LIVRE TROISIÈME
pays conquis étaient pour eux un objet d'espérances flatteuses et sans bornes. Ce qu'il pouvait ÿ avoir d'irrégulier dans la manière dont Cortés s'était élevé au pouvoir était couvert par l'éclat et le mérite des grandes actions qu'il n'avait faites qu'à l’aide de ce pouvoir même. Tous les esprits se révoltaient à la pensée de punir un homme dont les services méritaient plutôt les plus grandes marques de distinction. La voix publique s’élevait hautement en sa faveur, et Charles, arrivant en Espagne dans le méme temps, adopta les sentiments de ses sujets avec l’ardeur de son âge. Malgré les réclamations de Velasquez et la résistance de Fonseca, il nomma Cort: capitaine général et gouverneur de la Nouvelle- Espagne , jugeant que personne n'était aussi capable de maintenir l’autorité royale, ou d'établir un bon gouvernement parmi ses sujels espagnols et indiens de la Nouvelle-Espagne, que le même commandant à qui les premiers s'étaient volontairement soumis et que les derniers étaient accoutumés à craindre et à respecter depuis si longtemps.
Cortés, avant d'avoir obtenu de son souverain la confirmation légale de son autorité, l'employait à assurer sa conquête et à la rendre utile à sa patrie. Il résolut d'établir le chef-lieu de son gouvernement au même endroit où était situé l’ancien, et il entreprit de relever Mexico de ses ruines. Comme il se faisait une brillante idée de la future grandeur de l'État qu'il fondait, il commença à rebâtir sa capitale sur un plan dont l'exécution en a fait peu à peu la plus belle ville du Nouveau- Monde. Il employa en même temps dans différentes provinces des personnes instruites pour rechercher les mines, et il en ouvrit quelques-unes, les plus riches
de celles que les Espagnols eussent jusque-là découvertes en Amérique. Il détacha ses principaux officiers dans les provinces éloignées, et les encouragea à s'y établir non-seulement en leur donnant de grandes concessions de terre, mais encore en leur «ccordant sur les Indiens la même autorité et les mêmes droits d'en exiger des services que les Espagnols s'étaient attribués dans les iles.
Ce ne fut pas cependant sans difficulté que l'empire du Mexique fut réduit à former une colonie espagnole. Ce peuple, poussé à bout par l'oppression, oublia souvent la supériorité des Espagnols et courut aux armes pour recouvrer £a liberté; mais la discipline et la valeur des Européens l’emportérent partout. Malheureusement pour la gloire de l'Espagne, les vainqueurs souillèrent leur victoire par la manière dont ils traitèrent le peuple vaincu. Aussitôt qu'ils furent maîtres de la capitale et de la personne de Guatimosin, ils supposèrent que le roi de Castille entrait dès ce moment en possession de tous les droits du monarque prisonnier, et affectèrent de considérer les moindres efforts des Mexicains pour assurer leur indépendance comme une rébellion de vassaüx cont:e leur souverain ou une révolte d'esclaves contre leur maître. Sur le prétexte de ces maximes arbitraires, ils violérent tous les droits de la guerre entre les nations. A chaque mouvement d’une province ils y réduisaient le peuple & la plus humiliante des conditions, !a servitude personnelle. Les chefs , regardés comme plus criminels, étaient mis à mort. Les progrès des Espagnols étaient marqués par des traces de sang. Sur un léger soupçon, appuyé sur des témoignages sans force, que Guatimosin avait formé le projet de secouer le joug et d'exciter ses anciens sujets à prendre les armes, Cortès, sans forme