‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 150 sur 191 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

nouvelle avec les Portugais, le déterminèrent à céder à ceux-ci toutes ses prétentions sur les Moluques pour la somme de trois cent cinquante mille ducats. Il réserva cependant à la couronne de Castille le droit de rentrer dans ses droits en remboursant cette somme. Mais d’autres objets détournérent toute son attention et celle de ses successeurs, et l'Espagne perdit tout à fait un commerce qu'elle avait travaillé si longtemps à s'ouvrir et dont elle espérait tirer le plus grand bénéfice.

Quoique le commerce avec les Moluques fût abandonné, le voyage de Magellan eut d'abord des suites fort avantageuses gour l'Espagne. Philippe Il, en 1564, soumit à sa couronne les îles découvertes dans l'océan oriental, et y forma des établissements avec lésquels la Nouvelle-Espagne établit une communication régulière dont nous parlerons dans la suite. Je reviens à présent à ‘ce qui se passait dans la Nouvelle-Espagne.

Fandis que Cortés acquérait à sa patrie de si vastes possessions et préparait encore d’autres conquêtes, sa destinée singulière était non-seulement d’être dépouillé de toute autorité par le souverain qu'il servait avec tant de zèle et de succès, mais d’être regardé comme un sujet rebelle. Par les intrigues de Fonseca, sa conduite lorsqu'il prit le gouvernement de la Nouvelle-Espagne fut déclarée une usurpation contraire à l'autorité royale; et Christoval de Tapia fut revêtu d'une commission qui l’autorisait à destituer Cortés, à se saisir de sa personne, à confisquer ses biens et à rechercher tout ce qu'il avait fait jusqu'alors pour en rendre compte au conseil des Indes. Quelqués semaines après la réduction de Mexico, Tapia débarqua à la Vera-Cruz, y portant l’ordre du souverain de dépouiller le conquérant de toute autorité et

de le traiter en criminel. Mais Fonseca avait choisi un homme peu propre à seconder son inimitié pour Cortès. Tapia n'avait ni la réputation ni les talents nécessaires pour exécuter la commission importante dont il était chargé. Cortés, en témoignant publiquement le plus grand respect pour l'autorité de l'empereur, prit secrètement des mesures pour rendre inutiles les ordres dont Tapia était chargé. Il entama avec lui une négociation si compliquée, il multiplia tellement les conférences, il employa tour à tour et les menaces, et les promesses, ct les présents d’une manière si adroite, qu'il détermina enfin cet homme faible à abandonner un pays qu'il n’était pas digne de gouverner.

Cependant, malgré l'adresse avec laquelle il venait de parer ce coup, Cortés était si persuadé qu'il ne tenait pas son pouvoir d’une autorité légitime et suffisante, qu’il se détermina à envoyer en Espagne des députés pour rendre compte du succès de ses armes, pour y porter des échantillons des productions du pays et de riches présents pour l’empereur, comme des gages des grands revenus que la couronne pourrait tirer dans la suite de ses nouvelles conquêtes, et pour demander, en récompense de tous ses services, l'approbation de tout ce qu'il avait fait, et le gouvernement des pays que sa conduite et la valeur de ses compagnons avaient soumis à la couronne de Castille. Le moment où les députés se présentèrent à la cour était favorable. Les mouvements qui avaient troublé l'Espagne à l’avénement de ce prince au trône achevaient de se calmer. Les ministres avaient le temps de s'occuper des affaires du dehors; les récits qu’on publiait des victoires de Cortés remplissaient ses compatriotes d’admiration ; l'étendue et les richesses des

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