‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 148 sur 191 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

américain. Le compagnon de ses souffrances, cédant à la violence de la douleur, semblait demander à son maître par un regard languissant la permission de révéler ce qu'il savait; mais le courageux monarque, jetant sur lui un coup d'œil où se peignaient à la fois l'autorité et le dédain , releva sa faiblesse en lui disant : Zt moi, suis-je sur un lit de roses? Terrassé par ce reproche, le favori persévéra dans le silence et expira dans les tourments. Cortès, honteux enfin de cette horrible scène, tira la victime des mains de ses bourreaux et prolongea une vie réservée à de nouvelles indignités et à de nouvelles souffrances.

Le sort de la capitale entraîna celui de tout l'empire, ainsi que les deux partis l'avaient prévu. Les provinces se soumirent les unes après les autres aux vainqueurs. De petits détachements d’Espagnols pénétrèrent dans tout le pays sans obstacle et jusqu'a la grande mer du Sud, par laquelle ils espéraient toujours, selon les idées de Colomb, s'ouvrir aux Indes orientales un passage court et facile, et assurer à la couronne de Castille les richesses si enviées de ces belles régions. L'esprit actif de Cortés commença dès lors à s'occuper de ce projet. Il ignorait que, pendant le cours de ses victoires au Mexique, ce même plan avait été exécuté. Cet événement étant un des plus intéressants dans l’histoire des découvertes des Espagnols, et ayant beaucoup influé sur l’état du pays que Cortés venait de soumettre , nous devons à nos lecteurs quelques détails à ce sujet.

Ferdinand Magalhaens ou Magellan, Portugais, d’une naissance honorable, ayant servi plusieurs années dans les Indes orientales avec une grande valeur sous le fameux Albuquerque, demanda les récompenses qu'il

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croyait lui être dues avec la hauteur naturelle à un homme de courage; mais, pour des raisons qu’on ignore, son général et son souverain rejetèrent ses demandes avec dédain. Magellan, se rendant témoignage de ce qu’il avait fait et de ce qu'il méritait, ne put supporter ce refus. Dans son ressentiment, il se crut dégagé du serment de fidélité qu'il avait fait à un maître ingrat et se présenta à la cour de Castille, où il espérait qu’on rendrait plus de justice à ses talents. Pour commencer à s’y faire connaître avantageusement, il proposa un projet dont l'exécution devait blesser à l'endroit le plus sensible le monarque dont il avait à se plaindre : c'était le plan favori de Colomb, la découverte d’un passage aux Indes orientales par l'ouest, sans empiéter sur la partie du globe attribuée aux Portugais par la ligne de démarcation qu'avait tracée Alexandre VI. Il fondait ses espérances sur les idées de ce grand navigateur, confirmées par beaucoup d'observations, fruit de sa propre expérience et de celle que ses compatriotes avaient acquise

. Par leur commerce avec les régions orientales. L’entreprise était difficile et dispendieuse, il en convenait ; il lui

fallait une escadre assez forte et pourvue de deux années de vivres. Heureusement il eut affaire à un ministre

. qui ne se laissait effrayer ni par les difficultés, ni par la

dépense. Le cardinal Ximenés, qui gouvernait alors l’Espagne. voyant à la fois dans le succès de cette entreprise un accroissement de richesses et de gloire pour son pays, écouta favorablement les propositions de Magellan. Charles-Quint, à son arrivée dans son nouveau royaume, adopta les mesures de Ximenès avec la même chaleur et donna ses ordres pour un armement aux dépens de la couronne, dont le commandement fut donné à Magellan,

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