LIVRE QUATRIÈME
des découvertes de ce côté, et il s'établit une opinion générale que Balboa s’était laissé séduire par quelque Indien ignorant , qui avait voulu le tromper , ou qui avait été mal entendu.
Mais il y avait alors à Panama trois hommes sur lesquels
les circonstances qui décourageaient tous les autres fai-
saient si peu d'impression, qu'au moment même où tous regardaient comme chimérique l'espoir de découvrir à l’est le riche pays qu'avait annoncé Balboa, ils se déterminèrent à entreprendre l'exécution de son projet. Ces hommes extraordinaires étaient François Pizarre, Diego d’Almagro et Fernand de Luque. Pizarre était fils d’un gentilhomme de bonne famille et d’une femme de basse naissance ; son éducation avait été entièrement négligée. Son père ne le croyait pas destiné à s'élever au-dessus de la condition de sa mère, car il l’employa dans sa jeunesse à garder les troupeaux. Mais le jeune Pizarre, dédaignant cette vile occupation, se fit soldat, et après avoir servi quelques années en Italie, s’embarqua pour l'Amérique, où une carrière sans bornes ouverte aux talents attirait tout aventurier ambitieux qui prétendait égaler sa fortune à ses désirs. Sur ce théâtre Pizarre se distingua promptement. Né avec un caractère aussi entreprenant que son corps était robuste, il était le premier à tous les dangers, toujours infatigable et d’une patience à toute épreuve. Quoique ignorant à ne savoir pas lire, on le remarqua bientôt comme un homme digne de commander. Il réussit dans toutes les opérations dont il fut chargé, unissant en sa personne des qualités qui se trouvent rarement ensemble, la persévérance et l'ardeur, la hardiesse dans la combinaison de ses plans et la prudence dans leur exécution. En se jetant de bonne heure dans les affaires sans
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autres moyens que ses talents et son adresse, et ne comptant que sur lui-même pour se tirer de l'obscurité, il acquit une si grande connaissance des affaires et des hommes, qu'il se rendit bientôt propre à conduire les unes et à gouverner les autres.
La naissance d’Almagro n'était pas plus relevée que celle de Pizarre. Almagro, élevé dès sa jeunesse dans le métier des armes, comme son compagnen, ne lui cédait en aucune des vertus militaires. Il avait comme lui une valeur intrépide , une activité infatigable et une constance à l'épreuve de toutes les fatigues que la guerre pouvait entrainer après elle dans le Nouveau-Monde; mais ces qualités dans Almagro étaient accompagnées de la franchise et de la générosité d’un soldat. Dans Pizarre elles étaient unies avec l'adresse, la ruse et la dissimulation d’un politique , l’art de cacher ses desseins et la sagacité qui déméle ceux des autres.
Fernand de Luque était un maître d'école de Panama, qui, par des moyens que les historiens ne nous ont pas fait connaître, avait amassé des richesses qui lui firent concevoir l’espérance de s'élever aux plus hauts emplois.
Tels étaient les hommes destinés à renverser un des plus grands empires du monde. Leur association fut autorisée par Pedrarias, gouverneur de Panama. Chacun mit toute sa fortune pour former le capital de l’entreprise. Pizarre, le moins riche des trois, ne pouvant fournir autant de fonds que les autres, prit sur lui la plus grande partie de la fatigue et du danger , en se chargeant de commander en personne l'armement destiné au premier voyage et à la première découverte. Almagro devait conduire les renforts de troupes et de provisions dont Pizarre pourrait avoir besoin. Luque devait rester à Panama pour
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