimer le courage et les espérances de ses compagnons, il était obligé d’affecter une tranquillité qu'il n'avait point. La conjoncture demandait en effet de sa part la plus grande fermeté. Les Mexicains, encouragés par leur succès, l’attaquèrent le lendemain matin dans ses quartiers, mais ils ne s'en tinrent pas uniquement à cette attaque. Ils envoyérent les têtes des Espagnols qu'ils avaient immolés aux gouverneurs des provinces voisines, en les assurant que le dieu de la guerre, apaisé par le sang de leurs ennemis, versé abondamment sur ses au-

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