‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 157 sur 191 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

traiter avec le gouverneur et veiller aux intérêts communs.

La force de leur premier armement ne répondait pas à la grandeur de leur entreprise. Pizarre partit de Panama avec un seul vaisseau de port et cent douze hommes. Les Espagnols connaissaient encore si peu les mers de cette partie de l'Amérique, que le temps pris pour le départ se trouva être le moins favorable de toute l’année, les vents réglés qui soufflaient alors étant directement contraires à la route qu'ils avaient à tenir. Après avoir louvoyé pendant soixante-dix jours avec beaucoup de danger et de fatigue , Pizarre n'avait pas fait plus de chemin vers le sud-est que n’en ferait aujourd’hui un bon navigateur en trois jours. Il toucha en beaucoup d’endroits de la côte de Terre-Ferme; mais il trouva partout le pays désagréable que les premiers navigateurs avaient décrit ; les terrains bas inondés par les rivières, les plus hauts couverts de bois impénétrables ; peu d'habitants, mais féroces et courageux. La faim, la fatigue, les combats fréquents avec les naturels du pays, et, par-dessus tout, les maladies propres aux pays humides, concoururent à affaiblir sa petite armée. Le courage du chef soutint quelque temps celui de sa troupe, quoiqu’on n'aperçût rien qui put faire découvrir ces pays abondants en or, où il leur promettait de les conduire. A la fin il fut obligé d'abandonner cette côte sauvage et de se retirer à Cuchama, vis-à-vis des iles des Perles, où il espérait recevoir de Panama un renfort et des provisions.

Almagro, de son côté, ayant fait voile de ce port avec soixante-dix hommes, s'était porté en droiture à la partie du continent où il espérait trouver son associé. Il avait débarqué ses soldats qui, en cherchant leurs compagnons,

coururent les mémes dangers et essuyérent les mémes souffrances qui avaient forcé la troupe de Pizarre de quitter ce pays. Repoussés à la fin dans un combat opiniâtre avec les Indiens, dans lequel Almagro perdit un œil par un coup de flèche, ils furent aussi forcés de se rembarquer. Le hasard les conduisit au lieu où Pizarre s'était retiré. Ils se consolérent mutuellement en se contant leurs aventures et en comparant leurs souffrances. Comme Almagro s'était avancé jusqu’à la rivière de Saint-Jean dans le Popayan, où l'aspect du pays et des habitants lui avait paru moins décourageant, ce rayon d'espérance fut suflisant pour déterminer ces hommes ardents à ne pas abandonner leur projet, malgré tout ce qu'ils avaient déjà souffert en voulant en suivre l'exécution. |

Almagro retourna à Panama pour y recruter quelques troupes. Mais ce que Pizarre et lui en avaient souffert donna à ses compatriotes une si mauvaise opinion de son entreprise, que ce fut avec beaucoup de difficulté qu'il parvint à lever quatre-vingts hommes. Tout faible que fat ce renfort , ils n’hésitérent pas à reprendre leurs opérations. Après avoir essuyé les mêmes calamités que dans leur première expédition, une partie de l'armement toucha à la baie de Saint-Matthieu sur la côte de Quito, et débarquant à Tacames, au sud de la rivière des Emeraudes , ils reconnurent une contrée plus unie et plus fertile qu'aucune de celles qu’ils avaient vues jusque-là sur les côtes de la mer du Sud, et trouvèrent les habitants vêtus d'étoffes de laine et de coton, et parés de différents ornements d'or et d'argent.

Cependant, malgré ces apparences favorables, exagérées encore par la vanité de ceux qui en rendaient compte et par l'imagination de ceux à qui on les présentait, Pizarre

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